Pollution de l’air

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La pollution de l'air, ou pollution atmosphérique est la diffusion dans l'air de substances toxiques, pour l'homme ou d'autres êtres vivants de notre écosystème actuel.

Historique[modifier]

On peut trouver des traces de pollution de l'air même dues aux activités (mines, fonderies...) de l'Antiquité romaine.

Les villes du Moyen Age avaient connu leur lot de pollutions avec leurs rues qui ressemblaient à des cloaques et leurs rivières où se déversaient les déchets des tanneries et des abattoirs. On s'était plaint, à Londres, de la pollution de l'air, dès le 13e siècle.

Mais c'est avec la Révolution industrielle du 19e siècle que la pollution de l'air est vraiment devenu un problème de grande ampleur. Premièrement, c'est le recours intensif à la combustion du charbon comme source d'énergie qui a généré une intense pollution au niveau des grandes villes industrielles. C'était également le début du problème de l'effet de serre, alors inconnu.

Les colonnes de fumées noires s'élevant des cheminées d'usines restent emblématiques de cette pollution très visible, et du 19e siècle. Mais bien qu'aujourd'hui la pollution soit globalement inodore et incolore, elle reste présente. D'autres sources de pollution de l'air sont venues s'ajouter, comme celle du transport automobile, des accidents nucléaires, des climatiseurs... Certains polluants de l'air ont été réduits plus ou moins drastiquement (oxydes d'azote, monoxyde de carbone, plomb, CFC...).

Chaque année, la pollution de l'air serait responsable de plus de 2 millions de morts prématurées par an, surtout dans les pays à revenus moyens, dont 1,3 million directement dû à la pollutions urbaines[1]. Dans environ la moitié des cas, ce sont des pneumonies qui ont emporté des enfants de moins de 5 ans. En Europe, ce serait au moins 400 000 morts prématurées par an, dont 42 000 en France (5% des décès)[2]. Sur 11 millions de français vivant en ville, 2 786 meurent à cause de la pollution de l'air.[3]

Types de pollution[modifier]

Naturelle / anthropique[modifier]

On peut distinguer les sources de pollution naturelles et anthropiques (dues à l'activité humaine). Par exemple, le volcanisme ou l'érosion sont des sources naturelles de polluants atmosphériques. Mais la frontière est parfois floue.

Par exemple, certains sols comme les marécages peuvent émettre des polluants comme le méthane, mais le réchauffement anthropique accélère ce phénomène.

Pollution photochimique[modifier]

Principalement, il s'agit de la formation d'ozone (O3) dans l'air proche du sol. En présence de "polluants primaires", ou "précurseurs" (oxydes d'azote et Composés Organiques Volatils), le rayonnement ultraviolet du Soleil peut entraîner la formation d'ozone ou d'autres composés oxydants (peroxyde d'hydrogène, aldéhydes, peroxy acétyl nitrate ou PAN).

L'ozone a des effets sur la santé humaine (problèmes respiratoires) et les végétaux.

Ce type de pollution est fréquent en période de chaleur estivale, et est très lié au problème des pluies acides.

Acidification[modifier]

Les émissions de dioxyde de soufre (SO2), d'oxydes d'azote (NOx) ou de chlorure d'hydrogène (HCl) entraînent une augmentation de l’acidité de l’air par oxydation.

Cette acidification peut modifier les équilibres chimiques et biologiques et affecter gravement les écosystèmes. L'exemple connu en est le phénomène des pluies acides : des pluies avec un pH voisin de 4 à 4,5, qui sont nocifs pour la faune et la flore, et dégradent les bâtiments.

Moteurs de voitures, camions et avions[modifier]

L'immense majorité des moteurs de voitures et camions utilisent des énergies fossiles (essence, diesel...) dont la combustion libère des gaz polluants : monoxyde de carbone (CO), oxydes d’azote (NOx), particules fines… et ils sont responsables d'environ un quart du CO2 atmosphérique, facteur majeur du changement climatique.

La pollution des avions est elle aussi un facteur majeur : ils sont moins nombreux, mais brûlent beaucoup plus de carburant (kérosène), et le libèrent beaucoup de CO2 dans la haute atmosphère où il contribue directement à l'effet de serre. Un avion qui décolle produit en moyenne 14 kg d'oxyde d'azote, l'équivalent de 2 000 voitures diesel parcourant 25 km.

Lors de pics de pollution, les oxydes d'azote causent troubles respiratoires, inflammation et obstruction des voies aériennes et augmentation de la sensibilité aux attaques microbiennes. Par ailleurs les particules fines s'avèrent particulièrement dangereuses : le fait d'habiter à proximité du trafic routier serait à l'origine de 15% des asthmes chez l'enfant et de l'augmentation de maladies respiratoires et cardiovasculaires chez les plus de 65 ans.[4]

Combustion de biomasse[modifier]

La combustion de biomasse (feux de cheminée, feux agricoles et feux de jardins) est une source importante de pollution atmosphérique carbonée. Par exemple en Europe, 50 à 70 % de la masse des aérosols carbonés relevés en hiver provient de la combustion de biomasse. Ce serait aussi aux 2/3 la source du nuage brun d'Asie.

Or de récentes études épidémiologiques ont montré que les effets sur la santé sont similaires à ceux des produits pétroliers (affection respiratoire, cancer du poumon...). Selon l’OMS, dans l'Europe des quinze, le chauffage domestique au bois deviendrait, à l'horizon 2020, la principale source de particules fines (PM2,5), reconnues les plus dangereuses pour la santé.[5]

Trou de la couche d'ozone[modifier]

L'ozone naturellement situé dans la stratosphère (19-30 km d'altitude) a un effet "filtre" contre le rayonnement ultraviolet du Soleil. Or, il a été observé à partir de 1980 une forte diminution de cette "couche d'ozone" au dessus du pôle Sud. Un lien a été mis en évidence avec divers produits de l'industrie, et en premier lieu les chlorofluorocarbures (CFC) utilisés dans les aérosols, les réfrigérateurs ou pour nettoyer les pièces électroniques. La baisse des concentrations d'ozone de la stratosphère pourrait avoir des effets climatiques et biologiques (cancers de la peau accrus en particulier).

Comme les quelques multinationales commercialisant les CFC avaient déjà mis au point des produits de remplacement, la réaction a pu être "exemplaire", avec une interdiction suite à la ratification du protocole de Montreal entre 1985 et 1987. Une réaction aussi rapide est l'exception plutôt que la règle...

Pollution électromagnétique[modifier]

Les forts niveaux de rayonnement électromagnétique générés par l'industrie des télécommunication pourraient représenter des risques sanitaires/écologiques majeurs. Dans les zones où la concurrence est rude entre opérateurs de télécom, ils ont posé chacun leurs antennes relais : le désordre de la concurrence capitaliste multiplient ainsi les risques...

Accentuation de l'effet de serre[modifier]

Le rejet de gaz à effet de serre est dores et déjà en train d'entraîner un changement climatique. En moyenne mondiale, ce changement se traduit par un réchauffement, mais selon la majorité des scientifiques, il est plus que probable que cela a également un grand nombre d'impacts difficiles à prévoir sur les phénomènes météorologiques. Par rapport aux conditions actuelles auxquelles sont adaptées la majorité des espèces vivantes, et à la vitesse où le phénomène se produit, cela constitue une menace de "dérèglement global".

Le problème de la hausse de l'effet de serre est le plus médiatisé. A lui seul il pourrait causer :

  • une montée des eaux, et un engloutissement des villes pauvres
  • des maladies plus virulentes grâce à la survie facilitée de micro-organismes craignant le froid
  • une hécatombe de 70% du vivant[6]
  • plus de tempêtes, de sècheresse et d'inondation

Prolétaires en première ligne[modifier]

Dès le début de l'ère du capitalisme industriel, les travailleurs ont été les plus touchés par les problèmes sanitaires liés à la pollution de l'air. Non seulement ils travaillaient directement sur les lieux d'émission des substances toxiques, mais les logements ouvriers étaient bien souvent sur les lieux même de production.

Dans le mouvement général pour arracher de meilleures conditions d'exploitation, les travailleurs ont obtenu plus de protections et d'application de normes minimales pour les processus polluants. Il n'en reste pas moins que de nombreux travailleurs sont directement affectés (maçons et amiante, femmes de ménage et produits d'entretien...), et que la pollution de l'air joue son rôle, parmi d'autres nombreux facteurs, dans l'espérance de vie moindre des ouvriers par rapport aux autres couches sociales. L'adoption des normes est freinée par les lobbies, inégale selon les pays, peu respectée...

Plus largement, ce sont les prolétaires en tant que classe qui sont le plus victimes des pollutions atmosphériques. Cela peut découler de leur plus grande exposition aux sources de pollution (quartiers proches de zones industrielles...) que de la capacité des bourgeois à éviter ou compenser les effets nocifs (meilleure ventilation de leurs habitats, voyages à l'air pur de la montagne...).

Exemples[modifier]

En France, un décret impérial sur les « manufactures et ateliers qui répandent une odeur insalubre ou incommode »[7] est instauré en 1810, c'est le début de ce qui deviendra la réglementation sur les installations classées. Il est intéressant de noter que l'Etat s'est soucié du confort du voisinage (parce que les mauvaises odeurs pouvaient "incommoder" les bourgeois) bien avant de se soucier de la santé des travailleurs.

Une filiale de la General Motors fit breveter en 1920 un additif à base de plomb, le PTE, qui améliorait l’efficacité des moteurs à explosion. Une substance non toxique comme l’éthanol - l’alcool ordinaire - convenait parfaitement mais General Motors ne pouvait en obtenir l’exclusivité, ce qui était son objectif unique. Très vite le PTE se révéla un dangereux poison dans les usines comme dans l’environnement. Mais la GM obtint la complicité des organismes sanitaires américains pour minimiser le danger. La GM vendit son additif plombé à toutes les compagnies pétrolières, fit des campagnes publicitaires mondiales pour généraliser son utilisation et empoisonna toute la planète pendant des décennies jusque dans les années 1970. Les preuves de la nocivité du plomb ne pouvaient plus être niées : les taux de plomb dans les os humains contemporains étaient des dizaines de fois supérieurs à ceux d’il y a 5 000 ans. General Motors inventa alors le pot catalytique qui ne supporte pas le plomb. Elle se présenta désormais comme la championne de la lutte contre la pollution atmosphérique… tout en continuant à vendre des additifs plombés dans les pays sous-développés.

Les usines sidérurgiques et pétrochimiques de la région de l’Étang de Berre rejettent en permanence des gaz polluants : plus de 70 000 tonnes d’oxyde de soufre ont été rejetées dans le département des Bouches-du-Rhône en 2005. Et tous ceux qui vivent à proximité de ces usines découvrent tous les matins, autour d’eux, les traces des rejets industriels de la nuit. Cette pollution provoque des affections respiratoires ou des cancers chez les riverains et des maladies graves - reconnues comme maladies professionnelles ou pas - chez les travailleurs des usines.[8]

En Inde, à Bhopal, en 1984, une explosion dans une usine de pesticides du trust américain Union Carbide a fait officiellement 6495 morts, 25 000 selon des organisations humanitaires. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont été victimes de gaz toxiques. C'était une usine aux ateliers délabrés, entourée d'un immense bidonville.

Il y a dans tous les pays industrialisés des sites d’enfouissements discrets ou clandestins. Il faut la détermination de riverains, d’associations écologistes ou de quelques élus locaux pour les rendre publics, comme en Alsace, près de Hagenthal, où Greenpeace a révélé en février 2005 que les usines de la chimie de Bâle entreposaient à ciel ouvert des déchets toxiques pour les hommes comme pour la nappe phréatique.

Au Sud de l'Asie, il se forme désormais chaque hiver, de décembre à avril, un immense nuage brun de pollution. La pollution s'accumule parce qu'à cette époque, il ne peut quasiment pas pendant assez longtemps. C’est en 1999 que des scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme : après l’avoir étudié, ils pouvaient mettre en évidence « la plus grosse pollution de l'air au monde : un nuage qui s’étend sur une surface équivalente à celle des États-Unis, avec une épaisseur variant entre 2 et 3 kilomètres »[9]

Notes et sources[modifier]