Social-fascisme

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En première page de l'Humanité du 19 avril 1934

Le terme de « social-fascisme » était une caractérisation grossière utilisée par la Troisième internationale stalinisée dans les années 1930, pour amalgamer les social-démocrates, les trotskistes et tous les communistes oppositionnels aux forces de droite et d'extrême droite.

Contexte[modifier]

Le terme de fascisme se répand après la victoire du fascisme italien.

Au cours des années 1920, la politique de l'Internationale communiste devient progressivement de plus en plus opportuniste, au fur et à mesure de sa bureaucratisation. Cela conduit à une alliance avec les dirigeants syndicaux anglais qui brise la grève générale de 1926, et surtout à l'écrasement de la révolution chinoise (1925-1927). Trotski et l'opposition de gauche dénonçaient cette dérive, mais la direction stalinienne les réprime brutalement en 1927.

La « Troisième période » (1928-1935)[modifier]

Après la période révolutionnaire des origines et la période opportuniste, l'Internationale communiste opère un brusque revirement en 1928, qui sera nommé la politique « classe contre classe », ou « troisième période ».

Toutes les sections de l'IC reçoivent la consigne de passer immédiatement à l'agitation et action révolutionnaire. En Chine, les communistes repliés dans les campagnes proclament de petites républiques soviétiques (sans aucune auto-organisation des masses). En Europe, cela se traduit surtout par une attitude sectaire envers les partis social-démocrates, que les PC vont désormais qualifier de « social-fascistes ». Ils refusent tout front unique, et en particulier refusent d'organiser une riposte de classe face aux attaques des groupes fascistes.

En août 1930, Trotski relève comment les staliniens s'embourbent dans leurs (rares) tentatives de justifier ce concept[1]. Ainsi Manouilsky a déclaré au 16e congrès du PCR : « La question de la nature du social-fascisme est un problème qui n'a pas encore été assez élaboré dans l'Internationale communiste ». Radek tente piteusement d'élaborer en écrivant dans la Pravda des articles sur « l'essence du social-fascisme », qui le conduisent à dire que le social-fascisme est aussi « pour mener la politique fasciste, mais de façon démocratique. » Il minimise la violence dont usent les fascistes contre les social-démocrates et le parlementarisme en général, en rappelant que la social-démocratie comme le fascisme visent à préserver le règne du la bourgeoisie (ce qui est vrai de façon générale).

Les staliniens se dispensent de réfléchir et qualifie de social-fasciste à peu près n'importe qui. L'Humanité du 1er avril 1932 parle de « municipalité social-fasciste » à propos de la mairie de Montreuil tenue par le conservateur Philibert Savreau[2].

La nullité de cette caractérisation apparaît d'autant plus flagrante qu'elle sera en contradiction totale avec le revirement opportuniste qui suivra.

L'Humanité du 5 avril 1932 dénonce le « social-fasciste Salengro »[3], et Thorez, dans un édito de L'Humanité du 19 avril 1934 écrivait un édito « Contre le bloc avec le social-fascisme ». A ce moment-là Trotsky vient d'obtenir l'autorisation du gouvernement Daladier d'entrer en France, et L'Humanité déverse haine contre « le fasciste Daladier qui aurait fait appeler le social-fasciste Trotsky en France pour organiser avec son aide l'intervention militaire contre l'URSS »[4]. Deux ans plus tard, il soutenait le Front populaire au nom de « l'antifascisme », avec les (social-)fascistes d'hier, dont Daladier et le ministre de l'Intérieur Salengro qui utilisera toutes les forces de l'Etat pour contenir la grève générale...

Rechutes[modifier]

A la Libération, le PCF, fort de son implication dans la Résistance, est le premier parti de France. Mais il est alors dans une logique de front populaire, et se vautre dans la collaboration de classe en participant aux gouvernements avec les gaullistes et les socialistes.

Mais cela change avec le début de la guerre froide. En 1949-1950, le PCF recommence à traiter de fasciste tout ce qui n'est pas communiste, y compris les socialistes.

Voyant le Parti communiste yougoslave désobéir aux consignes de Staline (qui exigeait une soumission servile aux bourgeois locaux et aux impérialistes occidentaux), le Kominform déclare dans sa réunion de novembre 1949 que le PCY est « une clique [passée] du nationalisme bourgeois au fascisme ».

Utilisations par les maoïstes[modifier]

Les maoïstes ont employé les termes de « social-impérialisme » et de « social-fascisme »[5] à l'égard de l'URSS.

Notes[modifier]