Pollution de l’eau

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La pollution des eaux est la diffusion de substances nocives pour les écosystèmes aquatiques, ou entraînant une dégradation de la potabilité de l’eau. C’est un des types de pollution les plus directement menaçants pour la santé humaine.

Types de pollution[modifier]

Eutrophisants[modifier]

EutrophisationOuche.jpg
L'agriculture intensive utilise de grandes quantités d’engrais azotés ou phosphatés qui se retrouvent en grande partie dans les eaux sous forme de nitrates ou de phosphates. Ces deux types de substances sont des eutrophisants : ils engendrent la prolifération d'algues, ce qui opacifie la surface des lacs et tue la vie sous-marine.

Par ailleurs les sacs plastiques biodégradables ont un effet pervers, leur décomposition en grande quantité dans l'eau favorise l'eutrophisation.

Pesticides[modifier]

Autres produits de l'agriculture intensive, les pesticides gagnent souvent l'eau par l'intermédiaire de la pollution des sols.

En France, les pesticides sont présents dans la quasi-totalité des rivières et la moitié des eaux souterraines[1]

Acidification[modifier]

Les océans s'acidifient, principalement à cause des rejets de CO2. Au premier abord, c’est un mécanisme positif qui agit comme un très important tampon freinant l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère et donc l'effet de serre. L’acidification peut avoir des conséquences graves sur la vie sous-marine. Par exemple, les coquilles de certains crustacés pourraient littéralement être dissoutes…

Hydrocarbures[modifier]

MaréeNoireDeepwaterHorizon.jpg
Les hydrocarbures sont une source importante de pollution des eaux. Ils peuvent provenir de pollutions des sols (par transports terrestres, fuites de cuves…) qui atteignent ensuite les rivières, ou pollutions marines (déballastages de bateaux pétroliers, plate-forme pétrolières…). Les grandes catastrophes très visibles causant des marées noires, comme les naufrages de l’Erika ou de Deepwater Horizon, ne sont qu’une petite partie du problème. Les rejets par les bateaux pétroliers (déballastages sauvages), qui sont des pratiques courantes, larguent dans les mers et océans une quantité bien supérieure d’hydrocarbures. Pour la seule mer Mediterrannée, cela représente chaque année l’équivalent de 75 Erika.[2]

Les effets des hydrocarbures peuvent être multiples :

  • contamination de l'ensemble de la chaîne alimentaire (notamment par bioaccumulation d'hydrocarbures)
  • effets sur la santé humaine :
    • effets dépressifs sur le système nerveux, neurasthénie, anxiété
    • exposition aigüe : irritation des muqueuses et de la peau
    • exposition chronique : dégénérescences cérébrales
    • le benzène a des effets sur le système nerveux, les globules et les plaquettes du sang
  • effets sur les animaux marins :
    • effets "physiques" (canards englués...)
    • effets physiologiques (les hydrocarbures affectent le métabolisme, la fertilité, le système immunitaire...)
  • asphyxie de la faune et de la flore sous-marine

Antibiotiques[modifier]

ChaineAlimentaireEau.png
Problème relativement récent : on retrouve de plus en plus d’antibiotiques dans les eaux. Les concentrations sont très faibles, mais ce sont des micro-polluants : ils ont un effet sur le vivant même à très faible dose. De plus, les systèmes de potabilisation de l’eau sont encore très peu équipés pour filtrer ce genre de pollution. Les antibiotiques tuent les organises décomposeurs, qui sont essentiels au cycle de la vie aquatique.

Les antibiotiques sont principalement rejetés par la pisciculture et l'agriculture intensives, qui les utilisent massivement pour prévenir les maladies (elles-mêmes engendrées par les conditions de vie très mauvaises du bétail et des poissons élevés).

Exemples[modifier]

Dans Le Capital, Marx se plaint qu'au lieu d'utiliser les déjections humaines comme engrais, on les jette à l'eau :

« A Londres, on n’a rien trouvé de mieux à faire de l’engrais provenant de quatre millions et demi d’hommes que de s’en servir pour empester, à frais énormes, la Tamise »

Il évoque également l'impact des pollutions sur la vie des poissons de rivière :

« ‘‘L’essence’’ du poisson de rivière, c’est l’eau d’une rivière. Mais cette eau cesse d’être son ‘‘essence’’ et devient pour lui un milieu, désormais inadéquat, dès que l’industrie s’empare de cette rivière, dès qu’elle est polluée par des substances colorantes et d’autres détritus, dès que les navires à vapeur la sillonnent, dès qu’on détourne son eau dans des canaux où l’on peut priver le poisson de son milieu vital, par simple évacuation. » (Karl Marx, L’idéologie allemande)

Lors de l'été 1858 à Londres, la Tamise asséchée ne charrie plus que déchets et eaux usées, événement connu sous le nom de Grande puanteur. Face à la colère populaire et au risque de choléra, les parlementaires débloquent en urgence des fonds pour construire des égouts. Le même phénomène se reproduit à Paris en août 1880.

L’usine pétrochimique de la compagnie Chisso, installée en 1907 à Minamata, dans le Sud du Japon, a commencé à rejeter dans la mer de nombreux résidus de métaux lourds, dont du mercure, en 1932. Celui-ci s’est concentré dans la chair des poissons, provoquant des maladies du système nerveux chez les humains (perte du contrôle de la motricité, par exemple) et des naissances d’enfants malformés ou morts-nés. La compagnie Chisso a tenté d’étouffer l’affaire en offrant de l’argent aux familles des victimes. Il fallut attendre 1977, des mobilisations des pécheurs et des habitants violemment réprimées, et un terrible scandale mondial pour que les boues contaminées ne soient plus rejetées dans la mer mais traitées. Jusqu’en 2009, plus de 13 000 victimes ont été reconnues par l’entreprise et l’Etat japonais, mais 25 000 attendaient encore une décision.[3]

Il y a dans tous les pays industrialisés des sites d’enfouissements discrets ou clandestins. Il faut la détermination de riverains, d’associations écologistes ou de quelques élus locaux pour les rendre publics, comme en Alsace, près de Hagenthal, où Greenpeace a révélé en février 2005 que les usines de la chimie de Bâle entreposaient à ciel ouvert des déchets toxiques pour les hommes comme pour la nappe phréatique.

Même quand les déchets sont traités puis stockés légalement, les risques de contamination restent élevés parce que les industriels déclarent ce qu’ils veulent et qu’aucun contrôle sérieux sur le contenu réel des fûts stockés n’est réalisé par les autorités publiques.

En France, 55% des rivières/fleuves ne sont pas en "bon état" et plus de 40% des eaux souterraines (2012). L'objectif que s'est fixé l'Etat français pour 2015 est de 66% de masses d'eau en "bon état". On sait déjà que cet objectif ne sera pas rempli, et sera reporté à l'horizon 2021.

La pollution des eaux est particulièrement dramatique dans la plupart des pays du Tiers Monde. En Inde, deux tiers des ressources en eau sont polluées. La plupart des maladies observées sont en relation avec des agents véhiculés par l'eau. Le Gange est un égout, parce que les fabriques d'insecticides, d'engrais, les tanneries, etc., y déversent tous leurs déchets, souvent toxiques, et il n'y a pas de stations d'épuration. Pour donner une idée de cette pollution, à l'endroit où une fabrique de chaussures Bata relâche ses effluents, les poissons mis dans cette eau-là ne survivent que deux jours - record battu par une distillerie McDowell, qui ne leur laisse que cinq heures à vivre.

Le lac Baïkal (Russie) a été énormément pollué au temps de l'URSS, par d'anciennes papèteries, mines de zinc et de plomb. (Ce lac représente à lui seul 20% des réserves d’eau douce non gelées).

Dans les pays capitalistes riches, des progrès non négligeables ont été réalisés là où les pollutions des eaux étaient les pires. Le Rhin était auparavant le fleuve le plus pollué d’Europe. Il charriait 4000 tonnes de métaux lourds et 7000 d’hydrocarbures par an. A partir de 1976, les règles imposées par les Etats riverains ont inversé la tendance. Les saumons peuvent désormais remonter le Rhin.

Une poitique volontariste a aussi permis la réhabilitation du lac d’Annecy (1943-2000). Dans un premier temps, en arrêtant d'y déverser les égouts (domestiques, agricoles, industriels) sa transparence était revenue, mais pas la biodiversité. Il a pour cela fallu recréer certains habitats comme des zones marécageuses. Cela a permis un retour des espèces originelles.

Notes et sources[modifier]

  1. Chiffres 2006 du Service de l'observation et des statistiques (SOeS) sur les pesticides dans les eaux françaises
  2. Selon une étude du World Wildlife Fund (WWF) datée de 2000
  3. Yves Dachy, La biodiversité oubliée, mai 2012