Marché

Le marché est souvent défini comme le « lieu » où se confrontent une offre et une demande de marchandises (biens ou services).
Les marchés sont une condition nécessaire du mode de production capitaliste, et à ce titre, ils sont beaucoup étudiés par les économistes, mais aussi beaucoup mystifiés par les idéologues du libéralisme bourgeois.
Extension de la sphère marchande[modifier | modifier le wikicode]
Du marché concret au marché abstrait[modifier | modifier le wikicode]

Dans la plupart des villes, il existe souvent un marché sur lequel s’achètent (si l’on est client) et se vendent (lorsqu’on est commerçant) des produits de consommation courante, alimentaires le plus souvent. C'est une forme qui perdure depuis les premières villes : le marché permet aux paysans des alentours de vendre leurs surplus, aux artisans de vendre des outils... C'est à partir de ce sens concret que le terme de marché a d'abord été défini : un endroit où se rencontrent physiquement des acheteurs et des vendeurs, les produits s’échangeant contre de l’argent.
Cependant le développement des techniques (transports, télécoms...) et des rapports de « confiance » mettent en relation indirecte de plus en plus de personnes, ce qui fait que l'on peut définir des marchés à des échelles beaucoup plus larges (marché régional, national, mondial...). On définit alors des marchés qui représentent la situation de l’offre et de la demande pour un produit particulier sur une zone géographique déterminée (marché français de l’automobile, marché commun européen, marché mondial des télécommunications, marché des vaccins...). Dans ces cas les vendeurs (offreurs) ne rencontrent pas physiquement les acheteurs (demandeurs), il s'agit plutôt de propriétés émergentes, résultantes d'innombrables échanges plus ou moins directs. Le « lieu » devient alors une abstraction, mais les lois sociales et économiques qui régissent ces marchés ont des effets bien réels.
Lien avec l'essor de la bourgeoisie[modifier | modifier le wikicode]
Ce développement historique de la sphère marchande n'est pas un simple résultat du « progrès des techniques et des échanges entre personnes », c'est aussi un phénomène qui est allé de pair avec la montée en puissance de la classe bourgeoise.
Le marché est un mode historiquement situé d'allocation des ressources : la rareté des ressources (le fait qu'elles soient disponible en quantité limitée) peut être a été gérée de différentes manières dans l’histoire. Dans les sociétés pré-capitalistes, les ressources étaient rarement échangées de façon marchande : les principaux modes d'allocation des ressources étaient la réciprocité (don et contre-don), la redistribution centralisée, et l'administration domestique.[1]

L'échange marchand était quelque chose d'assez marginal, alors qu'aujourd’hui dans le monde entier, c’est le marché est qui est le mode d’allocation des ressources dominant. Cela est dû au fait que l'extension du mode de production capitaliste s'est accompagné de l'extension de la sphère marchande. Il n'y a pas de capitalisme sans la forme marchandise, parce que sans la forme marchandise, il n'y aurait pas de profit possible.
La petite-bourgeoisie et la bourgeoisie ont été motrices pour le développement des marchés, à la fois :
- par son activité quotidienne concrète : métiers d'artisans (produisant essentiellement pour le marché, contrairement à des serfs), de petits marchands, de banquiers (les prêts permettant des échanges qui n'auraient pas eu lieu sinon, ou plus lentement), d'investisseurs dans le capital commercial, puis industriel...
- par ses luttes politiques pour supprimer des obstacles au commerce (douanes, réglementations restrictives...), pour marchandiser de plus en plus de secteurs (dont le travail)... Cela a été central dans les premiers mouvements et révolutions bourgeoises, et cela le reste, même si une fois des marchés constitués, d'autres enjeux ont préoccupé les bourgeoisies nationales (protectionnisme, concessions sociales...).
Formation d'un marché intérieur[modifier | modifier le wikicode]
La formation d'une bourgeoisie avec un minimum de puissance nécessite un marché un minimum étendu, ce qui a poussé à l'unification d'un marché au sein d'un espèce culturel « commun », et donc à la mise en avant de l'idéologie de la Nation. Il y a une dialectique : la proximité nationale favorise la mise en place d'un marché intérieur, et le marché intérieur favorise l'homogénéisation nationale. Pour concrétiser un marché national, il faut des institutions, d'où le fait que le capitalisme ait aboutit à la diffusion du modèle de l'État-nation.
En France, ce processus a été radicalement accéléré lors de la révolution de 1789, tandis qu'en Italie ou en Allemagne, par exemple, cela s'est fait plus progressivement. Parfois, des nationalités différentes ont créé un État et un marché intérieur commun, même si c'est assez rare (Suisse...) et souvent instable (Belgique...), sauf dans le cas où les différentes nationalités sont issues d'immigration de masse et mélangées sans base territoriale, comme en Amérique. Dans le cas des États-Unis, il a fallu un processus volontariste pour approfondir la fédération des États, car dans les années 1780, il y avait encore des conflits douaniers entre eux.[2]
Au sein du marché intérieur, la libéralisation des échanges est souvent quasi totale. Cela implique que le cours du capitalisme peut provoquer de grandes différences de dynamisme économique, et que des populations (dont des bourgeois) seront ruinées par d'autres. On voit l'importance du ciment de l'idéologie nationale, pour faire accepter ces « règles du jeu », même si pour rendre crédible cette idéologie, les bourgeois doivent collectivement accepter un minimum de « solidarité nationale » (notamment via les impôts et la redistribution).
La délimitation d'un marché intérieur définit aussi un extérieur, vis-à-vis duquel les bourgeoisies se protègent toujours plus ou moins via leur État (protectionnisme douanier ou autre).
Les États fédéraux ont généralement un marché intérieur légèrement moins intégré, car même s'il n'y a pas douanes entre États fédérés, certaines taxes et réglementations peuvent créer des obstacles au commerce[3][4]. Les provinces du Canada ont par exemple dû signer un accord de libre-échange en 2017 pour favoriser le commerce intérieur.[5]
Lorsque les puissances européennes possédaient des empires coloniaux, ceux-ci formaient des sortes de marchés intérieurs, mais bien évidemment sans consentement des peuples colonisés, et de façon très asymétrique : les métropoles veillaient à ce que les autres puissances ne bénéficient pas de leurs colonies, essayaient d'y implanter des productions « complémentaires » de leur point de vue, mais ne toléraient pas que des productions des colonies concurrencent des productions européennes.
La vague de libre-échange qui a été amorcée dans les années 1980 a baissé les barrières douanières à un niveau sans précédent, et a même créé un quasi marché intérieur supranational dans le cas de l'Union européenne, mais depuis les années 2010, c'est plutôt le protectionnisme qui revient en force, du fait de la situation de crise du capitalisme.
Formation d'un marché mondial[modifier | modifier le wikicode]

Selon Karl Marx et Friedrich Engels, c'est l'action de la bourgeoisie - par les découvertes géographiques, l'instauration de colonies et le développement du mode de production capitaliste - qui a permis la formation d'un marché mondial :
« La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie; et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge. [...] Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. »[6]
Demande solvable[modifier | modifier le wikicode]
Les idéologues pro-marché les plus simplistes véhiculent souvent l'idée qu'en situation de concurrence parfaite, une demande rencontre forcément une offre.
Il faut d'abord rappeler une évidence : la première condition nécessaire est que ce soit une demande solvable, que le demandeur ait les moyens de payer le prix de marché.
Marx écrivait dans le Capital : « En France, on ne produit pas trop de caussures : des millions de gens y vont nu-pieds ».
Notes[modifier | modifier le wikicode]
Vulgarisation
Textes
- ↑ Karl Polanyi, La Grande Transformation, 1944
- ↑ John Ferling, A Leap in the Dark : The Struggle to Create the American Republic, Oxford University Press, 2003
- ↑ Avalara, Inc., Can your business spend less on sales tax compliance?, 21 octobre 2021
- ↑ Tax Policy Center, What would be the effect of a national retail sales tax on economic growth?, January 2024
- ↑ L’Accord de libre-échange canadien (ALEC), signé en 2017
- ↑ Friedrich Engels, Karl Marx, Manifeste du parti communiste, 1847