Critique du programme de Gotha

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La critique du programme de Gotha est une critique écrit par Karl Marx en 1875 publiée à titre posthume en 1891 au programme de Gotha,  à la veille du congrès d’unification du mouvement socialiste en Allemagne lors du congrès de Gotha. Marx consacre dans cette critique à différents points qu'il voit mal transposée dans le projet de programme du parti, comme l'origine de la richesse sociale, sa répartition équitable, ou la position des capitalistes et des propriétaires fonciers (toute la section I). Il a également consacré à des questions telles que la nécessité de l'internationalisme ouvrier, la position de la classe ouvrière aux autres classes sociales (I), le système d'éducation (IV) ou la loi_d'airain_des_salaires de Ferdinand Lassalle (II.). Le rôle de l'Etat et de son développement, surtout après la révolution socialiste (III. + IV.).

Lettre à W. Bracke[modifier | modifier le wikicode]

Marx souligne qu'il rejette le programme et veut se distinguer de celui-ci. Il se prononce contre un « programme de principe » qui remplace un « programme d'action » ou un « plan d'organisation » en vue d'une action commune. Il a particulièrement critiqué l'empreinte lassallienne sur le programme du parti.

Gloses marginales au
programme du Parti Ouvrier allemand
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Le travail est la source de toute richesse et de toute culture, et comme le travail productif n'est possible que dans la société et par la société, son produit appartient intégralement, par droit égal, à tous les membres de la société.

Pour Marx, Le travail n’est pas la source de toute richesse dans la mesure où la nature est aussi une valeur d’usage. (En ce sens l’homme n’est pas maître de la nature). Le mode de production façonne le travail (ainsi le travail en soi n’est pas une aliénation) et conditionne la distribution (de même, le problème n’est pas le système salarié mais le salariat). Il critique ainsi le programme allemand qui s’attaque à la distribution sans en chercher les causes au sein de la production. Il explique de plus que le travail est central puisqu’il est la mesure de l’égalité en ce sens qu’il est le même étalon et qu’il ne reconnaît aucune différence de classe.

L'affranchissement du travail exige que les instruments de travail soient élevés à l'état de patrimoine commun de la société et que le travail collectif soit réglementé par la communauté avec partage équitable du produit.

Le droit s’appuie donc sur le travail (mais Marx reconnaît que cela pose problème car cela consiste à ne voir les hommes qu’uniquement sous l’aspect de travailleur). Et puisque les hommes sont inégaux par nature, le droit se doit d’être inégal. La première phase de la société communiste serait donc en confrontation avec le droit dans la mesure où celui-ci serait en avance sur l’évolution des conditions de production. Cependant l’horizon borné du droit bourgeois a vocation à disparaître et à être dépassé dans une société régie selon l’adage : De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.

L'affranchissement du travail doit être l’œuvre de la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes NE forment QU'UNE MASSE REACTIONNAIRE.

Marx réaffirme le caractère révolutionnaire de la bourgeoisie et l’impossibilité de la catégoriser en tant que masse réactionnaire. Dans la continuité de La guerre civile en France, il explique que la lutte des classes doit se faire au sein du cadre de la nation dans la mesure où dans un premier temps, la priorité est de s’organiser en classe dans le cadre de la société bourgeoise. Le programme de Gotha n’est pas assez radical à propos de la lutte des classes dans la mesure où il l’aborde sous l’aspect de la question sociale qu’il convient d’amorcer.

 Le Parti ouvrier allemand réclame, pour PREPARER LES VOIES A LA SOLUTION DE LA QUESTION SOCIALE , l'établissement de sociétés de production avec L'AIDE DE L'ETAT, SOUS LE CONTRÔLE DEMOCRATIQUE DU PEUPLE DES TRAVAILLEURS . Les sociétés de production doivent être suscitées dans l'industrie et l'agriculture avec une telle ampleur QUE L'ORGANISATION SOCIALISTE DE L'ENSEMBLE DU TRAVAIL EN RESULTE .

Le programme de Gotha est étatiste dans la mesure où il est perçu comme un outil pouvant être au service du prolétariat, occultant sa propension naturelle à l’oppression. Pour autant Marx ne rejette pas cette violence qu’il convient de canaliser durant une période extrêmement brève : c’est la dictature du prolétariat. Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre, à quoi correspond une période de transition politique, où l’État ne peut être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat (a entendre ici du point de vue romain – c'est-à-dire contre la tyrannie – et non pas moderne). Le texte possède une dimension, que l’on retrouve déjà dans la guerre civile anti-étatiste en France . Marx explique que le maintien de l’État n’est qu’une phase transitoire et que l’objectif des communistes reste l’abolition de l’État. L’État ne doit pas éduquer le peuple mais c’est plutôt l’État qui a besoin de recevoir une rude éducation de la part du peuple. Il lui paraît nécessaire que, dans un premier temps, l’État soit ainsi sous le contrôle de la population. 

Publication différée[modifier | modifier le wikicode]

Pour éviter d'attiser les divisions lors de l'unification du parti d'Eisenach et de l'ADAV de Lassalle, Marx et Engels ne publient pas cette critique. Elle ne paraîtra qu'en 1891. C'est cette même année que Bernstein fait paraître, avec l'accord de Engels, une édition des œuvres de Lassalle qu'il accompagne d'une longue introduction dans laquelle il situe Lassalle par rapport à Marx : Lassalle y est présenté comme un disciple dissident du marxisme.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

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