Gosplan

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Le Gosplan (en russe Госплан, abréviation de Государственный комитет по планированию ou « Comité étatique pour la planification ») était l'organisme d'État chargé de la planification en Union soviétique.

Historique[modifier]

Le Gosplan est créé le 22 février 1921, durant la dernière période du « communisme de guerre ». Le tournant de la Nouvelle politique économique, en mars 1921, met le Gosplan au second plan. Ses responsabilités ne s'étendaient pas à la planification économique sur une grande échelle, mais étaient limitées à donner des avis en matière administrative aux différentes industries.

Dès le mois de mai 1921, Trotsky écrivit à Lénine à propos de l'importance d'une reconstruction équilibrée. « Malheureusement, notre travail continue à se faire sans plan, et sans qu'ait été comprise la nécessité d'un plan. Le Gosplan représente une négation plus ou moins délibérée de la nécessité d'élaborer un plan économique solide et pratique pour le futur immédiat. » Il n'y eut pas de réponse du Politburo. Lénine n'était pas opposé à la planification, mais considérait qu'elle était prématurée et constituait de fait une sorte « d'utopie bureaucratique » dans un pays de 20 millions de fermes éparpillées, dont l'industrie était désintégrée et où les formes du commerce privé étaient primitives.

C'est lorsque toute une partie de la direction bolchévique commence à remettre en cause le monopole du commerce extérieur en 1922 que Lénine réagit. Il est convaincu par Trotsky que cette remise en cause vient de la pression des forces de marché, et qu'il faut donc pour les contrer mettre en place une véritable planification. Le 27 décembre 1922, Lénine écrivit au Politburo, proposant un tournant significatif sur la question de la planification et du Gosplan.

« Cette idée [concernant les prérogatives du Gosplan] a été lancée depuis longtemps, je crois, par le camarade Trotsky (...) Je m'y étais opposé... mais après un examen attentif, je constate que dans le fond, il y a là une idée juste : le Gosplan se situe un peu à l'écart de nos institutions législatives, bien que... il dispose en fait du maximum d'éléments pour bien juger les choses [économiques]... En cela, je pense que nous pouvons et que nous devons faire un bout de chemin pour rejoindre le camarade Trotsky... »

En 1925, le Gosplan commence à faire des plans annuels (appelés « chiffres de contrôle ») en lien avec le Conseil suprême de l'économie nationale (Vesenkha), le Directorat central des statistiques, le Commissariat du peuple aux Finances, et plus tard avec la Banque d'Etat (Gosbank) et le Comité d'Etat à l'approvisionnement (Gossnab).

Le rôle du Gosplan s'accrut en 1929, quand fut appliqué le premier plan quinquennal qui prévoyait une industrialisation rapide et une réduction importante du secteur privé de l'économie.

Nikolaï Voznessenski, directeur du Gosplan durant les années 1940

Fonctionnement[modifier]

Combinant les objectifs larges donnés par le Conseil des ministres avec les données fournies par les niveaux administratifs inférieurs concernant l'état courant de l'économie, le Gosplan donnait, par essai et erreurs, un ensemble d'objectifs du plan préliminaire. Parmi plus de vingt comités d'État, le Gosplan était à la tête de l'appareil de planification du gouvernement et était de loin l'agence la plus importante de l'administration économique. La tâche des planificateurs était d'équilibrer les ressources et les besoins pour s'assurer que les entrées nécessaires étaient fournies pour les sorties planifiées. L'appareil de planification seul était une vaste organisation constituée de conseils, de commissions ou encore d'autres officiels gouvernementaux, chargés de l'exécution et de la surveillance de la politique économique.

Le Gosplan était subdivisé en ses propres départements industriels, tels que charbon, fer ou construction de machines. Il possédait aussi des départements transversaux, tel que la finance. À l'exception d'une brève expérience avec la planification régionale pendant la période Khrouchtchev dans les années 1950, la planification soviétique était faite de manière sectorielle plutôt que régionale. Les départements du Gosplan assistaient le développement d'un ensemble complet de cibles du plan en accord avec les besoins d'entrée, un processus impliquant une négociation entre les ministères et leurs supérieurs.

Le Gosplan a été critiqué par des économistes libéraux et notamment l'école autrichienne d'économie dont faisaient partie Friedrich Hayek, Ludwig von Mises et Joseph Schumpeter. L'ouvrage de Maurice Duverger, Les orangers du Lac Balaton (éd. Seuil, 1980), peut lui aussi être considéré comme un éclairage critique de la dérive de l'ardeur planificatrice des années 1950.