Démocratie interne

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La démocratie interne à une organisation (parti, syndicat, association...) est une question politique importante, en particulier pour les organisations du mouvement ouvrier. Elle doit être analysé dans ses rapports avec la démocratie en général (et donc, d'un point de vue marxiste, dans ses rapports avec la division de la société en classe), et dans ses spécificités.

Ces questions touchent tout type de parti, des macronistes[1] aux insoumis[2] en passant par les verts[3]...

Historique des débats[modifier | modifier le wikicode]

Le problème de la démocratie interne s'est posé à partir du moment où deux conditions étaient réunies : la démocratie était une devenue une valeur allant de soi pour les groupes progressistes, et des organisations de masse commençaient à se structurer. Les partis au sens moderne n'existent pas vraiment au 19e siècle, et commencent à se structurer au tournant du 20e siècle. Aussitôt, les problèmes d'organisation interne apparaissent, et suscitent des analyses.

Suite au livre de Robert Michels, Les Partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties (1914), certains sociologues commencent à parler de « loi d'airain de l'oligarchie »[4]., pour désigner la tendance de toute organisation à sécréter une élite oligarchique. Selon Michels, « l'organisation est la source d'où nait la domination des élus sur les électeurs, des mandataires sur les mandants, des délégués sur ceux qui les délèguent. » Le courant de la sociologie de Michels (avec Mosca, Pareto...) a été décrit comme « sociologie élitiste »[5].

Au début du 20e siècle aux États-Unis, la démocratie interne de parti était une revendication majeure des réformateurs du Parti progressiste. Ils se plaignaient que les patrons corrompus des « machines politiques » dans pas mal de villes et d'États dominaient l'organisation des partis politiques. Les patrons demeuraient au pouvoir parce qu'ils avaient conquis une charge élective auparavant ou parce qu'ils contrôlaient un groupe d'élus; ceux-ci accordaient alors des emplois, des contrats publics et d'autres avantages matériels à leurs préférés.

Les social-démocrates russes ont dû construire un parti dans un contexte de clandestinité en raison de la répression tsariste. Par conséquent il existait, plus qu'ailleurs, une tension entre organisation efficace (centralisée, avec des cadres inamovibles et à l'identité cachée...) et organisation démocratique (où l'élection impose le maximum de transparence). C'est le débat sur l'organisation qui a provoqué le premier clivage entre deux groupes, qui deviendront les menchéviks et les bolchéviks. Le mode d'organisation théorique des bolchéviks a été nommé le « centralisme démocratique », et il est souvent résumé par une phrase de Lénine : « liberté totale dans la discussion, unité totale dans l'action ».

Suite à la Révolution d'Octobre 1917, l'affaiblissement de la démocratie interne au parti bolchévik a eu lieu en parallèle de la bureaucratisation du régime dans son ensemble. En 1921 en particulier, le parti décide d'interdire les tendances et fractions en son sein. En 1923, la démocratie interne sera la principale revendication de l'opposition de gauche (partisans de Trotsky).

En Allemagne, la Loi fondamentale de 1949 stipule au sujet des partis politiques que « leur organisation interne devra se conformer aux principes démocratiques » (article 21, para. 1).

En 1968 aux États-Unis, le Parti démocrate décida d'introduire des réformes qui augmenteraient les pouvoirs des militants de la base, et en particulier d'introduire des primaires pour la désignation des candidats aux présidentielles.

En 1970, Althusser dénonçait le phénomène d'écoeurement des militants de base du PCF, tout juste compensé par le turn over (mais de moins en moins, ce qui est une des raison du déclin numérique du parti) :

«  A-t-on réfléchi au fait suivant ? La contrepartie du mécanisme qui reproduit la direction et lui permet de durer, inamovible, à travers tous les retournements stratégiques et tactiques, comme à travers toutes les erreurs c’est la fuite des militants, leur perpétuelle hémorragie, leur perpétuel remplacement par de nouvelle génération qui n’aura pas connu les batailles et les vicissitudes d’il y a cinq, dix ou vingt ans. (…) Le parti en tant que petit « appareil d’état » a trouvé la solution du problème auquel Brecht faisait allusion après les émeutes sanglantes de Berlin : « le peuple a perdu confiance dans les dirigeants ? Il n’y a qu’à en élire un autre ! ». Périodiquement, de campagne de recrutement en campagne de recrutement, la direction du parti « élit »un nouveau peuple, c’est à dire une autre base, c’est à dire d’autres militants. Mais la direction, elle, reste en place »[6]

Certains - notamment des libéraux - soutiennent qu'en démocratie, l'Etat n'a pas à réglementer la structure interne des parti, la menace d'impopularité électorale étant la meilleure garantie que ceux-ci ne s'écarteront pas trop du fonctionnement démocratique. Si un électeur n'aime pas la façon dont un parti s'organise, il peut voter pour un autre.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]