Paupérisation

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La paupérisation est le processus d'appauvrissement de la population, et plus particulièrement de la population prolétaire.

Paupérisation absolue[modifier]

Définition[modifier]

La paupérisation absolue est la baisse des conditions de vie, généralement liée à la baisse du revenu.

Pour les travailleurs, elle se manifeste comme conséquence d'une baisse du salaire réel ou plus brutalement par la perte de l'emploi.

La paupérisation est un phénomène quantitatif qui peut toucher des individus de plusieurs classes, mais qui peut devenir qualitatif : une paupérisation brutale de couches petite-bourgeoises peut les prolétariser.

Exemples[modifier]

C'est cette paupérisation absolue que Karl Marx a pu observer durant la première moitié du 19e siècle. De façon brutale, le capitalisme pressurait à la baisse les salaires des ouvriers (et dégradait qualitativement leurs conditions de travail).

La paupérisation absolue sévit également dans les pays les plus brutalement dominés par l'impérialisme, comme l'Afrique.

Plus proche, la crise de 2007-2010 conduit à un appauvrissement absolu dans de nombreux pays d'Europe, avec la hausse du chômage, la réduction des salaires, les coupes dans les aides sociales... La crise en Grèce montre les reculs les plus graves, et le cortèges de fléaux que cela apporte : hausse des suicides, de la toxicomanie, de la prostitution...

Paupérisation relative[modifier]

Définition[modifier]

La paupérisation relative est l'accroissement de la pauvreté relativement à d'autres couches sociales, c'est à dire l'accroissement des inégalités sociales. En particulier, dans la société capitaliste, la paupérisation relative est un phénomène constamment observé.

Exemples[modifier]

La période 1970-2010 est un exemple frappant d'augmentation des inégalités, bien que (jusqu'à la crise) les revenus aient augmentés.

Entre 1997 et 2007, alors que les 10 % les plus pauvres ont gagné 1 360 euros de plus (après inflation), les 5 % les plus aisés ont engrangé 4 900 euros supplémentaires ! L’écart de niveau de vie s’est creusé de 3 500 euros.[1]

Loi générale du capitalisme ?[modifier]

Selon une interprétation courante chez les marxistes, l'idée de Marx était que le capitalisme engendre une tendance à la paupérisation absolue. Dans cette vision, remettre en cause la paupérisation absolue est apparenté à du révisionnisme droitier, puisque cela signifierait nier que le capitalisme est devenu incapable de développer les forces productives.

Cependant, les forces productives ont bel et bien augmenté globalement depuis la révolution industrielle, à travers des cycles de stagnation et de reprise. Cela a permis d'augmenter le niveau de vie moyen des prolétaires, même si le mouvement ouvrier a toujours dû se battre durement pour obtenir des concessions (les capitalistes ont souvent fait les plus grandes réformes sociales quand ils craignent la révolution...). Par ailleurs, la paupérisation absolue au 19e siècle posait de nombreux problèmes politiques aux pays capitalistes, comme par exemple la déchéance physique des ouvriers (beaucoup plus petits et malades que la moyenne). En France, les conseils de révision sous la monarchie de Juillet écartent 4 conscrits sur 10 dans les régions rurales, 9 sur 10 dans les dix départements les plus industrialisés. En 1878, la British Association révèle par une enquête anthropométrique que les garçons de onze-douze ans en milieu ouvrier ont une taille inférieure de 12 cm à ceux des bourgeoises et aristocratiques publics schools.

On peut relever qu'en 1891, Engels a critiqué le projet de programme d'Erfurt qui disait « Le nombre des prolétaires et leur misère s'accroissent de plus en plus. » :

« Cela, affirmé d'une façon aussi absolue, n'est pas exact. Il est possible que l'organisation des travailleurs, leur résistance toujours croissante opposent une certaine digue à l'accroissement de la misère. Mais ce qui grandit certainement, c'est l'incertitude de l'existence. Voilà ce que j'ajouterais. »[2]

Ce point a par exemple été débattu dans la social-démocratie allemande et dans l'Internationale ouvrière à la Belle époque (début du 20e siècle). Le capitalisme connaissait une croissance notable dans les pays dominants, et l'aile « révisionniste » s'appuyait là dessus pour affirmer que Marx s'était trompé, et qu'une évolution graduelle vers le socialisme était possible.

Le principal théoricien de l'Internationale, Kautsky, a reconnu qu'il n'y avait pas de paupérisation absolue de la classe ouvrière, mais rappelait qu'il y avait néanmoins une paupérisation relative, c'est-à-dire une hausse des inégalités. De cette façon, il défendait l'orthodoxie.

Plus tard, les communistes ont affirmé que cette affirmation de Kautsky était elle-aussi révisionniste, et qu'à l'échelle mondiale, il y avait bien paupérisation absolue. L'enrichissement des pays dominants n'était que le fruit de l'impérialisme.[3] Globalement, les communistes reliaient cette idée à la théorie de Lénine : depuis l'entrée dans le stade impérialiste, le capitalisme a cessé de développer les forces productives, et donc a cessé d'être progressiste.

Trotsky a maintenu cette idée, notamment en soutenant que la croissance des années 1920 n'était que passagère, et en réaffirmant pendant la Grande dépression des années 1930 que « les forces productives ont cessé de croître ».

La forte croissance des « 30 glorieuses » a bousculé les trotskistes. Certains ont nié toute croissance et tout enrichissement des prolétaires, comme le courant lambertiste.

Notes et sources[modifier]

Karl Marx, Travail salarié et Capital, 1847