Congrès de fondation de l'Internationale communiste

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A la présidence, Gustav Klinger, Hugo Eberlein, Lénine, Fritz Platten

Le Premier congrès de l'Internationale communiste se tint en mars 1919, sous la houlette du Parti bolchevik. Ce congrès répondait à la Conférence de Berne de février 1919, qui tentait de raviver la Deuxième Internationale.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

La nouvelle, en janvier 1919, d’une réforme de la Deuxième Internationale, amena les bolcheviks à tâter le terrain pour la formation d’une nouvelle Internationale qui pourrait se faire à Berlin. Avant qu’elle puisse se réunir, Liebknecht avait précipité l’insurrection spartakiste qui fut brisée par la social-démocratie. La première réunion de l’Internationale fut déplacée à Moscou. Ce déplacement devait être temporaire, jusqu’à ce que la révolution éclate à l’Ouest.

Le 24 janvier 1919, la Centrale du Parti communiste russe ainsi que les bureaux étrangers des partis communistes polonais, hongrois, allemand, autrichien, letton et les Comités centraux du parti communiste finlandais, de la Fédération socialiste balkanique et du Parti socialiste ouvrier américain lancèrent l'appel suivant :

« Les partis et organisations soussignés considèrent comme une nécessité impérieuse la réunion du premier congrès de la nouvelle Internationale révolutionnaire. Pendant la guerre et la Révolution, se manifesta non seulement la complète banqueroute des vieux partis socialistes et social-démocrates et avec eux la II° Internationale, mais aussi l'incapacité des éléments centristes de la vieille social-démocratie à l'action révolutionnaire. En même temps, se dessinent clairement les contours d'une véritable Internationale révolutionnaire. »

L'appel décrit en douze points l'analyse et les buts du nouveau courant. Il est affirmé que l'époque actuelle est celle de la décomposition du système capitaliste, qui impose le renversement du capitalisme pour que la civilisation ne sombre pas avec lui. La tâche du prolétariat est donc dans la conquête immédiate du pouvoir, ce que signifie l'anéantissement de l'appareil d'Etat bourgeois et l'édification d'un Etat ouvrier capable d'incarner la dictature du prolétariat. Suivait une énumération de 39 partis et organisations invités au 1° Congrès. La tâche du congrès consiste en la « création d'un organisme de combat chargé de coordonner et de diriger le mouvement de l'Internationale communiste et de réaliser la subordination des intérêts du mouvement des divers pays aux intérêts généraux de la Révolution internationale. »

Délégation à la conférence[modifier | modifier le wikicode]

La conférence internationale se tient en mars 1919 à Moscou, en pleine guerre civile, et les bolchéviks font pression pour qu'elle se transforme en congrès de fondation de la IIIe Internationale. Cependant le délégué du seul véritable Parti représenté (hors du Parti bolchevik), Hugo Eberlein du Parti communiste d'Allemagne, s'abstient sur la création d'une nouvelle internationale (il avait d'ailleurs été mandaté pour voter contre). Les bolchéviks font alors certaines manoeuvres pour que ce congrès paraisse pour plus que ce qu'il était : par exemple, il firent voter en tant qu'Allemand Gustav Klinger, un Allemand de la Volga (en Russie) qui n'avait aucun rapport avec le PC allemand, ils firent voter parmi les délégués américains Boris Reinstein, bolchévik qui avait vécu aux Etats-Unis, et globalement ils s'assurèrent de contacter des délégués favorables.

Angelica Balabanova livrera plus tard le témoignage suivant :

« Sur les trente-cinq délégués et les quinze invités présents, le Comité central avait sélectionné les trois quarts. Ils provenaient des soi-disant « partis communistes » des petites nations anciennement comprises dans l’empire russe : Esthonie, Lettonie, Lithuanie, Ukraine et Finlande ; ou bien c’étaient des prisonniers de guerre ou des radicaux étrangers qui se trouvaient par hasard en Russie à ce moment-là. La Hollande, la Ligue de Propagande Socialiste d’Amérique (composée essentiellement d’émigrants slaves) et les communistes japonais étaient représentés par un ingénieur hollando-américain nommé Rutgers, qui avait jadis passé quelques mois au Japon ; l’Angleterre, par un émigré russe nommé Feinberg, de l’équipe Tchitchérine, la Hongrie par un prisonnier de guerre qui s’enfuit plus tard avec une importante somme d’argent. Jacques Sadoul, arrivé en Russie en 1918 comme attaché de la mission militaire française, n’en était pas reparti et avait embrassé la cause des Bolcheviks. Il devait représenter la France, mais les Bolcheviks, probablement peu sûrs de son vote, l’avaient fait remplacer [par Guilbeaux]. »[1]

Transformation de la conférence en congrès de fondation[modifier | modifier le wikicode]

Malgré la composition pro-bolchévique de la délégation, l'idée de proclamer la nouvelle internationale est initialement repoussée. Mais le lendemain, un événement changea complètement l’atmosphère de la réunion.

« En piein milieu d’une séance arriva un Autrichien, exprisonnier de guerre, qui avait séjourné plusieurs mois en Russie avant de retourner chez lui. Hors d’haleine, transporté d’émotion et portant les stigmates d’un voyage périlleux, il demanda et obtint la parole. Il revenait d’Europe occidentale et, nous déclara-t-il, dans tous les pays qu’il avait visités depuis son départ de Russie, il avait assisté à la désagrégation du capitalisme et au mécontentement croissant des masses. En Autriche et en Allemagne surtout, on était au bord de la révolution. L’exemple de la Russie avait suscité partout l’enthousiasme des masses, et dans ce climat d’insurrection, c’esî sur Moscou qu’elles comptaient pour leur ouvrir la voie. Ce rapport optimiste — bien que probablement sincère — eut pour effet d’électriser les délégués. Quatre d’entre eux demandèrent la parole et proposèrent de lancer immédiatement la Troisième Internationale et d’établir son programme. Eberlein s’obstina à protester au nom de son parti, mais on ne tint pas compte de lui. »[1]

La fondation de l'Internationale communiste fut décidée à l'unanimité moins cinq abstentions.

Au milieu des discours et des félicitations. Lénine me fit passer une note disant : « Demandez la parole et annoncez l’affiliation du Parti Socialiste Italien à la Troisième Internationale. » Je répondis sur la même feuille : « Impossible. Je ne suis pas en contact avec eux. Leur loyauté ne fait aucun doute, mais ils doivent s’exprimer eux-mêmes. » Une seconde note arriva immédiatement : « Il le faut. Vous êtes leur représentante officielle au Zimmerwald. Vous lisez Avanti et vous savez ce qui se passe en Italie. » Cette fois, je me contentai de le regarder et de secouer la tête. Je possédais bien sûr des pouvoirs du Parti italien, mais pas comme déléguée au Congrès.

Angelica Balabanova, malgré ses réticences, fut ensuite nommée secrétaire de l'Internationale, les bolchéviks souhaitant s'appuyer sur sa renommée, son multilinguisme et son réseau relationnel en Europe. Elle eut rapidement beaucoup de mal à travailler avec des dirigeants dont elle réprouvait totalement les méthodes, comme Zinoviev, et elle démissionna peu après.

Déroulement du congrès[modifier | modifier le wikicode]

Son ordre du jour était le suivant :

  • Lettre d'invitation au Parti communiste d'Allemagne (Spartakusbund) ;
  • Discours d'ouverture de Lénine ;
  • Thèses de Lénine sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne ;
  • Discours de Lénine sur ces thèses ;
  • Résolution sur la position envers les courants socialistes et la conférence de Berne ;
  • Déclaration faite par les participants de la conférence de Zimmerwald au Congrès de l'Internationale communiste ;
  • Décision concernant le groupement de Zimmerwald ;
  • Décision concernant la question d'organisation ;
  • Résolution sur la fondation de l'Internationale communiste ;
  • Plateforme de l'Internationale communiste ;
  • Thèses sur la situation internationale et la politique de l'Entente ;
  • Résolution sur la Terreur blanche ;
  • Discours de Trotsky ;
  • Discours de clôture de Lénine ;
  • Manifeste de l'Internationale communiste aux prolétaires du monde entier.

L'Internationale et Zimmerwald[modifier | modifier le wikicode]

L'Internationale se proclamait l'aboutissement du mouvement de Zimmerwald, et demandait à sa principale représente, Angelica Balabanova, de l'acter. Balabanova témoignera :

Une proposition fut avancée, selon laquelle, en tant que secrétaire du Zimmerwald, je remettrais fonctions et documents à la nouvelle Internationale. Cette proposition entrait dans une déclaration signée par Lénine, Trotsky, Rakovsky, Zinoviev et Platten au titre de représentants de la gauche Zimmerwald. Après avoir qualifié les éléments « centristes » de « pacifistes et flottants », ils continuaient ainsi : "L’Union Zimmerwald a atteint son but. Tout ce qu’il y avait en elle d’authentiquement révolutionnaire passe à l’Internationale communiste." (...) J’expliquai aux délégués que je n’avais aucun pouvoir pour transmettre les documents du Zimmerwald sans en référer à ses membres. Je savais parfaitement que, dans les faits, Zimmerwald était déjà dissous. On l’avait créé, au moment de la Guerre mondiale, dans un but précis ; maintenant que la guerre était finie, ce but n’existait plus. Une nouvelle situation était apparue, qui exigeait un nouvel instrument de combat. Cependant, même si les groupes et les individus affiliés au Zimmerwald étaient pour la plupart totalement d’accord avec la Russie soviétique, il n’en restait pas moins que les conditions dans lesquelles on avait organisé cette conférence préliminaire — difficultés de transport, impossibilité d’obtenir des passeports — avaient empêché leur représentation.[1]

Le congrès ne tint pas compte de cette protestation et vota une résolution selon laquelle « le Premier Congrès de l’Internationale communiste décide la dissolution de l’organisation Zimmerwald ».

Impact et suites[modifier | modifier le wikicode]

Pendant la première année, le Comité exécutif de l'Internationale communiste eut un travail difficile à accomplir. A peu près coupé de l'Europe occidentale, il dut rester des mois entiers sans journaux, privé de la plupart de ses membres qui ne pouvaient venir à cause du blocus. Il n'en prit pas moins position sur toutes les questions importantes, précisément dans la première année qui suivit la guerre, où l'on manquait tant de clarté.

En mars 1919, le parti socialiste italien envoya son adhésion ; en mai, ce fut le tour du parti ouvrier norvégien et du parti socialiste « étroit » bulgare ; en juin, du parti socialiste de gauche suédois, du parti socialiste communiste hongrois, etc. En même temps, la II° Internationale se vidait rapidement de ses effectifs. L'un après l'autre, ses partis les plus importants la quittèrent. Si, lors de sa fondation, l'Internationale communiste était plus un drapeau qu'une armée, elle avait, au cours de sa première année d'existence non seulement rassemblé une armée autour de son drapeau, mais infligé de graves défaites à son adversaire.

Le véritable congrès de fondation sera le deuxième congrès, tenu à l'été 1920.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 1,1 et 1,2 Angelica Balabanova, Ma vie de rebelle, 1938