Capitalisme vert

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Le capitalisme vert est le mythe d'un capitalisme qui ne causerait plus de crises écologiques.

Le capitalisme inconscient ou aveugle[modifier]

Aux origines, les conséquences écologiques de la production capitaliste étaient très peu connues, et les questions de soutenabilité n'étaient quasiment pas posées.

Lors de la révolution industrielle, des activités qui étaient réalisées depuis longtemps se sont accélérées. De nouveaux secteurs d'activité comme la production d'énergie à partir du charbon ont connu un boom et la dynamique de croissance a vite concentré des activités polluantes, faisant apparaître des désastres écologiques et sanitaires : empoisonnement de l'air des villes, de l'eau des rivières et des nappes souterraines...

Les premiers économistes bourgeois assumaient de considérer la nature comme une ressource illimitée :

« Les richesses naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques. » J.-B. Say

Dès 1840, les sciences et les techniques s’intéressaient à leurs conséquences. Par exemple, Justus von Liebig cherchait le passage entre une agriculture d’exploitation et une agriculture de restitution (ses travaux intéressaient beaucoup Marx). Dans sa brochure de 1885 sur les réserves énergétiques et leur utilisation au service de l’humanité, Rudolf Clausius sonnait l’alarme à propos de « la question du charbon » : « Nous consommons ces réserves dès maintenant et nous comportons comme des héritiers prodigues. »

Pourtant ces nombreuses avancées ont mis énormément de temps à être, au moins partiellement / verbalement, prises en compte dans la théorie économique. En partie, cela s'explique par l'expansion continue du capitalisme dans l'espace, qui au travers de sa mondialisation impérialiste a pu ne pas sentir ses propres limites pendant presque deux siècles.

Greenwashing[modifier]

Le "degré zéro" de cette idéologie bourgeoise du capitalisme vert est celui qui consiste à faire de pures campagnes de communication pour faire passer pour "écologique" ce qui ne l'est pas. Ce que les écologistes critiques appellent le greenwashing ("passer à la machine pour rendre vert"). Cela a l'avantage de permettre aux capitalistes en question de surfer sur la "conscience écologique" des consommateurs, et donc de se placer sur un créneau qui justifie souvent des prix un peu plus élevés.

Solutions inefficaces ou insuffisantes[modifier]

Mais bien souvent, le discours du business écolo se base sur quelques éléments de vérité qui le rendent plus efficace.

Produits moins polluants, éfficacité énergétique...[modifier]

Le premier de ces discours est qu'il y a des investisseurs qui parient sur des produits moins polluants ou moins gourmands en énergie, et qu'il suffit d'acheter ces produits pour faire avancer la cause de l'écologie. En réalité rien n'avance.

Par exemple, il est tout à fait vrai qu'une voiture récente consomme moins d'énergie qu'un modèle ancien. Mais il y a tellement de voitures produites que le bilan s'aggrave en permanence : consommation de pétrole exponentielle, plus les coûts énergétiques de la production, les carcasses qui s'accumulent... Les sacs plastiques produits aujourd'hui sont souvent biodégradables, mais lorsqu'ils se retrouvent dans l'eau en grande quantité, ils provoquent de l'eutrophisation.

L’économiste William Stanley Jevons constatait déjà en 1860 que chaque nouveau modèle de machine à vapeur était plus efficace que le précédent et qu’on avait besoin de moins de charbon pour atteindre le même niveau de production. Il s’étonnait par conséquent de voir que la demande mondiale de charbon continuait d’augmenter. Cela était dû au fait que chaque nouvelle amélioration de l’efficacité engendrait automatiquement une plus grande accumulation.

Même s'il est possible de réduire la consommation d’énergie par unité produite, le capitalisme continue d'entraîner la production de toujours plus de marchandises, ce qui anéantit les avantages des économies d’énergie par unité.

Dématérialisation de la croissance[modifier]

Article détaillé : Dématérialisation de l'économie.

Généralisation des thèmes précédants, certains discours d'économistes ou écologistes pro-capitalistes expliquent que l'on peut tendre graduellement vers un capitalisme qui pèserait moins sur les ressources naturelles. Ils mettent en avant la baisse de "l'intensité énergétique de la croissance" (énergie consommée pour une augmentation d'un point du PIB), ou la baisse de "l'intensité carbone de l'énergie" (émissions de CO2 pour une production d'énergie donnée). Mais là encore on peut généraliser le contre-argument suivant : un point de PIB en plus, c'est tellement plus de marchandises en plus que le bilan est mauvais (la consommation d'énergie continue d'augmenter), et le total des émissions de gaz à effet de serre (GES) augmente aussi.

Certains vont jusqu'à prétendre que le capitalisme serait entré ou pourrait entrer dans une nouvelle révolution industrielle où il serait "dématérialisé" : la croissance dans le secteur informatique serait sobre en énergie, etc... C'est un mythe total : l'industrie informatique est très gourmande, notamment en raison du gaspillage capitaliste, mais elle ne fait que s'ajouter à toute l'industrie existante (même si celle-ci est partiellement délocalisée)...

Solutions par le marché[modifier]

Jean-René Fourtou, ancien PDG de Rhône-Poulenc, exprimait un changement de discours des grandes entreprises par rapport à l'environnement : « D'une charge nécessaire, l'environnement est devenu un « business » pour nous ».

La plupart des prétendues lois ou dispositifs censés freiner les émissions de GES reposent presque toujours sur le marché. Le principe est assez intuitif : il s’agit de responsabiliser les "acteurs" en leur faisant porter des coûts qui en temps normal sont « externalisés ».

L’exemple type c’est le marché des droits à polluer (cap and trade). Ce système a été testé dans l'Union européenne et n’a pas permis de réduire les émissions de GES. Théoriquement, le terme cap désigne un plafond d’émission (or, il intervient plutôt comme un plancher puisque dès qu’un individu ou une entreprise émet moins de CO2, un autre peut sans problème en émettre davantage aussi longtemps que la limite fixée n’est pas dépassée).

C’est aussi le principe de la taxe carbone : taxer les marchandises en fonction des émissions de GES qu’il a fallu pour les produire ou les transporter. Ainsi, les industriels seraient incités à produire plus « vert » et les acheteurs à « consommer responsable ». Sauf que les capitalistes sont surtout enclins à se contenter de répercuter les coûts à la vente, et très peu à investir, surtout dans la période de suraccumulation actuelle. Peut-être qu’une taxe élevée aurait un effet plus net, mais elle serait socialement intenable. Car dans une société de classes, une taxe sur la consommation, comme la TVA, est une taxe injustequi pénalise les plus pauvres. Une (petite) taxe carbone a donc en vérité un intérêt bien différent de l’affichage : augmenter un peu les impôts, sans freiner la compétitivité capitaliste. C’est bien pour cela que le gouvernement SPD-Verts de Schröder a fait passer une taxe carbone au milieu de ses lois anti-sociales Hartz.

D'autres écologistes soutiennent que fondamentalement, les coûts écologiques seraient incommensurables aux valeurs économiques. C'est-à-dire que l'on ne peut assigner de valeur correcte aux ressources naturelles, que celles-ci ne seront vraiment connues que par les générations futures. C'est notamment la thèse de Joan Martinez Alier et Klaus Schlüpmann[1]., ou encore de William Kapp[2], ou encore de Georgescu-Roegen[3].

Les grandes rencontres internationales[modifier]

Le « sommet de la Terre » - Rio de Janeiro, 1992[modifier]

En juin 1992, un sommet de la Terre a été réuni à Rio de Janeiro, d'où les enfants de la rue avaient été brutalement chassés, et même assassinés au besoin, pour la circonstance. Plus d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement étaient présents, ainsi que des industriels et plusieurs centaines d'organisations non gouvernementales, des milliers de journalistes et de participants divers. Le but était de réussir une grande opération consensuelle sous la bannière de la défense de la planète (en faisant oublier que 20 % de la population mondiale consomment à eux seuls 80 % des richesses).

Le sommet de Rio a donc marqué l'intérêt officiel en faveur d'une politique de « l'environnement global ». Parmi les menaces planétaires évoquées, il y eut celle qui plane sur la biodiversité, c'est-à-dire la diversité des espèces vivantes, en raison des risques accrus de disparition d'espèces animales et végétales. La convention qui fut signée sur ce sujet, après un long marchandage, donne aux États des pays sous-développés le droit de réclamer des redevances aux industriels qui mettraient au point un produit dérivé des ressources naturelles de leurs pays. Ils peuvent « confier » à de grandes entreprises privées, par contrat, le droit d'exploiter leurs ressources animales et végétales, à peu près comme ils ont « confié » - si l'on ose dire - aux trusts impérialistes l'exploitation de leurs matières premières minérales, leur pétrole par exemple.

Le Costa Rica a transformé le quart de son territoire en réserves naturelles, où la grande firme pharmaceutique américaine Merck prospecte et analyse des échantillons de plantes, de microbes et d'insectes (moyennant une compensation financière). Des contrats analogues existent entre des industriels européens et certains pays africains.

Toujours au nom du respect de la biodiversité, plusieurs Organisations non gouvernementales (ONG) « vertes » ont formulé des propositions convergeant avec celles des industriels. Ainsi, l'existence de la dette contraint bien des pays pauvres à brader leurs ressources naturelles pour rembourser. Des ONG de défense de l'environnement rachètent une partie de la dette à prix réduit. Les banques créancières y trouvent leur intérêt, car cela leur permet de minimiser leurs « pertes » sur des créances de toute façon irrecouvrables, et elles retirent des avantages fiscaux de l'opération.

On appelle cela les échanges « dettes-nature », et c'est une forme de troc pratiquée dans le milieu de la finance qui est appliquée à l'écologisme. A une époque où l'exploitation par l'impérialisme du monde sous-développé a pris une forme en grande partie financière, l'environnement naturel de ces pays est en train d'entrer dans un circuit de type boursier...

Evidemment, les pays d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Asie n'ont pas les mêmes moyens pour imposer aux pays industrialisés, principaux pollueurs du monde, des conditions de protection de leur biodiversité... Et l'environnement est devenu une nouvelle sorte d'alibi pour une autre forme d'ingérence de la part des pays riches, « l'ingérence écologique » (l'expression est, paraît-il, de Michel Rocard).

Perspectives[modifier]

Socialisme...[modifier]

Article détaillé : Socialisme et écologisme.

ou fuite en avant[modifier]

Toujours pour éviter toute remise en question des rapports de production, et au contraire donner des débouchés à l'industrie capitaliste, certains ingénieurs ou scientifiques échaffaudent des pseudo-solutions technologiques pour régler les problèmes environnementaux.

C'est la problème du changement climatique qui alimente le plus de scénarios de ce genre :

D'ors et déjà, l'injection du CO2 généré dans le sol est à l'essai (séquestration géologique du carbone), alors que l'on sait qu'il y a d'énormes risques en cas de fuite, et que l'on ne sait même pas quels peuvent êtres les effets sur les sous-sols.

Certains préconisent de verser de la limaille de fer dans les océans pour stimuler la production d’algues, ce qui à son tour permettrait une meilleure absorption du CO2 ... Mais de telles mesures pourraient également avoir pour conséquence le développement de zones mortes dans nos océans (anoxie des océans).

Le météorologue et prix Nobel de chimie Paul Crutzen suggère de déverser du soufre dans l’atmosphère au moyen de canons ou d’avions. Les vapeurs sulfureuses pourraient capter une partie des rayons solaires et freiner le réchauffement de la terre. Mais si le capitalisme continue de sévir, il nous faudra chaque année augmenter de façon exponentielle la quantité de souffre déversée dans l’air sans avoir la moindre idée des conséquences que pourrait avoir cette intervention au niveau de l’atmosphère terrestre.

D'autres parlent d'augmenter la réflexion des rayons solaires dans l’espace (par la création d’îles blanches ou par des satellites).

Notes et sources[modifier]

Daniel Bensaïd, Marx, productivisme et écologie, octobre 1993

Écologie et socialisme : une interview de John Bellamy Foster

  1. Joan Martínez Alier, Klaus Schlüpman, La economía y la ecología, 1991
  2. William Kapp, Development and environmental disruption, 1983
  3. Georgescu-Roegen, The Entropy law and de economie process, 1971