Idéalisme historique

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L'idéalisme historique, ou conception idéaliste de l'histoire, fait partie des conceptions de l'histoire auxquelles Marx va s'opposer en développant une conception matérialiste de l'histoire.

Grandes étapes historiques[modifier]

Conception théologique de l'histoire[modifier]

L'origine du monde a d'abord été décrit, dans toutes les sociétés humaines, par des mythes. Dans les premières sociétés, la conception du temps est souvent cyclique, et on peut donc difficilement parler d'histoire. Mais dans tous les cas, ce sont des esprits surnaturels qui expliquent les changements qui touchent les hommes. Les premières conceptions humaines sont donc idéalistes.

Les religions instituées vont donner un cadre plus formel, avec des dogmes expliquant le début et la fin de l'histoire (Création, Jugement dernier), les raisons des interventions divines...

Conception idéaliste des Lumières[modifier]

Dans l'Europe du 17e siècle, sous la plume des philosophes des Lumières et sous l'infuence de la montée de la bourgeoisie, les superstitions religieuses sont vivement combattues.

Rejetant l'intervention de Dieu dans l'histoire concrète des hommes, Voltaire et la plupart des philosophes du siècle des "Lumières" expliquent l'évolution historique et ses événements par l'évolution des idées, des moeurs ou de l'opinion des hommes eux-mêmes qui prévaut à telle ou telle époque. Ainsi, pour Voltaire, la chute de l'Empire romain n'est pas dû à une punition divine, mais bien aux moeurs de l'époque (et donc à la religion chrétienne) qui empêchèrent une résistance efficace face aux invasions "barbares".

Même des philosophes comme d'Holbach et Helvétius, qui s'efforçaient d'étudier la nature de façon matérialiste, maintenaient des raisonnements idéalistes en ce qui concerne l'histoire de l'humanité. Pour eux, c'est l'ignorance ou les qualités intellectuelles des hommes qui expliquent l'évolution historique. Le sujet historique est donc ici les idées des hommes, et non plus Dieu, comme dans la conception théologique de l'histoire.

Conception téléologique de Hegel[modifier]

La conception téléologique de l'histoire, développée notamment par Hegel au début du 19e siècle, est une forme particulière d'idéalisme historique. Hegel considère que toute l'histoire humaine n'est que le développement d'un Esprit universel, qui se réalise au travers de nombreuses expériences (évolutions, guerres, révolutions...) que les hommes font sans avoir conscience du grand but historique. Comme le note Plékhanov, d'un côté c'est un idéalisme absolu (la seule conception à assumer d'être un idéalisme historique), de l'autre, paradoxalement, elle constitue la dernière étape avant la conception matérialiste de Marx.[1]

En cherchant l'explication du devenir historique dans quelque chose qui ne dépend point du libre arbitre de l'homme, Hegel assigne à la science la tâche d'expliquer les phénomènes historiques par des lois, et la solution du problème rend inutile l'hypothèse de l'Esprit , qui se révèle absolument impropre à cette mission.

Une des conséquences est que la philosophie n'a plus qu'un rôle d'interprétation du monde chez Hegel. Les philosophes des Lumières celle-ci a un rôle actif pour faire reculer l'obscurantisme, elle est la principale force faisant avancer l'histoire. A l'inverse, pour Hegel la marche de l'histoire est faite purement inconsciemment par les hommes et les philosophies n'apparaissent qu'ensuite, correspondant au nouvel état du monde.

« Pour ce qui est de la doctrine concernant ce que doit être le monde, la philosophie arrive toujours trop tard. Pensée universelle, elle apparaît seulement lorsque la réalité a achevé son processus de formation et revêt un aspect déjà achevé... Quand la philosophie commence à tracer ses grises arabesques sur le fond grisaille de la réalité, elle ne peut plus lui rendre sa jeunesse ; elle peut seulement comprendre : la chouette de Minerve ne prend son vol qu'au crépuscule. »

Utilisation parmi les marxistes[modifier]

La caractérisation d'idéalisme dans les conceptions de tel ou tel courant va être utilisée ultérieurement dans les critiques entre marxistes. Par exemple, Trotsky l'utilise en 1909 lorsqu'il oppose sa théorie de la révolution permanente à la « dictature démocratique des ouvriers et des paysans » de Lénine.[2]

Notes et sources[modifier]

  1. Gheorghi Plekhanov, Pour le 60° anniversaire de la mort de Hegel, 1891
  2. Léon Trotsky, Nos différends, 1909