Industrie de l'armement

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L'industrie de l'armement est la branche du secteur industriel consacrée à la fabrication et au commerce des armes dans les domaines civil et militaire.

Production d'armes[modifier]

Selon l'ONG Oxfam[1], 640 millions d'armes légères sont disséminées à travers le monde (une pour dix personnes) en 2013. La production de cartouches militaires est de 14 milliards par an.

Une large partie des ventes d'armes est issue des surplus militaires ; en effet, au lieu de détruire des armes anciennes ou surnuméraires, les États revendent en général leurs stocks. Le Nigéria, la Lettonie et l'Afrique du Sud sont les seuls États détruisant leurs excédents ou les armes saisies.

À travers le monde, 1249 entreprises dans plus de 90 pays produisent des armes légères. Dans certains de ces États, les réglementations commerciales sont quasi inexistantes.

Rang Nom Nationalité/
localisation
Rang
2014
Revenu de la défense
(milliards de USD)
Part du revenu de la défense

dans le revenu total (%)

1 Lockheed Martin USA 1 40,128 88
2 Boeing USA 2 29,000 32
3 BAE System RU 3 25,229 92,8
4 Raytheon USA 4 22,228 97,4
5 General Dynamics USA 6 18,561 60,2
6 Northrop Grumman USA 5 18,400 76,7
7 Airbus Group UE 7 14,609 18,1
8 United Technologies USA 8 13,029 20
9 Finmeccanica (Leonardo) Italie 10 10,561 54,2
10 L-3 Communications USA 11 9,808 80,9

Vente d'armes[modifier]

Les chiffres des ventes légales d'armes (hors trafic d'armes) sont difficiles à évaluer précisément. Tout d'abord parce que les contrats dans ce domaine ne sont pas toujours publics. Ensuite parce que la vente peut associer du matériel à de l'assistance militaire ou de la formation. Selon les sources, les estimations peuvent donc diverger fortement.

L'acquisition et l'entretien de l'armement représente une part importante du budget de la défense d'un pays. En 2014, ces budgets totalisaient dans le monde 1,8 billion $ US.

En 2005 le rapport annuel du Congrès des États-Unis sur les ventes d'armes dans le monde a estimé qu'en 2004 la valeur totale des contrats de ventes d'armes (et tous services associés) à travers le monde était de 37 milliards de dollars, alors que l'année précédente elle était de 28,5 milliards de dollars. En 2000, elle atteignit 42,1 milliards de dollars. Si on considère non plus les contrats, mais les livraisons, la valeur pour 2004 est de 34;8 milliards de dollars, à peu près stable en monnaie constante depuis 2000.

Par contre, l'organisme Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) évalue le volume mondial des transactions à environ 34 milliards de dollars en 2000 et 50 milliards en 2004. Entre 2002 et 2006 les ventes d’armement du Nord vers le Sud ont augmenté de 50 %[2].

Le président russe Dmitri Medvedev a déclaré que les exportations d'armes de la Russie atteignent en 2008 un record de 8,35 milliards de dollars, soit 800 millions de plus qu'en 2007[3].

Principaux pays exportateurs d'armes[modifier]

En 2006, la Russie est le principal exportateur mondial et les deux principaux pays destinataires en sont, selon le rapport du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), la Chine à hauteur de 43 %, et l'Inde pour 25 %[4]. En 2016, les États-Unis avec 22,36 milliards d'euros, la Russie avec 6 milliards d'euros et la France avec 4,3 milliards d'euros sont les trois premiers exportateurs d'armes[5].

L'industrie de l'armement se structure aux États-Unis par suite de l'effort de guerre déployé pour produire « l'arsenal des démocraties » des Forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président Dwight David Eisenhower, président des États-Unis de 1953 à 1961 a averti ses concitoyens de l'avènement d'un complexe militaro-industriel par un discours devenu depuis renommé[6].

Cumulées, les exportations des États membres de l'Union européenne (UE) vers les États non-membres font de l'organisation européenne le troisième exportateur d'armes du monde avec 27 % de part de marché[4].

Le volume des exportations d'armes a connu une sérieuse baisse depuis les années 1980-1985, mais depuis 2003, il y a une reprise, sans atteindre le volume de 1980.

Principaux pays exportateurs d'armes de 2001 à 2005[4]
Pays  %
Russie 31 %
États-Unis 30 %
Allemagne 6 %
Chine 6 %
France 5 %
Royaume-Uni 4 %
Espagne 3 %
Ukraine 3 %
Italie 3 %
Israël 2 %
Principaux pays exportateurs d'armes de 2009 à 2013[7]
Pays  %
États-Unis 29 %
Russie 27 %
Allemagne 6 %
Chine 6 %
France 5 %
Royaume-Uni 4 %
Espagne 3 %
Ukraine 3 %
Italie 3 %

Principaux pays acheteurs d'armes[modifier]

Entre 2001 et 2008, selon le Congressional Research Service du Congrès des États-Unis, les dix principaux importateurs de matériel militaire étaient les suivants :

Principaux pays importateurs d'armes de 2001 à 2008[8]
Pays en milliards de USD  % des achats mondiaux
Arabie saoudite 36,7 16 %
Inde 30,9 14 %
Émirats Arabes Unis 15,3 7 %
Chine 12,9 6 %
Égypte 12,3 5 %
Pakistan 11,8 5 %
Israël 7,1 3 %
Syrie 6,5 3 %
Venezuela 5,8 3 %
Algérie 4,9 2 %
Reste des États développés 80,9 36 %

Entre 2009 et 2014, l'Arabie saoudite a acheté aux États-Unis pour treize milliards de dollars d'armement, ce qui représente le montant le plus élevé des pays du monde entier durant la même période. En 2014, ce pays a aussi conclu une entente avec le Canada pour l'achat de plusieurs centaines de blindés légers, contrat d'un montant de quinze milliards de dollars[9]. L'Algérie, quant à elle, est en 2017 le premier pays importateur d'armement du continent africain[10].

Cadre législatif et restrictions[modifier]

La vente d'armes est encadrée par des dispositions législatives strictes depuis que, en 2013, l'Organisation des Nations unies a adopté le Traité sur le commerce des armes. Ce traité, adopté par 130 pays, était ratifié par 82 pays en avril 2016[11].

Au Canada, la Loi sur les licences d’exportation et d’importation[12] stipule que « tout résidant du pays ou entreprise canadienne qui souhaite exporter un article figurant sur la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlée (LMTEC)[13] doit obtenir une licence d’exportation délivrée par le ministère des Affaires étrangères du Canada[14] Cette loi interdit notamment la vente d'armes à des pays hostiles, soumis à des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies ou dont le gouvernement viole de façon grave et répétée les droits de la personne, « à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile. »Le flou de ce dernier critère a permis au gouvernement canadien d'autoriser une filiale de General Dynamics établie à London (Ontario) d'effectuer une importante vente de blindés légers à l'Arabie saoudite en 2016, autorisation contestée devant les tribunaux. Sous Stephen Harper, le Canada est un des rares pays à ne pas avoir signé le Traité sur le commerce des armes[15].

L'économie de l'armement et le capitalisme[modifier]

Fardeau ou facteur multiplicatif ?[modifier]

Certains économistes (notamment des keynésiens) soutiennent que les investissements dans l'armement permettent de relancer l'accumulation du capital (la croissance). Rosa Luxemburg pensait également cela.

De nombreux économistes classiques (comme Adam Smith) ou néoclassiques soutiennent au contraire que la production d'arme n'est qu'une ponction parasitaire sur l'économie. Les pacifistes bourgeois insistent également sur cet argument.

La plupart des économistes marxistes (François Chesnais, Claude Serfati...) soutiennent également que la production d'armes est un fardeau sur l'économie (car elle n'entre pas dans un nouveau cycle de production), tout en y voyant une conséquence inévitable du stade impérialiste en raison de la concurrence entre multinationales et Etats.

Une des retombées positives pour le reste de l'économie est la recherche et développement. Cependant une part importante de ces sommes est consacrée au développement des matériels et non à la recherche, fondamentale ou appliquée. Les techniques développées sont extrêmement spécialisées et donc rarement transférables à l’industrie des biens de production ou de consommation.

Par ailleurs il faut noter que, du point de vue empirique, des pays qui, comme la RFA et le Japon, n’avait pour des raisons politiques (démilitarisation imposée par la défaite en 1945) que des dépenses relativement faibles à effectuer pour l’armement, ont connu des taux de croissance moyen nettement plus élevés que la moyenne des pays impérialistes. Entre 1950 et 1973, le taux de croissance moyen du PIB réel par habitant a été de 8% par an au Japon, de 5% en Allemagne, de 2,4% seulement aux Etats-Unis.

Qui finance en dernière analyse ?[modifier]

Le capital investi dans l’industrie d’armement ne produit certes par lui-même aucune plus-value mais permet aux capitalistes de l’armement de s’approprier une part de la plus-value totale produite. C’est la raison pour laquelle, bien que l’industrie d’armement soit en elle-même un fardeau économique, il est possible qu’un pays ayant beaucoup de capital investi dans l’industrie d’armement puisse en tirer profit économiquement, en tant qu’unité capitaliste nationale. En effet, le fait que les armes soient des marchandises qui sont le produit d’un travail improductif n’empêchent nullement qu’elles s’échangent comme marchandises sur le marché mondial : cet échange qui se fait sous forme monétaire revient cependant toujours à échanger potentiellement des marchandises contenant du travail improductif contre des marchandises contenant du travail productif. Lorsqu’un pays vend des armes et peut acheter avec l’argent qu’il en retire des matières premières, des produits manufacturés, etc., c’est au bout du compte comme s’il avait produit lui-même ces marchandises sur son sol, bref, comme si le travail des ouvriers de l’armement et les moyens de production de l’industrie d’armement avait été employés à un travail productif. C’est donc l’Etat qui achète les armes qui porte le fardeau du militarisme, donc, bien entendu, en dernière analyse, les prolétaires de ces pays.

Par ailleurs l’impérialisme américain, parvient à faire reposer, en tant qu’impérialisme dominant, une grande part de ses frais sur les autres impérialismes : il a ainsi fait payer le coût de la première guerre contre l’Irak principalement à l’Arabie Saoudite, aux divers émirats du Golfe, à l’Allemagne et au Japon.

Notes et références[modifier]

Bibliographie[modifier]

Ouvrages[modifier]

  • Bernard Cheynel et Catherine Graciet, Marchand d'armes, Seuil, 2014.
  • Alec Castonguay, « Le Canada vend pour 850 millions $ d’armes à des régimes répressifs », dans L'Actualité, 21 avril 2016 [texte intégral] 
  • Crouzet F (1974). Remarques sur l'industrie des armements en France (du milieu du XIXe siècle à 1914). Revue historique, 251 (Fasc. 2 (510), 409-422.
  • Jean-François Dubos, Ventes d'armes : une politique, Gallimard, 1974.
  • Philippe Vasset, Journal intime d'un marchand de canons, Fayard, 2009.
  • Paul Christopher Webster, « The Silent Partner », dans The Globe and mail, 27 avril 2016 [texte intégral] 

Sites web[modifier]