Délocalisation

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Une délocalisation est le déménagement d'une entreprise, généralement multinationale, vers un pays présentant un avantage compétitif.

Motivations de la délocalisation[modifier]

Les avantages compétitifs sont trop souvent réduits au seul critère du "bas salaire". Pourtant, s'il n'y avait que ce facteur, des pays comme la Tanzanie seraient les principales destinations des capitalistes. En réalité, l'avantage est la résultante de plusieurs critères :

  • Coûts unitaires du travail plus faibles (cela prend en compte le salaire mais aussi la productivité du travail)
  • Accès à une main d'oeuvre formée (niveau de formation, pôles de compétences...)
  • Accès facilité à un marché local attrayant
  • Cadre social et politique idyllique (faible syndicalisation et Etat répressif...)

C'est pourquoi des pays comme la Chine sont très intéressant du fait des fruits de l'investissement d'un État fort (infrastructures de transport ou urbaines, formation...) et répressif (syndicats indépendant interdits...).

Délocalisations et emploi[modifier]

Cause du chômage ?[modifier]

Les délocalisations ont été reliées à l'emploi, parce que les plus spectaculaires d'entre elles ont coïncidé avec la période de remontée du chômage de masse dans les pays impérialistes. Des politiciens ou penseurs de tous bords ont alors accusé la concurrence déloyale des pays du Sud. C'est pratique : cela permet de masquer le problème structurel du capitalisme et la lutte de classe au profit d'une opposition entre la nation et l'étranger. Car depuis les années 1980, c'est partout dans le monde et y compris dans les pays à faible coût de main d'oeuvre que le chômage s'est envolé. Pour quelques zones franches dans lesquelles les multinationales peuvent évoluer comme au paradis, la plupart des peuples du Sud sont plongés dans la misère ou l'économie de la débrouille. La cause première du chômage est la suraccumulation de capital qui a fait chuter la croissance. Et avec moins d'investissements, la poursuite de la hausse de productivité a entraîné une baisse du "besoin en travailleurs".

Les délocalisations ont été une réponse des plus gros capitalistes pour conserver un taux de profit élevé. Elles ont d'abord frappé les secteurs les moins compétitifs, c'est-à-dire d'abord les secteurs où les moyens de production sont simples et peuvent facilement être copiés, et donc où le "coût du travail" est le plus déterminant. Le premier secteur touché a été le textile. En France, et dans d'autres pays industrialisés, le nombre d'emploi dans le textile a été divisé par deux entre 1980 et 1994. Au fur et à mesure de la perte de compétitivité des pays impérialistes, de plus en plus de secteurs sont touchés, et particulièrement dans l'industrie. Cela cause une désindustrialisation relative qui remonte la gamme des produits.

Il faut cependant noter que les capitaux s'investissent encore majoritairement dans les pays industrialisés. L'investissement des entreprises françaises se fait à 93% en direction des pays de l'OCDE. L'INSEE estimait en 1996 que les emplois fournis aux "pays du Sud" représentaient 10% du chômage au Nord. Ce chiffre est monté à 28% selon une étude du ministère de l'économie.

Chantage à l'emploi[modifier]

Pour un cas effectif de délocalisation, combien de menaces de délocalisation ? Car le spectre de la perte d'emploi est souvent utilisé pour faire accepter des dégradations brutales des conditions de travail.

Et il ne faut pas voir "les travailleurs du Sud" comme une catégorie "d'emblée bénéficiaire" des délocalisations. D'abord parce que la concurrence est aussi présente, et s'exprime même de façon plus violente entre les pays dominés. Par exemple lorsque les ouvriers de Volkswagen à Puebla (Mexique) se mettent en grève en 1992, la direction agite la menace de s'installer au Guatemala, où la classe travailleuse est moins organisée pour lutter.

Lutte contre les délocalisations[modifier]

Il peut y avoir des optiques très différentes pour s'opposer aux délocalisations. Comme souvent, la plus illusoire est aussi la plus réactionnaire : celle qui consiste à faire appel dans chaque pays à son Etat bourgeois pour nous protéger, et tendre à la "préférence nationale". Cela revient seulement à s'identifier avec la frange antimondialiste du patronat. C'est aussi la logique à laquelle reviennent ceux qui réclament des "clauses sociales" aux accords de l'OMC pour limiter le dumping social.

La seule voie possible et nécessaire de lutte est internationaliste, et c'est une tendance qui est bien présente chez les travailleurs.

Par exemple avec la frontière Etats-Unis / Mexique. Ford n'a eu qu'à délocaliser à 200 km, pour embaucher des ouvriers 7 fois moins payés. Lorsque les emplois aux Etats-Unis ont été menacés, s'est posé la question des moyens de lutter. Après une tentative de repli, des syndicalistes états-uniens (de l'AFL-CIO) ont adopté des slogans comme "Augmentez les salaires des ouvriers de Ford au Mexique". Mieux, à partir de 1994 ils se sont battus pour aider les travailleurs des maquiladoras à créer des syndicats indépendants (car la bureaucratie de la centrale CTM était contrôlée par le gouvernement PRI).

Plus généralement, la lutte pour neutraliser la concurrence entre travailleurs est une des plus anciennes du mouvement ouvrier. Dans les années 1960 encore, les patrons français "délocalisaient" de Paris vers les campagnes, là où des paysans à peine prolétarisés (et des immigrés "importés" par charters) venaient travailler plus docilement. Les conventions collectives ont été une grande victoire sur ce plan.

Historique[modifier]

Les délocalisations font beaucoup parler d'elles depuis les années 1970 dans les pays impérialistes.

  • Dans les années 60 des entreprises délocalisaient d'une région française à l'autre, souvent pour embaucher dans des régions aux traditions syndicales moins fortes.
  • Lou, entreprise grenobloise de confection de sous-vêtements, a fermé ses portes au début des années 80 pour délocaliser sa production au Maroc et en Tunisie.
  • Hoover délocalise son usine française en Ecosse, pour des salaires inférieurs et la promesse des syndicats locaux d'être complaisants
  • 1995 : Volkswagen ouvre une usine à Mulhouse, pour des salaires français inférieurs et une flexibilité plus élevée

Globalement, depuis les années 1990, l'Europe tend à se désindustrialiser (les multinationales investissant plutôt dans les pays à coût du travail très faible).

L'Allemagne est parvenue à conserver une industrie forte, principalement en remettant brutalement en cause le niveau de vie de ses travailleurs dans les années 2000 (réformes Hartz). Les capitalistes allemands ont tout de même partiellement délocalisé, mais sont parvenus à maintenir l'essentiel de leur plus-value sur leur sol, en délocalisant beaucoup de production de composants en Europe centrale et orientale (zone d'influence traditionnelle de l'impérialisme allemand). Cela a pesé sur l'emploi peu qualifié et les négociations salariales.

Notes et sources[modifier]