Planification en URSS

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Le plan quinquennal en URSS est un document de planification économique gouvernemental fixant des objectifs de production, sur une période de cinq ans, utilisé en Union soviétique depuis le 1er Plan (1928-1932) jusqu'au 13e Plan (1991).

En russe, le plan quinquennal était nommé « pyatilétki » (пятиле́тки), abbréviation de « Пятиле́тние пла́ны разви́тия наро́дного хозя́йства СССР » (« plan de 5 ans pour le développement de l'économie nationale de l'URSS »).

Débuts de l'économie soviétique[modifier]

D'Octobre au « communisme de guerre » (1917-1921)[modifier]

Le tout premier pas vers une politique économique est fait en décembre 1917 avec la création du Conseil suprême de l'économie nationale (Vesenkha), chargé de surveiller et de contrôler les nouvelles industries nationalisées. Il avait des droits de confiscation et d'expropriation.

Cependant les bolchéviks n'avaient pas l'intention initialement de nationaliser de larges secteurs de l'économie, mais seulement des secteurs clés comme la finance et les transports. Ils estimaient que le contrôle ouvrier suffirait dans un premier temps, et que l'économie russe arriérée n'était pas prête pour des mesures immédiatement socialistes. Mais toute une série de nationalisations vont avoir lieu très vite, le plus souvent dues à l’initiative de comités d'usines. De fait, en janvier 1918 le Vesenkha déclare qu'aucune nationalisation ne devait intervenir sans son autorisation explicite, et ajoute en avril que toute entreprise nationalisée sans son autorisation ne recevrait pas de financement.

En juin 1918, la situation changea brusquement avec le début de la guerre civile et des interventions impérialistes. Cela donne une nouvelle impulsion au sabotage des capitalistes, avec qui tout compromis devient clairement impossible. Une vague de nationalisations est alors lancée. Les principaux dirigeants d'alors (Lénine, Trotsky[1][2]...) considéraient que ce n'est pas la meilleure décision économique (car l'Etat ouvrier n'avait pas les capacités d'organiser l'économie directement), mais qu'elle est était nécessaire politiquement (pour gagner la guerre civile). C'est ce qui fut appelé le « communisme de guerre ». Toute entreprise de plus de 20 salariés fut nationalisée.

Le communisme de guerre a été à l'origine une politique de bricolage pour faire face à l'urgence. Néanmoins certains bolchéviks espéraient que si la révolution s'étendait à l'occident industrialisé, le communisme de guerre miséreux pourrait se transformer directement en un véritable communisme. Ainsi Trotsky insistait sur les bases de planification communiste déjà posées, tout en précisant que dans les conditions de la guerre civile, la planification ne pouvait pas accomplir de miracle et répondre d'un coup aux besoins sociaux :

« Nous devons dire aux masses toute la vérité sur notre situation et sur nos intentions futures, et leur déclarer franchement que notre plan économique, même avec l'effort maximum des travailleurs, ne nous donnera ni demain ni après-demain monts et merveilles, car au cours de la période à venir nous allons orienter notre principale action vers la préparation des conditions d'une production de moyens de production. Ce n'est que lorsque nous serons en état de rétablir, ne serait-ce que dans de faibles proportions, les moyens de transport et de production, que nous passerons à la fabrication d'objets de consommation. »[3]

Le 22 février 1921 est créé le Gosplan, organisme central chargé de planifier l'économie. Mais le tournant de la Nouvelle politique économique met aussitôt le Gosplan au second plan. Ses responsabilités ne s'étendaient pas à la planification économique sur une grande échelle, mais étaient limitées à donner des avis en matière administrative aux différentes industries.

La Nouvelle Politique Economique (1921-1928)[modifier]

En mars 1921, lors du 10e congrès du Parti, Lénine impulse le tournant de la NEP.

Dès le mois de mai 1921, Trotsky écrivit à Lénine à propos de l'importance d'une reconstruction équilibrée. « Malheureusement, notre travail continue à se faire sans plan, et sans qu'ait été comprise la nécessité d'un plan. Le Gosplan représente une négation plus ou moins délibérée de la nécessité d'élaborer un plan économique solide et pratique pour le futur immédiat. » Il n'y eut pas de réponse du Politburo. Lénine n'était pas opposé à la planification, mais considérait qu'elle était prématurée et constituait de fait une sorte « d'utopie bureaucratique » dans un pays de 20 millions de fermes éparpillées, dont l'industrie était désintégrée et où les formes du commerce privé étaient primitives.

Dans les années 1920, un grand débat économique émerge entre deux groupes :

  • Boukharine, Tomsky, Sokolnikov, et Rykov estimaient que la NEP permettait un développement suffisant de l'économie et un contrôle de l'Etat suffisant, voire souhaitaient développer davantage le marché comme outil. Ils insistaient sur l'alliance entre paysannerie et prolétariat, et sur le fait que la NEP était la politique correcte qui aurait, sans la guerre civile, dû être menée depuis 1917. Pour industrialiser, ils soutenaient qu'il fallait augmenter la demande paysanne, donc les inciter à vendre leurs produits sur le marché, donc limiter l'inflation sans quoi le paysan aurait tendance à conserver son surplus pour d'autres usages (fabriquer de l'alcool, prêter à d'autres paysans...). Or limiter l'inflation passait par limiter les crédits d'Etat à l'industrie très peu productive.
  • Trotsky, Zinoviev, Kamenev, et Préobrajenski, défendaient un contrôle de l'Etat accru, et une industrialisation passant par des crédits d'Etat à l'industrie. Ils dénonçaient les profits accumulés par la minorité de paysans riches (les koulaks) et s'inquiétaient du danger qu'ils deviennent une couche sociale menaçant la révolution. Ils présentaient la NEP comme une retraite temporaire par rapport à l'objectif de construction du socialisme. Mais ils considéraient eux aussi que « durant un certain temps assez long, l´Etat ouvrier (...) devra employer les méthodes capitalistes, c´est-à-dire les méthodes du marché »[2].

Les statistiques établies au début de 1924 montraient que 83,4% du commerce de détail était dans le secteur privé, laissant 10% du secteur aux coopératives et seulement 6,6% aux organes de l'Etat et aux institutions. On constatait par ailleurs une divergence croissante entre les prix des produits de l'agriculture (en essor) et ceux de l'industrie, phénomène nommé « crise des ciseaux » par Trotsky.

C'est lorsque toute une partie de la direction bolchévique commence à remettre en cause le monopole du commerce extérieur en 1922 que Lénine réagit. Il est convaincu par Trotsky que cette remise en cause vient de la pression des forces de marché, et qu'il faut donc pour les contrer mettre en place une véritable planification. Le 27 décembre 1922, Lénine écrivit au Politburo, proposant un tournant significatif sur la question de la planification et du Gosplan.

« Cette idée [concernant les prérogatives du Gosplan] a été lancée depuis longtemps, je crois, par le camarade Trotsky (...) Je m'y étais opposé... mais après un examen attentif, je constate que dans le fond, il y a là une idée juste : le Gosplan se situe un peu à l'écart de nos institutions législatives, bien que... il dispose en fait du maximum d'éléments pour bien juger les choses [économiques]... En cela, je pense que nous pouvons et que nous devons faire un bout de chemin pour rejoindre le camarade Trotsky... »

Avec ce soutien, Trotsky put présenter son rapport sur l'industrie au 12e congrès du Parti (avril 1923). Dans celles-ci, il affirmait que le but de la NEP était d'être absorbée et liquidée progressivement par la planification. Mais la décision de renforcer le rôle du Gosplan, formellement votée, fut freinée par de nombreux dirigeants bolchéviks et n'eut pas d'effet concret.

En octobre 1923, Trotsky et d'autres dirigeants bolchéviks envoient leurs critiques au Politburo, portant sur le manque de planification économique, et sur le manque de démocratie dans le parti. Ce sont les bases de l'Opposition de gauche.

En 1925, au 14e congrès, Staline resta dans l'arrière-plan comme il le faisait fréquemment à ses débuts, mais se rangea du côté de Boukharine. Il fera un revirement complet en 1927 : tout en réprimant violemment l'Opposition de gauche, il reprenant à son compte son programme économique.

En 1925, le Gosplan commence à faire des plans annuels (appelés « chiffres de contrôle ») en lien avec le Conseil suprême de l'économie nationale (Vesenkha), le Directorat central des statistiques, le Commissariat du peuple aux Finances, et plus tard avec la Banque d'Etat (Gosbank) et le Comité d'Etat à l'approvisionnement (Gossnab).

Plans quinquennaux[modifier]

1er plan quinquennal 1928 - 1933[modifier]

Staline publie le 7 novembre 1929 un article intitulé « L'année du grand tournant »[4], et il lance la collectivisation forcée des campagnes, qui touche les koulaks mais aussi l'ensemble des paysans. Ceux-ci réagissent alors en abattant massivement leurs animaux (préférant les manger que les céder) et délaissant soudainement les cultures collectivisées. La conséquence directe fut les Grandes famines de 1931 à 1933.

L'objectif était de diriger toutes les ressources des campagnes vers l'industrialisation la plus rapide possible. On estime que 86% de l'investissement allait à l'industrie lourde. Staline utilisait abondamment les métaphores de guerre dans sa propagande, comme « Il n'y a pas de forteresse que les bolchéviks ne peuvent pas faire sauter ! »

Parmi les purges massives qui commencent à cette époque, beaucoup touchent des membres du Gosplan.

Sur le plan militaire, la priorité est de doter l'Armée rouge de chars d'assaut, d'une artillerie efficace et d'une aviation de combat. industriels structurant le complexe militaro-industriel soviétique à venir ont été amorcés, en commençant par les combinats sidérurgiques situés dans les bassins houillers.

Staline annoncera triomphalement que le plan avait été accompli en avance. La réalité est bien différente, et au contraire les objectifs fixés n'ont pas été remplis. S'il est vrai que la croissance a cru de façon exponientielle, un gâchis incommensurable a eu lieu : des productions entières étaient de qualité si faible qu'elles furent jetées, des biens ont été produits alors qu'il manquait des machines pour les utiliser, et ils se dégradaient...

2e plan quinquennal 1933 - 1938[modifier]

Le deuxième plan quinquennal fait monter comme jamais les chiffres de la production soviétique, dopée au stakhanovisme. La priorité est toujours à l'industrie lourde, et la production d'acier soviétique est alors une des plus élevées au monde, peu après l'Allemagne. La dépense militaire est redoublée, pour faire face à la menace que représente la prise du pouvoir par Hitler. Là encore, le plan échoue en réalité à atteindre ses objectifs, notamment concernant la production de charbon et de pétrole.

De grandes infrastructures sont construites (notamment des canaux, comme le canal de la mer Blanche ou celui reliant la Moskova et la Volga). Les moyens de communication et de transport sont améliorés et deviennent plus fiables. De 1928 à 1940, le nombre d'ouvriers de l'industrie / construction / transport en URSS passe de 4,6 million à 12,6 million.

Des incitations aussi bien que des punitions étaient utilisées. Les mères étaient incitées à travailler, suite à l'introduction de services à la petite enfance. Vers 1937 commencent à émerger les « tolkachi ».

3e plan quinquennal 1938 - 1941[modifier]

A l'origine, le 3e plan devait rééquilibrer la production vers les biens de consommation. Mais l'agression nazie en 1941 interrompit le plan, qui ne dura que 3 ans. La production industrielle de l'Union soviétique devient dédiée à son industrie de l'armement, engagée dans une lutte à mort. Des usines d'armement supplémentaires furent construites à l'Est de l'Oural.

La Seconde guerre mondiale ruine l'URSS, qui est le pays le plus frappé par la guerre après la Pologne. Probablement 20 millions de personnes sont mortes en tout. Officiellement, 98 000 fermes collectives sont détruites, 25% de tout le capital en équipement est détruit dans 35 000 usines, 6 millions de bâtiments sont détruits (dont 40 000 hôtpitaux), 40% de l'habitat urbain est détruit (créant 25 millions de sans-abri), 40% des chemins de fer sont détruits... En 1945, la prodcution minière et métallurgique est à 40% de celle de 1940, la puissance électrique à 52%, et la production alimentaire à 60%. En plus de cela, 1946 est l'année la plus sèche depuis 1891, et la récolte est pauvre.

4e plan quinquennal 1946 - 1950[modifier]

Staline promet en 1945 que l'URSS sera la première puissance industrielle en 1960. L'économie de guerre plus relâchée est abandonnée et la planification est relancée.

Les Etats-Unis et l'URSS ne parviennent pas à trouver d'accord sur un prêt états-unien pour l'aide à la reconstruction, et la guerre froide arrive vite. En revanche, l'URSS se fait payer des réparations par l'Allemagne, et fait payer aux pays de l'Est « pour les avoir libérés des nazis ». En 1949, le Comecon est mis en place, reliant l'économie des pays du Bloc de l'Est. Un tiers des dépenses du 4e plan est dirigé vers l'Ukraine, qui était importante en termes d'agricultre et d'industrie, et qui avait été dévastée par la guerre.

Le 4e plan quinquennal fut basé sur la théorie développée par Evgueni Samoïlovitch Varga, et à l'encontre des requêtes de Andreï Voznessenski. Il met, comme les précédents, l’accent sur l’acier, les machines-outils, l’industrie chimique, l'énergie, le réseau de transport. Enfin, la répartition géographique de l’industrie soviétique répond plus à des considérations d’ordre stratégique et militaire qu’économique. La dispersion des nouvelles usines sur l’ensemble du territoire de l’Union a pour objectif, dans le prolongement des trois premiers plans quinquennaux, d’accentuer l’autonomie économique et militaire des diverses régions de l’URSS.

Face aux manques de ressources naturelles exploitées ressenti dans l'immédiat après-guerre, des prospecteurs identifient des sites miniers et l'Union soviétique commence à fonder des villes mono-industrielles à partir de ce plan quinquennal. Un total de 400 villes seront construites, dédiées à un complexe industriel le plus souvent minier, contribuant par une migration de peuplement à un développement d'infrastructures tiré par l'économie dans les terres d'Oural et de Sibérie, jusque lors vides de zones urbaines. Un exemple est la ville nouvelle de Karaganda à la fin des années 1960.

5e plan quinquennal 1951 - 1955[modifier]

Le 5e plan quinquennal poursuit la logique du 4e plan.

En 1953, l'économiste hongrois János Kornai publie un article nommé Surcentralisation (1953) qui provoque des remous à l'Ouest, et qui constitue le début de son éloignement par rapport à la planification.

6e plan quinquennal 1956 - 1960[modifier]

Le plan quinquennal se concentre sur l'industrie lourde. Khrouchtchev lance aussi la Campagne des terres vierges, instaure un salaire minimum et une réforme générale des salaires, et lance la production de biens de consommation.

7e plan quinquennal 1959 - 1965[modifier]

Slogan soviétique : Le plan c'est la loi - L'accomplir, un devoir - En dépasser les objectifs, un honneur !

Khrouchtchev annonce clairement le but de ce 7e plan : « L'Union soviétique doit rattraper son retard et dépasser les pays capitalistes les plus développés ».


Le 7e plan quinquennal met l'accent sur les régions de l'Est (40 % de l'investissement). Le but est le développement de l'industrie chimique et du secteur de l'énergie. Ce plan prévoit également l'électrification des moyens de transport, le développement des industries de biens de consommation et l'augmentation de la production agricole.

Le 21e congrès du PCUS en 1959 revoit le 6e plan, et l'intègre dans un plan septennal (en russe: семилетка, semiletka).

Durant cette période, l'URSS connaît une croissance économique notable.

En 1965, le premier ministre Kossyguine prépare une réforme de décentralisation et de libéralisation, qui cherchait à favoriser l’efficacité et pas seulement la quantité. Cette réforme est avortée parce que les ministères voulaient garder leurs prérogatives (et aussi parce que la libéralisation survenue en 1968 en Tchécoslovaquie a inquiété la nomenklatura).

8e plan quinquennal 1968 - 1971[modifier]

Le 8e plan abandonne le slogan « rattraper et dépasser les Etats-Unis ». Il multiplie par 3 les objectifs de production de véhicules, en développant les voitures (la priorité avait été mise jusqu'alors sur les bus et les camions).

Même si le chômage avait été officiellement aboli, il y avait en réalité des sans-emploi dans des régions comme le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, la Moldavie, l'Oblast de Moscou et la Répubique autonome des Maris. Un des objectifs du 8e plan était de lancer des grands travaux dans ces régions.

Le Premier ministre Kossyguine promet alors de meilleurs salaires, une semaine réduire à 5 jours de travail, de prix à la consommation plus bas... Il déclare : « Camarades ! La construction du communisme et l'implication dans le bien-être du peuple sont inséparables. »

La quantité de céréales exportée est doublée. Les objectifs du plan sont revus deux fois à la baisse, pour ne pas échouer à les remplir.

9e plan quinquennal 1971 - 1975[modifier]

Environ 14,5 million de tonnes de céréales étaient importées par l'URSS. La détente avec l'Ouest amènent une augmentation du commerce. Le plan met l'accent sur l'augmentation de la production de biens de consommation pour améliorer le standard de vie soviétique. Il a largement échoué à remplir cet objectif[5], même s'il a conduit à améliorer notablement la technologie informatique soviétique.[6]

En avril 1973, Brejnev tente d'impulser une réforme pour assouplir la planification, et notamment pour rendre les grands conglomérats plus libres de traiter avec l'étranger. Mais la réforme est vidée de sa substance, notamment par le président Podgorny.

En 1973, l'URSS est au 15e rang pour le rendement par habitant, selon les statistiques soviétiques (25e selon les statistique US).

10e plan quinquennal 1976 - 1981[modifier]

Leonid Brejnev donne au 10e plan le slogan "Plan de qualité et d'efficacité".

11e plan quinquennal 1981 - 1985[modifier]

Pendant le 11e plan, le pays importe environ 42 million de tonnes de céréales chaque année, presque 2 fois plus que durant le 10e plan, et 3 fois plus que durant le 9e plan. La plupart de ces céréales sont achetés à l'occident (en 1985 par exemple, 94% des céréales importées viennent du monde capitaliste). Cependant, les exportations totales vers le monde capitaliste étaient presque toujours du même ordre que l'import. Par exemple en 1984, l'export vers l'Ouest représente 21,3 milliards de roubles, tandis que l'import représentait 19,6 milliards de roubles.

12e plan quinquennal 1986 - 1990[modifier]

Le 12e plan a commencé avec le slogan « uskoreniye »[7] (accélération), qui a vite été occulté par la Perestroika. Le plan s'est terminé par une profonde crise dans pratiquement tous les secteurs de l'économie soviétique, et une chute de la production.

Des mesures de décentralisation sont prises pour tenter de surmonter les problèmes avec la loi de 1987 sur l'entreprise d'Etat et les décrets qui suivent, sur le « khozraschyot » et l'autofinancement.

13e plan quinquennal 1991[modifier]

Le treizième plan quinquennal n'a duré qu'une année en raison de la dissolution du bloc soviétique, et concrètement de la dislocation de l'Union soviétique sur le plan politique. Sans cet événement, il aurait duré jusqu'en 1995.

Fonctionnement[modifier]

Le plan traitait de tous les secteurs de la production. Les objectifs étaient variables selon les plans, mais la tendance de fond était à donner la priorité au développement de l'industrie lourde et de l'armement, par rapport aux biens de consommation courante.

Il y avait des objectifs minimum et des objectifs optimum.

Le Gosplan[modifier]

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La planification était pilotée par le Gosplan à Moscou.


Combinant les objectifs larges donnés par le Conseil des ministres avec les données fournies par les niveaux administratifs inférieurs concernant l'état courant de l'économie, le Gosplan donnait, par essai et erreurs, un ensemble d'objectifs du plan préliminaire. Parmi plus de vingt comités d'État, le Gosplan était à la tête de l'appareil de planification du gouvernement et était de loin l'agence la plus importante de l'administration économique. La tâche des planificateurs était d'équilibrer les ressources et les besoins pour s'assurer que les entrées nécessaires étaient fournies pour les sorties planifiées. L'appareil de planification seul était une vaste organisation constituée de conseils, de commissions ou encore d'autres officiels gouvernementaux, chargés de l'exécution et de la surveillance de la politique économique.

Le Gosplan était subdivisé en ses propres départements industriels, tels que charbon, fer ou construction de machines. Il possédait aussi des départements transversaux, tel que la finance. À l'exception d'une brève expérience avec la planification régionale pendant la période Khrouchtchev dans les années 1950, la planification soviétique était faite de manière sectorielle plutôt que régionale. Les départements du Gosplan assistaient le développement d'un ensemble complet de cibles du plan en accord avec les besoins d'entrée, un processus impliquant une négociation entre les ministères et leurs supérieurs.

Technologies de l'information[modifier]

La planification nécessitait le traitement de grandes quantités de données statistiques. La compagnie produisant l'arithmomètre d'Odhner à Petrograd est nationalisée dès la révolution d'Octobre. L'Etat commence peu après à louer des tabulatrices. Vers 1929, il faisait un usage massif de machines statistiques, comparable à celui de l'Allemagne ou des Etats-Unis. La banque d'Etat possédait des tabulatrices dans 14 branches. Parmi les autres utilisateurs on trouvait le Bureau central des statistiques, le Commissariat aux finances, le Commissariat aux inspection, le Commissariat au commerce extérieur, le Trust du grain, les chemins de fer, les usines Ford et Buick, l'usine de tracteurs de Karkov et l'usine d'armemen de Tula.[8] IBM faisait aussi des affaires avec l'Etat soviétique dans les années 1930, dont la fourniture de cartes perforées pour l'usine automobile Staline.[9][10]

Falsification des chiffres[modifier]

Enormément de faux chiffres étaient fabriqués à tous les niveaux pour remplir les objectifs officiels du plan.

Par exemple : une usine s’engage à livrer tant de tonnes en plusieurs voyages, et dans chaque camion il y a un peu moins que le plein. Une ferme-usine prétend avoir rempli son objectif de 100 000 œufs, puis annonce que 30% ont été cassés pendant le transport… Jusqu’au niveau du plan, que l’on annonce toujours comme accompli, et qui ne l’est jamais. (ex Pamphlet Pensée libre en 1971 publié anonymement sous le pseudonyme A. Babouchkine)

Les grandes aberrations[modifier]

Le grand barrage de Brastk est construit en 1961, alors que son énergie devait servir principalement à une usine d’aluminium qui ne fut terminée que 10 ans après…

Le conglomérat de Kama a été conçu pour pouvoir construire des camions lourds à un rythme effrené, alors que l’infrastructure routière de l’URSS n’était pas prête à les recevoir.

En fin d'année, lorsqu'il reste dans fond alloués non utilisés, chaque usine, école ou organisme quelconque achète n'importe quoi pour le vider. En effet, s'il y a un reste en fin d'année, cela signifierait pour les planificateurs que l'organisme en question dispose d'un budget plus important que nécessaire, et que l'on peut réduire.

Vie dans les usines[modifier]

La travail dans les usines connaissait généralement trois périodes dans chaque mois :[11]

  1. Spiatchka (hibernation) : Beaucoup de fatigue du forcing de la période précédente, de nombreux ouvriers manquent (certains récupèrent les jours du forcing), paralysie dans l’usine. Par ailleurs, les entreprises manquent en général de matières premières avant le 10 ou 12 du mois (parce que beaucoup d’entreprises n’ont pas pu remplir les objectifs du Plan).
  2. Goriatchka (temps chaud) : Des assemblages peuvent commencer, mais il manque en général des pièces pour finir jusqu’au 20. Les produits semi-finis s’entassent souvent, et parfois doivent être stockés en entrepôts ou en extérieur, où ils se dégradent.
  3. Likhoradka (activité fébrile) : Période de forcing pour remplir les objectifs du plan, heures supplémentaires, même le samedi (« sombres samedis ») et le dimanche. Comme les entreprises sont surveillées et ne peuvent dépasser des plafonds d’heures supplémentaires, beaucoup ne sont pas payés plus, et doivent récupérer ces jours à d’autres périodes.

Vu l’urgence en fin de mois, la quantité passe avant la qualité. Les finitions qui doivent avoir lieu en entrepôts ou dehors ne se font pas en conditions d’usine… Les acheteurs essaient en priorité d’avoir des biens certifiés produits avant le 15 du mois.

Le directeur bataille pour que les objectifs du plan demandés à son usine ne soient pas trop élevés. Il fait très attention à ce que les capacités de son usine soit sous-estimée, et à ce que l’objectif du plan ne jamais dépassé de plus de 1 ou 2%. Pour ces raisons, l’ingénieur en chef de l'usine est nommé par un service indépendant du directeur. Il est généralement surnommé « l’homme du ministère ».

Les directeurs doivent aussi et même surtout plaire aux bureaucrates locaux du Parti. Ils doivent leur prêter des ouvriers pour leurs projets, quitte à manquer de main d’œuvre. Ils risquent plus de perdre leur poste pour des raisons « politiques » que d’efficacité économique.

Par rapport aux pays capitalistes occidentaux, le rapport de force était en général assez bon pour les travailleurs, étant donné qu'ils n'étaient quasiment jamais renvoyés, qu'il n'y avait pas de chômage et qu'ils pouvaient facilement retrouver un emploi ailleurs (et de fait, ils changeaient relativement souvent de travail). Dans l'après guerre, le rythme de travail était souvent moins intense qu’en occident. L'absentéisme était très fréquent. A tel point que le censure a fini par tolérer des satires sur ce sujet (par exemple celles du comédien Arkady Raïkine).

Officiellement, le régime prétendait que le citoyen soviétique avait dépassé l'esprit mercantile, et s'appuyait sur des stimulants moraux comme le stakhanovisme pour appeler à l'augmentation de la production. Il y avait par exemple tout un rituel nommé « contre-plan » (vstretchni plan) qui consistait pour certains ouvriers modèles à proposer de dépasser l'objectif du plan. Ce contre-plan était largement une mise en scène, et dans la réalité tout le monde était conscient que la plupart du temps, les objectifs réels du plan lui-même n'étaient pas atteints.

Dans les faits, lorsqu'il y avait un enjeu particulièrement important, les dirigeants soviétiques savaient que seuls les stimulants matériels étaient vraiment efficaces. Par exemple, dans les chantiers prioritaires, les salaires pouvaient être 3 fois supérieurs.

Les tolkachi[modifier]

Les « tolkachi » (толкачи), littéralement les « pousseurs », étaient des employés d'entreprises dont le rôle était de s'appuyer sur des échanges informels pour permettre de satisfaire aux objectifs du plan par tous les moyens. Ils émergent vraiment à partir de 1937 où ils deviennent un pivot central entre le Gosplan et les entreprises. La pratique essentielle des tolkachi était le « blat » (блат), terme qui désigne les arrangements, faveurs, ou offres sur les marchés noirs.

Innovation[modifier]

L'industrie soviétique avait une capacité relativement importante à produire massivement, mais une incapacité structurelle à faire preuve d'innovation. La bureaucratie à tout les niveaux engendrait un blocage systématique de toute proposition innovante. Pour lancer une nouvelle production, des autorisations de la part d'innombrables organismes devaient être accordées. Ce blocage est notamment décrit dans le roman de Vladimir Doudintsev, L'homme ne vit pas que de pain.

Les seuls changements qui pouvaient être introduits étaient ceux qui étaient décidés d'en haut, et encore ceux-ci étaient-ils souvent avortés sous l'effet des intérêts des autres ministères potentiellement menacés.

Rapports sociaux[modifier]

Plusieurs auteurs ont étudié le fonctionnement de l'économie planifiée de l'URSS.

Pour Gérard Roland[12], « le rapport entre le producteur et l’objet est déterminé non par la valeur d’usage, mais par la contribution de l’objet produit à l’indice statistique du plan, que nous appellerons la valeur-indice ». Par cette formule, l’auteur souligne que, dans un tel système, les indices à travers lesquels s’organise la production ne sont pas de simples « messages statistiques », mais fonctionnent comme rapport social ; c’est à travers les « indices qu’est évalué socialement l’activité productive » et que « le travail est validé, reconnu socialement ». Sous cet angle, la valeur-indice « exprime un rapport de subordination de l’organe inférieur vis-à-vis de l’organe supérieur (...). Le flux de la valeur indice est un flux essentiel vertical qui monte et descend constamment le long de la pyramide administrative ».

Pierre Rolle[13] souligne que, dans l’entreprise soviétique, les collectifs de travail ont une certaine autonomie et disposent d’une relative polyvalence. Par contre, c’est à travers le plan que se structurent des formes de subordination hiérarchique : « Chaque tâche confiée à un collectif de salariés de la production est, dans l’entreprise, accompagnée d’une norme, laquelle précise la quantité et la qualité du travail exigé. L’établissement de cette norme mobilise, en principe, tous les niveaux de l’administration économique : re-touchée dans l’établissement, appliquée dans l’atelier, elle est enregistrée, ou vérifiée, au centre du système. C’est par elle que la planification contrôle l’entreprise et évalue son fonds de salaire ; c’est par elle que l’entreprise contrôle la brigue et lui fixe des objectifs ». Cette « norme assure et concrétise la cohérence de tous les éléments de l’ensemble ». Et c’est également à travers elle que, « derrière l’objectivité et l’unanimité apparentes », se structurent « des emboîtements de conflits potentiels qui se chevauchent et se renvoient l’un à l’autre à travers toute l’échelle sociale ».

Influence[modifier]

La planification soviétique a été la première à être réalisée à si grande échelle. Par la suite, d'autres pays ont mis en oeuvre des planifications qui s'en inspiraient, parfois dans un contexte idéologique totalement différent :

  • les plans quinquennaux en République populaire de Chine
  • les plans de 4 ans du régime nazi
  • les plans quinquennaux de Suharto en Indonésie (connu pour son anti-communisme)

Anecdotes[modifier]

La planète mineure « 2122 Pyatiletka », découverte en 1971 par l'astronome soviétique Tamara Mikhailovna Smirnova, est nommée en l'honneur du plan quinquennal.[14]

Notes et sources[modifier]

  1. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920
  2. 2,0 et 2,1 Trotsky, La nouvelle politique économique des Soviets et la révolution mondiale, 14 novembre 1922
  3. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920
  4. Lynne Viola, Peasant Rebels Under Stalin, 199
  5. L. Garthoff, Raymond (1994). Détente and Confrontation: American-Soviet Relations from Nixon to Reagan. Washington, DC: Brookings Institution Press. p. 613. ISBN 0-8157-3041-1
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  7. https://en.wikipedia.org/wiki/Uskoreniye
  8. A Computer Perspective, by the office of Charles & Ray Eames, Edited by Glen Fleck, produced by Robert Staples, Introduction by I. Bernard Cohen, Harvard University Press, Cambridge, MA, 1973, pgs 64, 96-97
  9. Before the computer by James W. Cortada, p142, who cites James Connolly, History of Computing in Europe, IBM World Trade Corporation 1967
  10. U.S. Ambassador Joseph E. Davies intercedes for IBM during Stalin's Great Purge, website by Hugo S. Cunningham, accessed 2010 9 16, which cites Joseph E. Davies, Mission to Moscow, New York: Simon and Schuster, 1941.
  11. Hedrick Smith, Les Russes, 1974
  12. http://eml.berkeley.edu/~groland/
  13. https://www.cairn.info/publications-de-Rolle-Pierre--25536.htm
  14. Lutz D. Schmadel, ictionary of Minor Planet Names (5th ed.), 2003, New York: Springer Verlag. p. 172. ISBN 3-540-00238-3