Suraccumulation de capital

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La suraccumulation de capital (ou surproduction de capital) est une situation dans laquelle trop peu de plus-value est créée par rapport au capital investi. C'est une situation de stagnation / ralentissement économique dans laquelle le taux de profit est faible, et qui favorise les crises économiques.

L'expression des contradictions du capitalisme
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Dans le mode de production capitaliste, il y a régulièrement une situation de suraccumulation de capital. C'est l'expression des contradictions du capitalisme dans le domaine économique.

Fondamentalement, la baisse tendancielle du taux de profit conduit à la suraccumulation : les capitalistes sont poussés par la concurrence à remplacer des travailleurs par des machines ou autres moyens de production, mais par là même ils réduisent leur source de profit que sont les salariés exploités, et donc le taux de profit (même si le volume des profits compense en général).

La suraccumulation peut aussi être causée par une augmentation des salaires plus rapide que l'augmentation de la plus-value. Mais cette cause-là est souvent surdéterminée par la baisse du taux de profit : cette dernière conduit à la baisse des investissements, donc une baisse des gains de productivité, et lorsque la productivité augmente moins vite que les salaires, le taux de profit chute.

On peut distinguer :

  • la suraccumulation absolue quand « le capital augmenté de C à C + ΔC ne produirait pas plus ou même en produirait moins que le capital primitif C avant qu’il ne s’accroisse de ΔC »[1]. Cette situation ne serait pas du au « développement de la force productive, mais à une hausse de la valeur-argent du capital variable (en raison de la hausse des salaires) ». Cela peut correspondre à une situation de plein-emploi où le rapport de forces est favorable aux travailleurs.
  • la suraccumulation relative quand le capital accru produit plus de profit que le capital primitif, mais à un taux de profit inférieur. C’est le cas le plus habituel.

Stagnation et terreau des crises
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La suraccumulation est donc une situation dans laquelle le taux de profit est faible : cela conduit à une stagnation économique, les investisseurs délaissant la production de marchandises et préférant les opérations financières (fusions-acquisitions, spéculation sur les matières premières, les dettes, les taux de change...). A la suraccumulation correspond donc une financiarisation accrue et un chômage croissant (moins d'investissements productifs, donc moins de croissance et moins d'emplois).

« La baisse du taux du profit ralentit la formation de capitaux nouveaux et favorise la surproduction, la spéculation, les crises, la surabondance de capital et la surpopulation [chômage] »[1]

Le chômage sert par ailleurs de rétro-action : en se développant, il créé une pression à la baisse sur les salaires en dégradant le rapport de force des travailleurs, ce qui ralentit la baisse du taux de profit.

La stagnation économique est un terreau pour les crises. La fuite en avant spéculative est un moyen de reporter l'éclatement des contradictions, et c'est pour cela que les crises économiques sont souvent déclenchées par l'éclatement de bulles.

La purge et la relance
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Puisque la stagnation économique est due à la suraccumulation, on ne peut y remédier par de "bons réglages" comme une régulation de la finance ou une politique monétaire expansionniste, ni par une relance keynésienne. L'austérité et l'abaissement des salaires sont la seule issue qu'il reste aux capitalistes. Localement, si la cure d'austérité est soudaine, cela permet une reprise (comme dans les pays baltes ou l'Irlande en 2012...). Mais vu les résistances des travailleurs-ses et l'énorme coût politique qu'a ce genre de politique pour les dirigeants bourgeois, cela se fait à un rythme relativement faible, et ne permet pas vraiment de faire repartir globalement leur croissance.

Les crises (au sens de choc économique soudain) a eu traditionnellement ce rôle de "purge" : par la faillite de nombreuses entreprises (dévalorisation des moyens de production, qui peuvent être rachetés à bas coût par d'autres capitalistes, pour qui le capital constant pèsera donc moins sur le taux de profit) et par la pression sur le salariat (dévalorisation du capital variable). Mais dans le capitalisme monopoliste actuel, les capitaux sont très centralisés, et la faillite de grandes entreprises terrifie la classe capitaliste (too big to fail). Donc ces faillites sont la plupart du temps empêchées par des renflouements massifs, voire des nationalisations. Cela a pour effet de toujours différer une crise majeure, mais aussi de prolonger la situation de stagnation.

La crise économique accentue donc la lutte de classe, et débouche presque toujours sur une crise politique, dont l'issue dépend de la conscience de classe et de la combativité des travailleurs, ainsi que de la stratégie choisie par les socialistes. De situations pré-révolutionnaires, les événements peuvent aussi conduire à des fascismes ou des guerres, qui sont aussi doublement dramatiques pour le prolétariat en ce qu'ils les écrasent et renforcent durablement la puissance des bourgeoisies.

Exemples de périodes de suraccumulation[modifier]

Notes et sources
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