Capitalisme et écologie

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Le capitalisme est en contradiction avec le respect des équilibres écologiques
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Cela s'explique principalement par le gaspillage engendré par la concurrence désordonnée pour le profit dans la production.

Logique de profit[modifier]

Destruction de marchandises[modifier]

Lorsqu'il y a surproduction sur un marché, cela conduit parfois les capitalistes à détruire purement et simplement certaines marchandises pour faire redescendre les prix. Cela concerne notamment les produits alimentaires.[1] Certes ces destructions ne sont pas si fréquentes, mais elles sont le symbole du gâchis du système_capitaliste.

Ce qui arrive plus souvent en revanche, ce sont des destructions causées plus indirectment. Dans l'édition, par exemple, il revient moins cher de produire des livres en très grandes quantités et de détruire les invendus (en grandes quantités aussi) que de produire le nécessaire.

Publicité[modifier]

Le capitalisme a un besoin structurel de la publicité. Chaque capitaliste cherche à encourager les ventes de ses marchandises (au détriment de celles des autres). La publicité est aussi un moyen de contrôle de la ligne éditoriale des média : quand le journal La Tribune a publié des critiques de l'EPR, EDF a supprimé le budget publicitaire qu'elle lui payait. De même, l'immense quantité de publicités pour l'automobile limite la capacité de critique sur ce secteur industriel majeur.

En 2005, les entreprises manufacturières françaises (hors producteurs d'énergie) ont dépensé 18,2 milliards d'euros en frais de marketing en 2005, avec près de 10 milliards pour les seuls industriels de l'agro-alimentaire. En 2006, l'industrie pharmaceutique a dépensé autant en marketting qu'en recherche et développement, soit environ 30 milliards de dollars.

L’invasion des publicités est une débauche de surconsommation à chaque instant : éclairage des vitrines toute la nuit, impression, transport et collage d'affiches, encarts dans les journaux, tournage de clips vidéo… En France, selon l'Ademe, les dépenses publicitaires ne représentent pas moins de 30 milliards d'euros par an, et 17 kg par habitant de prospectus distribué dans les boîtes aux lettres. En région parisienne, les panneaux éclairés équivaudraient à la consommation électrique de plus de 100 000 personnes.[2]

Un nombre important d'hebdomadaires et de mensuels ne sont à quasiment 50% que de simples prospectus. Selon l'Ademe, les courriers non adressés distribués dans les boîtes au lettres (prospectus, catalogues publicitaires, journaux gratuits,...) représentent chaque année près de 1 million de tonnes de déchets.

Economies sur la prévention des risques[modifier]

Chaque production engendre des impacts sur l'environnement et des risques d'accidents. C'est un fait, le risque zéro n'existe pas. Mais de nombreux scandales environnementaux révèlent aussi que les capitalistes prennent souvent des risques délibérés pour faire plus de profit. Et la plupart du temps, ce ne sont pas eux qui en paient les conséquences.

Dans le transport maritime, cela se traduit par exemple par les marées noires : à la fois les accidents (navires-poubelles, marins en sous-effectifs et épuisés par des temps de veille trop longs, pression pour sous-estimer les risques de tempête...) et les déballastages sauvages (qui représentent autant sinon plus de rejets d’hydrocarbures) pour éviter de payer au port.

Dans l’industrie nucléaire, on peut parler de l’absurdité des centrales construites en zone sismique (Fukushima…), qui ajoute encore au risque insensé constitué par l'existence même de ce mode de production, mais aussi de l’hypocrisie de la « sécurité à la française » : des règles de sécurité prétendument strictes… qui ne s’appliquent même pas aux intérimaires de la sous-traitance.

Flexibilité, flux-tendu et sous-traitance[modifier]

Ces dernières décennies ont vu la généralisation du flux-tendu : pour maximiser le rendement du capital, les stocks sont limités au minimum, et les transports doivent donc être le plus flexibles possibles.

C’est une tendance de fond qui fait que le capitalisme délaisse quand il le peut les moyens de transport « lourds » (bateaux, péniches, trains…) et favorise les camions. De cette façon, les trajets sont adaptés au plus près de la demande, qui elle fluctue selon la volatilité des marchés... Ainsi en Europe ces 30 dernières années, on a construit 1 200 km de routes par an et supprimé 600 km de lignes de chemin de fer.

Dans beaucoup d’industries, pour minimiser les risques de pertes conjoncturelles, pour rechercher des économies avec des salaires plus bas, des étapes entières de la production ont été sous-traitées. La même logique s’impose à la force de travail : les patrons ont externalisé de nombreux postes (agents d’entretien, de maintenance…), pour ne plus avoir à embaucher et ne payer qu’au service. Dans tous les cas, cela engendre des déplacements, et donc des émissions de GES évitables…

Délocalisations[modifier]

Les délocalisations ne sont qu’une prolongation de ce mouvement d'externalisation/sous-traitance. On cite souvent des exemples de marchandises types qui font plusieurs fois le tour de la Terre au cours de leur production, comme un jean qui peut parcourir jusqu’à 65 000 km avant d’être vendu. Certaines étapes impliquent nécessairement des transports (le coton n’est pas cultivable partout), mais il n’y a que la logique de profit capitaliste qui impose que le coton soit filé en Turquie, teint en Bulgarie, que la toile soit tissée à Taiwan, que le jean soit assemblé avec boutons et rivets en Tunisie… La mondialisation des échanges a rendu les peuples interdépendants et donné un intérêt commun au prolétariat mondial. Mais actuellement elle est un processus aveugle, qui a ses effets chaotiques, et qui ne donne aux travailleurs du monde aucune prise sur le fruit de leur travail.

Sur-emballage[modifier]

Sur-emballage et emballages jetables : En 2006, selon l'Ademe, ce sont 4,4 millions de tonnes de déchets d'emballages ménagers qui ont été produits en France (sur un total de 22 millions de tonnes de déchets ménagers).

Effet rebond, paradoxe de Jevons[modifier]

Le capitalisme monopolistique produit en abondance ce que l’on appelle junk, autrement dit de la camelote. Cette production consomme d’énormes quantités d’énergie et de matières premières. À cela s’ajoute le fait que même si l’on est en mesure de réduire la consommation d’énergie par unité produite, le but ultime du capitalisme reste tout de même l’augmentation de la production totale. Or, cette augmentation de la production totale anéantit d’emblée tous les avantages des économies d’énergie par unité. L’économiste William Stanley Jevons constatait déjà en 1860 que chaque nouveau modèle de machine à vapeur était plus efficace que le précédent et qu’on avait besoin de moins de charbon pour atteindre le même niveau de production. Il s’étonnait par conséquent de voir que la demande mondiale de charbon continuait d’augmenter. Cela était dû au fait que chaque nouvelle amélioration de l’efficacité engendrait automatiquement une plus grande accumulation.

Concurrence[modifier]

La concurrence génère un gâchis d’énergie, de ressources (et de temps de travail !) qui est très difficilement estimable mais qui est en réalité probablement le principal problème.

Production désordonnée[modifier]

Pour chaque domaine de la production, il y a différentes entreprises qui ont chacune leurs locaux, leurs machines, leurs fournisseurs, leurs sous-traitants… pour produire les mêmes marchandises (ou presque). La centralisation du capital limite un peu ce phénomène, mais il y a néanmoins de quoi générer de monumentales absurdités.

Ainsi deux sociétés privées (Iridium et Globalstar) ont envoyé chacune des dizaines de satellites pour assurer deux couvertures du globe concurrentes. Idem avec les différents réseaux d’opérateurs de téléphonie mobile (France Telecom, Bouygues, SFR en France). Dans les supermarchés, les très nombreuses marques différentes sont loin d’être toujours justifiées par la « variété de choix ». Parfois la différence n’est que dans le prix, parfois (notamment pour les aliments…) elle est dans la qualité et le risque encouru, ce qui deviendrait impensable dans la société sans classe pour laquelle nous nous battons.

La concurrence dans les réseaux d’électricité ou dans le transport ferroviaire est une source d’inefficacité globale (des coupures, des trains ou des machines à redémarrer…). De même, avoir plusieurs opérateurs d’internet haut débit nécessite des installations supplémentaires (dégroupage). Les différentes banques, assurances, agences immobilières… sont plus une source de perte de temps qu’autre chose. Et le simple fait de passer d’un numéro unique de renseignements (12) à plusieurs (118 xxx…) multiplie les standards téléphoniques, les appareils à acheter…

Transports désordonnés[modifier]

Au niveau des transports, le capitalisme a construit une toile d’araignée mondiale sans logique d’ensemble. Pour ne prendre que quelques exemples :

  • Les États-Unis, riches en bois, importent des allumettes du Japon, qui pille les forêts indonésiennes, tandis que le Japon importe des baguettes des États-Unis. 
  • Chaque année, 60 000 tonnes de poulets sont importées par le Royaume-Uni depuis les Pays-Bas, tandis que les Pays-Bas importent, eux, 30 000 tonnes de poulets britanniques qui voyagent dans l’autre sens.
  • Lors de l’accident du tunnel sous le Mont-Blanc, l’un des poids lourds en cause ramenait vers l’Europe du Nord des pommes de terre qui s’étaient faites transformer en chips en Italie, tandis qu’on transportait du papier hygiénique dans les deux sens !
  • Au fil des fusions et des rachats de sous-traitants dans l’industrie automobile, des pièces de moteurs ont pu venir du Brésil ou des États-Unis pour être assemblées en Europe sur des véhicules Renault ou Volkswagen, tandis que des pièces équivalentes traversaient l’Océan Atlantique dans l’autre sens pour être montées sur des véhicules Mack, Ford ou General Motors.
  • On peut trouver à Pointe-à-Pitre des oranges venues d’Afrique du Sud, après avoir transité parfois par Rungis, alors qu’on en cultive en Amérique Centrale ou dans la proche Floride…

L’effet de la sous-traitance et des externalisations évoqué plus haut augmente les imports-exports, mais la concurrence capitaliste elle-même est le problème structurel. La planification pourrait au contraire rationaliser drastiquement les transports : rapprocher usines et voix ferrées ou fluviales, trouver le bon équilibre entre concentration (économies d’échelle) et limitation des transports…

Difficultés de recyclage[modifier]

La gestion des déchets est aussi rendue plus difficile : les constructeurs et les différentes entreprises du secteur des déchets se renvoient tous la responsabilité d’améliorer les procédés… Par exemple, le plastique est aujourd’hui très peu recyclé, principalement parce qu’il y a toutes sortes de compositions différentes, rendant le tri en déchetterie quasi-impossible. Concernant le verre, les pare-brise sont rarement recyclés, parce que le démontage varie et demande beaucoup de main-d’œuvre, dégageant finalement peu de marge. Notons aussi que, sauf exceptions locales, le marché capitaliste a tué le système de consignes de bouteilles[3].

Obsolescence volontaire[modifier]

Article détaillé : Obsolescence volontaire.

Pour faire plus de profits, les capitalistes sont tentés de réduire la durée de vie de leurs marchandises, afin que les achats soient plus fréquents. Néanmoins la concurrence a des effets contradictoires sur ce phénomène. D'un côté, elle limite l'obsolescence « programmée » : les industriels qui ne sont pas en situation de monopole ou de cartel ne peuvent pas librement limiter la qualité de leur produit sans que cela ne favorise les achats chez leurs concurrents. De l'autre côté, la concurrence engendre une tendance structurelle à l'obsolescence des produits.

Par exemple, les multiples objets non compatibles entre eux (des câbles électroniques aux lames de rasoir) contribuent à la non-réparabilité et à l’obsolescence généralisées. Résultat : il n’y a que 20% des appareils (hors garantie) tombant en panne qui sont réparés. Certes, il y a aussi l’effet de la hausse du coût du travail par rapport à celui des marchandises – et la complexité technologique de ces marchandises – qui ruine les petits artisans qui se « débrouillaient » pour réparer. Mais une gestion socialisée de la réparation pourrait tout à fait être envisagée, en lien direct avec la production : pièces d’usure conçues pour pouvoir être changées facilement, schémas et notices techniques en libre diffusion, formation facilitée par la standardisation… Mais tout cela se heurte frontalement au capitalisme et notamment au secret commercial des concurrents.

L'effet du taux de profit[modifier]

Lorsque les taux de profits capitalistes sont au plus haut, la croissance est élevée, ce qui rend l'économie d'autant plus productiviste. Néanmoins, lorsque les taux de profits sont bas, d'autres effets pervers apparaissent.

Depuis les années 1980, le capitalisme est englué dans une suraccumulation : trop peu de profit est extorqué par rapport à la masse de capital investi. A noter que c’est pour contrebalancer cette baisse que les entreprises ont accru la sous-traitance, le flux-tendu… Mais une autre conséquence majeure est la tendance à la baisse des investissements productifs. Les innovations sont moins stimulées, et surtout, des innovations déjà réalisées ne sont que très lentement généralisées.

Il ne s’agit bien sûr pas de dire que les « innovations » des capitalistes sont par nature « progressistes et écologiques ». Mais voir que les investissements sont de moins en moins rentables pour les capitalistes permet de comprendre pourquoi le « capitalisme vert » est si lent à se développer. On ne peut pas nier qu’il y a des cas où le profit conduit certains capitalistes à aller dans un sens plus environnemental, mais même cette tendance est limitée par un facteur interne. Il est d'ailleurs notable qu’en Chine, où les investissements ont été plus forts qu’ailleurs, l'intensité énergétique a été divisée par 4 entre 1971 et 2006, tandis qu'elle augmentait de 25% en Afrique.

Hormis les nouvelles usines ou branches de production, l’appareil industriel est partout vieilli, ce qui a des conséquences sur la sécurité comme sur l’efficacité et donc sur la consommation d’énergie et de ressources. Aux États-Unis, certaines raffineries ont plus de 70 ans comme celle qui a explosé au Texas en 2005, qui n’était quasiment plus entretenue.

Dans de nombreux cas, une option moins néfaste écologiquement pourrait être rentable, mais les investissements ne sont pas réalisés. Le rendement des machines à vapeur (utilisées par exemple en géothermie) est en moyenne de 40%, alors qu’on peut, en investissant, le porter à 60%. Avec des systèmes de goutte à goutte, on peut économiser l’eau et par là même éviter les problèmes de salinité qui touchent 20% des cultures irriguées.

Dans le domaine de l’énergie, les énergies renouvelables ne souffrent pas tant du fait qu’elles ne seraient pas rentables, mais que les 25 géants du gaz, du pétrole ou du charbon n’ont aucune envie d’investir massivement pour changer de cap et voir ainsi leur bilan financier nettement dégradé face à leurs concurrents…

« Capitalisme vert » ?[modifier]

Article détaillé : Capitalisme vert.

Pour toutes ces raisons, le capitalisme est structurellement nocif pour l'environnement. Bien évidemment des mesures politiques peuvent être prises par les Etats bourgeois, en particulier si des mouvements ouvriers et écologistes les y poussent. Mais l'expérience des dernières décennies, et en particulier le dérèglement climatique, montrent une inefficacité de ces mesures.

C'est pourquoi les discours sur le « capitalisme vert » sont avant tout une idéologie bourgeoise mensongère visant à faire accepter le capitalisme.

Notes et sources[modifier]

  • Le Monde, Directement de l'arbre au dépôt d'ordures, 4 novembre 1975
  • http://www.enerzine.com/14/13427+consommation-electrique---le-secteur-de-la-publicite-epingle+.html
  • http://www.cniid.org/Le-point-sur-La-consigne-des-bouteilles-1e,181
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