Taux de profit

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Le taux de profit est le rapport de la plus-value sur le capital investi. C'est un outil fondamental du marxisme, notamment via la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui explique l'instabilité et les crises du capitalisme.

Définition[modifier]

Pour un capitaliste qui a investi un capital A = c+v et réalisé une plus value pl, le taux de profit sera : TP = pl/A.

La définition du taux de profit est donc :

Et sous, une autre forme, obtenue en divisant numérateur et dénominateur par v :

où e = pl/v est le taux d'exploitation et co = c/v est la composition organique du capital.

Intérêt de cette grandeur[modifier]

Aiguillon de l'investissement[modifier]

Ce qui motive les capitalistes, c'est bien leur profit. Mais même s'il y a un volume de profit non nul dans un secteur ou une entreprise (A'-A > 0), les investisseurs gardent les yeux rivés sur le taux de profit pour décider de le pérénniser ou de plier boutique :

  • un investissement est souvent lourd et risqué et il est nécessaire pour les capitalistes qu'il y ait un intérêt suffisant à le consentir,
  • un investissement réclame une avance de capital, donc des emprunts aux banques ou l'accord des actionnaires, qui ne seront pas acceptés si jugés insuffisamment rentables ou trop risqués.

C'est pourquoi Marx considérait le taux de profit comme l'aiguillon du capitalisme.

Investissement et centralisation du capital[modifier]

Les nouveaux marchés sont souvent explorés par de petits capitaux, qui prennent ainsi les risques les plus importants. C'est surtout pour ces petits capitaux qu'un taux de profit élevé est important, pour obtenir des financements, et accumuler suffisamment pour rembourser les dettes. Les entreprises qui connaissent un réel succès deviennent ensuite des grands capitaux (centralisation du capital), soit par une croissance externe fulgurante (Microsoft), soit par rachat par des grands groupes. Marx notait dans Le Capital :

« Le taux du profit, c’est-à-dire l’accroissement proportionnel du capital, dit Marx, est important avant tout pour tous les nouveaux placeurs de capitaux se groupant indépendamment. Et dès que la formation de capital tomberait exclusivement aux mains d’une poignée de gros capitaux tout formés, le feu vivifiant de la production s’éteindrait - entrerait en somnolence. »[1]

Stabilité et instabilité du capitalisme[modifier]

Le taux de profit et son évolution permet également de comprendre la dynamique de crise ou de croissance générale du capitalisme. Lorsque le taux de profit est élevé, les crises cycliques affectent peu l'économie, lorsqu'il stagne à un niveau relativement bas, les crises sont violentes et plus longues. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit permet de comprendre pourquoi le capitalisme ne peut pas se stabiliser dans un état de croissance durable, et est voué à une instabilité chronique.

« La baisse du taux du profit ralentit la formation de capitaux nouveaux et favorise la surproduction, la spéculation, les crises, la surabondance de capital et la surpopulation [chômage] »[2]

Taux de profit moyen[modifier]

La capacité à créer du surproduit social est homogène sur l’ensemble d’une société. L’appropriation privée de ce surproduit est globalisée et ne se fait pas entreprise par entreprise, sinon il n’y aurait aucun intérêt à investir hors des sociétés de main d’oeuvre puisqu’il n’y a que la main d’oeuvre qui crée de la plus-value.

En France, on considère comme très satisfaisant un résultat de 7 ou 8%.  

Difficultés de mesures[modifier]

Exploitation des statistiques bourgeoises[modifier]

Le taux de profit est un outil critique et les capitalistes utilisent généralement d'autre grandeurs, plus neutres ou qui leur sont plus directement utiles, comme le taux de marge, le taux de rentabilité, le ROE... C'est l'obstacle principal à l'établissement de chiffrages du taux de profit, qui oblige les marxistes à utiliser les données issues des comptabilités ou des statistiques capitalistes.

Mensonges patronaux[modifier]

Les comptabilités nationales se basent la plupart du temps sur les déclarations au fisc des chefs d'entreprises. On imagine facilement qu'ils peuvent avoir intérêt à mentir sur les chiffres donnés.

« Pour les entreprises multinationales une méthode qui est apparue au grand jour récemment consiste à concentrer la déclaration d’activités en profit dans des pays à faible fiscalité, et inversement à prétendre que les activités qui s’opèrent dans des pays à forte fiscalité sont en déficit. C’est ainsi que Total prétend que ses activités françaises (essentiellement les raffineries) sont en perte pour ne pas payer un centime d’euro en France, alors que ses bénéfices globaux sont de 8 milliards d’euros ! Dans le même ordre d’idées, il est évidemment fallacieux de prétendre que les salaires des dirigeants des grandes entreprises constituent uniquement le coût de leur force de travail, alors qu’ils en décident eux-mêmes le montant , et gagnent en moyenne 190 fois le smic. Pourtant c’est bien dans la partie « salaires » et non « bénéfices » que vont ces sommes dans la comptabilité des entreprises. » [3]

Distorsion par l'inflation[modifier]

Une importante distorsion peut être causée par l'inflation. En effet, la rentabilité peut être grossie par l’augmentation apparente de la valeur des marchandises produites.

Distorsion par les gains de productivité[modifier]

Lorsque les entreprises calculent leur taux de profit, elles divisent leur profit sur un certain nombre d’années par l’investissement qu’elles ont réalisé au cours de ces années. Mais cette comptabilité est complexe et les données "nationales", qui sont le plus souvent utilisées en macro-économie, rapportent le profit au coût actuel, et non pas au coût historique. Ainsi, si des gains de productivité ont depuis réduit la valeur des moyens de production, le taux de profit calculé surestimera le taux de profit réel.

Distorsion par les profits fictifs[modifier]

Enfin un élément qui a pris beaucoup d'importance ces dernières années est l'augmentation rapide de "profits fictifs" dus au secteur financier. Certains auteurs comme Robert Brenner se restreignent donc aux entreprises non financières pour éviter ce problème, mais même ces sociétés ont bénéficié d'une appréciation croissante de leurs actifs, qu'il est difficile d'évaluer.

Voir aussi l'approche de Alan Freeman : https://thenextrecession.files.wordpress.com/2013/02/freeman13.pdf

Problème du capital circulant[modifier]

Voir cet article : http://marx2010.weebly.com/uploads/5/4/4/8/5448228/second_submission.docx

Le taux de profit depuis 60 ans[modifier]

Globalement, les économistes marxistes retrouvent une évolution du taux de profit assez similaire pour l'immédiat Après-guerre :

  • un niveau élevé (20%) durant la Seconde guerre mondiale
  • une tendance à la baisse plus ou moins marquée selon les auteurs

En revanche, il y a des divergences sur son évolution à partir des années 1980. Pour la plupart il est reparti à la hausse, mais sans revenir au niveau de l'Après-guerre.

Les courbes varient selon les zones géographiques considérées, mais la tendance sur le long terme est la même.

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Sur le graphe suivant, l'effet de correction des données est illustré, d'abord en retranchant l'effet de l'inflation, puis en retranchant l'effet des gains de productivité par la méthode MELT (Monetary Equivalent of Labour Time).

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Taux de profit mondial[modifier]

Un taux de profit est en général mesuré pour un pays donné à partir de ses statistiques nationales. Toutefois, la question se pose de savoir si l'on peut mesurer un "taux de profit mondial", et si c'est pertinent. Cela dépend fondamentalement de la liberté de circulation des capitaux. Si elle était totale, il y aurait un vrai marché mondial et un taux de profit mondial clairement défini. Mais c'est un cas purement théorique, car le capitalisme est incapable de dépasser les Etats-nations. Cela dit, la vague de mondialisation qui a eu lieu depuis les années 1980 est la plus profonde jamais réalisée, donc elle rend possible d'estimer un taux de profit mondial.

Michael Roberts a produit le graphe suivant, qui montre que le taux de profit mondial suit celui des pays du G7, mais qu'il est nettement au dessus depuis les années 1990. Cela explique les délocalisations.

TauxProfitMondial.png

Un taux de profit mondial sur longue période (1869-2009) a été estimé par le chercheur Esteban Ezequiel Maito. Il fait apparaître une tendance séculaire à la baisse du taux de profit.

TauxProfitMondial-1869-2009.png

Notes et sources[modifier]

Marcel Roelandts, Le cadre méthodologique de la théorie des crises chez Marx et sa validation empirique, Juillet 2009

Isaac Joshua, Note sur la trajectoire du taux de profit, Contretemps

  1. Karl Marx, Le Capital, livre III, ch. 15
  2. Marx, Le Capital, livre III, chapitre 15
  3. Le taux de profit aujourd'hui, Revue Que faire ?, Février-avril 2011