Externalités

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Les externalités sont des effets positifs ou négatifs d'une activité économique, dont celui qui en est la cause n'a pas à assumer le coût.

Par exemple, des abeilles qui butinent les fleurs dans un verger sont une externalité positive pour celui qui récolte les fruits (il n'a pas à payer les abeilles). A l'inverse, si un céréalier utilise des pesticides qui provoquent la mort des abeilles dans le verger voisin, il s'agit pour lui d'une externalité négative (il n'a pas à subir le coût de la baisse de production qui en résulte).

C'est une notion qui permet de faire une critique partielle du capitalisme, car elle est souvent utilisée pour appeler à un marché régulé par l'Etat.

Exemples d'externalités[modifier | modifier le wikicode]

Externalités négatives[modifier | modifier le wikicode]

Une externalité négative existe lorsque la production ou la consommation d'un bien ou d'un service nuit à une tierce partie

  • coûts sociaux : travail dangereux sans contrepartie en prime de risque, trajet domicile-travail non payé, mobilité professionnelle ou précarité subie…
  • coûts écologiques : changement climatique, fumées, nuages toxiques, bruit, encombrement, dégradation des sites, disparition des espèces naturelles, épuisement du sol et du sous-sol…

L'analyse exhaustive des externalités — en particulier négatives — est loin d'être évidente. Le risque de les omettre s’accroît lorsque celles-ci sont masquées par un surcroît d'activité économique qui fausse le bilan apparent et global de l'événement en cause.

  • Ainsi lorsqu'un accident routier se produit : Un surplus d'activité – donc du PIB – est généré (intervention des secours, mise en œuvre des soins médicaux, réparation automobile ou rachat de nouvelle voiture, etc.). Mais par ailleurs, des dommages irréparables ont été occasionnés dont les effets ne sont pas ou mal comptabilisés : deuil des personnes disparues, prise en charge des handicaps, perte de compétence et d'expérience portées par des personnes bien formées.
  • Ainsi la concentration d'animaux nécessitée par l'élevage intensif favorise au stade de l'éleveur une plus grande productivité et par suite un meilleur prix de revient de la fabrication de la viande. Mais — en aval — il ne faut pas méconnaître le fait que ce mode d'élevage augmente le risque d'occurrence de coûts non ou mal comptabilisés (risques de pandémies, pollutions des sols et des cours d'eau, eutrophisation...) dont les coûts seront finalement payés par la collectivité qui les subit.
  • Un cas historique d'externalité négative : au début du 20e siècle, des mines de cuivre s'installent dans la région de Ducktown, la technique utilisée à l'époque provoque des pluies acides qui rendent stériles les terres agricoles situées à proximité. Mais l'activité génère aussi des externalités positives sous forme d'emplois et de richesse dans la région. Appelée à se prononcer, la Cour Suprême du Tennessee a rendu en 1904 un arrêt célèbre qui préfigure le traitement moderne des externalités : elle reconnait la nuisance mais refuse de la faire cesser, au contraire elle autorise les mines à continuer leur activité à condition d’indemniser les victimes[1].

Externalités positives[modifier | modifier le wikicode]

  • Implantation d'une activité au voisinage d'une autre qui bénéficie des synergies ou des effets induits par cette nouvelle proximité.
  • Construction d'infrastructures d'équipement ou de transport dont la présence et la meilleure commodité d'usage accroissent la valeur des terrains riverains.

Théorisation[modifier | modifier le wikicode]

Le théoricien libéral Arthur Pigou (dans The Economics of Welfare) avançait déjà en 1920 qu’une production bénéfique individuellement pouvait être nuisible collectivement, mais il le présentait comme un cas anecdotique.

Un des premiers théoriciens des externalités est le keynésien James Meade. Ce fut lui qui développa en 1952 l'exemple de

Un des premiers théoriciens des externalités est le keynésien James Meade. Ce fut lui qui développa en 1952 l'exemple l'externalité positive entre l'apiculteur et l'arboriculteur. L'apiculteur profite de la proximité de l'arboriculteur et obtient un miel de meilleure qualité qu'il peut vendre à meilleur prix sans avoir à surmonter de coût supplémentaire. L'arboriculteur n'est pas payé pour le service indirect qu'il rend à l'apiculteur. Cela dit, l’arboriculteur profite aussi gratuitement de la pollinisation de ses arbres, ce qui améliore son rendement sans faire recours à de coûteuses méthodes manuelles, et la pollinisation aléatoire des abeilles enrichit aussi la diversité génétique qui permet aux plantations de mieux résister à d'autres affections ou maladies. L’externalité est positive dans les deux sens.

William Kapp, dans son livre Les coûts sociaux de l’entreprise privée (1950), développa également ces idées.

Notes[modifier | modifier le wikicode]