Angelica Balabanova

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Angelica Balabanova ou Angelica Balabanoff (1878-1965) en russe Анжелика Балабанова, était une militante marxiste qui milita dans de nombreux pays différents et connut le passage de la social-démocratie au communisme avant de s'éloigner de celui-ci.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Angelica Balabanova naît le 7 mai 1878 à Tchernihiv, dans l'Ukraine actuelle, alors dans l'Empire tsariste. Elle grandit dans une famille aisée, d'origine juive. Rapidement, elle veut rompre avec ce milieu.

Angelica Balabanova découvrit les idées révolutionnaires à l'université de Bruxelles, où elle étudiait. Après son installation à Rome, elle commença à organiser les travailleurs de l'industrie textile et adhéra au Parti socialiste italien en 1900. Elle y fréquenta des personnalités telles que Antonio Labriola, Giacinto Menotti Serrati, Benito Mussolini (alors socialiste) et Filippo Turati et écrivit des articles pour le quotidien socialiste Avanti!. Elle participa aussi à cette époque à l'organisation de conférences internationales de femmes socialistes, avec Clara Zetkin. Rosa Luxemburg et Angelica Balabanova étaient les deux seules femmes du Bureau socialiste international.

En 1904, à Lugano (Suisse italienne), Angelica Balabanova et Maria Giudice fondent le journal Su, compagne! (Debout camarades!), tourné vers les ouvrières. Elle écrit dans ses mémoires :

«[Nous] étions hostiles à toute forme de «féminisme». Nous estimions que la lutte pour l'émancipation des femmes ne constituait qu'un des aspects du combat pour l'émancipation de l'humanité. (...) Nous voulions faire comprendre aux femmes - surtout aux ouvrières - qu'elles n'avaient pas à lutter contre les hommes, mais avec eux contre l'ennemi commun : la société capitaliste.»[1]

Helene Deutsch, disciple de Sigmund Freud, qui la rencontre en 1910, au Congès de Copenhague, restera marquée par cette femme respectée par ses pairs qui milita pour ceux qui n’avaient pas été touchés par les idéaux socialistes, notamment les cheminots italiens[2].

A propos de son militantisme en Italie, elle dira : « Pas une fois je ne me suis sentie étrangère à ce pays. Il y avait peu de chauvinisme en Italie avant la guerre, et personne ne s'est jamais levé pour crier à l’« agitateur étranger ». »

Pendant la Première Guerre mondiale, elle fit partie de la minorité socialiste demeurée internationaliste. Elle réclama notamment l'exclusion de Mussolini lorsque celui-ci, qu'elle avait contribué à former politiquement, adopta des positions interventionnistes. Elle diffusa parmi les socialistes italiens les idées du journal de Trotsky, Nache Slovo, dont elle traduisait les articles[3]. Elle participa à la conférence de Zimmerwald en 1915 et fut désignée comme secrétaire de l'organisation créée à cette occasion en raison de sa connaissance des langues européennes. Vivant en Suède, pays neutre, elle fréquenta la gauche socialiste suédoise, dont le futur militant communiste Ture Nerman.

Angelica Balabanova rejoignit le parti bolchévique russe en 1917. Elle joua un rôle notable dans les premières années de l'Internationale communiste, travaillant avec Lénine, Trotsky, Zinoviev et Rakovsky. Victor Serge, qui la fréquenta à l'Exécutif de l'Internationale, la décrit ainsi : « Menue, son fin visage déjà maternel entouré d'un double bandeau de cheveux noirs, répandant autour d'elle une extrême gentillesse, Angelica Balabanova espérait encore une Internationale aérée, généreuse et quelque peu romantique[4]. »

Elle accueilli Emma Goldman lors de son passage à Moscou en 1920 et lui permis de rencontrer Lénine[5]. De plus en plus critique envers les méthodes de la Tchéka et la répression, elle quitta la Russie en 1922 avec l'accord de Lénine, qui estimait son intégrité et son intransigeance, et rejoignit en Italie ceux des socialistes qui, derrière Serrati, refusaient de se soumettre à certaines exigences du Komintern.

« En août [1924], je reçus deux télégrammes de communistes russes résidant a l’étranger. Ils voulaient que je sache qu’ils me considéraient comme la plus fidèle et la plus dévouée des révolutionnaires. Quelques jours plus tard, en parcourant un numéro de la Pravda, je tombai sur un décret m’expulsant du Parti Communiste en raison de mes idées « mencheviks » et de ma collaboration avec un « journal social-fasciste ». Je n’avais jamais appartenu à aucune organisation menchevik et le « journal social-fasciste » en question n’était autre qu’Avanti, dont le siège venait d’être attaqué et brûlé pour la troisième fois par les chemises noires ! »

Elle continua à diriger le groupe socialiste maximaliste italien après le départ de Serrati pour le Parti communiste italien. Après la victoire du fascisme, elle se réfugia en Suisse. Elle participe au Bureau international d'information des partis révolutionnaires socialistes, qui rejoint le Centre marxiste révolutionnaire international lors de sa création dans les années 1930. Elle vécut ensuite à Paris, puis à New York, et rentra en Italie après la Seconde Guerre mondiale.

Après 1947, elle rejoignit Giuseppe Saragat dans son refus d'une alliance du PSI et du PCI. Ils créèrent un Parti ouvrier socialiste italien qui devint bientôt le Parti socialiste démocrate italien.

Elle meurt le 25 novembre 1965 à Rome.

Œuvres[modifier | modifier le wikicode]

  • Il vostro Dovere in tempo di Elezioni: Alle Proletarie (Your Duty in Time of Elections: to the Proletarian Women). Lugano: Cooperativa Tipografica Sociale, 1904.
  • Neskol'ko slov ob agitatsii: Pis'mo-lektsiia (A Few Words on Agitation: Correspondence Lecture). Moscow: Gosudarstvennoe Izdatel'stvo, 1920.
  • Ot rabstva k svobode: Obiazannosti i prava kommunistov v pervoi trudovoi respublike (From Slavery to Freedom: Duties and Rights of Communists in the First Laborers' Republic). Moscow: Gosudarstvennoe Izdatel'stvo, 1920 / Milano, Avanti!, 1921.
  • Svetloi pamiati Iakova Mikhailovicha Sverdlova. (To the Blessed Memory of Iakov Mikhailovich Sverdlov). Moscow: Gosudarstvennoe Izdatel'stvo, 1920.
  • Iz lichnykh vospominanii Tsimmerval'dtsa (from the Personal Reminiscences of the Zimmerwaldists). Leningrad-Moscow: Izdatel'stvo "Kniga," 1925.
  • Erziehung der Massen zum Marxismus: Psychologisch-pädagogische Betrachtungen (Educating the Masses to Marxism: Psychological-Pedagogical Considerations). Berlin: Laub, 1927.
  • Erinnerungen und Erlebnisse, Berlin, E. Laubsche Verlagsbuchhandlung, 1927.
  • Marx und Engels als Freidenker in ihren Schriften (Marx and Engels as Free-Thinkers in their Writings). Berlin: Der Freidenker, 1930.
  • Wesen und Werdegang des italienischen Faschismus, Wien, Hess & Co., 1931.
  • Memorie, Milano-Parigi, Avanti!, 1931.
  • Sozialismus als Weltanschauung (Socialism as a Worldview). Berlin: Dt. Freidenkerverband, c. 1932.
  • Caduti per noi, caduti per voi (Fallen for Us, Fallen for You). New York: Edizione "La Fiaccola," c. 1935.
  • My Life as a Rebel. London: Hamish Hamilton, 1938. Traduit et édité en français en 1981 : Ma vie de rebelle, Editions Balland
  • Traitor: Benito Mussolini and his "Conquest" of Power. New York: G. Popolizio, c. 1942 / (Il traditore Mussolini) Roma-Milano, Avanti!, 1945.
  • Tears. New York, E. Laub / Chicago: Jay Bass, 1943.
  • Ricordi di una socialista, Roma, De Luigi, 1946.
  • Impressions of Lenin. Isotta Cesari, trans. Ann Arbor, University of Michigan Press, 1964 (Lenin visto da vicino, Roma, Opere nuove, 1959).
  • La mia vita di rivoluzionaria, Milano, Feltrinelli, 1979.

Elle a aussi écrit des poèmes en plusieurs langues (anglais, espagnol, français, italien et russe).

Les archives d'Angelica Balabanova sont conservées à l'Institut international d'histoire sociale d'Amsterdam.

Sur Trotsky[modifier | modifier le wikicode]

De Trotsky elle disait : « Trotsky se révéla capable de soulever les masses par son enthousiasme révolutionnaire et ses remarquables capacités intellectuelles. En revanche, il n'attirait pas les sympathies personnelles, ou bien il ne les conservait pas longtemps. Ses qualités n'avaient d'égal que son arrogance, et sa conduite avec son entourage créait fréquemment une distance, interdisant à la fois toute chaleur humaine et toute possibilité d'échange véritable. »

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Angelica Balabanoff, Ma vie de rebelle, 1938 (publié en français en 1981)
  2. Gilles Tréhel. Helene Deutsch, Rosa Luxemburg, Angelica Balabanoff. L’Information Psychiatrique, 86, n°4, p. 339-346
  3. Alfred Rosmer, Le mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, tome 1, p. 249. (ISBN 2-9507463-0-6)
  4. Victor Serge, Mémoires d'un révolutionnaire, coll. Bouquins, p. 588. (ISBN 2-221-09250-3)
  5. Emma Goldman, L'Agonie de la Révolution. Mes deux années en Russie (1920 - 1921), les nuits rouges, , 336 p., p 55, 62, etc.