Cartel

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Un cartel est une entente formelle entre capitalistes pour dominer un marché, et par conséquent s'assurer les profits les plus élevés et stables possibles. Le cartel est un cas de ce que les économistes contemporains nomment oligopole.

L'entente peut aussi être informelle, cachée.

Intérêt des cartels[modifier]

Maintenir des prix élevés[modifier]

L’entente est généralement mise en œuvre pour fixer les prix et les critères qui les régissent. Ainsi, même si des innovations de productivité permettraient une baisse des prix, il peut être décidé de conserver des prix élevés, tant que la demande solvable permet un écoulement des marchandises.

Se partager le marché[modifier]

Le cartel peut avoir pour objet le partage entre différentes zones géographiques, ou le respect des parts de marché des différents partenaires. Chacun créé ainsi un monopole dans sa région ou son secteur, et s'assure une non-agression de ses concurrents.

Verrouiller le marché[modifier]

Un des intérêts principaux des cartels est de permettre aux capitalistes déjà présents sur un marché de faire bloc pour empêcher l'arrivée de nouveaux concurrents. En effet, accepter un nouveau dans le secteur serait non seulement un risque d'instabilité (guerre des prix, pertes de parts de marché...) mais aussi dans tous les cas une baisse du volume de profit pour les capitalistes dans la place.

Organiser la rareté[modifier]

L'enjeu peut également être une entente sur des quotas de production, afin d'organiser consciemment une relative rareté d'un produit, et donc le maintien de prix élevés (loi de l'offre et de la demande).

Obsolescence programmée[modifier]

Les partenaires ont aussi intérêt à ce que le renouvèlement des marchandises soit rapide. Cela passe en particulier par l'obsolescence programmée (réduction volontaire de la durée de vie des marchandises).

Contourner la résistance des travailleurs[modifier]

Un autre intérêt des cartels est de permettre de pouvoir beaucoup minimiser l'impact d'une grève locale. Si une entreprise est touchée, les stocks et la production de l'ensemble du cartel peuvent permettre aux patrons de tenir et de ne pas accéder aux revendications. Mieux, cela peut permettre une politique délibérée d'attaques localisées et successives par entreprises contre les salarié-e-s.

Un produit de l'impérialisme[modifier]

Centralisation du capital[modifier]

Article détaillé : Centralisation du capital.

Le principe de la libre-concurrence est que le marché permet la meilleure adéquation de la production et de la consommation. Cela va de pair avec le mythe de la démocratie bourgeoise dans laquelle l'économie serait favorable aux citoyens-consommateurs.

Non seulement cela passe sous silence l'exploitation patronale, mais c'est devenu tout simplement faux. Depuis le début de l'époque impérialiste (20e siècle), l'entente entre grands trusts capitalistes ne constitue pas une exception, mais une banalité. Certes elle est plus courante dans le cas où les vendeurs disposent de produits homogènes, elle peut changer au grès des ambitions des capitalistes les plus puissants, mais la libre-concurrence est depuis longtemps un mythe.

Les cartels dépassent en général le cadre national et donnent naissance à des groupements internationaux plus connus sous le nom de consortiums. A l'échelle nationale on parle souvent de trust.

Les cartels sont devenus si influents qu'il est impossible aux industriels de s’y soustraire. S’ils persistent à rester isolés, ils sont complètement écrasés et ruinés. Aujourd'hui, toutes les branches de la production et des banques sont cartellisées d'une façon ou d'une autre.

Illégalité des cartels[modifier]

Article détaillé : Régulation de la concurrence.

L'existence d'ententes est tellement en contradiction avec "l'intérêt général" mis en avant par les zélateurs du système, que ce n'est pas une pratique qui s'affiche ostensiblement. C'est pourquoi dans la plupart des pays les lois sur la concurrence interdisent les ententes[1] et donc les cartels (ex : lois antitrust aux États-Unis).

Exemples[modifier]

Premiers cartels[modifier]

Cartel des peigneurs de laine au 19e siècle.[2]

Cartels du début 20e[modifier]

Les premiers cartels naissent aux Etats-Unis, les plus célèbres d'entre eux étant sans doute la Standard Oil de Rockefeller, fondée dès 1870, ou le cartel bancaire Rothschild.

Les cartels allemands (konzern) datent de 1898-1900. Ceux de l’acier, du fer, du minerai, des constructions navales turent les premiers qui se constituèrent. Augustin Thyssen en fut l’initiateur. Thyssen et Krupp étaient les maîtres de l’acier et du fer et de toutes les fabrications qui découlaient de l’emploi de ces matières. Ballin, le grand maître des constructions navales, le Président du Conseil d’administration de la “Hambourg America“ s’était réservé cette branche spéciale.

Le cartel de l’acier et du fer d’Allemagne avait des associés internationaux, Schneider en France, Cockerill en Belgique, Armstrong en Angleterre. Ensemble, ils exploitaient les mines de l’Ouenza, en Algérie, et nombre d’autres gisements de minerai.

En 1905, les multinationales allemandes Bayer, BASF et Hoechst s'allient dans le cartel I.G Farben pour contrer Standard Oil.

En France, les cartels se développent vers 1911, d'abord avec les grands réseaux de chemin de fer, sous le nom de “Comité de Ceinture”. Puis le Comité des Houillères, le Comité des Forges, celui des Armateurs, le Consortium de l’Industrie textile, suivirent de près dans le domaine matériel.

Un célèbre cartel est Phoebus, qui réunit les fabricants de lampes à incandescence, et qui fut ouvertement actif entre 1924 et 1939. Dans les années 1920, Phoebus maintenait les prix des lampes 4 fois plus élevé en Europe qu'aux États-Unis.[3]

Autre cartel connu, celui des vendeurs de diamants, De Beers.

Affaires de cartels plus récentes[modifier]

Rappelons que les exemples suivant sont connus suite aux procès devant la justice bourgeoise... Cela ne peut que donner une idée largement sous-estimée de ce qu'est le pouvoir des cartels.

La Commission Européenne a condamné 111 cartels entre 1969 et 2009.[4] 

  • Cinq groupes de chimie, contrôlant 85% du marché mondial, se sont réunis tous les 6 mois de 1979 à 1996 pour fixer les prix et les quotas de production.[5]
  • Huits trusts pharmaceutiques se sont entendus pendant 10 ans pour maintenir élevé le prix des vitamines.[5]
  • Le cartel des appareillages de commutation à isolation gazeuse a verrouillé ses prix et s'est réparti le marché Europe/Japon pendant 16 ans.[5]
  • Le cartel du bitume s'est entendu sur les prix pendant 8 ans aux Pays-Bas.[5]
  • Des fabriquants de mémoire vive pour ordinateur se sont entendus sur les prix de 1999 à 2002 aux États-Unis.[5]
  • Total-Elf-Fina, Shell, BP et Esso se sont entendus pour fixer des prix plus élevés dans les stations essence sur autoroute.[5]
  • Certaines compagnies aériennes s’étaient accordées sur le montant des suppléments carburant sur les vols long-courriers.[5]
  • Les géants états-uniens de la télécommunication maintiennent le prix du SMS élevé.[6] Idem en France.[7]
  • Les pays de l'OPEP ont un certain pouvoir de négociation via leur cartel[8], mais le vrai pouvoir reste aux mains des pétroliers occidentaux.[9]
  • En France, le marché de l'après-vente est déténu à 83% par des enseignes liées aux constructeurs (Peugeot, Renault), qui font payer plus cher la réparation que les garagistes indépendants, et maintiennent leur clientèle captive (ils s'entendent pour ne pas accepter les voitures des concurrents, font croire qu'eux seuls sont aptes à réparer leur voiture, qu'ils perdraient la garantie s'ils allaient ailleurs...).[10]
  • Cartel des cartes à puces. Entre 2003 et 2005, Infineon, Samsung et Philips se sont entendus pour répondre la même chose aux clients qui voulaient négocier à la baisse les prix. Ils ont été dénoncés à la commission européenne par le groupe Renesas (Hitachi-Mitsubishi) qui évite ainsi de payer 51 millions euros d'amende. Les trois autres devront payer 138 millions d'euros.[11]
  • Les géants de la grande distribution regroupent leurs centrales d'achat  En France, Système U avec Auchan, Casino avec Intermarché, Carrefour avec Cora. Ces trois regroupement, avec la centrale de Leclerc, représentent 93% des parts de marché. En 2018, Carrefour s'allie avec Tesco, et Auchan et Casino avec Metro.[12]
  • En 2014, Bonduelle était condamné à une amende de 30 millions pour entente dans les champignons en conserve.
  • En 2014, une vingtaine de producteurs, dont Herta, se sont entendus sur les prix pratiqués durant des années. Les autorités ont condamné ce « cartel de la saucisse » à payer 338 millions d’euros.
  • En 2015, une amende de près de 193 millions d’euros est infligée à un cartel de l’industrie laitière pour entente sur les yaourts (Lactalis-Nestlé, Senagral, Novandis-Andros, Yoplait).
  • Le cartel des constructeurs de camions (Daf Trucks, Daimler, Iveco, Scania, Volvo et MAN) s'est mis d'accord pendant près de quatorze ans pour ralentir la mise au point de technologies permettant une diminution des émissions polluantes.[13]
  • Dans le domaine de la finance les ententes peuvent être encore plus massives, comme l'affaire du Libor.
  • Les

Notes et sources[modifier]

Claude Gabriel, Capitalisme réel : Cartels de la saucisse, du yaourt, des camions, des shampoings… Mais que font-ils du marché ? 2015