Stade impérialiste

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Le stade impérialiste est, pour la plupart des marxistes après Lénine, un nouveau stade du capitalisme depuis la fin du XIXème siècle.

La conception « classique » (Lénine)[modifier]

La théorie « classique » de l’impérialisme est née dans le feu de la guerre mondiale de 1914-1918, qui a vu l’éclatement de l’Internationale socialiste sous l’effet du chauvinisme de ses dirigeants.

Théorie du stade impérialiste et enjeux[modifier]

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le fameux ouvrage de Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme[1] (1916), n'aborde pas les questions d'orientation politique qui ont marqué la rupture des révolutionnaires par rapport aux réformistes :

Lénine explique dans une préface[2] qu'il devait passer au travers de la censure tsariste, et donc se borner « à une analyse théorique, surtout économique ». Dans son esprit, l'enjeu de cette analyse était bien sûr d'étayer l'orientation politique bolchévique. Comme il l'a explicité ailleurs, les enjeux étaient les suivants :

  • « exposer que l'impérialisme est le prélude de la révolution socialiste »[2] ;
  • exposer que la « scission du mouvement ouvrier est liée aux conditions objectives de l'impérialisme » (par le développement de l’aristocratie ouvrière) pour justifier la rupture nette avec l’ancien socialisme ;
  • fonder le mot d’ordre de défaitisme révolutionnaire sur une analyse de la guerre de 1914 comme « guerre impérialiste (c'est-à-dire une guerre de conquête, de pillage, de brigandage) », pour balayer les argumentations invoquant les positions non systématiques de Marx et Engels lors des guerres antérieures[3] ;
  • affirmer que « les guerres impérialistes sont absolument inévitables, aussi longtemps qu'existera la propriété des moyens de production »[4] ;
  • fondamentalement : « De libérateur des nations que fut le capitalisme dans la lutte contre le régime féodal, le capitalisme impérialiste est devenu le plus grand oppresseur des nations. Ancien facteur de progrès, le capitalisme est devenu réactionnaire »[3].

Dans L’impérialisme, Lénine liste les caractéristiques du stade impérialiste :

  1. Concentration de la production et du capital et monopoles
  2. Fusion du capital bancaire et du capital industriel en capital financier, création d’une oligarchie financière
  3. Exportation de capitaux, à la différence de l’exportation de marchandises
  4. Formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde
  5. Fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes

Il n’insistait cependant pas toujours sur les mêmes aspects, puisque dans un article[5] écrit quelques mois plus tard il donnait, comme « définition la plus précise et la plus complète possible de l'impérialisme : 

  1. le capitalisme monopoliste
  2. le capitalisme parasitaire ou pourrissant
  3. le capitalisme agonisant »

Capitalisme monopoliste[modifier]

Tout le monde a cette époque constatait et commentait la naissance de trusts, cartels et quasi-monopoles. Pour Lénine, « la substitution du monopole à la libre concurrence est le trait économique capital, l'essence de l'impérialisme. ». Pour lui la centralisation du capital avait donc pour effet de limiter la concurrence (ententes sur les prix et les zones d’influence). Cela remet-il en question les fondements du capitalisme analysés par Marx, qui sont basés sur la concurrence (loi de la valeur, crises récurrentes…) ? C’est le raisonnement de Boukharine, pour qui l’impérialisme est le capitalisme financier, succédant au capitalisme industriel, succédant au capitalisme commercial. A tel point que lors des discussions pour actualiser le programme du parti bolchévik en 1919, Boukharine voulait entièrement remplacer l’analyse du capitalisme par celle de l’impérialisme. Lénine tempérait :

« Jamais au monde, le capitalisme de monopole n'a existé ni n'existera sans libre concurrence, dans divers domaines. […] L’impérialisme est une superstructure du capitalisme. »[6]

Une autre grande caractéristique de la centralisation du capital, c’est que cela amène aussi« la socialisation prodigieuse du travail par l'impérialisme ». Lénine en conclut que « le monopole qui surgit du capitalisme, c'est déjà l'agonie du capitalisme, le début de sa transition vers le socialisme. ».

Les communistes rejetaient donc comme une chimère et un « idéal réactionnaire » l’idée de revenir à de la libre-concurrence entre petits patrons. Pour autant, ils n’allaient pas jusqu’à soutenir la monopolisation capitaliste et les projets bourgeois de centralisation politique. Au contraire, Boukharine pouvait écrire que « La social-démocratie doit voter contre l'introduction de tout monopole, de toute union douanière, etc. »  ; il reconnaissait qu’une centralisation supplémentaire apporterait un « progrès » (économique) supplémentaire, mais :

« Le véritable point est que ce progrès n'est rien de plus qu'un renforcement et un soutien du militarisme et de l'impérialisme. […] De nos jours la tâche historique n'est pas de s'inquiéter pour les nouveaux développements des forces productives (elles sont parfaitement adéquates pour la réalisation du socialisme), mais de préparer une attaque universelle contre les gangsters du gouvernement. »[7]

C’est en particulier pour cette raison que Lénine s’est opposé au mot d’ordre d’Etats-Unis d’Europe : ce ne serait (sous le capitalisme) qu’un impérialisme plus puissant. Certains socialistes refusaient de soutenir le droit au séparatisme des peuples opprimés au nom de la « régression économique » qu’engendre le morcellement des États. Lénine dénonçait ces positions comme de « l’économisme impérialiste ».[8]

Capital financier[modifier]

Ces monopoles sont de grandes industries, mais aussi de géantes banques, qui ont alors quitté leur rôle de simple intermédiaire pour prendre une large part dans le contrôle des trusts. C’est pourquoi Lénine et Boukharine ont défini leur notion de capital financier comme « fusion ou interpénétration du capital bancaire et du capital industriel ». Lénine écrit que « la domination du capital financier se substitue à la domination du capital en général », et qu’une « oligarchie financière » se forme au sein de la bourgeoisie, « frappant la société tout entière d'un tribut au profit des monopolistes. ». Il trouve symptomatique que « dans tous les pays capitalistes » apparaît une littérature de « critique petite-bourgeoise de l’oligarchie financière ».

Il est important de préciser que le « capital financier » de Lénine est a priori différent de ce qu’on appelle aujourd’hui « secteur financier » (banques, marchés financiers, rentiers…) qui ne manie que du capital-argent. Mais Lénine dénonce aussi « la classe ou, plus exactement, de la couche des rentiers […] qui sont tout à fait à l'écart de la participation à une entreprise quelconque et dont la profession est l'oisiveté. » ; il fait l’observation suivante :

« C'est avec un relief sans cesse accru que se manifeste l'une des tendances de l'impérialisme : la création d'un 'État-rentier', d'un État-usurier, dont la bourgeoisie vit de plus en plus de l'exportation de ses capitaux et de la 'tonte des coupons'. [c’est-à-dire de l’encaissement des dividendes] »

Ailleurs il est plus affirmatif : « La suprématie du capital financier sur toutes les autres formes du capital signifie l'hégémonie du rentier et de l'oligarchie financière. »

Son livre L’impérialisme fait une large place à la dénonciation des spéculateurs et de leurs « tripotages », leur corruption, l’opacité des comptes, les méthodes amorales pour ruiner les concurrents... L’Internationale communiste dénonce aussi « messieurs les bourgeois qui ont pris l'habitude de doubler, de décupler leurs dividendes dans l'espace de quelques jours, au moyen de spéculations savantes »[9]

Globalement, les bolchéviks estimaient les rapports de force entre impérialistes en essayant d’évaluer à la fois l’industrie et la banque. Ils estimaient que des États comme l’Italie ou le Japon étaient de jeunes impérialismes, alors même qu’ils n’avaient pas de secteur « financier » comparable à l’Angleterre. 

Capitalisme d’État, protectionnisme et guerre[modifier]

Pour Lénine, non seulement l’industrie et la banque fusionnent, mais ils fusionnent avec le gouvernement. Le protectionnisme douanier s’était renforcé depuis les années 1880. Lénine notait que « les cartels ont entraîné la création de tarifs protectionnistes d'un type nouveau et original : […] on protège précisément les produits susceptibles d'être exportés ». Les grands groupes prospéraient ainsi sans concurrence sur le marché « intérieur » (la métropole et ses colonies), engrangeaient des surprofits (les prix de vente pouvant être supérieurs aux coûts de production), et faisaient du dumping à l’étranger (exportations à bas prix pour évincer les concurrents).

Pendant la guerre de 1914-1918, les États ont pris des mesures dirigistes, et parfois nationalisé des entreprises (armement, transport…). Lénine parlait de « capitalisme monopoliste d’État ». Boukharine décrivait à la fois une tendance à « l'internationalisation de l'économie et du capital » et une « tendance inverse vers la nationalisation des intérêts capitalistes. » Son raisonnement est que dans l'absolu, un accord commercial international est possible, mais suppose en pratique des rapports de forces économiques et militaires stables, ce qui passe par la guerre.

Les bolchéviks étaient unanimes pour dire que la période était celle « des guerres et des révolutions » et dénonçaient comme illusoire le pacifisme bourgeois. Lénine considérait que le développement de l’industrie capitaliste était foncièrement inégal, et donc modifiait les rapports de force entre puissances, entraînant forcément un repartage par la force des colonies et des semi-colonies :

« Si le monopole industriel de l'Angleterre est détruit [déjà avant la guerre], le monopole colonial non seulement demeure, mais a entraîné de graves complications, car tout le globe terrestre est déjà partagé ! […]  Faut-il se demander s'il y avait, sur le terrain du capitalisme, un moyen autre que la guerre de remédier à la disproportion entre, d'une part, le développement des forces productives et l'accumulation des capitaux, et, d'autre part, le partage des colonies et des "zones d'influence" pour le capital financier ? »[1]

Pour Lénine l’ultra-impérialisme de Kautsky était une « ultra-niaiserie ». Il moquait l’idée d’une tendance vers un « trust mondial » comme une « pure abstraction », et rappelait qu’il y avait des cartels internationaux entre groupes d’Allemagne et des Etats-Unis, mais que cela n’a pas empêché la guerre d’éclater.

« Les alliances "inter-impérialistes" […] ne sont inévitablement, quelles que soient les formes de ces alliances, qu'il s'agisse d'une coalition impérialiste dressée contre une autre, ou d'une union générale embrassant toutesles puissances impérialistes, que des "trêves" entre des guerres. »[1]

La stagnation économique et ses causes[modifier]

Le terme de capitalisme en « putréfaction » est omniprésent dans les textes de l’époque. Lénine précisait que « ce serait une erreur de croire que cette tendance à la putréfaction exclut la croissance rapide du capitalisme […] Dans l'ensemble, le capitalisme se développe infiniment plus vite qu'auparavant, mais ce développement devient généralement plus inégal, l'inégalité de développement se manifestant en particulier par la putréfaction des pays les plus riches en capital (Angleterre). ». Il constate que « de jeunes Etats capitalistes (Amérique, Allemagne, Japon) » sont en forte croissance, et également les colonies sous l’effet de l’exportation des capitaux. Boukharine de même : « L'industrialisation des pays agraires et semi-agraire se poursuit à un rythme incroyablement rapide. ». Les vieux pays impérialistes (Angleterre, France…) sont eux plutôt stagnant.

On peut raisonnablement supposer que même s’ils restaient prudents, les communistes supposaient une tendance croissante à la stagnation. On peut lire dans des résolutions de l’Internationale en 1921 l’affirmation que « les forces productives ne peuvent plus se développer dans le cadre du régime capitaliste. ».[10]

En ce qui concerne les explications de cette tendance à la stagnation, plusieurs thèses cohabitent. Lénine écrit que le monopole « engendre inéluctablement une tendance à la stagnation et à la putréfaction. Dans la mesure où l'on établit, fût-ce momentanément, des prix de monopole, cela fait disparaître jusqu'à un certain point les stimulants du progrès technique et, par suite, de tout autre progrès. »[1]

Boukharine, lui, défend qu’il y a une nouvelle contradiction du capitalisme au stade impérialiste, entre l’internationalisation des forces productives et les frontières nationales. Idée déjà évoquée par Luxemburg en 1899, que l’on retrouve dans les textes de l’Internationale communiste, et que reprendra Trotsky. Cette idée n'apparaît pas en revanche dans l'ouvrage de Lénine, même s’il ne la rejetait pas totalement.

Même si Lénine et Boukharine l’avait rejetée comme explication unilatérale, l’explication par la « sous-consommation » s’est peu à peu imposée dans l’Internationale, en parallèle de la stalinisation. Par exemple en 1928, l’IC présente explicitement les crises comme issues de « la contradiction entre la tendance de la production à une extension illimitée et la consommation limitée des masses prolétariennes (surproduction générale) ».[11]

Réaction politique et aristocratie ouvrière[modifier]

Lénine fait également un rapprochement entre les mutations économiques et politiques : « Le capital financier vise à l'hégémonie, et non à la liberté. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l'impérialisme. ». Il note que la politique extérieure des puissances (militarisme et colonialisme) est la même quel que soit le type de régime. Mais plus généralement, il établit un lien entre la stagnation économique et la réaction politique :

« La différence entre la bourgeoisie impérialiste démocratique républicaine, d'une part, et réactionnaire monarchiste, d'autre part, s'efface précisément du fait que l'une et l'autre pourrissent sur pied (ce qui n'exclut pas du tout le développement étonnamment rapide du capitalisme dans différentes branches d'industrie, dans différents pays, en différentes périodes). »[5]

A l’inverse, là où le capital est encore dynamique, la bourgeoisie est encore progressiste : « le capitalisme se développe encore en maints endroits. C'est vrai pour toute l'Asie, pour tous les pays qui passent à la démocratie bourgeoise. ».[5]

Lénine a développé l’idée qu’une « aristocratie ouvrière » s’est formée dans les pays impérialistes, achetée par les surprofits tirés des pays dominés : « Une couche privilégiée du prolétariat des puissances impérialistes vit en partie aux dépens des centaines de millions d'hommes des peuples non civilisés. »[5]. En lien avec cette différenciation dans la classe ouvrière, il décrit les effets de l’immigration (les travailleurs émigrant des pays à bas salaires) :

« En France, les travailleurs de l'industrie minière sont "en grande partie" des étrangers : Polonais, Italiens, Espagnols. Aux Etats-Unis, les immigrants de l'Europe orientale et méridionale occupent les emplois les plus mal payés, tandis que les ouvriers américains fournissent la proportion la plus forte de contremaîtres. »

Cette analyse objective conforte les communistes dans la nécessité de la rupture, même minoritaire, avec les socialistes. De même pour ce qui concerne le changement d’attitude par rapport aux institutions de la démocratie bourgeoise :

« L'attitude de la III° Internationale envers le parlementarisme n'est pas déterminée par une nouvelle doctrine, mais par la modification du rôle du parlementarisme même. A l'époque précédente, le Parlement, instrument du capitalisme en voie de développement, a, dans un certain sens, travaillé pour le progrès historique. Dans les conditions […] de l'impérialisme, le Parlement est devenu un instrument de mensonge, de fraude, de violences, de destruction, d'actes de brigandage, œuvres de l'impérialisme ; les réformes parlementaires […] ont perdu toute importance pratique pour les masses laborieuses. »[12]

Pays impérialistes et pays dominés[modifier]

Les caractéristiques du stade impérialiste (trusts, capital financier…) n’étaient pas utilisés par les bolchéviks comme critères pour « reconnaître » les puissances impérialistes. La complexité de l’époque est qu’il coexistait des puissances capitalistes et de vieux empires basés sur la propriété foncière, en déclin (Empire chinois, Empire ottoman, Empire austro-hongrois, Empire russe…). En particulier, la Russie était mise dans le sac des « nations dominatrices (grands-russes, anglo-américains, allemands, français, italiens, japonais, etc.) »[13] Ils combattaient aussi bien les « monarchies impérialistes » que les« bourgeoisies impérialistes », tout en constatant que les puissances basées sur l’ancien type d’impérialisme déclinaient. Par exemple Radek rappelait que Marx et Engels (entre 1845 et 1890) considéraient la Russie tsariste comme la principale puissance (réactionnaire) :

 « […] la Russie tsariste et féodale qui, bien qu'à cette époque, sous l'influence du développement capitaliste elle commençât à se désagréger et ne puisât plus sa force que dans la rivalité des puissances capitalistes, n'en avait pas moins à sa disposition des millions de paysans abêtis qu'elle eût pu envoyer en Europe pour réprimer un mouvement révolutionnaire. »[14]

Lénine précisait :

« Au Japon et, en Russie, le monopole de la force militaire, l'immensité du territoire ou des commodités particulières de spoliation des allogènes, de la Chine, etc., suppléent en partie, remplacent en partie le monopole du capital financier contemporain, moderne. » « En Russie, l'impérialisme capitaliste du type moderne s’est pleinement révélé dans la politique du tsarisme à l'égard de la Perse, de la Mandchourie, de la Mongolie; mais ce qui, d'une façon générale, prédomine en Russie, c'est l'impérialisme militaire et féodal. »[5]

Les bolchéviks ne niaient d’ailleurs pas qu’il y avait des puissances impérialistes avant le capitalisme :

« Exemple : l'Angleterre et la France ont fait la guerre de Sept Ans [1756-1763] à cause des colonies, c'est‑à‑dire qu'elles ont fait une guerre impérialiste (laquelle est possible aussi bien sur la base de l'esclavage, ou du capitalisme primitif, que sur celle du capitalisme hautement développé de notre époque). »[15]

Par ailleurs, il n’y a pas chez Lénine l’idée que les puissances impérialistes et leurs rapports de forces sont figés :

« L'Allemagne était, il y a un demi-siècle, une quantité négligeable, par sa force capitaliste comparée à celle de l'Angleterre d'alors; il en était de même du Japon comparativement à la Russie. Est-il "concevable" de supposer que, d'ici une dizaine ou une vingtaine d'années, le rapport des forces entre les puissances impérialistes demeurera inchangé ? C'est absolument inconcevable. »

Les communistes constataient qu’après la guerre de 1914-1918, « les pays coloniaux et semi-coloniaux, profitant de l’affaiblissement des Etats impérialistes, obtiennent une plus grande indépendance économique. »[16]

Dans L’impérialisme, Lénine évoque comme positions différentes :

  • les puissances impérialistes ;
  • les colonies (administration directe par la métropole) ;
  • des « formes variées de pays dépendants », dont les « semi-colonies » et d’autres formes moins dépendantes.

La spécificité de la notion de semi-colonie parmi les pays dépendants n’est pas définie précisément. Cela semble décrire une rivalité entre impérialistes pour coloniser. Par exemple Lénine dit que la Perse, la Chine et la Turquie sont des semi-colonies, et dit par ailleurs qu’elles sont en voie de devenir des colonies.

Dans les autres formes de pays dépendants, il cite l’Argentine et le Portugal. Or par ailleurs, le Portugal est aussi cité parmi les puissances coloniales. Il semble donc que pour Lénine, un pays impérialiste puisse lui-même être dépendant d'une plus grande puissance.

On peut se demander si les changements de rapports de force sont avant tout économiques, avant tout militaires, ou si ces deux facteurs sont d'importance comparable. Lénine semblait considérer la question comme ouverte :

« les capitalistes se partagent le monde [...] "proportionnellement aux capitaux", "selon les forces de chacun", car il ne saurait y avoir d'autre mode de partage en régime de production marchande et de capitalisme. Or, les forces changent avec le développement économique et politique; pour l'intelligence des événements, il faut savoir quels problèmes sont résolus par le changement du rapport des forces; quant à savoir si ces changements sont "purement" économiques ou extra-économiques (par exemple, militaires), c'est là une question secondaire qui ne peut modifier en rien le point de vue fondamental sur l'époque moderne du capitalisme. »[1]

La croissance des pays dominés n'est pas décrite comme impossible. Au contraire, Lénine remarquait qu'elle était souvent forte. Il reprenait aussi l'idée de Kautsky selon laquelle l'indépendance politique facilitait l'industrialisation capitaliste :

« En Asie [...] les conditions pour le développement le plus complet de la production de marchandises, pour la plus libre, la plus large et la plus rapide croissance du capitalisme, ont été créés seulement au Japon, c'est-à-dire dans un État national indépendant. »[17]

Pour autant, les communistes ont défendu l'idée que l'impérialisme a un effet parasitaire sur eux. Les mécanismes n'ont pas été vraiment décrits, Lénine évoquait surtout le parasitisme consistant à s'emparer des matières premières, et considérait que l'exportation de capitaux était du « parasitisme au carré ». Les communistes ont ensuite souvent dit que la bourgeoisie des pays dominés avait un rôle parasitaire, ou en tout cas sa frange servant uniquement d'intermédiaire avec les impérialistes (bourgeoisie compradore).

Causes du colonialisme et de l’impérialisme[modifier]

L’un des enjeux pour les bolchéviks était d’affirmer que l’impérialisme et le colonialisme sont inévitables. Mais plusieurs types d'explication cohabitent dans leurs écrits.

Pour Boukharine, l’impérialisme permet de contrer la baisse du taux de profit, par :

Lénine évoque quant à lui :

  • en premier lieu, le contrôle des matières premières, dont « le manque se fait sentir » ;
  • l’avantage de pouvoir assurer par la force des monopoles aux trusts dans les colonies ;
  • l’exportation de capitaux dans les pays moins développés, où « le prix de la terre est relativement bas, les salaires de même, les matières premières à bon marché. » ,
  • « la conquête de territoires, pas tant pour eux-mêmes directement que pour affaiblir l'adversaire » ;
  • la conquête de territoires pour l'émigration ;
  • l’idéologie de domination du capital financier et la canalisation des colères sociales vers le colonialisme.

Il pense que l’exportation de capitaux est déjà une domination, mais que le capital préfère la domination coloniale directe : « "L'annexion" économique est parfaitement "réalisable" sans annexion politique et elle se rencontre constamment. […] Mais il va de soi que ce qui donne au capital financier [...] les plus grands avantages, c'est une soumission telle qu'elle entraîne pour les pays et les peuples en cause, la perte de leur indépendance politique. »

Contrairement par exemple à Luxemburg, ce n’est pas qu’il serait impossible de réaliser des profits dans les métropoles, mais que la rentabilité est meilleure à l’étranger. Boukharine précisait :

« Ce n'est pas l'impossibilité de faire des affaires sur place, mais la course aux taux de profit les plus élevés qui est la force motrice du capitalisme mondial. La 'pléthore capitaliste' n'a pas de limite absolue »

Lénine exprimait aussi cette idée, mais avec plus d’ambigüité sur les causes de la faible rentabilité des métropoles :

« l'exportation des capitaux est due à la 'maturité excessive' du capitalisme dans certains pays, où (l'agriculture étant arriérée et les masses misérables) les placements 'avantageux' font défaut au capital. »

Mais de fait, c’est une explication « sous-consommationniste » du colonialisme qui a pris le dessus dans l’Internationale communiste. L’explication par le taux de profit, qui était déjà discrète, disparaît bientôt. Dès le Deuxième congrès (1920), on peut lire :

 « Sans la possession des grands marchés et des grands territoires d'exploitation dans les colonies, les puissances capitalistes d'Europe ne pourraient pas se maintenir longtemps. L'Angleterre, forteresse de l'impérialisme, souffre de surproduction depuis plus d'un siècle. Ce n'est qu'en conquérant des territoires coloniaux, marchés supplémentaires pour la vente des produits de surproduction et sources de matières premières pour son industrie croissante, que l'Angleterre a réussi à maintenir son régime capitaliste. »[18]

Il faut également souligner que les déclarations de certains politiciens bourgeois vont dans le sens de ce type d'exploitation mettant au centre les débouchés. Par exemple Jules Ferry disait :

« L’Europe peut être considérée comme une maison de commerce qui voit depuis un certain nombre d’années décroître son chiffre d’affaires. La consommation européenne est saturée ; il faut faire surgir des autres parties du globe de nouvelles couches de consommateurs sous peine de mettre la société européenne en faillite et de préparer pour l’aurore du XXème siècle une liquidation sociale par voie de cataclysme dont on ne saurait calculer les conséquences. »

On trouve également l’idée que « l'impérialisme a été engendré par les besoins des forces productrices tendant à supprimer les frontières des Etats nationaux et à créer un territoire européen et mondial économique unique »[19]. Mais cette remarque générale ne dit pas de quelle façon concrète les forces productives « agissent ».

Autour de la conception classique[modifier]

Rappelons que Lénine s’est appuyé sur Boukharine, qui avait élaboré en 1915 une théorie très proche, tout deux s’étant appuyés également sur l’ouvrage de Rudolf Hilferding Le capital financier (1910), sur Hobson (1902), mais aussi sur les écrits de Kautsky d’avant 1914.

Elements chez Marx et Engels[modifier]

Dans leurs premiers textes, Marx et Engels montrent une vision très optimiste et positive de la mondialisation capitaliste. Celle-ci apporterait globalement le progrès, même si cela se fait parfois au prix de la domination coloniale...

Mais lorsqu’il écrit Le Capital, Marx a très vraisemblablement une vision plus nuancée, car il y analyse le commerce inégal, la spécialisation des pays dominés dans les matières premières et l'agriculture...

Dans les années 1890, Engels note que le capital est de moins en moins possédé individuellement, mais est « socialisé » par les monopoles, les cartels, le crédit et la finance… mais que cette socialisation se fait en aiguisant le pillage, l'escroquerie, les crises et le colonialisme.

Débats dans la social-démocratie[modifier]

Karl Kautsky commence à employer le terme d'impérialisme au moins à partir de l'année 1900.[20] En 1898, il expliquait le militarisme allemand par les intérêts des « éléments précapitalistes » de la classe dirigeante (seigneurs féodaux et junkers). Il a rapidement ajouté que certains capitalistes aussi (secteur minier, ferroviaire...) avaient intérêt à investir à l'étranger, et demandaient la protection militaire pour garantir leurs profits.

Bernstein affirme que les cartels internationaux créent des intérêts communs et sont vecteurs de paix. Kautsky répond que ces cartels sont des constructions fragiles, et que : « les droits de douane protecteurs sont plus faciles à introduire qu'à abolir, en particulier dans une telle période où la concurrence fait rage sur le marché mondial ».[21] Rosa Luxemburg également pense que les cartels « s’accompagnent toujours d’une guerre douanière générale »[22]. Kautsky défend que le militarisme est soutenu par les « rois de la finance moderne [qui] dominent les nations directement par des cartels et des trusts ». Il estime que les industriels eux n’ont pas intérêt aux guerres (à cause des impôts, des ruptures des échanges...), mais que « la finance domine de plus en plus l'industrie. » Kautsky voit aussi venir une période de guerres et de révolutions (socialistes, mais aussi anti-coloniales), et décrit l’impérialisme comme « le dernier refuge du capitalisme ». Il se plaint du racisme présent y compris dans la social-démocratie. Et par ailleurs il développe l’idée d’aristocratie ouvrière.[23]

L’analyse[24] de John A. Hobson (1902), un intellectuel libéral anglais, a marqué les théoriciens social-démocrates. Il soutient qu’en raison de la sous-consommation des ouvriers, les financiers préfèrent investir dans des colonies (en s’appuyant sur les militaires), transformant en États-rentiers l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Belgique...

Poursuivant l’analyse, Rudolf Hilferding affirme[25] que le capital financier (monopoles industriels et bancaires) attise un protectionnisme offensif et s’appuie sur l’Etat pour assurer ses investissements plus rentables à l’étranger. Mais il dit à la fois que le capital financier « veut non pas la liberté, mais la domination » (ce que retiendra Lénine), et qu’il crée une possibilité de dépassement des rivalités si l’Etat intervient (ce que retiendra Jaurès). A ceux qui disaient que les capitalistes peuvent tout aussi bien investir dans des pays non colonisés, Hilferding répondait :

« Il faut que ce soit des colonies parce que la technique rend la production d’aujourd’hui plus ou moins semblable dans les pays développés, et ce ne sont donc plus les différences de prix mais le pouvoir d’Etat qui détermine quel pays aura l’opportunité d’investir son capital à l’étranger, et donc d’investir à un taux de profit plus élevé qu’en Europe. »[26]

Dans son ouvrage[27] de 1913, Luxemburg donne une analyse du capitalisme centrée sur le problème des débouchés. Selon elle, la reproduction du capital a « comme première condition un cercle d’acheteurs qui se situent en dehors de la société capitaliste ». Ainsi le capitalisme a besoin d’élargir toujours ses marchés, notamment par les colonies. Son but était de réfuter les révisionnistes, en prouvant qu’il y avait forcément une limite au capitalisme (les colonies ne sont pas infinies) et que le capital engendre forcément une politique impérialiste. Par ailleurs elle remarquait « dans les pays coloniaux les formes hybrides entre le salariat moderne et les régimes d'exploitation primitive » ce qui peut rappeler ce que Trotsky appellera plus tard développement_inégal_et_combiné.

Les autres théoriciens de la gauche du parti (Lénine, Boukharine, Pannekoek, Trotsky) ont eux aussi, chacun à leur manière (et largement influencés par ces débats), cherché à établir que le colonialisme et la guerre impérialiste étaient intrinsèquement issus du capitalisme, et donc que seule la révolution socialiste pouvait y mettre fin.

L'ultra-impérialisme[modifier]

Kautsky commence à parler en 1911 d’une possibilité que la bourgeoisie rejette la guerre, après qu’un conflit entre l’Allemagne et la France pour la domination du Maroc n’ait finalement pas éclaté. Il souligne que la course aux armements coûte cher et que le militarisme n’est pas rationnel économiquement. Mais il ne fait pas que discuter de tendances, il dit qu’il ne faut pas hésiter à soutenir les pacifistes bourgeois[28]. Rosa Luxemburg est une des seules à vraiment réagir[29].

La même année en France, Jaurès tient le même discours (en contradiction lui aussi avec son passé : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage »[30]). Dans un discours à l’Assemblée[31], il déclare : « Avec l'internationalisme croissant des affaires, les intérêts de tous les peuples sont à ce point enchevêtrés qu'un désastre de l'un est un désastre pour tous ». Il vantait les vertus pacifistes de « trois forces »: l’internationalisme ouvrier, les États-Unis, et le « capitalisme moderne ». Il entendait par ce dernier la dématérialisation du capital (capital par action) qui permettait une plus grande mobilité, un plus grand « enchevêtrement » des intérêts. Il disait que la fin de la domination des propriétaires fonciers entraînerait la fin de la motivation des conquêtes territoriales, concluant : « Ce que je vous dis là, c'est le résumé affaibli de l'œuvre magistrale que publiait, il y a quelques mois, un disciple de Marx, Hilferding, dans une œuvre de premier ordre sur le capital et la finance. »

Au moment du déclenchement de la guerre, Kautsky rend son adresse à la bourgeoisie de façon plus ouvertement opportuniste :

« l’industrie capitaliste est menacée par les conflits entre les différents gouvernements. Tout capitaliste conscient devrait en appeler à ses semblables : Capitalistes de tous pays, unissez-vous ! »[32]  « C'est par la démocratie pacifique, et non par les méthodes violentes de l'impérialisme, que les tendances du capital à l'expansion peuvent être le mieux favorisées. »[33]

A partir de ce moment, il se met à parler abondamment de son « ultra-impérialisme » (ou « super-impérialisme ») :

 « D'un point de vue purement économique, il n’est donc pas impossible que le capitalisme entre maintenant dans une nouvelle phase, marquée par le transfert des méthodes des trusts à la politique internationale, une sorte de super-impérialisme. La classe ouvrière serait forcé de lutter contre cette nouvelle forme de capitalisme comme contre l'ancien, mais le danger serait d’une autre nature. »[32]

Répondant à Lénine, il maintient que l'impérialisme n’est « pas une nécessité économique », n’est « pas un stade du capitalisme ». Après la guerre, il soutient ardemment la tentative de Wilson (président des Etats-Unis) pour établir une Société des nations.

La conception de Luxemburg[modifier]

Dans son ouvrage de 1913, L'accumulation du capital[34], Rosa Luxemburg écrivait que dans la « phase impérialiste de l'accumulation », la concurrence mondiale du capital « a le monde entier pour théâtre. Ici les méthodes employées sont la politique coloniale, le système des emprunts internationaux, la politique de la sphère d'intérêts, la guerre. La violence, l'escroquerie, le pillage se déploient ouvertement, sans masque. »

Son analyse du capitalisme est centrée sur le problème des débouchés. Selon elle, la reproduction du capital a « comme première condition un cercle d’acheteurs qui se situent en dehors de la société capitaliste » ou encore « la plus-value ne peut être réalisée ni par les salariés, ni par les capitalistes, mais seulement par des couches sociales ou des sociétés à mode de production précapitaliste. ». C’est une analyse qui était déjà faite par Kautsky en 1884.

Son propos était de prendre le contre-pied des droitiers qui présentaient le capitalisme comme pouvant surmonter ses contradictions (le capitalisme était dans une phase de croissance depuis 1896). Par exemple Bernstein et ceux que Lénine appellera les marxistes légaux (comme Tougan-Baranovsky) vont proposer une interprétation des schémas de reproduction démontrant la possibilité d’un développement indéfini du capitalisme sur la seule base du marché intérieur.

Luxemburg prit le contre-pied, défendant que le capitalisme a besoin de trouver des débouchés en élargissant les marchés, d’abord en interne (prolétarisation_de_la_paysannerie, des petits propriétaires…) puis en externe (colonies…). En fin de compte cela ne pourrait aboutir qu’à la « catastrophe » finale, quand le partage du monde serait fini.

A noter qu’elle évoque à la fois l’exportation de marchandises et l’exportation de capitaux :

« La réalisation de la plus-value n’exige que l’extension générale de la production marchande ; la capitalisation de la plus-value en revanche exige le refoulement progressif de la production marchande simple par la production capitaliste, ce qui enserre dans des limites de plus en plus étroites aussi bien la réalisation de la plus-value que sa capitalisation »

Par ailleurs elle remarquait déjà le « développement inégal et combiné », lorsqu’elle notait que le capitalisme engendrait « dans les pays coloniaux les formes hybrides les plus étranges entre le salariat moderne et les régimes d'exploitation primitive ».

En termes d’orientation, Luxemburg dénonçait la guerre impérialiste, mais allait jusqu’à généraliser en affirmant qu’à l’époque impérialiste il n’y a plus de « guerre nationale », au sens d’alors, de guerre juste (guerre défensive, guerre de libération nationale...). Ce que Lénine critiquera.[15]

La conception de Boukharine[modifier]

Boukharine pense que l'impérialisme n'est que la reproduction à une large échelle de la concurrence capitaliste :

  • les économies nationales tendent vers des trusts d'Etat nationaux, en concurrence les uns avec les autres ;
  • fortement liés aux Etats, ces trusts nationaux imposent une course au protectionnisme douanier offensif (dumping) ;
  • la course aux armements et finalement la guerre impérialiste n'est qu'un prolongement de cette guerre économique ;
  • à la concentration verticale des trusts correspond l'annexion de pays agraires par des pays impérialistes industriels (il prend l'exemple de l'annexion de l'Egypte par le Royaume-Uni) ;
  • à la concentration horizontale des trusts correspond l'annexion de pays impérialistes entre eux (il prend l'exemple de l'invasion de la Belgique par l'Allemagne).

Boukharine remarque bien une internationalisation du capital[35], mais souligne qu'elle n'apporte pas automatiquement une internationalisation des intérêts des capitalistes, mais qu'au contraire elle accentue le plus souvent la compétition. Il décrit comme une « internationale dorée » les capitalistes qui possèdent en commun des intérêts dans des participations conjointes dans telle ou telle entreprise. Mais, pour montrer « la faiblesse relative du processus d'internationalisation des intérêts capitalistes », il citait un économiste allemand, August Sartorius von Waltershausen :

« L'internationale dorée ne peut en aucun cas être un idéal pour un homme qui a une patrie, et qui croit que les racines de son existence appartiennent à cette patrie. »

Pour Boukharine, les colonies sont très rentables pour les capitalistes, en tant que :

  • marchés ;
  • sources de matières premières ;
  • sphères d'influence pour le capital financier.

Selon lui, par ces moyens, les colonies permettent de contrecarrer la baisse du taux de profit, et d'accorder des salaires plus élevés, servant de « soupape » aux États impérialistes.

« l'exploitation des "tiers" (producteurs pré-capitalistes) et de la main-d'œuvre coloniale a conduit à une hausse des salaires des travailleurs européens et américains. »[36]

Il accuse Kautsky de vouloir prouver que la colonisation est inefficace pour le capitalisme pour estomper les contradictions.

La conception de Trotsky[modifier]

Trotsky a bien sûr assuré en grande partie une transmission de l’héritage de l’Internationale communiste. Mais sa vision s’en distingue en partie.

Pour Trotsky, l’idée centrale est que l’élargissement de la base de la production capitaliste, après avoir dépassé les féodalités en nations bourgeoises, se heurte désormais à ces frontières nationales. Dès 1914 – avant Lénine donc – il pense que le capitalisme est passé « du stade national au stade impérialiste et mondial »[37]. La guerre est un « soulèvement des forces productrices contre leur exploitation sous une forme national-gouvernementale ». Comme par ailleurs « un nouveau partage des colonies n'élargit pas la base du développement capitaliste ; ce qu'il gagne d'un côté, il le perd de l'autre », « voici le monde capitaliste placé devant ces deux possibilités : Guerre permanente ou Révolution »

En résumé : l’impérialisme « représente l'expression capitaliste-prédatrice d'une tendance progressiste du développement économique ».[38]

Trotsky confirme l’idée de stagnation à l’époque impérialisme. Le regain économique des années 1920 ne lui apparaissait pas durable, et un an avant 1929 il écrivait : « Une grande crise aux États-Unis ferait à nouveau retentir le tocsin des guerres et des révolutions. Nous le répétons : les situations révolutionnaires ne manqueront pas. »[39] La grande dépression des années 1930 lui font réaffirmer que la période est celle de « l’agonie du capitalisme » (sous-titre du Programme de transition) et que « les forces productives ont cessé de croître ».

Trotsky décrit la tendance au repli national dans les années 1930 comme réactionnaire, mais il soutient qu’elle ne peut être que momentanée, avec une nouvelle poussée expansionniste et guerrière, ce qui se confirmera avec la Seconde guerre mondiale moins de dix ans plus tard.[40]

Si la « contradiction principale » reste celle « entre les forces productives et la propriété privée des moyens de production », Trotsky n’explique pas comment elle opère. Il affirme qu’au stade impérialiste, les phases de crise détruisent davantage que ne créent les phases d’essor[40]. La seule possibilité réelle de croissance capitaliste qu’il évoque est le dépassement de l’autre contradiction, entre les forces productives et le cadre national :

 « Si les frontières des Etats pouvaient être effacées d'un seul coup, les forces productives, même sous le capitalisme, pourraient continuer à s'élever pendant un certain temps --au prix, il est vrai, d'innombrables sacrifices-- à un niveau supérieur.  »[41]

Trotsky voit dans la Seconde guerre mondiale et en particulier dans le fascisme, cette tendance centralisatrice :

« Dans la mesure où le prolétariat à une étape donnée s'avère incapable de conquérir le pouvoir, l'impérialisme commence à diriger la vie économique par ses propres méthodes [...] L'Etat totalitaire qui soumet tous les aspects de la vie économique, politique et culturelle au capital financier, est l'instrument qui sert à créer un état super nationaliste [...] sur le monde entier. »[42]

Par ailleurs, Trotsky ne partageait pas tout à fait la position de Lénine sur le défaitisme révolutionnaire.

La conception de Joseph Schumpeter[modifier]

Joseph Schumpeter n'était pas du tout un marxiste, mais c'est un des rares économistes bourgeois à s'être intéressé à l'impérialisme, et il écrivait à la même époque que les communistes : il publie sa Contribution à une sociologie des impérialismes en 1919.

J. Schumpeter estime que l’impérialisme n’est pas l’expression du capitalisme, qui est « anti-impérialiste par nature », mais de secteurs plus rétrogrades, liés à l’Etat (aristocrates, militaires…) et exprimant plutôt des survivances des temps anciens :

  • il fait l’analyse que d’un point de vue rationnel, la bourgeoisie n’a pas d’intérêt économique à la guerre, sauf certains secteurs comme l’armement ;
  • il défend que la colonisation n’est pas nécessaire pour avoir accès à des marchés ou des matières premières, le libre-échange pouvant aussi le permettre. Il soutient que le protectionnisme, régnant à l’époque, ne va pas automatiquement avec le capitalisme (prenant le contre-exemple de l’Angleterre). Pour lui, la protection douanière « tend à diviser les nations et fournit ainsi aux tendances impérialistes l’occasion économique de resurgir » car les trusts ont alors intérêt à pousser à l’agrandissement de la zone couverte par le « cordon douanier » ;
  • selon lui le cours naturel du capitalisme conduit à la grande entreprise, mais pas au monopole, car au-delà d’une certaine taille les entreprises perdraient en efficacité. Ce seraient les États qui auraient favorisé les monopoles par les cordons douaniers ;
  • il relève que le « pacifisme moderne est indubitablement un phénomène du monde capitaliste », évoquant des exemples de cercles d’entrepreneurs prônant le commerce pacifique, ou encore le fait que les gouvernements doivent toujours chercher à justifier leurs aventures militaires devant l’opinion, par opposition au militarisme « naturel » des monarchies. Il ajoute que selon lui les Etats-Unis ont une tendance pacifiste plus marquée, et que c’est aussi le pays le plus « purement capitaliste », avec très peu de rapports sociaux hérités du passé ;
  • il ajoute que la classe ouvrière a une forte inclination au pacifisme, que seule la propagande chauvine venant d’en haut arrive à surpasser temporairement.
  • Schumpeter met l’accent sur les caractéristiques communes à l’impérialisme en général :
« Un trait fondamental [commun aux impérialismes de l’Antiquité], qu’on retrouve également au cœur de l’impérialisme le plus récent : on ne saurait donc, en raison même de son caractère générique, imputer cette caractéristique à l’évolution économique des sociétés modernes. »

Il  revient sur les impérialismes des premières sociétés de classe (Egyptiens, Assyriens, Perses, Arabes…). Selon lui, les causes des conquêtes ne peuvent pas être trouvées dans un intérêt économique rationnel, mais sont un phénomène de conquête pour la conquête qui touche certains peuples, dans certaines conditions historiques, et qui s’auto-entretient (une caste militaire, voire un peuple tout entier est organisé autour de la guerre). Cela n’empêche pas pour lui que l’impérialisme ait des rôles politiques centraux : l’impérialisme romain servait à contenter les plébéiens, l’impérialisme des monarchies absolues a servi à canaliser les nobles belliqueux…

  • L’impérialisme de son époque est donc décrit comme un stade transitoire qui va finir par disparaître avec l’approfondissement de l’hégémonie bourgeoisie, de ses intérêts rationnels, laissant la place au libre-échange et à la paix.

Ce qui, toutefois, s'est révélé complètement erroné.

Débats ultérieurs[modifier]

Les trotskistes d'après guerre analysaient le mouvement de décolonisation comme un risque majeur d'effondrement du capitalisme. Ainsi, le 2e congrès international de la Quatrième Internationale affirme que la perte de colonies enlèverait à l'Europe toute chance de retrouver « l'équilibre économique, même celui d'avant la guerre ». Michel Pablo indique que « la base coloniale du système capitaliste est en train d'être rompue ». La révolution coloniale a « déjà, pour commencer, mit le capitalisme européen à genoux ». « Ainsi l'impérialisme américain, qui déborde maintenant de forces productives, est obligé de diriger son surplus vers des marchés artificiels : les dépenses d'armement et 'l'aide à l'étranger'. ». James P. Cannon le dit comme suit : « Le marché mondial […] n'offre plus un débouché suffisant pour le capital surabondant et les marchandises en trop de l'Amérique ».

Plusieurs élaborations et débats ont eu lieu sur les caractéristiques de l'époque d'après 1945 et/ou d'après les années 1970.[43][44][45]

Etat et capital[modifier]

Les capitaux restent-ils aussi fortement liés aux Etats nationaux qu'au début du 20e siècle ?

Certains théoriciens insistent sur la tendance de la mondialisation à créer des multinationales qui se détachent des Etats, et entrent en contradiction avec eux :

  • au sujet de la vente prévue des activités liées à l’électronique de défense d’EADS (devenu Airbus group), le PDG Tom Enders se dit indifférent à la nationalité de l’acquéreur. Il recherche donc aussi les offres hors Europe, « contrairement à certaines recommandations venant de la sphère politique »[46] ;
  • l'usine d'armement Nexter, entreprise d'Etat française, est depuis 2016 détenue à 50% par les Allemands Bode Wegmann.[47]

D'autres insistent sur les éléments de continuité, par exemple en affirmant qu'en tant de crise, les capitalistes font appel à l'Etat dont ils sont le plus proche pour soutenir leurs entreprises.

Théories de la dépendance[modifier]

Après la Seconde guerre mondiale, de nombreuses « théories de la dépendance » se sont développées, aux marges de la pensée figée du stalinisme et rompant avec lui. Mais la tendance qui a dominé parmi ces théories est un « tiers-mondisme » lui aussi dogmatique. Toute possibilité de développement capitaliste était niée, 100 % des profits réalisés dans la « périphérie » étant rapatriés vers le « centre ». L'étude se focalise alors sur les facteurs qui maintiennent la hiérarchie entre économies capitalistes.

Une des conséquences étant de mettre dans le même sac les classes des pays impérialistes (et d’exagérer le surprofit qu’ils se partageraient en commun), certains parlant même de « nations-prolétaires ». Dans l’analyse économique, un rôle prédominant est accordé à la sphère de la circulation (échange inégal).

Ce type d’analyse débouche logiquement sur l’idée d’un « développement du sous-développement » passant par une politique d’autarcie, ou en tout cas d’un protectionnisme défensif. Et donc d’une perspective d’unité avec la bourgeoisie « nationale » à la place de (ou en attendant) la révolution socialiste.

Exemples :

► Pierre Jalée, Le Pillage du Tiers monde, 1965 ; Le Tiers Monde dans l’économie mondiale, 1968

► André Gunder Frank, Capitalisme et sous-développement en Amérique latine, 1968

► Paul Baran, Economie politique de la croissance, 1967

► Arghiri Emmanuel, L’échange inégal, 1969

►Theotonio Dos Santos, The structure of dependence, American Economic Review, 1970.

► Samir Amin, L'accumulation à l'échelle mondiale, 1970

► Ruy Mauro Marini, Dialéctica de la dependencia, 1972

► Une des théories inspirées de ce courant est le « système-monde », développé aux États-Unis, notamment par Immanuel Wallerstein au Centre Fernand Braudel pour l’étude de l’économies, des systèmes historiques et des civilisations.[48]

Théories plus récentes[modifier]

Dans les dernières décennies, plusieurs courants plus ou moins proches du marxisme ont développé des théories qui s'écartent significativement de la théorie classique de l'impérialisme. On peut notamment en trouver un panorama dans l'ouvrage de Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche.

Leo Panitch et Sam Gindin[modifier]

►Leo Panitch et Sam Gindin, The Making of Global Capitalism: The Political Economy of American Empire, 2012

Canadianisation du monde (en)

  • Ils parlent de ‘Canadianisation’ de la plupart des pays capitalistes avancés : le capital US pénètre profondément les autres marchés, sans pour autant détruire leur intégrité territoriale (et dans certains cas ont activement remis sur pieds certains pays – Japon, Corée du Sud ou Allemagne de l’Ouest. Selon eux, l’interpénétration du capital a à la fois réduit l’intérêt des capitalistes d’agir comme « bourgeoisie nationale » opposée à la suprématie des Etats-Unis, et réduit les moyens de le faire. La nouvelle forme d’impérialisme ne peut plus être comprise comme l’ancienne « logique de puissance territoriale ».
  • Ils critiquent la thèse de Lénine et ceux qui disent que depuis les années 1970, le même schéma de rivalités inter-impérialistes qui a mené à la Première guerre mondiale s’applique. La forme de l’impérialisme à l’époque de Lénine n’était clairement pas un « stade suprême » du capitalisme.
  • Ils pensent que la théorie classique minimise l’importance de la domination informelle, et que l’utilisation politique de l’Etat (militarisme...) d’alors était très lié aux anciennes classes dirigeantes pré-capitalistes, et pas particulièrement à l’intérêt de la bourgeoisie. La différentiation entre sphères économique et politique s’est accentuée.
  • Selon eux le lien fait entre exportation de capital et impérialisme est faux. L’exportation de capital ne joue pas que ce rôle-là.
  • Ils rejettent aussi l’association classique entre protectionnisme et impérialisme, en pointant à la fois l’exemple de la Grande-Bretagne au XIXème siècle et l’exemple des Etats-Unis.
  • La notion de « capital financier » aurait été extrapolée abusivement à partir des firmes allemandes (il n’y aurait pas eu d’équivalent aux USA), et empêche de comprendre le capitalisme d’après-guerre. Ils pensent également que les relations entre secteur financier et entreprises étaient fondamentalement différentes en 1900 entre les Etats-Unis et l’Europe.
  • Ils critiquent les visions tiers-mondistes qui nient tout développement de pays dominés, alors que des sous-impérialismes sont apparus selon eux.

Ellen Meiksins Wood[modifier]

Dans le capitalisme libéral, la domination directe du capital (dans l'entreprise) est séparée de sa domination politique. Poussant cette logique, Ellen Meiksins Wood conteste la vision de l'impérialisme comme politique des Etats dictée par les intérêts capitalistes.

Claude Serfati[modifier]

Claude Serfati s'inscrit dans la théorie classique, mais distingue plusieurs « configurations historiques » :[49]

  • jusqu'en 1939, l’impérialisme classique ;
  • dans l'après-guerre, l’impérialisme structuré politiquement et économiquement par les États-Unis. Le taux de profit élevé permet de donner la priorité à l'accumulation productive. Le capital financier est dompté ;
  • et à partir des années 1990, l'époque de la mondialisation dominée par la finance. La « résurgence du capital financier depuis les années 1980 a pour point de départ les difficultés de mise en valeur du capital productif. »

"Post-impérialisme"[modifier]

Insistant sur le découplage entre les multinationales et les États, certains auteurs ont estimé que l’impérialisme est devenu obsolète, les États ne pouvant plus avoir de politique favorisant « leurs » capitalistes. C’est la thèse notamment de David Becker dans Postimperialism, ou encore David Lockwood dans la revue marxiste australienne Reconstruction (1994). Ce post-impérialisme serait la réalisation de la possibilité envisagée par Kautsky.

Puis, en 2000, c’est le livre à succès de Antonio Negri et Michaël HardtEmpire (présenté comme « stade suprême de l’impérialisme »), qui va affirmer un dépassement des États-nations par le capital, supprimant les différences entre centre et périphérie (tiers-mondisation du centre…). 

Vieillissement du capitalisme[modifier]

Le fait que le capitalisme ait au moins connu ce changement qualitatif majeur qu'a été la formation de l'impérialisme pose la question du vieillissement de ce système.

Pour Rosa Luxemburg, le capitalisme a un besoin permanent de nouveaux marchés et transforme pour cela le monde entier, mais les limites de ces marchés constituent une contradiction supplémentaire du capitalisme, facteur de crise.[34]

Pour les communistes de la Troisième internationale, qui reprennent les analyses de Lénine, l'impérialisme, "stade suprême du capitalisme", est la phase du "pourrissement", de la décadance du capitalisme. Ils théorisent alors l'impossibilité pour l'économie capitaliste de faire croître davantage les forces productives, ce qu'ils traduisent sur le plan historique par le fait que la bourgeoisie n'est plus du tout une classe progressiste, mais est désormais uniquement réactionnaire face au prolétariat montant. L'alternative se réduit alors à la formule "socialisme ou barbarie".

La première moitié du XXème siècle, avec ses deux Grandes boucheries mondiales et de nombreuses autres guerres, a corroboré cette analyse. En revanche, la longue période d'expansion des Trente glorieuses a soulevé bien des questions.

Notes et sources[modifier]

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3 et 1,4 Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916
  2. 2,0 et 2,1 Lénine, Préface du 26 avril 1917 à L’impérialisme
  3. 3,0 et 3,1 Lénine et Zinoviev, Le socialisme et la guerre, 1915
  4. Lénine, Préface aux éditions françaises et allemande de L’impérialisme, juillet 1920
  5. 5,0, 5,1, 5,2, 5,3 et 5,4 Lénine, L’impérialisme et la scission du socialisme, 1916
  6. Lénine, Rapport sur le programme du parti bolchévik, 1919
  7. Boukharine, Contribution à une théorie de l'Etat impérialiste, 1916
  8. Lénine, Une caricature du marxisme et à propos de ’’l’économisme impérialiste’’, 1916
  9. Internationale communiste, 2e congrès, Manifeste, 1920
  10. Internationale communiste, 3e congrès, Thèses sur la propagande parmi les femmes, 1921
  11. Internationale communiste, 6e congrès, Programme, 1928
  12. Internationale communiste, 2e congrès, Le Parti Communiste et le parlementarisme, 1920
  13. Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, 1916
  14. Karl Radek, La question polonaise et l'Internationale, 1920
  15. 15,0 et 15,1 Lénine, A propos de la brochure de Junius, 1916
  16. Internationale Communiste, 4e congrès, Projet de programme, 1922
  17. Lénine, The Right of Nations to Self-Determination, 1914
  18. Internationale communiste, 2e congrès, Thèses sur les questions nationales et coloniales, 1920
  19. Internationale communiste, 3e congrès, Thèses sur la situation mondiale, 1921
  20. Karl Kautsky, Germany, England and the World­Policy, The Social Democrat, août 1900
  21. Karl Kautsky, Bernstein et le programme social-démocrate, 1899
  22. Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou révolution, 1899
  23. Alencontre.org, Lénine en 1914. La «nouvelle époque de guerre et révolution»
  24. J.A. Hobson, Imperialism : A study, 1902
  25. Rudolf Hilferding, Le capital financier, 1910 (le livre est en fait presque écrit dès 1905)
  26. Rudolf Hilferding, L’impérialisme allemand et la politique nationale, 1907
  27. Rosa Luxemburg, L’accumulation du capital, 1913
  28. Karl Kautsky, Guerre et paix, 1911
  29. Rosa Luxemburg, Peace Utopias, mai 1911
  30. Jean Jaurès, Discours du 7 mars 1895
  31. Jean Jaurès, Discours à l’Assemblée du 13 janvier 1911 et du 20 novembre 1911
  32. 32,0 et 32,1 Karl Kautsky, L’impérialisme et la guerre, 11 septembre 1914
  33. Karl Kautsky, Nationalstaat, imperialistischer Staat und Staatenbund, 1915
  34. 34,0 et 34,1 Rosa Luxembourg, L’accumulation du capital, 1913
  35. Boukharine, Imperialism and World Economy, Chapter 3: Organisation Forms of World Economy, 1915
  36. Boukharine, Imperialism and World Economy, Chapter 14: World Economy and Proletarian Socialism, 1915
  37. Trotsky, La guerre et l'Internationale, 31 octobre 1914
  38. Trotsky, The Nation and the Economy, 1915
  39. Trotsky, L’Internationale communiste après Lénine, 1928
  40. 40,0 et 40,1 Trotsky, Nationalism and Economic Life, 1934
  41. Trotsky, La guerre et la IVème Internationale, 1934
  42. Trotsky, Bonapartisme, fascisme et guerre, 20 août 1940
  43. Claudio Katz, Sous l’Empire du capital (l’impérialisme aujourd’hui), 2014 (Note de lecture)
  44. Yann Cézard, Impérialisme et mondialisation, février 2016
  45. Yann Cézard, Il y a un siècle, l’impérialisme en débats, février 2016
  46. https://www.iveris.eu/list/veille/116-airbus_invente_lindustrie_darmement_apolitique
  47. http://www.cuisinedespatrons.com/nexter-une-usine-darmement/
  48. Voir http://en.wikipedia.org/wiki/World-systems_theory
  49. Claude Serfati, Qui s’intéresse encore à l’impérialisme français ?, 2016