Pacifisme

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Le pacifisme est une idéologie prônant la diplomatie en place de la guerre et plus généralement l'assurance d'une paix mondiale. Son opposé est le bellicisme.

Histoire[modifier]

18e siècle[modifier]

L'idéologie libérale affirme que le capitalisme est porteur de paix. Au milieu du 18ème siècle, à l’aube du capitalisme moderne, Montesquieu écrivait « L’effet naturel du commerce est de porter la paix ».

19e siècle[modifier]

Pour Marx, l'assurance d'une paix mondiale n'est pas une utopie mais la conséquence nécessaire de l'extinction des nations, qui ne pourra se réaliser que dans le cadre d'une révolution socialiste à l'échelle mondiale :

« Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. »[1]

En 1867, en réaction aux menaces de guerre entre la France et la Prusse, est créée à Lausanne la Ligue de la Paix et de la Liberté, à laquelle Victor Hugo, entre autres, a appartenu. Elle représente l'aile radicale du libéralisme bourgeois, et elle milite pour la création des États-Unis d'Europe. L'AIT, qui tient au même moment un congrès à Lausanne, débat sur la participation. Le congrès de l'AIT envoya une délégation à cette conférence, malgré l'avis de Marx, qui disait :

« Il est souhaitable que le plus grand nombre de délégués pour qui cela est possible assistent au Congrès de la paix à titre individuel; mais il serait peu judicieux de prendre part officiellement en tant que représentants de l'Association internationale. Le Congrès de l'Internationale des Travailleurs était en soi un congrès de paix, car l'union de la classe ouvrière des différents pays doit en fin de compte rendre les guerres entre pays impossibles. Si les promoteurs du Congrès de la Paix de Genève l'avaient vraiment compris, ils auraient rejoint l'Association internationale.» Journal The Bee-Hive, 17 août 1867

Joseph Schumpeter soutenait dans son essai Contribution à une sociologie des impérialismes (1919) que le capitalisme contenait une tendance à la diminution des guerres, celles-ci étant désormais majoritairement rejetées par les populations, et devant donc être justifiées par les gouvernants.

Première guerre mondiale[modifier]

En France[modifier]

Le pacifisme se développe avant la guerre, mais échoue à l'en empêcher.

Il a été mené par Jean Jaurès, figure des socialistes français, qui appelle à une grève générale, car en face de lui était annoncé l'« union sacrée », c'est-à-dire l'union des forces politiques au mépris des valeurs internationalistes. Mais Jaurès est assassiné le 31 janvier 1914 par Raoul Vilain, un nationaliste déséquilibré[2].

Le pacifisme ressurgit à la faveur des offensives meurtrières et désastreuses menées par Nivelle aux Chemins des Dames en 1917. À ce moment, des chansons pacifiques, subversives, qui prônent la mutinerie, la désobéissance, comme celle de Craonne[3], se multiplient et se généralisent dans les tranchées. Ce pacifisme a pu déboucher sur des refus d'obéissance ou de mutinerie. De nombreux hommes refusent d'aller au combat ; l'État-major en sanctionnera beaucoup par la mort. Nivelle est démis de ses fonctions ; Pétain lui succède et met fin aux mutineries de manière brutale : 3 500 condamnations, dont plus d'une cinquantaine à mort.

Pendant la guerre, entre deux assauts, les soldats écrivent pour et par le souci du témoignage, de la trace qu'ils veulent laisser, surtout pour empêcher un nouveau conflit (« la der' des der' »). Certains de ces ouvrages seront récompensés : le prix Goncourt de l'année 1916 intitulé Le Feu par Barbusse, qui a passé vingt-deux mois de sa vie dans les tranchées, en est un exemple[4] ; ou encore, le prix féminin de 1919 décerné à Dorgelès pour son témoignage intitulé Les Croix de Bois. Les monuments aux morts sont aussi une forme de pacifisme. Leur édification a d'abord été voulue par les communes ayant perdues leurs enfants, puis par l'État ; toutefois, le premier a été réalisé au Royaume-Uni. Ce sont surtout les municipalités et les associations d'anciens combattants qui les finance. On compte plus de quarante mille monuments aux morts[5].

En Allemagne[modifier]

Rosa Luxemburg lutta activement contre le vote des crédits de guerre - ce qui signerait la fin de la paix précaire qui règne entre l'Empire allemand et la France et signerait également le début d'une guerre meurtrière.

Création de la SDN[modifier]

A l'issue de la guerre, se pose une question fondamentale, à savoir s'il est possible d'empêcher un nouveau conflit. Le corolllaire est celui d'une régulation internationale.

En janvier 1918, le président états-unien Wilson fait connaître ses 14 points qui redéfinissent « les bases des relations internationales » dans le but « d'assurer une paix durable »[6].

L'article 14, notamment, suggère la nécessité de créer une "association des Nations" pour réguler les relations entre les États et garantir le maintient de la paix. Wilson cherche donc l'appuie des "droits" et d'une diplomatie de droits. Fondée dans l'enthousiasme des vainqueurs aux lendemain de la Grande Guerre, la Société des Nations (communément abrégée en SDN) voit le jour en 1920. Elle siège à Genève. Les quatorze points de Wilson et le droit des peuples à disposer d'eux-même (notion qui sera reprise par Lénine) sont au cœur des préoccupations des fondateurs de la SDN. Le pacte de la SDN pose certaines règles : refus de l'usage de la force et coopération entre les États (comme l'article 16 : « en cas d'agression, tout membre de la SDN doit prendre des sanctions économiques, financières voire militaires »).

Mais la SDN, si elle part d'un idéalisme "sincère", ne peut aboutir à rien. En effet, les États-Unis n'y rentreront pas. Et plus généralement, les bourgeoisies, notamment celles des pays vainqueurs, ne veulent perdre de leurs privilèges nationaux et tentent de faire barrage à l'internationalisme, qui se répand depuis la révolution d'Octobre en Russie et la mise sur pied de la IIIème Internationale.

Perte de vitesse[modifier]

La révolution prolétarienne mondiale attendue par Lénine échoue. Le régime soviétique se bureaucratise rapidement. Un sursaut se produit en 1927 avec les évènements en Chine, mais l'Internationale stalinisée mène la révolution à sa perte. Dès lors, la prochaine crise économique ne pourra servir que de terreau pour la réaction.

Parallèlement, l'Italie est le premier Etat à être emparé par un mouvement fasciste de masse. La crise des années 1930 accélère ce processus : l'établissement des nazis en Allemagne, l'écrasement de la révolution espagnole par les franquistes à la veille de la guerre... L'Allemagne et le Japon quittent la SDN en 1933, suivis par l'Italie en 1937. L'URSS en est bannie en 1939 à la suite de l'invasion de la Finlande[7].

A partir de 1936, l'Allemagne et l'Italie réorientent leurs industries vers la production d'armement, en prévision du futur conflit. Il s'agissait, pour ces dernières, de préparer la guerre qui s'annoncait.

Les relations se tendent entre les puissances européennes. Les États-Unis, ayant adoptée une politique isolationniste, restent en marge de ce qui se passe dans le monde, bien qu'ils soient irrités par l'expansionnisme japonais dans le Pacifique.

En 1939 éclate la Seconde guerre mondiale. Le pacifisme passe alors au second plan. Il en ressortira durablement affaibli des dizaines de millions de morts que la SDN n'aura pas pu éviter.

Pacifisme moderne[modifier]

Créée à la suite de la guerre, l'ONU dispose d'un plus fort pouvoir que la SDN, d'autant plus qu'un de ses membres permanents, les États-Unis, dispose alors de l'arme atomique (qu'il utilisera d'ailleurs contre le Japon...).

Avec la création des Casques Bleus, c'est la perspective d'une paix durable à l'échelle du monde et plus généralement de la création d'une démocratie bourgeoise mondialisée qui se développe. C'était oublier que l'URSS acquiert à son tour l'arme nucléaire dans les années 1950, et qu'à la mort de Staline en 1953, les relations ne vont cesser de se tendre entre les "deux Grands".

Article détaillé : Guerre froide.

Autres prises de positions[modifier]

Lénine[modifier]

Durant la Grande Guerre, il s'agissait, selon Lénine, de pousser les soldats, qui pour la majorité étaient des paysans ou des travailleurs, à désobéir aux ordres hiérarchiques et ainsi favoriser l'avancée de l'ennemi. Il qualifiera cette thèse de « défaitisme révolutionnaire » - en opposition au chauvinisme.

Article détaillé : Défaitisme révolutionnaire.

A la suite de la création de l'État ouvrier russe, les menaces sont partout. Pour Lénine, les mesures militaires s'imposent : cette fois-ci, il ne s'agit plus de lutter contre une autre puissance impérialiste mais bien contre des forces menaçant le prolétariat même. C'est ainsi que Trotski met sur pied l'Armée rouge.

Autant les Blancs pouvaient être très violents envers les communistes, autant les Rouges ne feront aucune concession, surtout vers la fin de la guerre civile (et avec l'accroissement du pouvoir de la Tchéka). La saignée sera énorme : des millions de morts, surtout au sein de la classe ouvrière, ce qui permettra de sauver le régime, au prix de sa bureaucratisation.

Voir aussi[modifier]

Notes et sources[modifier]