Première guerre mondiale

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Dessin dans L'Humanité du 30 juillet 1924

La Première guerre mondiale (1914-1918) est un sanglant conflit entre puissances impérialistes, centré sur l'Europe, qui fit environ 9 millions de morts et 20 millions de blessées, dont 8 millions d'invalides.

Pour le mouvement ouvrier, cet épisode est rattaché à la scission entre ceux qui se rangent du côté des nationalistes bourgeois de leur pays (les "socialistes"), et ceux qui restent fidèles à l'internationalisme ouvrier (qui deviendront les "communistes").

Contexte[modifier]

Dans les dernières années du 19e siècle, la courbe fondamentale du développement capitaliste commence soudain une ascension vertigineuse. Le capitalisme européen atteint rapidement son point culminant. En 1910, éclata une crise qui n´était pas une simple oscillation cyclique périodique, mais le début d´une époque de marasme économique prolongé. La guerre impérialiste fut une tentative de sortir de l´impasse.[1]

L'union sacrée[modifier]

Article détaillé : Union sacrée.

Mais lorsque la Première guerre mondiale éclate, la social-démocratie trahit complètement les intérêts de la classe ouvrière : quasiment partout, les députés votent les crédits de guerre, les dirigeants syndicaux suspendent toute lutte de classe, et se rangent derrière "leur" bourgeoisie.

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Les hostilités[modifier]

Du fait de son retard de développement, l'Empire russe disposait d'une armée techniquement très inférieure à l'armée allemande, même si elle avait une immense population permettant de mobiliser de nombreux paysans. En conséquence, près de 20% de morts de toute la Première guerre mondiale furent des russes.

A la fin de la guerre, les vainqueurs imposent aux vaincus le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919. L'Allemagne est déclarée responsable de la guerre, et à ce titre contrainte de payer des « réparations »à la France. Le traité de Versailles redécoupe par ailleurs l'Europe en fonction des intérêts des grandes puissances et en particulier des vainqueurs.

Conséquences de la guerre[modifier]

Vague révolutionnaire de 1917-1920 et postérité[modifier]

Article détaillé : Révolutions de 1917 à 1923.

La Première guerre mondiale n'avait rien d'une "guerre rapide" comme l'espéraient les dirigeants militaires. Perçue comme une boucherie en faveur de la classe dirigeante (patronale et gouvernementale), les prolétaires se soulevèrent, notamment dans les pays de l'Est. Le plus mémorable soulèvement fût la Révolution de Février, bourgeoise, repris peu de temps après par la classe travailleuse dirigée par la fraction bolchévique du parti démocrate-socialiste russe. Dans les pays de l'ouest, les soldats se mutinent, les pacifistes prennent de l'ampleur, mais seules quelques réformes sont amorcées par le pouvoir central. En Allemagne, les communistes révolutionnaires, sous l'égide de Rosa Luxemburg, tentent de renverser le gouvernement bourgeois, mais la réaction, résistante, restaure le pouvoir bourgeois (démocratie capitaliste). En Hongrie, une insurrection populaire place les communistes au pouvoir, mais les armées blanches roumaines ont littéralement anéanti la révolution, en restaurant par la force l'ancien régime. En France, éclatent des grèves de grandes ampleurs, sitôt réprimées par le gouvernement, ne faisant aucune concession aux ouvriers. En 1920, le Congrès de Tour se tint. Les communistes révolutionnaires, conscients que les socialistes-démocrates (la SFIO) trahirent leurs bases, se séparèrent et créèrent le PCF. Les bolchéviks entendant diffuser la révolution, Lénine crée la IIIème Internationale, aux conditions d'adhésions drastiques.

Cependant, la guerre civile russe, l'échec de la révolution allemande et hongroise, la bureaucratisation de l'URSS amorcée par le Parti bolchévik unique et l'arrivée au pouvoir de Staline (après la mort de Lénine) entraînent la fin de cette vague et le début d'une période de crise économique sans précédent. La révolution ne s'étant pas suffisamment diffusée, les capitalistes gagnèrent, en quelques sortes, la lutte des classes. Quelles furent les causes de l'échec ? Les médias bourgeois au service de l'idéologie dominante jouèrent un grand rôle en calomniant la révolution russe, les bolchéviks et les révolutionnaires en général. En URSS, la démocratie ouvrière s'atrophia, puis disparut. Staline, fervant nationaliste réactionnaire, encouragea les Partis communistes inféodés à sa politique de se fondre dans les gouvernements bourgeois, leur ôtant ainsi leurs potentiels révolutionnaires et progressistes.

Fragilisation du patriarcat[modifier]

Pendant la guerre, la mobilisation de nombreux hommes augmenta soudainement l'intégration des femmes dans les usines. En Russie le pourcentage de femmes dans l'industrie passa de 32 à 40%. Mais au retour des hommes du front, les femmes furent souvent repoussées vers le rôle maternel traditionnel, notamment pour assurer un rebond démographique. Néanmoins l'effet de la guerre fut très remarqué, par exemple par Bertrand Russel qui en fait un facteur matérialiste très important :

« Platon, Mary Wolstonecraft et John Stuart Mill ont développé d’admirables arguments [pour l'émancipation des femmes], mais n’ont eu d’impact que sur un petit nombre d’idéalistes impuissants. La guerre est venue ; elle a imposé l’emploi des femmes dans l’industrie à une vaste échelle, et immédiatement les arguments en faveur du vote des femmes ont paru irrésistibles. Mieux que cela, la moralité traditionnelle des sexes a disparu, parce qu’elle reposait entièrement sur la dépendance économique des femmes vis-à-vis de leurs pères et de leurs maris. De tels changements dans la moralité sexuelle amènent de profondes altérations dans les pensées et les sentiments des hommes et des femmes en général ; ils modifient les lois, la littérature, l’art, et toutes sortes d’institutions qui semblent fort éloignées de l’économie. » [2]

Débats liés à la première guerre mondiale[modifier]

L'argument d'autorité de Marx et Engels[modifier]

A l'époque, des journaux socialistes allemands n'hésitent pas à affirmer que Marx et Engels auraient été du côté pro-guerre, vu leur position lors de la guerre franco-allemande de 1870, ou encore vu ce qu'écrivait Engels dans un de ses derniers textes : « Si la République française se mettait au service de Sa Majesté le tsar, les socialistes allemands la combattraient à regret, mais ils la combattraient tout de même. »[3]

De nombreux révolutionnaires vont alors revenir sur cette question, pour affirmer le contraire : Trotsky[4], Franz Mehring [5], Lénine[6]. Ils vont revenir sur les critères de positionnement lors des guerres, et vont généralement théoriser un changement de période, l'entrée dans un stade impérialiste.

Pacifisme et défaitisme révolutionnaire[modifier]

La majorité des dirigeants social-démocrates prennent position pour soutenir leur propre nationalisme bourgeois, invitant à l'Union sacrée contre les « pays ennemis ». Cela revenait à suspendra la lutte de classe, et à inciter des ouvriers et paysans à se massacrer entre eux. Seuls quelques social-démocrates s'y opposèrent, la majorité d'entre eux au nom d'un pacifisme assez modéré et abstrait. Ils ont notamment organisé la Conférence de Zimmerwald puis celle de Kienthal, en Suisse. Lénine était parmi les plus radicaux, en défendait ce qui restera connu comme le « défaitisme révolutionnaire ». Karl Liebknecht devint célèbre parmi les opposants à la guerre pour son courage, osant affirmer aux soldats allemands sur les tranchées : « l'ennemi principal est dans notre propre pays ! » Contrairement aux pacifistes centristes qui voulaient un retour à situation antérieure y compris dans l'Internationale, l'aile révolutionnaire de la social-démocratie s'est retrouvée sur la volonté de « transformer la guerre inter-impérialiste en guerre civile » [de classe], et la construction d'une nouvelle internationale révolutionnaire.

Manoeuvres impérialistes et calomnies contre les révolutionnaires[modifier]

Les dirigeants de l'Entente avaient intérêt à soutenir les troubles politiques dans le camp des Empires centraux, et vice-versa. Les chancelleries et autres services d'espionnage ont eu recours à diverses manoeuvres dans ce sens[7]. Mais cela ne veut absolument pas dire que les luttes sociales et politiques sont créées par les impérialistes, elles ne sont qu'un facteur secondaire. Mais les forces réactionnaires mettent l'accent sur ce facteur, s'appuyant sur les sentiments nationalistes pour calomnier les opposants et en particulier les socialistes.

En Russie par exemple, la guerre a déclenché une vague de germanophobie. L'accusation de collusion avec l’Allemagne était omniprésente. Les KD et octobristes accusaient la camarilla tsariste et la cour d’être germanophiles, et eux-mêmes furent parfois accusés de l’être par les tsaristes.

Le mouvement révolutionnaire de 1917 poussa largement les masses à gauche, et les progressistes d'hier vers la réaction. Le dirigeant KD, Milioukov, osa même dire que la Révolution de Février (qui désorganisa déjà beaucoup l'armée russe) fut l'oeuvre des Allemands, provoquant la colère des « socialistes », y compris de Kérenski. Il calomnia bien sûr encore plus la Révolution d’Octobre, disant : «Le calcul de nos ennemis qui avaient expédié Lénine en Russie était parfaitement juste». Kérenski lui-même fut accusé par l'extrême droite d'être acheté par l'or allemand... L'ex « marxiste légal » Struve dit : « Quand la révolution russe, manigancée et méditée par l'Allemagne, réussit, la Russie en somme sortit de la guerre. »

Les révolutionnaires étaient pourtant dans leur très large majorité parfaitement indépendants de toute influence impérialiste. Dès l'automne de 1914, Lénine ainsi que Trotsky, en Suisse, invitaient publiquement à rompre avec ceux des révolutionnaires qui se laissaient prendre à l'amorce du militarisme austro-allemand. Au début de 1917, Trotsky renouvela dans la presse, à New York, cet avertissement à des social-démocrates allemands de gauche, partisans de Liebknecht avec lesquels des agents de l'ambassade britannique essayaient de se lier.

L'accusation battit son plein après les journées de juillet, contre Lénine et les bolchéviks. La vague de calomnies, après avoir été cautionnée par les socialistes opportunistes, commença même à sa retourner contre eux. Les KD, ne perdant pas leur temps, engagèrent une campagne serrée contre le dirigeant SR Tchernov, qui dut pour un temps démissionner de son poste de ministre afin de se laver des accusations qui pesaient sur lui.

Ironiquement, en Allemagne, les réactionnaires prussiens qui ont été renversés en 1918 ont eux-mêmes accusé le “bolchévisme” d’être une création du capital anglo-saxon et Juif… Ludendorff écrit dans ses Mémoires : « Je ne pouvais pas supposer [que la révolution russe] deviendrait le tombeau de notre puissance. [...] La propagande ennemie et le bolchevisme visaient, dans les limites de l'État allemand à un seul et même but. L'Angleterre a donné l'opium à la Chine, nos ennemis nous ont donné la révolution... » En février 1931, il soutient que le bolchévisme était financé par le capital financier juif, uni contre la Russie tsariste et l'Allemagne impérialiste. « Trotsky arriva d'Amérique, par la Suède, à Pétersbourg, pourvu de grosses sommes fournies par le capital mondial. D'autres fonds furent transmis d'Allemagne aux bolcheviks par le Juif Solmssen. » (Ludendorffs Volkswarte, 15 février 1931) .

La bourgeoisie avait-elle intérêt à la guerre ?[modifier]

Les historiens, marxistes et non-marxistes, débattent encore aujourd'hui sur les causes de la première guerre mondiale[8].[9]

Les marxistes ont beaucoup discuté et débattu au sujet des intérêts capitalistes dans la guerre, et dénoncé par la suite les « profiteurs de guerre ». Par exemple Karl Kautsky, principal théoricien de l'Internationale, expliquait en 1898 le militarisme allemand par les intérêts des « éléments précapitalistes » de la classe dirigeante (féodaux et junkers). En 1914, il s'est mis à interpeller directement la « bourgeoisie industrielle » en soulignant qu'elle avait un intérêt économique à la paix, et a commencé à élaborer sa perspective du « super-impérialisme » (un dépassement des rivalités impérialistes dans une mondialisation libre-échangiste pacifique).

Beaucoup d'autres philosophes plutôt libéraux (Schumpeter, Russel[10]...) insistaient sur l'irrationnalité de la guerre, et soutenaient que cela invalidait le matérialisme historique (compris comme un réductionnisme économique).

A l'inverse la plupart des révolutionnaires (Rosa Luxemburg la première, puis Lénine, Trotsky...) ont taxé Kautsky d'utopisme, en soutenant que les rivalités politico-économiques conduisaient forcément le capitalisme à des guerres.

La guerre était-elle inévitable ?[modifier]

Quelques semaines après le déclenchement de la guerre, Trotsky constatait :

«Aussitôt la mobilisation annoncée, la social-démocratie se trouve confrontée avec la force au pouvoir concentrée qui se base sur un puissant appareil militaire prêt à renverser, avec l’aide de tous les partis et institutions bourgeois, tous les obstacles se trouvant sur son chemin… Dans de telles conditions, il ne peut être question d’actions révolutionnaire de la part du parti…»[4]

Lénine dira après la guerre que même une internationale révolutionnaire n'aurait pas pu empêcher la guerre[11].

Catalyseur de révolution ou retardateur ?[modifier]

Certains observateurs estiment que la vague révolutionnaire post 1917 n'est pas la simple conséquence de la guerre, mais s'inscrivent dans une instabilité latente que la guerre a retardé ou dévié plutôt que fait éclater.

Par exemple le marxiste Arthur Rosenberg écrit :

«Le soi-disant effondrement de la IIe Internationale n’a pas pour origine le fait que la classe ouvrière socialiste ne réussit pas alors à empêcher la guerre. Car même si les social-démocrates des huit grandes puissances avaient eu alors à leur tête des révolutionnaires héroïques, la guerre n’aurait pas pu être évitée… Cependant, l’Internationale se vit contrainte, en août 1914, de dissiper le brouillard révolutionnaire dont elle s’était jusqu’alors entourée; cette opération put prendre l’aspect d’une débâcle.»[12]

Notes et sources[modifier]

Blog de Julien Chuzeville, Histoire du socialisme pendant la Première guerre mondiale