Salaire

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher

Le salaire est un revenu versé par un employeur à un travailleur, dans la forme d'organisation appelée salariat.

Salaire direct et salaire socialisé[modifier]

La partie la plus visible du salaire est le salaire direct (salaire net), mais il y a également le salaire socialisé (la différence entre le salaire brut et le salaire net) qui revient au salarié sous forme de pensions de retraites ou de prestations de la sécurité sociale.

Salaire, prix et profits[modifier]

Salaire minimal[modifier]

Quand le rapport de force est largement en faveur des patrons, le salaire des travailleur-se-s peut descendre très bas. La limite inférieure est celle qui permet tout juste à la masse ouvrière de survivre (c'est-à-dire que certain-e-s meurent, mais qu'un minimum de main d'oeuvre parvient à se reproduire). Cette limite inférieure a été étudiée de façon récurrente par l'économie classique. C'est elle qui a conduit Lassalle à parler de « loi d'airain des salaires ». Marx a appliqué son analyse de la valeur d'échange des marchandises à la force de travail, qui est une marchandise sous le capitalisme. Il en découle que la valeur de la force de travail est la somme des valeurs des marchandises nécessaires à sa reproduction (nourriture, loyer...).

Salaire nominal et salaire réel[modifier]

Entre le salaire nominal (celui qui est sur la fiche de paie) et le salaire réel, il existe des facteurs comme l'inflation qui influe sur le pouvoir d'achat des salariés.

Salaire réel et profits[modifier]

C'est donc le salaire réel qu'il faut comparer à la plus-value pour déterminer le taux d'exploitation, la répartition entre part salariale et part des profits. Ceci étant, le salaire réel peut effectivement augmenter, sans que cela porte atteinte aux profits. Il suffit pour cela que l'augmentation de la productivité du travail soit plus forte.

PacManVampirisation.gif

Augmentation de la part du capitaliste au détriment de celle du travailleur.

Exemple : début XIXème, période 1970-2010...

PacManCroissance.gif

Une hausse de la productivité permet aux capitalistes d'accorder des hausses de salaires réel, tout en augmentant leurs profits.

Exemple : 30 glorieuses, Belle Époque...

Analyse du salaire[modifier]

On peut distinguer le salaire versé dans le cadre du travail productif capitaliste des autres formes salariales.

Production capitaliste[modifier]

Sur un cycle de production capitaliste, de la valeur nouvelle est créée par le travail ouvrier, se cristallise dans des marchandises, et se réalise à la vente. Le salaire est une partie de la valeur créée.

  1. Le capitaliste investit un capital c + v  , où c est le capital constant et v le capital variable (la masse salariale).
  2. Les marchandises créées ont une valeur A' = c + v' (c n'a rien produit, mais v si).
  3. Le capitaliste paie la valeur du capital constant c, et répartit v' en v + pl (où pl est la plus-value produite).

De fait, ce sont quasi-uniquement les ouvriers qui par leur travail ont créé la valeur v'. Mais la propriété bourgeoise inverse cette réalité : v' appartient à l'entreprise, et elle "verse" un salaire aux travailleurs.

Remarque : Le salaire moyen des travailleurs pour l'entreprise en question est :

Sr = v / ns

où ns le nombre de salariés.

Travail non capitaliste[modifier]

D'autres formes de travail ne sont pas voire ne peuvent pas être organisées par la forme capitaliste. Ce sont par exemple le fonctionnariat (police, armée, justice, éducation...). Les travailleur-se-s du secteur public reçoivent un salaire qui n'est pas de même nature que le salaire d'un travailleur du secteur productif, car le traitement d'un fonctionnaire est versé par l'État bourgeois, et la valeur ajoutée créée par ces travailleurs ne s'incarne généralement pas dans des marchandises.

Salaire au temps et salaire aux pièces[modifier]

Dans la plupart des contrats de travail, les salariés sont payés selon un « salaire au temps ». C'est-à-dire qu'ils/elles sont payés pour l'utilisation de leur force de travail sur une durée donnée. L'autre grand mode de salaire est le « salaire aux pièces », c'est-à-dire le paiement en fonction de la quantité de marchandises (pièces) produites.

Cependant, selon l'analyse de Marx[1][2], le salaire aux pièces n’est rien d’autre qu'une forme voilée de salaire au temps. On considère, pour le fixer, la quantité de marchandises produites par l’ouvrier pendant une unité de temps donnée. Si en 8 heures l’ouvrier produit 16 unités d’une marchandise, le salaire au temps étant de 4 francs par jour, le salaire aux pièces sera de 0,25 pour chaque unité de marchandise. De même que le salaire au temps, le salaire horaire n’est nullement la rétribution de la valeur créée par l’ouvrier en une heure, de même le salaire aux pièces n’est pas la rémunération du travail dépensé par l’ouvrier pour la production d’une unité de la marchandise donnée.

Si le salaire au temps crée l’apparence que c’est le travail qui est rétribué et non pas la force de travail, le salaire aux pièces dissimule plus encore l’exploitation. Ici, on a l’impression que l’ouvrier se présente comme vendeur de la marchandise qu’il a produite. Le salaire dépend de la quantité des pièces produites, c’est pourquoi le salaire aux pièces agit comme moyen automatique d’augmentation de l’intensité du travail.

Dans les premières années du régime soviétique, au nom de l'augmentation de la productivité pour survivre à la guerre civile et ensuite pour sortir le pays de la crise et aller vers le socialisme, les bolchéviks ont souvent rétabli le salaire aux pièces. Trotsky le justifiait par exemple dans son livre Terrorisme et communisme (1920). Plus tard, dans La révolution trahie (1936), Trotsky dresse un tableau critique de l'absence de pouvoir des ouvriers dans les usines, et cite Marx pour critiquer le salaire aux pièces, ce « système de surexploitation sans contraintes visibles (…) correspondant le mieux au monde capitaliste de la production ».

Quelques positions politiques[modifier]

Salaire juste ?[modifier]

SalaireJuste.png
Lorsque l'on comprend l'exploitation capitaliste, on ne peut plus parler de "salaire juste". Le simple fait qu'il existe une classe exploiteuse est une injustice permanente pour la classe laborieuse. C'est pour cette raison que Marx disait :
« Au lieu du mot d'ordre conservateur: "Un salaire équitable pour une journée de travail équitable", ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire: "Abolition du salariat". »[3]

Cela n'empêche pas qu'aujourd'hui, la conscience de classe ayant beaucoup reculé, on ne trouve plus vraiment d'autre horizon dans les revendications syndicales qu'un "salaire décent" ou "salaire juste"...

Ecarts de salaire / salaire maximum ?[modifier]

Le sujet des écarts de salaires est une vieille question. Platon préconisait une échelle de 1 à 4. Avec l'avènement du capitalisme et la généralisation du salariat, cette question devient centrale.

Lorsque la colère populaire est forte contre les inégalités de salaires, les réformistes mettent souvent en avant des propositions de limitation des écarts de salaires et/ou de salaire maximum.[4] Par exemple le dirigeant stalinien Georges Marchais tonitruait « Au-dessus de 40 000 Francs, je prends tout ! »[5] En 2012, Jean-Luc Mélenchon tente se reprendre le flambeau du populisme de gauche avec son « Au-dessus de 30 000 Euros, je prends tout ! ». Ce dernier assortit sa proposition d'un écart de salaire maximal de 1 à 20 dans chaque entreprise.

La Confédération Européenne des Syndicats (CES) propose un écart de 1 à 20. L'Union syndicale Solidaires milite pour un écart de 1 à 20 dans l’immédiat pour atteindre ensuite 1 à 10.

Même de purs bourgeois proposent aussi ce genre de limitation. Le banquier J. P. Morgan (1837-1913) estimait qu’un PDG ne doit pas percevoir plus de 20 fois le revenu moyen de ses salariés. Henry Ford proposait de ne pas dépasser 1 à 40. Le journal Libération lance en 2016 une pétition pour la limitation de 1 à 100, signée par des politiciens totalement pro-capitalistes (Dany Cohn-Bendit, Nicolas Hulot, Cécile Duflot ou Jean-Christophe Cambadélis).[6]

En 1998, une recherche de l’économiste Thomas Piketty montrait que l’écart acceptable entre un cadre supérieur et une caissière de supermarché était de 3,6 pour une majorité de Français.

Indexation des salaires sur les prix[modifier]

Pour que le salaire réel ne soit pas rongé par l'inflation, le mouvement ouvrier défend traditionnellement l'indexation des salaires sur les prix.

Voir aussi[modifier]

  • Données historiques sur l'évolution des salaires : voir Salaire réel.
  • Réflexions sur l'avenir du salaire après la révolution socialiste : voir Salariat

Notes et sources[modifier]

Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865