Protectionnisme

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Le protectionnisme est une politique économique visant à favoriser les entreprises nationales vis à vis des étrangères.

Principe et leviers du protectionnisme[modifier]

L'idée du protectionnisme est simple : rendre les marchandises provenant de l'étranger plus chères sur le marché intérieur que les marchandises produites nationalement, afin de protéger la bourgeoisie nationale.

Cela peut être fait de différentes manières :

Un certains nombre d'autres mesures reviennent à du protectionnisme et sont appelées "néoprotectionnisme". Il s'agit surtout de "barrières non tarifaires", c'est-à-dire ne jouant pas sur la taxation mais sur la réglementation, sur des aides indirectes favorisant les entreprises locales, etc. Même les mesures fixant des règles sur l'étiquettage des produits sont dénoncées par les multinationales comme du protectionnisme, parce qu'elles peuvent servir à influer sur les consommateurs.

Cette solution a cependant des inconvénients pour les capitalistes :

  • chaque pays va réagir à des mesures protectionnistes de ses voisins par de nouvelles mesures, ce qui tend à annuler les effets bénéfiques (le pays qui a pris les mesures a fait diminuer les importations concurrentes, mais les mesures en réaction font diminuer ses exportations),
  • pour conserver l'avantage, il faut se lancer dans une course incessante à de nouvelles mesures protectionnistes, ce qui a pour effet de créer de l'instabilité / imprévisibilité, qui nuit aux investissements.

Historique[modifier]

L'augmentation des forces productives dans le cadre capitaliste a créé une tendance à l'essor du commerce mondial, puis à la circulation des capitaux. C'est-à-dire une tendance à la mondialisation économique. Les rythmes de l'industrialisation et du développement des moyens de transports déterminent fortement cette mondialisation.

Années 1840 : le débat sur les Corn Laws[modifier]

Les Corn Laws étaient une série de lois protectionnistes adoptées au Royaume-Uni entre 1773 et 1815 pour encadrer le commerce des céréales avec l'étranger. Le Corn Law Act de 1815 interdisait toute importation de céréales lorsque les cours passaient en dessous d'un certain seuil. L'essor de la révolution industrielle en Angleterre va favoriser le courant en faveur du libre-échange. Les industriels voulaient que l'Angleterre développe un avantage comparatif dans l'industrie : l'importation de céréales moins chers pouvait faire baisser le prix de l'alimentation des ouvriers, donc faire baisser le « coût du travail » et améliorer la compétitivité des industriels. Réunis dans une Ligue pour l'abolition des lois sur le blé (Anti-Corn Law League), ils lancèrent dès 1838, en utilisant des techniques de diffusion novatrices, une vaste campagne pour faire pression sur le pouvoir politique. Face à eux, les grands propriétaires terriens (souvent des aristocrates) défendaient les lois protectionnistes, pour ne pas que la concurrence étrangère rogne sur leurs marges et menace l'agriculture anglaise. Le Premier ministre Robert Peel abolit finalement les Corn Laws en 1846.

Dans son Discours sur la question du libre-échange[1] prononcé en janvier 1848, Marx prend position pour l’abolition des lois sur les céréales, donc pour le camp du libre-échange, tout en dénonçant ouvertement l'hypocrisie des libre-échangistes. Il précisait qu'il s'agissait pour lui d'accélérer la destruction de l'ancienne société pré-capitaliste, et d'accentuer la lutte des classes bourgeoisie/prolétariat.

« En général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange ».

Certains ont souligné que Marx n'est pas encore marxiste lorsqu'il prend cette position (c'est avant l'écriture du Manifeste communiste). D'autres ont sougliné que le contexte (conflit entre aristocratie et bourgeoisie) n'est plus celui du 20e et du 21e siècle et que cela n'aurait pas de sens de transposer cette position de Marx aux débats contemporains.

Le Zollverein et l'unification allemande[modifier]

L'unification du marché intérieur a accompagné l'essor de toutes les nations bourgeoises d'Europe. En France, la plupart des entraves ont été abolies lors de la révolution française de 1789. Mais dans le cas allemand cela s'est fait plus tard et plus progressivement. 

Dans les multiples petits États du Saint-Empire romain germanique de 1790, on trouvait 1 800 frontières douanières. Même si elles empêchaient de fait le libre-échange, ces barrières douanières ne relevaient pas d’une « politique protectionniste » mais servaient simplement de source de revenu aux différentes principautés. Des unions douanières sont alors mises en place à partir des années 1820, d'abord entre principautés les plus proches, puis en 1833 à plus grande échelle avec le Zollverein qui s'étendra à toute l’Allemagne progressivement jusqu'à la fin du 19e siècle. Le Zollverein contribuera à la montée en puissance du capitalisme allemand.

La suppression de ces barrières et la circulation de marchandises sur toute l'Allemagne ne s'est cependant pas faite sans heurts. En 1831, à Hanau, dans le Hesse-Cassel, la population attaque des bureaux de douane et affronte la troupe, par opposition à l'importation de produits de Prusse qui ruinent les artisans locaux. En 1832, c'est dans le Palatinat qu'éclatent les émeutes : les magasins d'alimentation sont mis à sac ; on lance des défis aux collecteurs d'impôts, et des bagarres ont lieu avec la troupe envoyée pour rétablir l'ordre. Ce début de libre-échange contribue également à la révolte des tisserands de Silésie de 1844. Beaucoup d'artisans étaient déboussolés et sans perspective. Certains artisans en exil (en Suisse…) diffusaient de ville en ville les idées utopistes comme celles de Weitling. Beaucoup en appelaient au roi pour restaurer le système corporatif.

Il est important de noter que le Zollverein était à la fois une augmentation de la sphère du libre-échange à l'intérieur, et à la fois une politique protectionniste commune face aux produits anglais.

Fin 19e , début 20e siècle : protectionnisme généralisé[modifier]

A la fin du 19e siècle, dans le contexte de la « longue dépression » (1873-1896) et de nouvelles concurrences internationales, les principaux pays capitalistes multiplient les mesures protectionnistes: le tarif allemand de 1879, le tarif McKinley de 1880 aux États-Unis et le tarif japonais de 1899... Le recours aux mesures protectionnistes est alors très lié aux conflits politiques entre puissances impérialistes. Pour plusieurs marxistes (Kautsky, Hilferding, Lénine...), ce tournant protectionniste est décrit comme une des caractéristiques du « stade impérialiste ».

En France elles visent à protéger à la fois les industriels et les agriculteurs (notamment du blé états-unien, canadien et argentin qui arrivait au Havre moins cher que le blé français). Une des mesures phare est le tarif Méline de 1892. L'impact de ces mesures sont alors controversées : le coût de la vie augmente, en particulier pour les ouvriers des villes, le protectionnisme est accusé de freiner la modernisation économique... Les motivations sont aussi politiques : les politiciens cherchent à s'attirer le soutien des agriculteurs et donc doivent limiter les effets de l'industrialisation et de la concurrence internationale qui les ruine. Le maintien de productions agricoles locales (plus que pour d'autres secteurs) s'explique aussi par la recherche d'une sécurité alimentaire.

Par une loi spéciale du 6 février 1880, le ministère français des Finances a été habilité à interdire des émissions de titres vers l'étranger et à refuser la cotation de prêts étrangers à la bourse française, ce qui a été utilisé contre l'Allemagne. En 1909, le gouvernement français a refusé un prêt à l'Argentine parce qu'en 1908 ce dernier avait passé une commande avec l'allemand Krupp et non avec le site Schneider du Creusot. En 1909, le même gouvernement refuse d'accorder un prêt à la Bulgarie pour « manque de garanties suffisantes », le prêt était garanti par une banque austro-allemande. En septembre 1910, un prêt est refusé à la Hongrie, et un prêt est accordé à la Serbie sous la condition de passer des commandes avec Schneider.. Le gouvernement russe a fait construire des croiseurs en France en échange de prêts, etc.[2] En 1909, les États-Unis prennent des mesures protectionnistes contre le vin, la soie et les automobiles français (loi Payne), et la France réagit en refusant la cotation à la Bourse de Paris de la United States Steel Corporation.

Des accords commerciaux bilatéraux sont aussi passés, même si le paysage général reste alors celui de la guerre économique : le traité franco-russe de septembre 1905, les traités de 1908 entre la Suède et la France et entre la Suède et le Danemark; le traité douanier franco-japonais d'août 1911...

La position de Jaurès[modifier]

Les socialistes sont divisés à cette époque sur la question du protectionnisme.

Jaurès constate début 1887 un conflit entre intérêts des ouvriers et des paysans : « La question est redoutable, car elle met aux prises, au moins en apparence, l'intérêt des villes et l'intérêt des campagnes : les ouvriers ne veulent pas payer leur pain plus cher, et les producteurs de blé, qui bien souvent sont eux aussi des travailleurs, levés avant le jour, veulent vivre. »

Jaurès adopte une position, qui sera constante dans les débats répétés sur les tarifs du blé : il demande un sacrifice aux ouvriers des villes, mais à la condition que cet effort soit bien au profit des travailleurs agricoles. Il ne s'oppose pas à des mesures protectionnistes, mais les lie étroitement à d'autres mesures sociales comme la mise en place d'un impôt sur le revenu progressif. En 1890, il dit de façon synthétique : « la politique douanière unie à des réformes démocratiques d’impôt est bonne ; sans ces réformes elle n’est qu’une exploitation scandaleuse des pauvres. »

Son argumentation met en avant un souci de justice sociale mais aussi une justification économique de type sous-consommationniste. En 1897, il dit par exemple :

« Monsieur le président du Conseil, là est la contradiction essentielle de votre politique protectionniste. Pendant que, par des tarifs de douane, vous favorisez les producteurs, c'est-à-dire, dans une large mesure, les possédants, vous n'avez pas la force, vous n'avez pas le courage, vous n'avez peut-être pas la possibilité politique et sociale de demander aux classes possédantes, aux classes les plus riches, les sacrifices d'impôts qui seraient nécessaires, précisément pour accroître la consommation populaire dans la mesure où se développe la production nationale. »

Il déplore aussi la confusion politique et « la fusion qui s’est faite, dans un groupe incolore, des éléments protectionnistes de gauche et des éléments protectionnistes de droite ».

Jaurès souligne en juillet 1897 les limites des solutions protectionnistes :« on parle surtout de la concurrence étrangère et on néglige les autres causes du mal, même celles sur lesquelles on pourrait agir ; c’est que la question la plus facile à résoudre semble la question douanière». Quant à la position de fond des socialistes, il énonce :

« Du principe même du protectionnisme, je n’ai pas à discuter en ce moment. Les socialistes ne sont pas protectionnistes comme M. Méline, mais ils ne sont pas davantage libre-échangistes comme M. Léon Say ou comme M. Aynard4 (…) Le socialisme, c’est-à-dire l’organisation sociale de la production et de l’échange exclut, à la fois, et la protection qui ne peut guère profiter aujourd’hui qu’à la minorité des grands possédants, et le libre-échange, qui est la forme internationale de l’anarchie économique. »

Enfin le protectionnisme était aussi utilisé par des politiciens opposant des discours nationalistes aux travailleurs immigrés. Face à la mise en concurrence des travailleurs, Jaurès revendique « un salaire minimum pour les travailleurs, étrangers ou français, de façon à prévenir l’effet déprimant de la concurrence ».[3]

Entre-deux-guerres[modifier]

Dans les années 1930, à la suite de la crise de 1929, le protectionnisme atteint des sommets.

Trente glorieuses (1945-1975)[modifier]

Article détaillé : Trente Glorieuses.

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, les pays impérialistes se mettent d'accord, sous le patronage des États-Unis, pour remettre en place un minimum d'échanges commerciaux.

Pendant les Trente glorieuses, période de forte croissance, le libre-échange progresse et revient progressivement au niveau qu'il avait atteint au début du 20e siècle. Cela n'empêchait pas certaines barrières tarifaires ou non tarifaires de rester très importantes. La limitation des échanges passait parfois directement par des négociations.

Dans l'agriculture par exemple, l'immédiat après-guerre est marqué par un fort protectionnisme. Les agriculteurs ont bénéficié de prix suffisants pour vivre mais aussi pour investir. Une fois son agriculture devenue forte, la France a commencé à ouvrir progressivement les marchés, pas pour s’ouvrir aux importations mais pour réaliser enfin « notre vocation exportatrice ». En 1962, un marché commun agricole est mis en place entre 6 pays (France, Italie, Allemagne fédérale, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), qui présentaient des profils "complémentaires", davantage de productions végétales au sud, de productions animales au nord, et globalement un volume d’importations alimentaires jugé trop important. La « préférence communautaire » devait développer des échanges mutuellement profitables. Ce marché commun était doté d'un protectionnisme offensif : des "prélèvements" sur les produits entrants servaient à financer des "restitutions" (subventions) aux produits sortants.

En 1967, les États-Unis ont commencé à limiter leurs importations d’acier en imposant des restrictions « volontaires » à la CEE et au Japon.

Le Japon, malgré ses tarifs douaniers moyens inférieurs à ceux de la CEE (3 % au lieu de 5 % en 1974), protégeait son marché par une multitude de quotas et règlements de toutes sortes, particulièrement dans les secteurs que l'Etat japonais voulait protéger et développer. Par exemple, il donnait des délais d’homologation extrêmement longs aux produits chimiques ou pharmaceutiques étrangers.

Par ailleurs, la monnaie a également été utilisée comme arme protectionniste, surtout après la suppression par les États-Unis de la parité du dollar par rapport à l'or en 1971. Cela permit une dévaluation de près de 8 % du dollar, et donc un fort coup de pouce à la balance commerciale américaine au détriment des autres pays capitalistes.

En 1974, la France contrôlait 32,8 % de ses échanges, les États-Unis 36,2 %, l’Allemagne 37,3 %, la Grande-Bretagne 38,5 %, l’Italie 44,1 %, le Japon 56,1 %.

Crise des années 1970[modifier]

Article détaillé : Tournant néolibéral.

Pendant la crise des années 1970, une tentation protectionniste apparaît, si bien que certains marxistes se demandent jusqu'où elle peut aller[4]. Pour les produits manufacturés, on est passé au sein de l’OCDE, de 4 % de la production contrôlée nationalement en 1974 à 17,4 % en 1980. En 1979 la France plaça sous « surveillance » ses importations de certains textiles en provenance d’autres pays de la CEE, de l’Italie notamment. Début 1980, la Grande-Bretagne introduisit des restrictions sur certaines fibres synthétiques importées des États-Unis mais les abrogea à la fin de cette même année par crainte de représailles sous forme de droits accrus sur ses exportations de laine vers les USA. Les États-Unis demandent en 1981 au Japon une auto-limitation de ses exportations d'automobiles jusqu’en 1984.

Tournant néolibéral (années 1980)[modifier]

Toutefois à partir des années 1980, les puissances impérialistes vont globalement accélérer la libéralisation, et le niveau d'ouverture des économie atteint des niveaux sans précédent. Le recours au protectionnisme est de plus en plus encadré, et les tarifs douaniers sont progressivement abaissés. Les accords bilatéraux et multilatéraux se sont multipliés.

Le multilatéralisme a alors pris un essor sans précédent dans l’histoire, avec les négociations de l’OMC, longues et houleuses (Kennedy Round en 1967, Tokyo Round en 1973-1979, Uruguay Round en 1986-1992…), mais qui semblent faire tendre le monde vers un libre-marché total. De plus en plus de règles ont interdit le recours à des armes protectionnistes (comme la dévaluation au sein de la zone euro), ou les ont encadré (seuils maximums autorisés pour les tarifs douaniers).

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Mais l’intégration s’est surtout faite par blocs, les intérêts étant souvent plus convergents :

  • Amérique du Nord : accord de libre échange entre le Canada et les Etats-Unis en 1988, devient ALENA en 1994 avec l’arrivée du Mexique.
  • Europe de l’Ouest : une union douanière est en place en 1968, mais de nombreuses barrières non tarifaires perdurent, et la crise des années 1970 freine l’intégration, qui est vraiment relancée à partir de l’Acte unique de 1986.
  • Asie du Sud-Est : (1967) commence à vraiment faire des pas en 1991 vers sa zone de libre-échange (AFTA), qui voit le jour un 2002, après avoir été retardée par la crise de 1997
  • Amérique latine : une première tentative a lieu en 1960 avec l’ALALE, puis ALADI (1980)
  • Afrique : SACU (1910, 1969), CEDEAO (1975), COMESA (1981-1994)…

Situation actuelle[modifier]

Les rivalités économiques sont loin d’avoir été surmontées, et s’expriment sous différentes formes de protectionnisme :

  • Tarifs douaniers : les États-Unis taxent fortement un certain nombre de produits européens, le Japon bloque le riz étranger par des taxes à 800%...
  • Quotas : jusqu’en 2008, l’UE fixait des quotas d’importation d’acier ukrainien ; jusqu’en 2005, elle limitait l’importation de textiles hors-UE…
  • Subventions : Au moment de la crise de 2008, la France et les États-Unis aident largement leurs constructeurs automobile ; en 2009, les autorités françaises débloquent 5 milliards d'euros pour les acheteurs d'Airbus, etc.
  • Subventions déguisées : Elles sont de toutes sortes. Par exemple Boeing bénéficie d’importants transferts de technologies gratuits une fois des techniques financées et mises au point par l’armée états-unienne ; la France donne un coup de pouce à ses constructeurs automobiles par le biais de primes à la casse à vocation soi-disant écologistes...
  • Marchés publics : pour ce type de marchés (1000 milliards d'euros par an), le taux d'ouverture européen est de 90 %, alors qu'il n'est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon, et de 0 % dans les « pays émergeants »
  • Interdiction ou limitation des investissements : les États ont voté des lois empêchant la prise de possession par des étrangers d’entreprises dans un certain nombre de secteurs « stratégiques » (France, États-Unis, Allemagne, Russie…).
  • Guerre des monnaies : les États-Unis laissent baisser le cours du dollar baisser afin de le favoriser au détriment de l'euro ; la Chine maintient le yuan à un niveau artificiellement bas, le Brésil conteste[5]
  • Normes : fixation de normes sanitaires ou de sécurité sur les produits. C’est notamment une façon pour l’UE d’annuler le dumping environnemental des États-Unis (conflit sur le bœuf aux hormones depuis 1988 par exemple). Ces derniers avaient aussi utilisé des normes sur le bruit pour bloquer le développement du Concorde. La Chine a interdit à Zara de vendre ses produits sur son territoire chinois pour des raisons « techniques », mais parce que Zara est aussi une des rares marques à ne pas faire fabriquer ses produits en Chine.
  • Autres freins administratifs : un pays peut poser des obstacles administratifs, qui se traduisent directement ou indirectement en coût (longues procédures de dédouanement…)

Les projets d'accord comme le TAFTA et le CETA ne visent pas tellement à abaisser les droits de douane, déjà très bas, mais surtout à abaisser le "protectionnisme non tarifaire", qui passe par les normes (environnementales, sanitaires...).

De fait, l'interdépendance entre économies n'a fait que croître pour se retrouver à un niveau sans précédant. En 2008, la part importée dans la consommation finale des ménages est de 43% en France, et 38% en Allemagne. Cette part a augmenté de +30% en France entre 2000 et 2008 (+21% en Allemagne). On retrouve une proportion assez proche pour les achats de moyens de production : la part importée dans la FBCF est de 42% en 2008 contre 38% en Allemagne. Elle évolue plus vite en France qu’en Allemagne entre 2000 et 2008 (+16% contre +7%).

Il existe des mesures protectionnistes à l'échelle européenne (vis-à-vis de produits chinois par exemple), mais elles sont limitées parce que les différents Etats-membres, et les différentes entreprises au sein de chaque Etat, n'ont pas les mêmes intérêts. Les céréaliers veulent une protection, mais les élevages hors sol préfèrent importer du soja d'Amérique (moins cher que les céréales européennes). De plus, la concurrence est aussi très forte entre pays d'Europe : dans le secteur de la viande, français, allemands, espagnols, danois se battent... Les tomates françaises sont concurrencées par l’Espagne et les Pays-Bas (intra UE), bien plus que par le Maroc (hors UE).

Néanmoins globalement, les grands patrons (plus liés à l’international) sont pour le libre-échange et ne veulent pas d'un tournant protectionniste. Les entreprises qui vivent de leurs ventes à l'exportation et celles qui intègrent dans leurs fabrications des composants venus de l'étranger seraient en grande difficulté si les échanges étaient brusquement entravés. Si les taxes aux frontières augmentaient brusquement (toutes choses égales par ailleurs), il y aurait une hausse des prix massives (hausse des prix des produits importés + hausse du prix des produits made in France basés sur des produits importés).

Par ailleurs toute mesure protectionniste (taxes, dévaluation monétaire...) serait susceptible d'entraîner une réaction des autres pays capitalistes qui augmenteraient aussi leurs taxes sur les produits français, etc. Ces réactions tendraient à annuler les bénéfices attendus. Le gouvernement français protectionniste serait alors tenté de radicaliser ses mesures protectionnistes, entraînant une réaction en chaîne de portée mondiale. C'est pour toutes ces raisons qu'il n'y a pas de solution protectionniste dans le cadre du capitalisme.

Protectionnisme et impérialisme[modifier]

Entre pays impérialistes[modifier]

Les pays impérialistes, qui disposent de puissantes multinationales, ont un certain intérêt au libre-échange mondial. En effet, non seulement ils ont moins à craindre les capitaux étrangers, mais ils peuvent espérer bénéficier partiellement des marchés voisins, et des effets de l'accroissement du commerce et de l'investissement à l'international. C'est ce qui explique par exemple que l'Angleterre, qui devenait la première puissance industrielle au cours du 19e siècle, se mit à prôner le libre-échange au monde entier.

Bien sûr, dans certains secteurs d'autres pays développés sont plus compétitifs et menacent la production nationale. Mais c'est aussi l'inverse dans d'autres secteurs. Par conséquent, les dirigeants de la bourgeoisie refusent en général de prendre des mesures protectionnistes trop drastiques. Par exemple la France, fortement exportatrice de produits agricoles de base ou transformés par l’industrie agroalimentaire, aurait beaucoup à perdre si ses voisins fermaient leurs frontières. Même si elle perd du terrain face aux melons et tomates d'Espagne, elle veut continuer à pouvoir vendre massivement du blé et du vin.[6]

Entre pays impérialistes et pays dominés[modifier]

Les multinationales impérialistes prônent le libre-échange aux pays dominés. Celles-ci peuvent facilement y acquérir des oligopoles / monopoles en écrasant la concurrence locale. C'est pourquoi les seuls pays qui ont assuré un développement auto-centré l'ont fait avec une certaine dose de protectionnisme et d'interventionnisme, voire d'étatisme. C'est pourquoi aussi les bourgeoisies impérialistes exercent une pression plus ou moins forte sur ces pays pour "ouvrir leur économie" (négociation par la dette, Plans d'Ajustement Structurel, soutien de coups d'Etat pour instaurer des régimes "amis"). Malgré l'échange inégal par nature, les impérialistes n'accordent même pas une égalité formelle.

Le résultat est que les productions des pays du Nord inondent les marchés du Sud. Elles font concurrence à des produits identiques comme le maïs, le lait ou la volaille, voire imposent de nouvelles habitudes alimentaires : faute d’avoir bénéficié de la recherche agronomique, le manioc a de faibles rendements et cède la place au blé importé.

En 1982, les pays de la CEE ne contrôlaient que 20 % de leurs importations en provenance des autres pays industrialisés, alors qu'ils contrôlaient 63 % des importations provenant du Tiers-Monde.

En 1996, un accord de l'OMC réduit les taxes des "pays du Sud" sur les importations de 38%, et celles du "Nord" sur leurs exportations de seulement 19%. Le PNUD estimait alors qu'au total le protectionnisme du Nord coûte 500 milliards de dollars par an à l'Afrique.

Protectionnisme et anticapitalisme[modifier]

Un mode de régulation du capitalisme[modifier]

L'économie capitaliste est une économie de marché plus ou moins régulée. Fondamentalement, le dégré de protectionnisme ou de libre-échangisme reste un des paramètres du débat régulation/dérégulation. Ce débat reste donc enfermé dans le cadre du capitalisme (comme le contrôle plus ou moins strict des licenciements, etc.). Les communistes révolutionnaires considèrent donc que la mise en place d'une économie planifiée et gérée par les travailleur-se-s eux/elles mêmes sort du cadre. Il ne s'agit pas de protéger les patrons français face à la concurrence étrangère (protectionnisme), ni de laisser la concurrence étrangère libre, puisqu'il s'agit de sortir de la concurrence pour le profit.

Mesures transitoires ?[modifier]

Néanmoins cette position de principe générale ne signifie pas nécessairement que les militant-e-s anticapitalistes renvoient dos-à-dos les tenants des mesures protectionnistes et les tenants du libre-échange. Cette question soulève de nombreux débats dans les rangs des communistes révolutionnaires.

Par exemple, Marx prenait position pour le libre-échange en 1848, dans l'idée d'accélérer le développement du capitalisme (et la destruction des restes féodaux)[1]. Dans la 2e internationale, on retrouvait largement cette idée que le libre-échange était au moins partiellement progressiste. Kautsky opposait par exemple aux méthodes coloniales le libre-échange pénétrant pacifiquement dans les pays sous-développés[7].

Au cours du 20e siècle, de nombreux pays sous-développés ont remis en cause le libre-échange, et mis en place des mesures plus ou moins radicales pour assurer une industrialisation plus rapide et plus auto-centrée (permettant de diminuer la dépendance aux importations). Parmi ces mesures figurent les nationalisations et les différentes formes de protectionnisme. Les Partis communistes (3e internationale) ont généralement soutenu sans réserve ces régimes nationalistes bourgeois. Les pays du Bloc de l'Est se sont par ailleurs presque totalement coupés du marché capitaliste mondial, s'intégrant dans un réseau d'échange souvent centré sur l'URSS ou la Chine maoïste. Les trotskistes ont généralement soutenu les mesures visant à plus d'indépendance économique, tout en tentant de conserver leur distance critique envers les régimes bourgeois et staliniens.

En ce qui concerne le débat protectionnisme/libre-échange entre grandes puissances, les positionnements sont différents. Les communistes révolutionnaires considèrent que le libre-échange entre pays comme la France, l'Allemagne ou les Etats-Unis n'est pas un rapport de domination entre pays. Certains considèrent néanmoins qu'il faut s'y opposer car il s'agit d'un cadre qui renforce la mise en concurrence des travailleurs et facilite leur exploitation. C'est sur cette base que la LCR s'est positionnée contre les traités de l'Union européenne, pour le vote Non au référendum sur la constitution européenne de 2005... En revanche d'autres, comme LO, ont pris une position abstentionniste, en considérant que ces débats économiques ne concernent pas la classe ouvrière.

« Protectionnisme socialiste »[modifier]

L'objectif des communistes révolutionnaires est une révolution socialiste mondiale. La plupart, notamment les trotskistes, considèrent de plus que le « socialisme dans un seul pays » est impossible.

Cependant, la révolution mondiale est un processus qui n'est pas instantané, et qui doit nécessairement commencer par un ou plusieurs pays, pour s'étendre. Dans la situation où un nouvel Etat ouvrier tente de mettre en place une économie socialiste sur son territoire, il devra nécessairement rompre le libre-échange avec les pays capitalistes qui l'entourent. Il ne pourra pas rompre tout échange, en raison du besoin de matières premières, de technologies (notamment s'il s'agit d'un pays moins développé)... mais il ne pourra pas laisser faire le marché : les économies capitalistes centrées sur la compétitivité l'emporteraient sur l'économie socialiste balbutiante. Cela nécessite des mesures de protection, que les bolchéviks appelaient du « protectionnisme socialiste ». Une des premières de ces mesures est le monopole du commerce extérieur.

Trotsky disait ainsi :

« Le monopole du commerce extérieur, condition vitale de la dictature du prolétariat nous impose ici la nationalisation, le plan unique. On ne peut vendre et acheter au hasard. Notre commerce extérieur doit s'accorder avec le développement de notre économie rurale et tenir compte des possibilités croissantes d'exportation de blé, comme de la nécessité de défendre notre industrie. Car nous sommes résolument partisans du protectionnisme socialiste, sans lequel le capital étranger pillerait notre industrie.  »[8]

Il disait encore : «  Mendeleïev, protectionniste convaincu, a accepté un rôle dirigeant dans l'élaboration de la politique douanière et a écrit "le tarif sensé", dont on peut retenir maintes suggestions valables du point de vue du protectionnisme socialiste.  »[9]

Le jeune Etat soviétique mit en place place un monopole du commerce extérieur, mais également un contrôle strict des capitaux. Il ne s'agissait pas de viser une autarcie, mais de s'assurer que les échanges avec le monde capitaliste n'entraînent pas une destruction de la fragile économie russe, et en particulier n'empêchent pas le développement d'une industrie locale. L'application concrète de ces mesures posait de nombreux et complexes débats économiques dans le parti communiste.

Pendant la période du « communisme de guerre », le contrôle de l'Etat était très étroit, mais par ailleurs, en plein conflit militaire avec les puissances impérialistes, le capital étranger ne cherchait pas du tout à s'investir en Russie. Après le tournant de la Nouvelle politique économique en mars 1921, l'économie soviétique est partiellement libéralisée. Un des premiers investisseurs à négocier avec le pouvoir soviétique fut Leslie Urquhart, président de la Corporation russo-asiatique, qui proposa qu'on lui cède des exploitations minières pour 99 ans[10][11].

Notes et sources[modifier]