Front populaire

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Un front populaire est un bloc entre des forces bourgeoises et des organisations ouvrières par lequel ces dernières acceptent des programmes qui retiennent les travailleurs à l’intérieur des limites de l’État bourgeois.

Généralités[modifier]

Le front populaire est un cousin raté du front unique. Il vise en théorie à une alliance temporaire avec la bourgeoisie pour renforcer le camp prolétaire, mais cela a toujours conduit en pratique à ce que les socialistes finissent par défendre la bourgeoisie et le capitalisme contre le prolétariat. En particulier, les partis ouvriers qui ont appliqué ces pseudo "fronts uniques" "en défense de la démocratie" ont tous échoué à renforcer le prolétariat, et ont bien souvent ouvert la voie à la contre-révolution.

Ce qui distingue un front unique d’un front populaire, ce n’est pas la participation en elle-même d’une force ouvertement bourgeoise ou petite-bourgeoise, mais plutôt la subordination politique du prolétariat à la plate-forme de la bourgeoisie. Un tel bloc peut être aussi dangereux lorsqu’il comprend une force bourgeoise très faible ("l’ombre de la bourgeoisie").

Comme l’a dit Trotsky, le front populaire est un noeud coulant passé autour du cou du prolétariat.

Front populaire et front unique ouvrier[modifier]

La distinction fondamentale entre le front unique ouvrier et le « cartel des gauches », ou « front populaire », réside en ceci que par sa logique « classe contre classe », le front unique ouvrier déclenche une dynamique d'accentuation et d'exacerbation de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, alors que par sa logique de collaboration de classes, la politique du front populaire déclenche contraire une au  dynamique de freinage des luttes ouvrières, voire de répression des couches ouvrières les plus radicalisées.

Evidemment, la distinction entre front unique ouvrier et Front Populaire, tout en étant une différence considérable, de par la nature de classe objective des deux d'accords, n'est pas une différence « absolue ». Il peut y avoir des applications opportunistes de la tactique de front unique ouvrier dans lesquelles, sous le prétexte de ne pas effrayer les dirigeants réformistes les leaders d'organisations qui s'affirment révolutionnaires commencent à freiner à leur tour les luttes des masses.

A l'inverse, dans certaines situations, les masses peuvent partir des illusions unitaires semées par des accords de front populaire, accentuer leurs luttes et même créer des structures d'auto-organisation, initiatives les marxistes révolutionnaires devront évidemment favoriser et renforcer par tous les moyens.

Historique[modifier]

Les premières formes de front populaire - qui ne se donnaient pas ce nom - peuvent être vues dans les alliances entre la social-démocratie et la bourgeoisie libérale.

En 1924, la SFIO conclut une entente électorale (dite « cartel des gauches ») avec la gauche bourgeoise (Parti radical et radical-socialiste et Parti républicain-socialiste) pour contrer les réactionnaires du Bloc national. Mais les socialistes ne participent pas au gouvernement de peur de se faire taxer de trahison sociale par les communistes.

En 1932, ils renouvèlent ce cartel des gauches, et posent des conditions à leur participation au gouvernement (les « conditions Huygens »), qui seront refusées.

De son côté, l'Internationale communiste passée sous domination stalinienne a d'abord suivi un cours sectaire ("troisième période") envers les autres forces du mouvement ouvrier, et en particulier la social-démocratie (qualifiée de "social-fascisme"). C'est son VIIe Congrès (1935) qui a établi cette "tactique" du front populaire avec la gauche de la bourgeoisie (bourgeoisie « nationale » dans les pays dominés, bourgeoisie « antifasciste » dans les pays centraux).

C'est ce qui va donner lieu au Front populaire de 1936 en France, qui en deviendra l'archétype.

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On retrouve également le front populaire au même moment durant la Guerre d'Espagne

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Dans les années 1930, il y eut aussi des "fronts populaires" en Amérique Latine. En 1938, Trotsky faisait le commentaire suivant, analysant les différences du fait de la particularité de l'Amérique latine dominée par l'impérialisme, mais maintenant la boussole de l'indépendance de classe :

« Correctement apprécié, le Front populaire n’a pas en Amérique latine un caractère aussi réactionnaire qu’en France ou en Espagne. Il a deux facettes. Il peut avoir un contenu réactionnaire, dans la mesure où il est dirigé contre les travailleurs, et il peut avoir un caractère combatif dans la mesure où il est dirigé contre l’impérialisme. Mais en évaluant le Front populaire en Amérique latine sous la forme d’un parti politique national, nous faisons une distinction avec la France et l’Espagne. Toutefois, cette différence historique d’appréciation et cette différence d’attitude ne sont permises qu’à condition que notre organisation ne participe pas à l’APRA (parti bourgeois de Haya de la Torre, au Pérou), du Kouo-min-tang (parti bourgeois de Tchang Kai-shek, en Chine) ou du PRM (parti bourgeois du général Cardenas au Mexique), et qu’il conserve une totale liberté d’action et de critique »[1]

On retrouve également un type de front populaire au Chili en 1973, sous le non d'Unité populaire.

Notes et sources[modifier]

Ernest Mandel, Introduction au marxisme

  1. Léon Trotsky, Discussion sur l’Amérique latine avec Curtiss, 1938