Massacre de Shanghai

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Le massacre de Shanghai est une répression sanglante menée par Tchang Kaï-chek le 12 avril 1927, et dont la politique de l'Internationale Communiste (IC) et de son agent le Parti Communiste Chinois (PCC) est directement responsable. Elle marque le début d'une vague de contre-révolution dans toute la Chine et la fin des espoirs soulevés par la "révolution chinoise de 1925-1927".

Voir la page Révolution chinoise (1925-1927) pour le contexte général.

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Peloton d'exécution de Tchang décapitant un ouvrier communiste

Les événements[modifier | modifier le wikicode]

Shanghai est alors aux mains de Seigneurs de la guerre, tyrans semi-féodaux contre lesquels le Kuomintang (parti nationaliste bourgeois) et le PCC se battent conjointement.

L'armée de "libération" approche[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque l’armée nationaliste du Kuomintang dirigée par Tchang Kaï-Chek arriva à proximité de Shanghai, le PCC fit tous ses efforts pour faciliter sa victoire. Le 19 février le conseil des syndicats déclencha une grève générale, suivie par 350 000 travailleurs, que le PCC hésitait à transformer en insurrection. En dépit de cette indécision, pendant plusieurs jours les ouvriers tinrent tête à la répression des militaires locaux, alors que les troupes du Kuomintang restaient inactives à quelques dizaines de kilomètres à peine.

Le 17 mars 1927, Rote Fahne, le journal des communistes allemands, produisait encore un article dans la ligne de l'IC, qui présentait un protrait élogieux de Tchang Kaï-Chek, "chef des ouvriers révolutionnaires"...

Le 21 mars une nouvelle grève générale fut déclenchée, mais cette fois avec des plans précis d’insurrection; au bout de quelques jours de combat, les ouvriers qui n’avaient pas été mis à genoux par la répression, prenaient le pouvoir, alors que l’armée nationaliste, dans la banlieue de la ville n’avait pas bougé.

Pouvoir remis docilement à la bourgeoisie[modifier | modifier le wikicode]

Le PCC victorieux déposa immédiatement le pouvoir à Tchang Kaï-chek, accueilli dans la ville comme le chef incontesté de la révolution. Le PCC se soumit au Kuomintang, et avec d’autant plus d’empressement que circulaient les rumeurs d’attaque contre les ouvriers. Respectant les consignes formelles de l’Internationale, il désarma les piquets ouvriers pour ne pas risquer un affrontement.

Le 31 mars, selon Chen Du Xiu, alors le dirigeant du PCC :

« L’Internationale nous télégraphie de cacher, d’enterrer toutes les armes en possession des ouvriers, afin d’éviter un affrontement militaire entre Tchang Kai-chek et les ouvriers ».

Tchang qui avait aussitôt prit contact avec les cercles capitalistes de la ville, commença par remplacer les communistes à tous les postes de direction importants par des fidèles. Il prit aussi soin d'éloigner les soldats influencés par les ouvriers, en donnant notamment l'ordre de quitter la ville au commandant de la première division qui se trouvait dans le quartier ouvrier. Celui-ci alla alerter les dirigeants du PCC et de l'IC et leur proposer d’arrêter Tchang pour complot contre-révolutionnaire. Mais ces derniers refusèrent, se contentant d’écrire à Tchang pour lui demander respectueusement de revenir sur sa décision, et en définitive ils laissèrent s’éloigner ces soldats.

Puis Tchang décréta que les piquets syndicaux devaient passer sous contrôle de son armée, avant de passer à la répression ouverte.

Le 5 avril, le leader du PCC, Chen-Du-Xiu déclarait :

« Bien que nos opinions essentielles ne soient pas en tous points semblables, nous devons être unis. Il apparaît que le PCC n’a de désaccords avec le KMT que sur des questions de détail »

Le massacre[modifier | modifier le wikicode]

Le 12 avril 1927 à 4 heures du matin, des détachements de l’armée du Kuomintang, aidés par des bandes recrutés parmi la pègre locale attaquèrent les sièges des organisations ouvrières, massacrant tous ceux qui s’y trouvaient; en dépit d’une résistance improvisée des centaines de prolétaires furent massacrés, les dirigeants communistes tués ou contraints à se cacher. Le lendemain, le Conseil général des syndicats, dispersé et traqué, appelait à la grève générale. Malgré la terrible situation 100 000 ouvriers répondirent à l’appel; une manifestation pacifique (!) fut organisée pour aller protester auprès du quartier général: sa répression à la mitrailleuse fit près de 300 morts.

En tout, plus de 5 000 ouvriers et/ou communistes furent tués, voire torturés ou jetés vivants dans les chaudières des locomotives.

Aide des impérialistes et de la France[modifier | modifier le wikicode]

Les impérialistes aidèrent à la répression du mieux qu’ils purent; les autorités françaises en particulier se placèrent dans les premiers rangs grâce à leurs forces de police, dirigées par l’un des chefs des gangsters de Shanghai, qui multiplièrent perquisitions et arrestations pour alimenter les tribunaux militaires d’exception qui prononcèrent des milliers de condamnations à mort au cours des mois suivants.

Suites directes[modifier | modifier le wikicode]

Ce fut bien sûr le début de la guerre civile. Mais le PCC continua à collaborer le plus possible, jusqu'au basculement total de ses alliés dans la réaction, parallèlement à l'écrasement du prolétariat. Le PCC se tourna vers la gauche du Kuomintang, la fraction du Wuhan, en présentant désormais l'alliance comme celle du "bloc des 3 classesopprimées" (Paysannerie, Prolétariat, Petite-bourgeoisie) : le massacre de Shanghai était le "retrait" de la "bourgeoisie anti-impérialiste" du "bloc des 4 classes", version précédente...

Mais face à une force comme le PCC qui s'effondre, et qui fondamentalement représente des intérêts divergents, tout le Kuomintang allait laisser la "terreur blanche" libre de frapper.

Bilan et perspectives[modifier | modifier le wikicode]

Etant donné l’importance de Shanghai dans la vie économique chinoise, un pouvoir prolétarien dans cette ville aurait automatiquement signifié qu’une direction anticapitaliste était donné à la révolution chinoise qui aurait trouvé là un nouvel essor formidable. Comme souvent, l'histoire a montré que c'est précisément lors des occasions révolutionnaires manquées comme celles-ci, qui par ailleurs aurait nécessité beaucoup moins de violence, que la réaction s'abbat de la manière la plus sanglante.

Pour les révolutionnaires, un tel massacre mérite donc doublement un "plus jamais ça".

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Cette description des événements est basée principalement sur cet article.

  • La condition humaine d'André Malraux raconte également à sa façon les événements.
  • Harold Isaacs, La tragédie de la révolution chinoise, 1967