Compétitivité

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La compétitivité des entreprises et des pays est un facteur essentiel de la concurrence capitaliste.

Facteurs de compétitivité[modifier]

Compétitivité prix[modifier]

C'est l'ensemble des coûts de production.

Côut du travail[modifier]

La première et la plus fondamentale composante de la compétitivité, c'est ce que les économistes bourgeois appellent couramment le "coût du travail", c'est-à-dire les salaires que sont bien obligés de verser les patrons à leurs travailleurs. Il s'agit en réalité plus précisément du coût salarial unitaire, c'est-à-dire du coût des salaires par rapport à un volume de production donné (donc en prenant en compte la productivité). Car si seul le montant des salaires comptait, des pays comme l'Ethiopie ou le Bangladesh seraient les plus compétitifs. Pour schématiser, si dans le pays voisin les salaires sont deux fois moins élevés, mais la productivité 4 fois moins élevée parce que le travail se fait à la main, le coût salarial unitaire est en fait deux fois plus cher dans ce pays.

Par ailleurs, il faut inclure l'ensemble du salaire que paient les capitalistes : la salaire direct, et le salaire socialisé (cotisations sociales). C'est à dire qu'à salaire net égal, les patrons ont intérêt pour leur compétitivité à ce que la sécurité sociale soit amoindrie, voire détruite.

Autres coûts[modifier]

Mais il n'y a pas que la force de travail qui coûte aux patrons, mais aussi les matières premières, l'électricité, l'eau... C'est pourquoi l'approvisionnement énergétique (uranium, pétrole, gaz...) est si stratégique pour les États bourgeois. Par exemple l'Etat français, a grand coup d'industrie nucléaire subventionnée, fournit aux entreprises une électricité peu chère par rapport à ses voisins.

Il faut aussi prendre en considération les exigences règlementaires (qui sont souvent des acquis de luttes du prolétariat) qui ont des impacts sur les coûts de production : normes de sécurité pour les travailleurs, normes de pollution pour les riverains...

Les entreprises peuvent également réduire leurs coûts par des économies d'échelle. Par exemple le fait d'avoir les fournisseurs ou sous-traitants à proximité, ou d'avoir des réseaux de transport qui permettent de centraliser certaines branches, tout cela permet à ceux qui en bénéficient de réduire leurs coûts. Cela peut être encouragé par les États (pôles de compétitivité...).

Enfin, la stabilité est importante pour les capitalistes, afin qu'il puisse faire leur calculs en paix :

  • stabilité réglementaire : si des lois ou des normes (environnementales, sociales...) changent trop souvent, cela perturbe
  • stabilité politique : si les patrons peuvent compter sur leurs amis politiciens, cela les aide ; à l'extrême inverse, si un coup d'État est toujours possible, cela menace le business
  • stabilité sociale : la combativité ouvrière ne fait pas bon ménage avec la compétitivité capitaliste

Compétitivité hors-prix[modifier]

Il s'agit de tout ce qui ne peut pas être rapporté à un coût, mais qui est de l'ordre de l'immatériel : la qualité des marchandises, l'image de marque, l'innovation...

Ce sont des éléments qui comptent, mais qui ne peuvent compenser pour les patrons un "coût du travail" rédhibitoire. Par ailleurs, ce sont des éléments bien souvent sur-déterminés par la compétitivité-prix :

  • L'image de marque est avant tout le résultat d'un capital (immatériel) accumulé, via la publicité notamment.
  • La qualité et la capacité d'innovation demande une technicité et un haut niveau de formation des salarié-e-s, qui représente un capital accumulé

Or si le capital a pu être particulièrement accumulé dans la Triade (UE, USA, Japon), c'est parce que la productivité, donc la compétitivité prix, est longtemps restée supérieure au reste du monde.

Compétitivité par branches[modifier]

On peut distinguer la compétitivité au niveau de certains secteurs et gammes de produits :

  • Secteurs à faible valeur ajoutée (nettoyage, textile...) avec un faible besoin en capital (machines simples voire pas de machines, besoin de formation des travailleurs faible...).
    Dans ces secteurs, même avec productivité faible, un pays à bas salaires est compétitif.
  • Secteurs à forte valeur ajoutée (voitures, avions, logiciels...) nécessitant plus de capital (machines, brevets, main d'oeuvre qualifiée...)
    Ces secteurs sont traditionnellement ceux des pays impérialistes où il y a le plus de capital accumulé. Dans ce cas, la productivité plus élevée et/ou la valeur plus élevée de chaque marchandise permet d'être plus compétitif malgré des salaires plus élevés.

Il existe bien sûr tout un panel d'intermédiaires, et on observe qu'au fur et à mesure des délocalisations ou des diffusions de savoir-faire, certains pays comme la Chine ou l'Inde parviennent à "monter en gamme", c'est-à-dire à produire des marchandises avec de plus en plus de valeur ajoutée. De plus en plus de secteurs sont donc en perte de compétitivité dans les centres impérialistes traditionnels (UE, USA, Japon), en particulier ceux où sont employés les travailleurs-ses les moins qualifié-e-s.

Exemples[modifier]

Chine[modifier]

La Chine s'est illustré ces dernières décennies comme l'exemple type du pays compétitif qui attire les capitaux et cause des délocalisations. Sa compétitivité vient bien sûr du faible niveau des salaires, mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi la Chine en particulier a attiré les investissements étrangers, car il y a d'autres pays où les salaires sont plus faibles. Un des avantages que possèdait la Chine des années 1980-1990 pour les entreprises, c'est son régime répressif et la docilité inculquée aux ouvriers-ères. En parallèle, le régime avait tout de même généralisé l'alphabétisation, créé un minimum d'infrastructures... ce qui permet une productivité plus élevée que dans la plupart des pays dominés. De plus, une fois que les investissements ont commencé à affluer, cela a créé un effet "pôle de compétitivité" : des « cités de l'électronique » où tous les fournisseurs sont disponibles, économies d'échelles...[1]

France-Allemagne[modifier]

Les politiciens bourgeois citent en exemple l'Allemagne, qui est un pays impérialiste comparable, pour justifier de prendre des mesures pour améliorer la compétitivité. Les réformes Hartz mises en place par le "socialiste" Schröder en 2003 ont en effet infligé une régression sans précédant pour les travailleurs allemands. Cela créé beaucoup de débats à gauche. Parmi les réformistes, la plupart cherchent à nier que ce sont les salaires qui ont donné un avantage aux capitalistes allemands :

  • Pour certains, c'est la compétitivité hors-prix qui est meilleure, notamment l'image de marque (« Deutsche qualität »). Pourtant, cette image est populaire depuis longtemps, alors que le décrochage en terme de compétitivité est observé depuis 2003.
  • D'autres relèvent que les salaires dans l'industrie sont légèrement plus élevés en Allemagne qu'en France. Mais ils oublient de dire qu'une bonne part de l'industrie actuelle repose sur des « services » (sous-traitance), qui sont le secteur qui a le plus été flexibilisé par les réformes Hartz.

Mexique-USA[modifier]

Le Mexique importe de plus en plus de maïs, sa culture traditionnelle, dans le cadre du traité de libre commerce avec ses voisins du nord (ALENA). Les salaires sont plus bas au Mexique, mais la mécanisation très avancée aux Etats-Unis rend le maïs moins cher que le maïs mexicain.[2]

Délocalisations[modifier]

Les vieux pays capitalistes sont touchés par de plus en plus de délocalisations, en raison de leur perte de compétitivité dans des secteurs de plus en plus nombreux.

Ces pays restent compétitifs dans certains domaines de pointe. Par exemple, Google et Microsoft embauchent des ingénieurs français, qu'ils disent apprécier beaucoup. Le PDG de Ensto (société finlandaise dans l'efficacité énergétique) : « les incitations fiscales sont très intéressantes pour les investissements en innovation ». Mais ces secteurs de pointe ne sont pas suffisant pour employer toute la force de travail dans un contexte de crise, il y a donc bien un problème de "coût du travail" pour le patronat français.

Ce n'est pas tellement un problème pour les multinationales (françaises, états-uniennes...) qui délocalisent, mais pour les bourgeoisies (de France, des USA...). En effet, l'accumulation de délocalisations devient de moins en moins tenable :

  • à cause des destructions d'emploi générées (même si le chômage n'est pas principalement dû aux délocalisations)
  • à cause des déficits des finances des États que cela génère

L'affaire récente de la lettre de Maurice Taylor Jr, PDG de Titan, illustre bien la réalité crue du système :

«  J'ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. [...] Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d'un euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. »[3]

Positions politiques[modifier]

Politiciens bourgeois libéraux[modifier]

La discours dominant dans la bourgeoisie, surtout dans ses partis de droite, est de faire de la compétitivité un cheval de bataille majeur. Les politiciens expliquent que la seule solution possible est de "se serrer la ceinture", et faire un effort pour "rédresser le pays". Les registres classiques sont ceux des "hommes forts" capables de prendre les décisions "douloureuses mais nécessaires", avec souvent des soupçons de nationalisme. Par exemple lorsqu'il a rendu son rapport, Louis Gallois a dit « Nous avons besoin d'un véritable patriotisme économique ». C'est la rustine idéologique habituelle qui sert à détourner les prolétaires de la lutte des classes. C'est aussi par du chauvinisme anti-USA qu'a tenté de répondre le ministre Montebourg à l'affaire Titan / Goodyear.[4]

La gauche caviar reprend timidement ces thèmes en les édulcorant. Par exemple le président François Hollande (PS) a fait campagne en 2012 pour "redresser la France dans la justice". "Justice" étant là pour prétendre que "tout le monde sera mis à contribution" (les riches autant que les pauvres). Aussitôt au pouvoir, le gouvernement s'est appuyé sur le rapport Gallois (Louis Gallois, ex patron d'EADS) sur la compétitivité. Hollande prenait des précautions et disait que le rapport n'engageait que son auteur, parce qu'il savait que la solution proposée reviendrait à une baisse des salaires. Le PS a réussi à trouver un moyen plus subtil (mais aussi moins efficace) qu'une attaque directe sur les salaires : il a accordé un crédit d'impôts de 20 milliards d'euros aux entreprises, qu'il fait payer par de nouvelles coupes budgétaires (10 milliards dès 2014), et par des hausses d'impôts (TVA).

Les plus fidèles serviteurs du capital parmi les syndicats se mettent au service de cette politique d'attaques contre les travailleurs. Par exemple François Chérèque, dirigeant de la CFDT :

« Pour la compétitivité, nous devons agir sur plusieurs leviers, notamment la recherche, l'innovation, la formation. Mais je le dis de façon claire : le coût du travail est aussi un facteur de perte de compétitivité. Il faut le baisser en transférant une partie des charges sur la CSG » [tout en ajoutant hypocritement :] « sans toucher le pouvoir d'achat » JDD, 1er septembre 2012

Politiciens bourgeois protectionnistes[modifier]

Article détaillé : Protectionnisme.

Face aux écarts de coût du travail, d'autres politiciens mettent en avant le protectionnisme. Le principe est d'imposer des taxes douanières aux marchandises étrangères, pour les rendre plus chères, et donc moins compétitives. Cette solution a cependant des inconvénients pour les capitalistes :

  • chaque pays va réagir à des mesures protectionnistes de ses voisins par de nouvelles mesures, ce qui tend à annuler les effets bénéfiques (le pays qui a pris les mesures a fait diminuer les importations concurrentes, mais les mesures en réaction font diminuer ses exportations),
  • pour conserver l'avantage, il faut se lancer dans une course incessante à de nouvelles mesures protectionnistes, ce qui a pour effet de créer de l'instabilité / imprévisibilité, qui nuit aux investissements.

Depuis le tournant néolibéral des années 1980, les principales puissances impérialistes se sont globalement mises d'accord pour limiter le recours au protectionnisme et abaisser les tarifs douaniers.

Bourgeois réformateurs / socialistes réformistes[modifier]

Il existe néanmoins quelques politiciens qui tentent d'expliquer que la solution réside dans une meilleure compétitivité hors-prix (sans avoir besoin de toucher aux salaires). Mais ils sont minoritaires. C'est le cas par exemple de François Bayrou, ou de certains au PS qui ne veulent pas se sentir obligés de mener une politique anti-sociale. Par exemple Karine Berger (députée et secrétaire nationale à l'économie) a voulu se persuader que « Les mesures les plus importantes [du rapport Gallois] concernent la partie hors coût de la compétitivité. Il s'agit de l'innovation, de la recherche, de la prospection à l'exportation... ».

Malheureusement, « la gauche » ne s'oppose pas à ce discours en défendant les intérêts des travailleurs, mais se contente de reprendre les pseudo-solutions qui permettraient une politique « gagnant-gagnant » pour les capitalistes et les travailleurs. Ce genre de discours s'intègre comme un gant dans les idéologies réformistes, car il permet de s'opposer sans s'en prendre frontalement à la logique du système. Mais le problème c'est que c'est une impasse qui masque aux travailleurs la racine du problème. Par ailleurs, il est faux de prétendre que favoriser la compétitivité hors-prix ne se fait pas au détriment des travailleurs. Quand l'Etat dépense des milliards pour financer « la recherche et l'innovation » à la place des capitalistes, c'est sur l'argent des impôts. Or, vu que de l'autre côté il fait des coupes sombres dans les budets sociaux, c'est encore un transfert du prolétariat vers le patronat.

Tous les syndicats à gauche de la CFDT reprennent ainsi ces argument. Par exemple, FO : « il n'y a pas de problème de coût du travail » il faut mettre l'accent sur la « compétitivité hors coût » et sur les difficultés de financement des petites entreprises auprès des banques[5].

Notes et sources[modifier]