Dévaluation monétaire

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La dévaluation monétaire est un moyen pour un Etat de favoriser les exportations des capitalistes nationaux par rapport aux étrangers. C'est donc une mesure de protectionnisme. C'est l'inverse de la réévaluation.

Lorsque c'est le marché qui engendre les variations, on parle plutôt d'appréciation / dépréciation.

Principe[modifier]

Un outil protectionniste[modifier]

La dévaluation monétaire signifie la diminution de la valeur de la monnaie du pays par rapport aux monnaies étrangères. L'intérêt est que pour les exportateurs étrangers, les marchandises produites dans le pays dévaluateur sont moins chères, et ils sont donc incités à passer plus de commandes. Les capitalistes producteurs sont donc favorisés dans le pays dévaluateur, au détriment de leurs concurrents internationaux.

Exemple aux Etats-Unis, contre le Royaume-Uni : si l'on part de 100 $ = 100 £, une dévaluation de 20% signifie que l'on passe à 100 $ = 80 £ et donc que les exportateurs états-uniens sont a priori 20% plus compétitifs.

Un État peut dévaluer sa monnaie de plusieurs façons :

  • si le taux de change (conversion) est fixe, il s'agit d'une simple décision politique
  • si le taux de change est "flottant" (défini par les lois du marché), il peut créer de la monnaie (imprimer des billets...)

Les limites pour la bourgeoisie[modifier]

Ce genre de mesure est utilisé fréquemment, mais de manière limitée, car elle a plusieurs conséquences négatives. D'abord, cela cause de l'inflation monétaire (hausse des prix, d'abord des importations), qui peut :

  • gêner d'autres secteurs capitalistes influents du pays (investisseurs, rentiers...)
  • stimuler des révoltes du prolétariat si le pouvoir d'achat populaire chute trop

Mais surtout, des dévaluations trop fortes ont des conséquences macro-économiques inévitables : les autres États réagissent. S'ils sont puissants, ils peuvent menacer politiquement de représailles. Dans tous les cas, il y a possibilité qu'ils ripostent par une dévaluation à leur tour, et que cela déclenche une "guerre des devises", qui rend ensuite très instables les taux de change, l'inflation et finalement le commerce et la croissance mondiale.

C'est pourquoi les puissances impérialistes se sont mises d'accord sur des règles minimales pour limiter les dévaluations.

Exemples[modifier]

Tournant de la rigueur en France[modifier]

La dernière dévaluation décidée en France fut en 1983, ce qui correspond au tournant de la rigueur de Mitterrand, après ses réformes pro-travailleurs. Les augmentations de salaires de 1981 n'ont pas conduit à un cercle vertueux de relance comme les réformistes le prédisaient, mais ont au contraire fait chuter la compétitivité des patrons français. Un des leviers du PS pour faire machine arrière sans que cela soit trop visible a été de désindexer les salaires (ils cessent de suivre l'inflation) et de dévaluer le franc. Le gain en pouvoir d'achat a été rapidement rongé par la hausse des prix.

Tensions avec les BRICS[modifier]

Depuis deux décennies, les vieux pays impérialistes (UE, USA, Japon) sont fortement concurrencés par les marchandises produites à bas coût dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Pour contrebalancer la compétitivité provenant des salaires plus bas, ils font pression sur les BRICS pour qu'ils réévaluent leur monnaie. En particulier, le régime chinois est accusé de maintenir le yuan à un taux de change artificiellement bas par rapport au dollar et à l'euro.

Depuis l'éclatement de la crise de 2008, les États-Unis ont eu recours à des opérations de création monétaire (appelées Quantitative Easing) pour relancer leur croissance.

Divergences dans la zone euro[modifier]

Lorsque l'euro a été introduit en Europe, le paradigme officiel était que les économies allaient converger, et donc leurs intérêts également. Ainsi, les Etats ayant la même monnaie parviendraient à s'entendre sur la valeur de l'euro par rapport aux autres monnaies (dollar, yen...). Or ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Au contraire, les capitalistes les plus puissants ont profité d'un marché plus étendu, pendant que la périphérie (les actuels PIGS) se désindustrialisait. Pendant près de 10 ans, la croissance des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne) a été tirée par une immense bulle spéculative, celle qui a éclaté en 2008. Depuis, la zone euro est soumise à de fortes tensions, avec le spectre de son éclatement qui plane.

Pour les PIGS qui se retrouvent désindustrialisés, donc avec peu d'exportations par rapport à leurs importations, l'euro est trop fort. Pour l'impérialisme central - l'Allemagne - qui exporte beaucoup, l'euro est très bien comme il est... La France est dans une situation intermédiaire, mais décroche de plus en plus de l'Allemagne, et voudrait elle aussi dévaluer l'euro. C'est pour cela que la Banque centrale européenne, suivant la position allemande, répond que "le coeur du problème se situe à l'intérieur du pays [la France] et non pas dans les taux de change"[1].

Notes et sources[modifier]

Voir la rubrique Currency wars du Financial Times