Idéalisme

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Autoportrait subjectif du physicien idéaliste Ernst Mach. Le monde extérieur et le corps du dessinateur y sont contenus dans la cavité apparente de l'œil, derrière laquelle semble prendre place l'esprit du dessinateur.

L'idéalisme a un sens courant de quête d'un idéal, qui est accusé d'être utopique.

L'idéalisme en philosophie désigne les doctrines qui font préexister des Idées (dont les Dieux peuvent être une forme) à la réalité matérielle.

Le spiritualisme a un sens très proche : cela désigne toute doctrine dans laquelle il y aurait une substance spirituelle (un ou des « esprits ») supérieure à la substance matérielle.

Le courant de pensée qui s'oppose frontalement à l'idéalisme est le matérialisme, dont une branche a donné le marxisme.

1 Définitions[modifier | modifier le wikicode]

On distingue communément deux formes d'idéalisme :

  • l'idéalisme ontologique, ou métaphysique, ou idéalisme objectif : le monde « objectif » est de nature spirituelle (spiritualisme). Il s'oppose au matérialisme, qui affirme que seule la matière existe.
  • l'idéalisme épistémologique, ou idéalisme subjectif : le monde est formé par nos représentations. Il s'oppose au réalisme, qui affirme que le monde a une existence indépendante de la représentation que nous en avons.

2 Principales idées[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Mythes et religions[modifier | modifier le wikicode]

Les religions sont des systèmes de croyances en une ou plusieurs entités surnaturelles. Selon la plupart des doctrines religieuses, la ou les divinités interviennent directement sur le cours du monde (miracles, punitions divines...) et de l'histoire (conception théologique de l'histoire).

2.2 Antiquité[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir : Matérialisme antique.

Dans l'Antiquité européenne, les philosophes présocratiques étaient matérialistes : Héraclite, Démocrite, Leucippe, Diogène, Épicure, Lucrèce.

Ce matérialisme antique sera ensuite supplanté progressivement par l'idéalisme, avec Parménide, Platon, les stoïciens, puis les pères de l'Église chrétienne.

Platon est le premier représentant de l'idéalisme objectif, avec sa théorie des Idées. Pour lui seules les Idées existent réellement, ce sont les modèles parfaits dont les objets sensibles ne sont que de pauvres imitations, des productions dégradées. Le monde perçu par nos sens n'est qu'un tissu d'apparences trompeuses, sortes d' « ombres » ou de « reflets » que l'homme non initié prend à tort pour des objets réels.

2.3 Siècle des Lumières[modifier | modifier le wikicode]

Au 17e siècle, puis au 18e, un débat commence à émerger entre idéalisme et matérialisme. A cette époque où l'on redécouvre avidement les philosophes de l'Antiquité, on s'empare de ce vieux clivage, et on le réexamine à la lumière des nouvelles avancées scientifiques.

Leibniz, en Allemagne, est le premier philosophe, au tout début du 18e siècle, à se réclamer de l'héritage de l'idéalisme, qu'il prétend dépasser. Il en forge la notion d'abord à des fins didactiques, pour opposer la doctrine platonicienne des Idées au matérialisme d'Epicure. Mais ce n'est pas avant Kant que l'idéalisme s'affirme comme une position revendiquée.

Berkeley développe la théorie de l'idéalisme subjectif. Lui-même nomme sa théorie « immatérialisme ». Pour lui il n'y a que des idées dans le monde. Comme il ne nie pas le réalisme de certaines de nos perceptions (elles sont causées par quelque chose d'extérieur à nous), il fait intervenir Dieu, qui suscite tout ce que nous percevons.

Kant fut le penseur majeur de l'idéalisme. Il appelait le sien l'idéalisme transcendantal. Pour lui, les choses en soi existent et nous en avons des aperçus par nos sens (réalisme empirique), mais nous ne pouvons jamais y accéder pleinement, parce que nos perceptions et nos raisonnements dépendent de la structure nos sens et de notre entendement, qui existent a priori (idéalisme métaphysique). Il se veut critique à la fois du réalisme métaphysique et de l'idéalisme empirique (Berkeley), qui sont pour lui les deux traditions dominantes en philosophie.

Principalement en France, le matérialisme mécaniste connaît une forte ascension. Il est porté essentiellement par une bourgeoisie offensive face à l'obscurantisme féodal, qui exalte par là même ses valeurs et la supériorité du mode de production dont elle est porteuse. Mais la plupart de ces philosophes appliquent le matérialisme à des objets d'étude concrets, tout en continuant à raisonner en idéalistes dans tout ce qui touche à l'esprit humain et aux sociétés (l'histoire en particulier).

2.4 Positivisme et empirisme[modifier | modifier le wikicode]

Au 19e siècle, le positivisme d'Auguste Comte se développe et aura une forte influence. Le positivisme met l'accent sur les lois scientifiques et refuse la recherche des causes premières (renvoyées à de la métaphysique). Comte conçoit le processus historique comme une avancée vers davantage de rationalité scientifique (« loi des trois états »). Dans sa pensée, ce sont les « sciences positives » (mathématiques, physique, chimie…) qui doivent déboucher sur des explications de la psychologie ou des sociétés humaines. Par sa naïveté, le positivisme laisse la porte ouverte à l'idéalisme.

Certains courants issus du positivisme vont évoluer effectivement vers des formes d'idéalisme.

C'est le cas par exemple de l'empirio-criticisme, courant qui cherchait à écarter la question de savoir s'il y avait une réalité extérieure, prétendant n'établir de connaissances que sur la base de nos sens. Ce courant eut du succès au début du 20e siècle, notamment parmi les bolchéviks. C'est ce qui a conduit Lénine a écrire Matérialisme et empiriocriticisme (1909), pour dénoncer ce qu'il voyait comme un agnosticisme faisant trop de concessions à l'idéalisme.

3 Conception idéaliste de l'histoire[modifier | modifier le wikicode]

Les conceptions idéalistes de l'histoire regroupent les conceptions dans lesquelles les évolutions historiques de l'humanité sont déterminées avant tout par l'histoire des idées (On parle parfois d'idéalisme historique).

3.1 Conception théologique de l'histoire[modifier | modifier le wikicode]

L'origine du monde a d'abord été décrit, dans toutes les sociétés humaines, par des mythes. Dans les premières sociétés, la conception du temps est souvent cyclique, et on peut donc difficilement parler d'histoire. Mais dans tous les cas, ce sont des esprits surnaturels qui expliquent les changements qui touchent les hommes. Les premières conceptions humaines sont donc idéalistes.

Les religions instituées vont donner un cadre plus formel, avec des dogmes expliquant le début et la fin de l'histoire (Création, Jugement dernier), les raisons des interventions divines... Elles vont avoir aussi tendance avec l'évolution historique à ne plus mettre en avant les miracles et autres interventions divines.

3.2 Matérialisme mécaniste des Lumières[modifier | modifier le wikicode]

Dans l'Europe du 17e siècle, sous la plume des philosophes des Lumières et sous l’influence de la montée de la bourgeoisie, les superstitions religieuses sont vivement combattues. Rejetant l'intervention de Dieu dans l'histoire concrète des hommes, Voltaire et la plupart des philosophes du siècle des Lumières expliquent l'évolution historique et ses événements par l'évolution des idées, des mœurs ou de l'opinion des hommes eux-mêmes qui prévaut à telle ou telle époque.

Ainsi, pour Voltaire, la chute de l'Empire romain n'est pas du à une punition divine, mais bien aux mœurs de l'époque (et donc à la religion chrétienne) qui empêchèrent une résistance efficace face aux invasions « barbares ».

D'autres philosophes tels d'Holbach et Helvétius, malgré une interprétation matérialiste de la nature (où ils rejetaient toute intervention de l'idée ou de dieu), étaient par contre également idéalistes en ce qui concerne l'histoire de l'humanité. Pour ces derniers, c'est l'ignorance ou les qualités intellectuelles des hommes qui expliquent l'évolution historique.

3.3 Idéalisme allemand et conception téléologique[modifier | modifier le wikicode]

Chez Kant apparaît déjà l'idée d'un sens de l'histoire, qui serait la réalisation d'un progrès humain vers la raison, la moralité, et une civilisation cosmopolite pacifiée.

Complètement idéaliste, le système de Hegel s'approchait paradoxalement d'une vision matérialiste parce qu'il ne faisait pas intervenir la volonté et la conscience des hommes.

La conception téléologique de l'histoire, développée notamment par Hegel au début du 19e siècle, est une forme particulière d'idéalisme historique. Hegel considère que toute l'histoire humaine n'est que le développement d'un Esprit universel, qui se réalise au travers de nombreuses expériences (évolutions, guerres, révolutions...) que les hommes font sans avoir conscience du grand but historique. Comme le note Plékhanov, d'un côté c'est un idéalisme absolu (la seule conception à assumer d'être un idéalisme historique), de l'autre, paradoxalement, elle constitue la dernière étape avant la conception matérialiste de Marx.[1]

En cherchant l'explication du devenir historique dans quelque chose qui ne dépend pas du libre arbitre de l'homme, Hegel assigne à la science la tâche d'expliquer les phénomènes historiques par des lois, et la solution du problème rend inutile l'hypothèse de l'Esprit , qui se révèle absolument impropre à cette mission.

Une des conséquences est que la philosophie n'a plus qu'un rôle d'interprétation du monde chez Hegel. Les philosophes des Lumières celle-ci a un rôle actif pour faire reculer l'obscurantisme, elle est la principale force faisant avancer l'histoire. A l'inverse, pour Hegel la marche de l'histoire est faite purement inconsciemment par les hommes et les philosophies n'apparaissent qu'ensuite, correspondant au nouvel état du monde.

« Pour ce qui est de la doctrine concernant ce que doit être le monde, la philosophie arrive toujours trop tard. Pensée universelle, elle apparaît seulement lorsque la réalité a achevé son processus de formation et revêt un aspect déjà achevé... Quand la philosophie commence à tracer ses grises arabesques sur le fond grisaille de la réalité, elle ne peut plus lui rendre sa jeunesse ; elle peut seulement comprendre : la chouette de Minerve ne prend son vol qu'au crépuscule. »

3.4 Critiques matérialistes de Hegel[modifier | modifier le wikicode]

Feuerbach fut pour Marx et Engels une passerelle entre l'idéalisme de Hegel et le matérialisme

Marx et Engels sont issus du courant des « jeunes hégéliens » qui tentent de faire une lecture subversive de la pensée de Hegel dans l'Allemagne des années 1830. Mais ils vont progressivement s'approprier le matérialisme (notamment via Feuerbach, mais en allant plus loin que ce dernier), et faire une critique radicale de l'idéalisme qui règne chez les jeunes hégélien comme dans toute la philosophie allemande. Ils développent cette critique dans L'idéologie allemande (1844) :

« Naguère un brave homme s'imaginait que, si les hommes se noyaient, c'est uniquement parce qu'ils étaient possédés par l'idée de la pesanteur. Qu'ils s'ôtent de la tête cette représentation, par exemple, en déclarant que c'était là une représentation religieuse, superstitieuse, et les voilà désormais à l'abri de tout risque de noyade. Sa vie durant il lutta contre cette illusion de la pesanteur dont toutes les statistiques lui montraient, par des preuves nombreuses et répétées, les conséquences pernicieuses. Ce brave homme, c'était le type même des philosophes révolutionnaires allemands modernes.  »[2]

Tout cela conduira Marx et Engels à élaborer leur conception matérialiste de l'histoire.

3.5 Exemples d'idéalisme contemporain[modifier | modifier le wikicode]

Même si l'analyse des faits historiques a beaucoup été influencée par le marxisme, et que globalement même chez les historiens non marxistes l'attention est beaucoup plus portée sur les facteurs matériels, des formes d'idéalisme historique sont présentes assez souvent dans certaines analyses.

Par exemple, certains commentateurs du mouvement pour l'abolition de l'esclavage ont expliqué le passage d'une stratégie gradualiste à une stratégie plus radicale par l'adoption d'une morale kantienne...[3][4]

4 Les utopismes[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir : Utopie.

L'utopisme relève plutôt, a priori, du sens ordinaire d'idéalisme.

Les écrivains qui ont rédigé des utopies savaient en général que la société idéale qu'ils proposaient avait très peu de chances d'arriver. Cependant en général, le genre de l'utopie comporte une ambigüité à ce sujet. La plupart des auteurs s'efforcent de démontrer que si l'on suit leurs hypothèses, la société décrite est bonne et rationnelle, donc désirable. Mais il y a souvent l'idée que cette société est tellement différente de l'actuelle, tellement en contradiction avec les mentalités ou les intérêts actuels, que cela rend impossible sa réalisation. Le genre est cependant, par la négative, une critique de la société contemporaine.

Certains utopistes croyaient cependant qu'en prêchant des idées généreuses, ils pouvaient faire advenir la société de leurs rêves. C'est le cas de nombreux socialistes utopiques. Dans le sens où ils croient avant tout au pouvoir des idées pour faire évoluer le monde (au détriment de l'analyse des conditions matérielles permettant ou non le socialisme), cela relève de l'idéalisme au sens philosophique.

5 Intellectualisme[modifier | modifier le wikicode]

L'intellectualisme est un courant en philosophie qui suppose la primauté des fonctions intellectuelles, dont les autres fonctions (affects, volonté...) découleraient. Il s'oppose à l'émotivisme et au volontarisme.

Socrate est le premier grand représentant de l'intellectualisme, en particulier sur le plan éthique. Socrate croit que si l'on connaît le bien, on l'accomplit. On ne fait le mal que par ignorance, « nul n'est méchant volontairement ».

Il y a de l'intellectualisme chez les socialistes utopiques. Ils sont d’abord inspirés par un utopisme de la raison (d’où l’expression d’Ernest Labrousse : « les socialistes conceptuels »). Il suffit pour eux de concevoir un modèle rationnel de société ou pour Fourier un modèle conforme aux exigences de la nature, pour que, le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, il soit, dès qu’il sera connu, adopté par tous, du fait de sa rationalité.[5]

6 Utilisation parmi les marxistes[modifier | modifier le wikicode]

La caractérisation d'idéalisme dans les conceptions de tel ou tel courant va être utilisée ultérieurement dans les critiques entre marxistes. Par exemple, Trotski l'utilise en 1909 lorsqu'il oppose sa théorie de la révolution permanente à la « dictature démocratique des ouvriers et des paysans » de Lénine.[6]

Quelle est la cause principale de la dégénérescence réformiste de la social-démocratie allemande et de la Deuxième internationale ? Walter Benjamin écrivait : « Rien n’a plus corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. »[7] Si l'on est convaincu que la victoire du socialisme est inéluctable (et les directions social-démocrates diffusaient ce genre de discours), il n'y a pas d'importance particulière à faire vivre une stratégie révolutionnaire. Accorder une trop grande importance à ce type de discours cependant, c'est attribuer à la sphère des idées l'influence principale sur l'évolution de la social-démocratie (au détriment notamment du facteur socio-économique : la collaboration de classe et ses effets bien matériels sur les bureaucrates des syndicats et partis ouvriers).

7 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

8 Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Gheorghi Plekhanov, Pour le 60° anniversaire de la mort de Hegel, 1891
  2. K. Marx - F. Engels, L'idéologie allemande, écrit en 1844
  3. Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, essai d'histoire globale, Paris, Gallimard, 2004, 468 p. (ISBN 2-07-073499-4)
  4. Cf. Page Abolitionnisme sur Wikipédia
  5. Jacques Droz, Histoire générale du socialisme, 1972
  6. Léon Trotski, Nos différends, 1909
  7. Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire » in Œuvres III, Folio Gallimard, 2000, p. 438.