Association générale des travailleurs allemands

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L'Association générale des travailleurs allemands (ADAV) était le premier parti ouvrier d'Allemagne, fondé par Ferdinand Lassale.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Entre la Guerre des Paysans et le 19e siècle, pratiquement rien ne s'est produit en Allemagne qui puisse être interprété comme une révolte généralisée des opprimés. Ce qui explique sans doute pourquoi c'est la Guerre des Paysans qui sert de référence, voire de modèle, tant à Engels qu'à Lassalle pour penser la possibilité d'une révolution en Allemagne, en général, et métaphoriser l’analyse de l'échec de 1848.

Un des premiers moments d'expression du mouvement ouvrier allemand fut la révolte des tisserands de Silésie en 1844. Globalement dans les années 1840 (années de dépression économique), c'est surtout des mouvements d'artisans ruinés par l'essor de l'industrie auquels on assiste. Leurs révoltes sont souvent violentes et spontanées.

A l'inverse, un courant d'intellectuels révolutionnaires émerge, mais contrairement à ce qui se passera en France il restera assez coupé des révoltes. Des exilés fondent la Ligue des proscrits (1934) puis la Ligue des justes (1836). A part quelques étudiants, les premiers membres sont des artisans eux aussi, horlogers (Joseph Moll de Cologne), tanneurs (Simon Schmidt) ou tailleurs (Weitling). En 1836, deux partis s'affrontent dans cette ligue: le «parti des ébénistes » qui en tient à pour la révolution partielle et républicains, et le « parti des tailleurs» qui imagine une république mystique, chrétienne, où règnerait la communauté des biens. C'est ce dernier courant qui l'emportera, et qui influencera plus tard la Ligue des communistes (1848).

Les intellectuels révolutionnaires comme Marx et Engels connaissent eux-aussi l'exil après l'échec de la révolution allemande de 1848. Ils se sont ensuite intéressés davantage à la France ou à l’Angieterre qu'à leur propre pays. Cela les a conduit à développer un internationalisme théorique et pratique (avec la fondation de l'Association internationale des travailleurs), mais aussi à rester relativement coupés de la classe ouvrière allemande. C'était dû non seulement à leur exil, mais aussi au fait que l'agitation ouvrière allemande était, avant 1862, multiforme et difficilement saisissable.

Le groupe ouvrier organisé le plus important d'Allemagne se donne, en 1848, le nom de Fraternité ouvrière allemande (Allgemeine deutsche Arbeitverbrüderung, DAV). Son organisation (une fraternité) renvoie aussi bien à un idéal chrétien qu'à la Révolution française. La DAV pose à la fois, de façon confuse et mêlée, la question nationale, la question sociale et la question politique. Elle servait aussi à mettre en pratique la solidarité entre travailleurs par des caisses communes. Elle est aussi la première à utiliser le terme Arbeiter (traduction du français "ouvrier"), et à vouloir unifier les travailleurs au delà des corporations, ce qui marque une forme embryonnaire de conscience de classe. La DAV comptait environ 200 sections, fortes surtout à Leipzig et Berlin. Ses dirigeants principaux étaient Franz Schwenniger et Stefan Born. Ce dernier avait été brièvement à la Ligue des communiste, mais globalement il n'y avait pas de lien entre les deux.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Fondation[modifier | modifier le wikicode]

L'ADAV a été créée le 23 mai 1863 par Ferdinand Lassalle à Leipzig, dans le royaume de Saxe. Il a cessé son existence en 1875, lorsqu'il fusionna avec le SDAP d'August Bebel et Wilhelm Liebknecht pour former le SADP, renommé par la suite Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). L'ADAV fut le premier parti ouvrier allemand, créé en Prusse avant l'unification allemande au sein de l'Empire allemand. Ses membres furent baptisés en Allemagne les Lassalliens. L'association fut fondée par Lassalle et douze délégués des plus importantes villes allemandes : Brême, Dresde, Düsseldorf, Elberfeld, Francfort, Hambourg, Harburg, Cologne, Leipzig, Mayence et Solingen. Environ 600 travailleurs étaient présents, ayant emprunté la nouvelle ligne ferroviaire Dresde - Leipzig.

Lassalle fut élu président pendant 5 ans, et il le fut donc jusqu'à ce qu'il soit tué en duel le 31 août 1864. Il avait espéré des milliers d'adhésions, mais en 1864 il n'y en avait que 4600. L'ADAV était en partie financée par des fonds collectés par Lassalle grâce à ses relations personnelles.

Les opinions étaient tranchées au sein de l'ADAV entre les strictes adeptes du socialisme et de la social-démocratie. Wilhelm Liebknecht fut un de ses membres jusqu'en 1865, mais lorsque l'ADAV coopérât avec le gouvernement de Bismarck, comme sur la question du suffrage féminin, Liebknecht s'en détacha. Il avait écrit pour le journal de l'association Der Sozial-Demokrat mais devint en désaccord avec les positions pro-prussiennes du journal, il l'abandonna, d'abord pour créer le Parti populaire saxon avec August Bebel, puis en 1869 il devint le cofondateur du Parti ouvrier social-démocrate (Sozialdemokratische Arbeiterpartei, SDAP) à Eisenach en tant que section de l'Association internationale des travailleurs, la Première Internationale.

Fusion avec le SDAP[modifier | modifier le wikicode]

Après la mort de Lassalle, l'ADAV était en difficulté.

Liebknecht rencontra ses anciens camarades de l'ADAV, que le manque de support de leur parti convainquit de joindre leurs forces à celles du SDAP en 1875. Avec le SDAP, l'ADAV forma le nouveau Parti ouvrier socialiste d'Allemagne (Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands, SAPD) à la Conférence de l'Unité socialiste à Gotha : leur manifeste devint le programme de Gotha. Il appelait à la reconnaissance du suffrage « universel, égal et direct », qui devint ultérieurement partie intégrante de la constitution de la République de Weimar. En 1890 le parti fut renommé Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD), Parti social-démocrate d'Allemagne, et il existe toujours sous ce nom aujourd'hui.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Sonia Dayan-Herzbrun, L'Invention du parti ouvrier : aux origines de la social-démocratie, 1848-1864, L'Harmattan, 1990.