L'impérialisme, stade suprême du capitalisme

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L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme est un livre majeur écrit par Lénine en 1916 et publié en 1917.

Contexte[modifier]

En pleine guerre mondiale, alors que des armées de millions d’hommes s’affrontaient dans des carnages sans nom, alors que l’économie des pays les plus développés s’était transformée en une vaste production d’engins de mort, que toute la planète était mise à contribution pour la guerre, Lénine voulait répondre à la question : « Comment en est-on arrivé là ? ». À cette époque comme aujourd’hui, les explications et les justifications de la catastrophe ne manquaient pas. Les nationalistes accusaient le camp d’en face, d’autres jetaient la faute sur la nature humaine ou sur celle d’un terroriste illuminé en particulier, les plus raisonnables parlaient de folie politique et du regrettable entêtement des gouvernements. Lénine, lui, allait au fond des choses, en expliquant que le développement même du capitalisme avait exacerbé la concurrence entre les différentes puissances et engendré la guerre pour le repartage du monde.

Contenu[modifier]

Lénine établit que le déploiement de la libre concurrence implique un développement intense de l’industrie, entraînant la concentration de la production et la formation de grands groupes monopolistes. Ces derniers s’entendent sur les conditions de vente, ils se répartissent les débouchés, ils déterminent la quantité des produits à fabriquer. Ils fixent les prix. Ils gèrent et contrôlent l’ensemble de la vie économique, ce qui conduit à la transformation de la concurrence en monopole. Hier comme aujourd’hui, ce sont eux le vrais détenteur du pouvoir. D’ailleurs aujourd’hui, les 1% les plus fortunés concentrent 46% du patrimoine mondial.

Lénine montre aussi que l’interpénétration du capital bancaire et du capital industriel marque la naissance du capital financier avec son inévitable domination. En effet, le développement des monopoles ne pouvait s’effectuer sans le rôle des banques qui transforme le capital passif (l’argent) en capital actif (qui génère des profits). De par leur développement et le processus de concentration, les banques deviennent de grands monopoles. Les petites banques disparaissent ou sont absorbées par les grandes. Les entreprises sont ainsi sous le contrôle des grands groupes bancaires avec lesquels elles travaillent.

Le capitalisme classique se caractérise par l’exportation de marchandises, mais arrivé à son stade impérialiste, c’est l’exportation de capitaux qui prédomine. Les pays développés peuvent exporter des capitaux en grandes quantités, car ils en détiennent d’importants excédents, qu’ils ont beaucoup de peine à investir dans leur économie saturé en biens. C’est alors que l’exportation des capitaux devient ainsi un moyen d’encourager l’importation des marchandises à bas coup. Ceci permet de maintenir un taux de profit raisonnable (du moins temporairement) aux capitalistes. La Chine illustre à merveille ceci depuis 20 ans.

Lénine constate que le partage du monde entre les puissances exportatrices de capitaux implique un partage effectif des différentes zones du globe. En fonction de cette logique, les groupes peuvent parvenir à se mettre d’accord pour occuper le monde de façon à ce que chacun puisse en tirer le maximum. Mais comme le monde était entièrement partagé depuis le début du 20ème siècle, la lutte pour les marchés et le contrôle des différentes zones du monde, a abouti au conflit de 14-18. Mais si le conflit fut désastreux pour la population, il fut au contraire une véritable bouée de sauvetage pour les capitalistes en sursis. En effet pour le grand capital, la guerre n’a que de grandes vertus. La perspective du champ de ruine encore fumant qui permettra aux capitaux surabondants de trouver enfin un débouché solvable lors de la reconstruction.

Aujourd’hui de nouveaux prétendants à un repartage se manifestent sur la scène mondiale ce qui laisse présager d’un triste futur. Partout les grands groupes impérialistes sont obligés de défendre leurs propres marchés, mais aussi se battre pour en gagner contre leurs concurrents et pour espérer maintenir leurs profits. Le combat est devenu permanent (Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afrique), ce qui ne correspond qu’aux combats annonciateurs de la prochaine guerre mondiale. De la même façon que la crise marocaine ou la guerre balkanique était annonciateur de la boucherie de 1914.

Postérité[modifier]

Les descriptions d’une bourgeoisie de plus en plus parasitaire, vivant de la tonte des coupons de Bourse à l’ombre d’un État à son service, caractérisent toujours les financiers contemporains. L’exploitation éhontée des petits pays par les grands dénoncée en 1916, correspond toujours à la politique des pays ex-colonisateurs ou même aux rapports entre membres de l’Union européenne et à la politique extérieure des États-Unis. Lénine montrait le parasitisme de la classe dominante bloquant le progrès, développant le militarisme, l’expansionnisme, la réaction, et ce qu’il appelait la « putréfaction de la société », illustrée par le carnage commencé en 1914. Il démontrait l’enchaînement de tous ces faits sociaux, la logique du développement du capital, de la guerre et de la lutte de classe, et décelait dans ce monde en crise l’approche de la révolution sociale.

Malgré le temps écoulé, malgré les transformations du capitalisme et les cataclysmes dont a été rempli ce siècle, L’Impérialisme reste d’une brûlante actualité. À un mineur sud-africain, à un ouvrier chinois, à un lycéen marocain ou à un chômeur de Roubaix, ce livre dit encore aujourd’hui : « Voilà ce qu’est ce monde et ce qu’il faut faire pour le transformer. ».

Notes et références[modifier]

Bibliographie de référence[modifier]