Firmes multinationales

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Une firme multinationale, ou firme transnationale, est une grande entreprise (trust) implantée dans de nombreux pays.

Mondialisation[modifier]

Le phénomène de l'internationalisation des entreprises est une composante de ce que l'on a appelé la "mondialisation". Celle-ci a ses origines dans le développement du commerce, et s'est accélérée avec la généralisation du mode de production capitaliste. Il y a ensuite eu une croissance quasi-ininterrompue de ce phénomène, à une vitesse plus ou moins élevée selon le contexte économique (expansion ou crise...), technologique, ou politique (protectionnisme ou ouverture, souvent en réponse à la conjoncture économique).

L'international et la base nationale[modifier]

L'essor des multinationales constitue un affaiblissement relatif de l'interconnexion Capital-État. Cela se manifeste surtout dans les marchandises, qui dans chaque pays sont toujours plus cosmopolites. C'est un peu moins vrai des capitaux, qui ont tendance à faire des aller-retour entre les pays d'origine et les zones d'investissement.

En tous les cas, l'affaiblissement de la base nationale doit être relativisé. En dernier recours, les grands bourgeois s'appuieront toujours sur leurs gouvernements en cas d'accroissement des tensions inter-impérialistes.

« Quel que soit l'internationalisation de ses opérations, [une société] appartient, psychologiquement et sociologiquement, à sa région d'origine. Dans le pire des cas, ses directeurs accepteront toujours les souhaits et ordres des gouvernements qui ont édité leurs passeports et ceux de leurs familles. » [1]

Les capitalistes invoquent aussi leur lien avec leur État d'origine lorsqu'ils sont en difficulté, car évidemment celui-ci a de multiples intérêts à ce que ses bras économiques restent opérationnels.

« L'approche de la faillite apporte aux groupes financiers une conscience intense de la nation à laquelle ils appartiennent. » Malraux, La condition humaine

L’État n'est d'ailleurs pas qu'un recours passif. Malgré tous les dogmes "libéraux", qui servent surtout à dominer les pays les plus fragiles, chaque État aide par mille liens ses capitalistes (néoprotectionnisme). Contrairement à certaines exagérations, il n'y a donc pas de "classe globale" qui serait rellement cosmopolitie[2]. Le capitalisme renferme certes des tendances vers l'internationalisation (qui se réalisent davantage dans la finance par exemple) mais il ne peut pas la mener à terme et débouche régulièrement sur des tensions internationales fortes.

Intérêt de l'internationalisation[modifier]

Pour une entreprise, le développement à l'international peut avoir plusieurs moteurs :

Colonisation et multinationales[modifier]

La colonisation a été un facteur majeur d'échanges économiques entre métropoles et pays dominés, même si "officiellement", c'était là du commerce intra-national. La décolonisation, surtout anglaise, a par la suite transformé beaucoup d'entreprises "nationales" en entreprises multinationales.

Par exemple :

  • la Banco Santander fut créée en 1857 pour faciliter les échanges entre le port de Santander et l'Amérique du Sud
  • la Compagnie française de l'Afrique occidentale est à l'origine un comptoir colonial, et aujourd'hui un leader du commerce néocolonial

Historique[modifier]

Premières formes[modifier]

Sans surprise, on trouve les premières formes de la multinationale moderne dans les pays précurseurs du capitalisme. Ainsi, la Compagnie des Indes Orientales est créée en 1602 aux Pays-Bas, et fut une gigantesque entreprise de commerce, associant plusieurs actionnaires capitalistes dans une structure proche de la société anonyme actuelle. Ce modèle fit des petits : les nombreuses Compagnies des Indes. Cependant, ces entreprises étaient quasi-exclusivement commerciales, par opposition à la forme moderne à base industrielle, et il y a peu de continuité directe entre ces anciennes sociétés et les actuelles, sauf bien sûr au niveau des capitaux.

Mais dans la majorité des cas, à cette époque, les entreprises étaient "familiales". De nombreux négociants ou banquiers envoyaient des membres de leur famille dans d'autres pays pour y tenir des succursales et contrôler directement les activités.

19ème siècle[modifier]

Dès le milieu du XIXème siècle, sous l'effet de la Révolution industrielle, certaines entreprises lancent des activités dans d'autres pays, comme Siemens. Mais c'est surtout dans les années 1880, avec l'entrée dans l'époque impérialiste, qu'on peut observer un premier décollage. On parle "d'entreprise internationale", mais les historiens d'alors développent davantage sur l'internationalisation des capitaux -à l'échelle macro-économique- que sur ses acteurs.

Début 20ème[modifier]

Boukharine cite en 1915 quelques multinationales qui existent toujours comme Dunlop, AEG, General Electric, Siemens, Deutsche Bank, la Société générale belge...[3]

Au tournant du siècle, les États-Unis sont les premiers à disposer de vraies multinationales, avec quelques exceptions comme Fiat ou les suisses Ciba-Geigy ou Nestlé. En Europe, ce mouvement débutera vraiment dans les années 1920. Cette expansion sera freinée dans les années 1930 avec la Grande dépression.

Après-guerre[modifier]

L'essor des grandes entreprises états-uniennes dans le monde entier fait que le concept s'invite dans le langage économique, sans doute aussi du fait que la consommation de masse rend plus visible les grandes marques. Ainsi le terme de "multinational corporation" apparaît d'abord sous la plume de David Eli Lilienthal en 1960.

Les pays impérialistes d'Europe de l'Ouest aident leurs grands groupes à s'étendre à l'étranger. La construction de la CEE dans les années 1960 allait dans ce sens. En 1965 est créé en France le "bénéfice mondial consolidé", célèbre niche fiscale qui permet à quelques multinationales favorites de déclarer des pertes à l'étranger pour ne pas payer d'impôt sur les sociétés. Ce renforcement des groupes européens a poussé de nombreuses entreprises américaines à s'installer en Europe pour prendre des parts de marché avant que des trusts rivaux ne les monopolisent.

Période 1970-2010[modifier]

Rétrospectivement, on peut dire que malgré les technologies modernes déjà présentes, la forte croissance de l'Après-guerre ("30 glorieuses") a focalisé les trusts sur les marchés occidentaux. A partir des années 1970 s'ouvre une période de ralentissement économique, et certaines multinationales vont s'intéresser à des marchés dans les néocolonies, aidées par l'endettement dans lequel celles-ci ont été poussées.

Mais c'est principalement pour se concurrencer dans leurs secteurs de prédilection au sein même de la Triade (Europe-Etats-Unis-Japon), que les multinationales investissent à l'étranger. 52% des entreprises qui figuraient dans les 25 premières en 1990 n’y sont plus en 2002, souvent parce qu'elles ont été absorbées.[4]

En 1997, l'OCDE lance quasi secrètement des négociations sur l'AMI (Accord Multilatéral sur l'Investissement) qui prévoit notamment que les entreprises puissent se faire indemniser par les Etats en cas de "troubles sociaux" ou de lois sur l'environnement "contraignantes". Les mobilisations européennes provoquent son échec l'année d'après.

Par ailleurs, le lobbying est largement facilité par la puissance colossale de ces grands trusts. «[les multinationales exercent] une pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils modifient le cadre juridique des marchés, ce que la plupart des firmes ne pouvaient pas, jadis, tenter avec succès »[5]. Les multinationales chapeautent également la conception des normes comptables destinées à leur être appliquées : le marché du contrôle des compte est dominé par PricewaterhouseCoopers, KPMG, Ernst & Youg et Deloitte Touche Tohmatsu.

En 2002, environ 64 000 multinationales (contrôlant 870 000 filiales) pesaient 70% des flux commerciaux mondiaux, et employaient 54 millions de salariés.[6] (Elles n'en employaient que 9,6 millions en 1982). Enfin, rien que les échanges intra-firmes représentent 30% des échanges mondiaux. [5]

Notes et sources[modifier]

La naissance des "multinationales", Histoire économique

  1. Rival States, Rival Firms, S. Strange et J. M. Stopford
  2. Le Monde diplomatique, Le mythe de la « classe globale », août 2012
  3. Boukharine, L'impérialisme et l'économie mondiale, 1915
  4. CNUCED (2005), World Investment Outlook
  5. 5,0 et 5,1 Pierre BAUCHET, Concentration des multinationales et mutation des pouvoirs de l’État
  6. UNCTAD, World Investment Report, 2002