Racisme

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Le racisme est une attitude ou un sentiment d'hostilité envers des personnes d'ethnies différentes. Le racisme se base souvent sur des théories des races (racialisme) plus ou moins formalisées, qui sont elles mêmes fréquemment partie intégrante d'une idéologie d'extrême droite.

Causes du racisme[modifier | modifier le wikicode]

La "nature humaine" ?[modifier | modifier le wikicode]

Un discours parmi les plus courants, qui se veut découler du "bon sens", est que la tendance au racisme serait inscrite dans la "nature humaine". De la même façon que l'exploitation ou la guerre, ce serait le produit de la "méchanceté" éternelle de l'homme.

Les études scientifiques sur le sujet semblent peu nombreuses et ne permettent pas vraiment de conclure. Chez l'enfant par exemple, on observerait une tendance raciste, mais qui serait due au fait que l'enfant se conforme au sentiment le plus répandu dans la société[1].

Quoi qu'il en soit, et même en admettant que le racisme latent pourrait avoir une racine dans une peur de la différence (hétérophobie), cette explication est bien insuffisante pour expliquer les grands mouvements racistes, en particulier ceux qu'a connu l'époque contemporaine. Comment une société peut-elle fortement développer un sentiment racisme et l'abandonner ensuite ? L'explication de ces dynamiques, complètement liées au plan politique, ne peuvent pas reposer sur la biologie.

Une population trop ignorante ?[modifier | modifier le wikicode]

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Selon une autre vision, le problème principal résiderait dans le manque d'instruction de la population, qui laisserait le champ libre aux préjugés (préjugés là encore souvent vus comme ayant une part d'origine "naturelle"). Plus une société est cultivée et éclairée, plus il y aurait de chances que les gens comprennent qu’il n’y a pas de hiérarchie biologique entre Européens, Africains, Asiatiques...

Or, cette intuition est contredite par les faits. Le racisme a précisement atteint des sommets au sein de l'Europe des XIXème et XXème siècles, où l'éducation a connu les progrès les plus rapides. Paroxysme du contre-exemple : dans les années 1920, l’Allemagne est la capitale culturelle de l’Europe et c’est en son sein que l’idéologie antisémite va le plus se faire entendre. A l'inverse, les communards de 1871 faisaient preuve d'un remarquable antiracisme pratique, alors que leur niveau d'éducation était probablement bien en dessous des racistes français d'aujourd'hui.

De façon plus générale, avec une telle logique, on devrait s'étonner que la classe capitaliste, plus instruite, ne se "rende pas compte" qu'elle est exploiteuse, que les travailleurs sont traités injustement, etc... C'est l'erreur que l'on commet si l'on ne voit pas que les dominations (de classe, de sexe...) ont des bases matérielles. Tant que ces bases existent, en réalité, la culture et la morale servent principalement de justification aux dominants, au lieu d'entrer en conflit avec cette domination. La culture dominante a vocation à montrer la supériorité de la classe dominante, la morale dominante a vocation à faire paraître scandaleuse toute atteinte à l'ordre dominant...

Lutte de classe et impérialisme[modifier | modifier le wikicode]

En fait l’histoire du racisme est inséparable des principales contradictions qui divisent les sociétés et les peuples : la lutte de classe et l'impérialisme. Le colonialisme est quasi-automatiquement empreint de racisme et de racialisme pour légitimer l'invasion de pays étrangers, la domination de peuples éthniquement différents, etc... Cela permet de souder le peuple du pays envahisseur autour de ses chefs, et à l'inverse cela tend à humilier les vaincus en leur faisant intérioriser leur "infériorité".

Le racisme impérialiste, ce n'est donc pas l'idéologie d'un peuple en général, mais l'idéologie de sa classe dominante, même si celle-ci se diffuse dans les autres classes. C'est "l'élite" de la nation française qui encourageait la haine du "boche" en préparation de la Première guerre mondiale, bien plus qu'un racisme qui aurait spontanément surgit parmi les travailleurs.

La xénophobie, le fait de rechercher des boucs émissaires pour maintenir les inégalités dans une société existait dès l’Antiquité. Mais c’est avec le développement du marché mondial que le racisme va devenir un élément indispensable pour maintenir le système. Du XVIème au XVIIIème siècle le capitalisme a connu sa première phase de mondialisation, au prix de la mise en esclavage de plusieurs dizaines de millions d’Africains, qui étaient « importés » en Amérique, dans les plantations. Cette force de travail coûtait beaucoup moins cher qu’un salarié occidental.

Ensuite, la fonction du racisme va surtout être politique. Pour maintenir une exploitation dans des conditions inhumaines des esclaves noirs et des travailleurs blancs pour les profits d’une minorité de privilégiés, une des meilleures tactiques consiste à diviser pour régner. Le danger pour la classe dominante était de voir se développer une lutte commune entre travailleurs blancs et esclaves. C’est ce qui s’était passé au cours de plusieurs rébellions , dès la fin du XVIIème siècle aux Etats Unis ! La lutte antiraciste et le combat pour l’union des exploités au delà de la couleur de peau ne date pas d’aujourd’hui...

Au delà de l’esclavage, le racisme va très vite devenir une institution indispensable au fonctionnement du capitalisme. Il va connaître différentes évolutions, il ne reste pas figé à travers l’histoire et prend différentes formes.

La lutte contre le racisme[modifier | modifier le wikicode]

A trois reprises Marx aborde la question du racisme : entre les Irlandais et les Britanniques parce que les Irlandais sont un sous-prolétariat que les travailleurs britanniques craignent pour des raisons d’emploi ; aux États-Unis où les travailleurs américains blancs sont libres, ils ne sont pas des esclaves, ils ont le droit de vote ; le troisième exemple c’est la plèbe romaine : il y a des révoltes plébéiennes et en même temps il y avait des révoltes d’esclaves dans l’Asie mineure, les deux mouvements ne se sont pas mélangés. Marx commente donc que la plèbe romaine a eu l’attitude des Blancs du Sud des États-Unis envers les esclaves. Il ne dit pas qu’ils s’agit de races différentes, mais cette condition d’esclave, cette condition d’être immigré ou fils d’immigré, de ne pas avoir la citoyenneté, c’est une condition sociale.

« Chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. »[2]

Marx ajoute :

«  Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.  »

Au Congrès de Stuttgart de 1907, la Deuxième internationale rejeta massivement une tentative opportuniste proposant de soutenir la restriction par les gouvernements bourgeois de l'immigration chinoise et japonaise. L'opposition fut si grande que les opportunistes furent en fait contraints de retirer leur résolution. A la place, le Congrès adopta une position anti-exclusion pour le mouvement ouvrier dans tous les pays. Dans le Rapport qu'il fait de ce Congrès, Lénine écrivit :

« Sur cette question [de l'immigration] également se fit jour en commission une tentative de soutenir d'étroites conceptions de corporation, d'interdire l'immigration d'ouvriers en provenance des pays arriérés (celle des coolies venus de Chine, etc.). C'est là le reflet de l'esprit "aristocratique" que l'on trouve chez les prolétaires de certains pays "civilisés" qui tirent certains avantages de leur situation privilégiée et qui sont pour cela enclins à oublier les impératifs de la solidarité de classe internationale. Mais au Congrès proprement dit, il ne se trouva pas d'apologistes de cette étroitesse petite-bourgeoise de corporation, et la résolution répond pleinement aux exigences de la social-démocratie révolutionnaire. »[3]

Lénine était particulièrement attentif à lutter contre le chauvinisme grand-russe (l'Empire russe comprenait une grosse minorités de russes qui opprimait durement et colonisait les minorités nationales). Il avertissait d'ailleurs que l’accomplissement de la révolution « ne suffira pas à faire [du prolétariat] un saint », à l’immuniser immédiatement contre tout chauvinisme, et d’autre part, que « la haine – d’ailleurs parfaitement légitime – de la nation opprimée envers celle qui l’opprime subsistera quelques temps ».[4]

Le Programme de transition de la Quatrième internationale, écrit par Trotsky, disait en 1938 :

« La dénonciation intransigeante des préjugés de race et de toutes les formes et nuances de l'arrogance et du chauvinisme nationaux, en particulier de l'antisémitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IV° Internationale comme le principal travail d'éducation dans la lutte contre l'impérialisme et la guerre. Notre mot d'ordre fondamental reste : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »[5]

Exemples[modifier | modifier le wikicode]

Le racisme aux États-Unis[modifier | modifier le wikicode]

Le Parti socialiste américain n’a « rien à offrir de spécifique au Noir », déclarait l’illustre Eugene Debs en 1903, père fondateur de la gauche révolutionnaire et syndicaliste aux États-Unis. En rupture, le Parti communiste des États-Unis fera de l'oppression raciale une priorité stratégique et une tâche âprement débattue. Il a bénéficié pour cela de l'apport d'un groupe de militants Noirs autour de Cyril Briggs, l'African Blood Brotherhood, qui s'est rapprochée du marxisme suite à la Révolution russe de 1917.[6] L’autodétermination de la nation noire devient même une revendication du jeune Parti communiste.

Vers la fin du 19e siècle, le racisme est aussi très important vis-à-vis des travailleur-se-s immigré-e-s chinois-e-s. Cela concerne y compris les syndicats (presque uniquement blancs) qui les considèrent comme des menaces.[7] racisme.jpg Trotski et les trotskistes ont également débattu de la question noire aux Etats-Unis dans les années 1930. Trotsky critiquait fermement ceux qui selon lui s'adaptaient à une forme de racisme dominant sous couvert de marxisme : « L'argument qui consiste à dire que le mot d'ordre d'autodétermination éloigne de la lutte des classes est une adaptation à l'idéologie des ouvriers blancs. Le Noir ne peut être amené au point de vue de classes que quand l'ouvrier blanc est éduqué. D'une manière générale, le problème du peuple colonial est tout d'abord le problème de l'éducation des ouvriers métropolitains. »[8] Il ajoutait :

« Les Russes étaient les Noirs de l'Europe. Il est fort possible que les Noirs, à travers leur autodétermination, viennent eux aussi à la dictature du prolétariat en quelques gigantesques enjambées, avant le grand bloc des ouvriers blancs. Ils seront alors l'avant-garde . Je suis absolument sûr que, dans tous les cas, ils combattront mieux que les ouvriers blancs. Cependant, cela ne peut arriver que si le Parti communiste mène une lutte sans merci et sans compromis, non pas contre les prétendus préjugés nationaux des Noirs, mais contre les préjugés colossaux des travailleurs blancs, en ne leur faisant aucune concession. »

CLR James, militant afro-américain, préconisait la création d'une organisation distincte pour s'adresser spécifiquement aux Noir·e·s. Trotsky n'était pas frontalement opposé, il répondait :« Théoriquement il me paraît tout à fait clair qu'il faudrait créer une organisation spéciale pour une situation spéciale. Le seul danger est qu'elle deviendra un jeu pour les intellectuels. L'organisation ne peut se justifier que si elle gagne des ouvriers, des métayers, etc »[9].

Dans une autre discussion, Trotsky envisageait parfaitement que le parti révolutionnaire retire son propre candidat en faveur d'un candidat démocrate (n'appartenant donc pas au mouvement ouvrier) Noir « en faisant une déclaration concrète suivant laquelle nous nous abstiendront de combattre non pas le démocrate, mais le Nègre ». Et d'ajouter : « Nous considérons que la candidature du Nègre, opposée à celle d'un Blanc, même s'ils appartiennent tous deux au même parti, constitue un facteur important dans la lutte des Nègres pour leur égalité. »[10]

Le racisme au Royaume-Uni[modifier | modifier le wikicode]

La domination britannique sur l'Irlande a engendré un racisme structurel des Anglais à l'encontre des Irlandais. De nombreux et nombreuses Irlandais·es émigrent vers les cités industrielles anglaises, et s'y retrouvent tout en bas de l'échelle, souvent méprisés par les ouvriers anglais eux-mêmes.

Le journal Punch disait des Irlandais qu'ils étaient le « chaînon manquant entre le singe et le Nègre ».

Le racisme en France[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Racisme en France.

Il est particulièrement important pour les militants communistes français d'étudier l'histoire du racisme en France et son actualité brûlante.

On peut notamment se rappeler qu'un fort racisme touchait les provinciaux (auvergnats, bretons...) immigrant à Paris, puis les travailleurs d'origine européenne (espagnols, italiens, portugais, polonais...). Aujourd'hui, le racisme se concentre sur les immigrés extra-européens (maghrébins, noirs africains, asiastiques...).

Une islamophobie qui vient de loin[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Islamophobie.

Aujourd’hui, l’islamophobie constitue une forme de racisme qui prend de plus en plus de place. C’est lié à la stratégie des grandes puissances occidentales, qui depuis la chute de l’Union soviétique ont besoin de se trouver un nouvel ennemi pour maintenir l’ordre et faire taire les critiques de la mondialisation capitaliste qui se développent de plus en plus. Il était impossible pour les gouvernements occidentaux, pour le G8 de dire que les « Arabes » ou les « Africains » sont nos ennemis.

Par contre dénoncer la barbarie de l’Islam et chercher à faire des musulmans des boucs émissaires, c’est clairement la stratégie qui se développe de plus en plus. Plusieurs raisons expliquent le succès de l’Islamophobie, l’habileté consiste à laisser se développer les discriminations qui visent spécifiquement les musulmans (dont la loi sur le voile n’est qu’un aspect) tout en affirmant que l’islamophobie n’existe pas, car c’est un mot qui serait répandu par les intégristes musulmans.

Or l’islamophobie ne date pas du 11 septembre 2001 et de la chasse à Ben Laden, l’islamophobie est historiquement bien plus ancienne que le racisme anti arabe qui s’est développé avec la colonisation du Maghreb.

L’islamophobie s’enracine dans l’histoire des Croisades menées à l’époque médiévale par les Etats européens. Elle s’appuie ensuite sur le refoulement des origines arabes et islamiques de la culture européennes. Il n’y aurait pas eu de développement des Lumières, de la culture occidentale et du capitalisme sans l’apport de la civilisation musulmane et de l’Islam qui font partie des bases de notre culture. Mais la culture bourgeoise européenne s’est développée depuis cette période en refoulant ce lien avec la culture musulman, ce qui participait de l’idée de la supériorité de l’occident sur le reste du monde. L’islamophobie n’est donc pas un phénomène isolé aujourd’hui. C’est une forme de racisme qui permet de justifier des politiques discriminatoires en France, aux Etats Unis et de multiplier des interventions contre « le soi-disant axe du Mal ». C’est pourquoi il nous faut lutter en permanence contre toutes les discriminations islamophobes et plus largement contre toutes les formes de racisme en mettant en avant les intérêts communs des travailleurs, qu’ils soient blancs, noirs, chrétiens, musulmans... face à ceux qui nous dominent.

L'antisémitisme[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Antisémitisme.

Parce qu'ils constituaient une minorité longtemps victime de préjugés en Europe, les Juifs ont été parmi les plus grandes victimes du racisme depuis l'essor du capitalisme. En mars 1919, Lénine prononçait un discours contre l'antisémitisme :

« Ce ne sont pas les juifs qui sont les ennemis du peuple travailleur. Les ennemis des ouvriers sont les capitalistes de tous les pays. Parmi les juifs, il y a des travailleurs, et ils forment la majorité. Ce sont nos frères, qui, comme nous, sont opprimés par le capital ; ce sont nos camarades dans la lutte pour le socialisme. Parmi les juifs, il y a des koulaks, des exploiteurs et des capitalistes, tout simplement comme il y en a chez les russes, et parmi les peuples de toutes les nations. »[11]

Lénine accusait principalement les capitalistes de « fomenter la haine contre les juifs afin d’aveugler les ouvriers, de détourner leur attention du véritable ennemi du peuple travailleur, le capital », il pensait que l'antisémitisme appartenait au passé :

« Cela est une survivance des anciens temps féodaux, où les prêtres brûlaient les hérétiques au bûcher, où les paysans vivaient dans le servage, et que où les gens étaient écrasés et amorphes. Cette vieille ignorance féodale est en train de s’éteindre ; les yeux du peuple sont en train de s’ouvrir.  »

Le régime nazi en particulier a fait de l'antisémitisme son ciment, et transformé la colère issue de la décomposition sociale en la plus terrible boucherie de l'histoire humaine.

« On peut sans peine imaginer ce qui attend les Juifs dès le déclenchement de la guerre mondiale à venir. Même si la guerre est écartée, le prochain développement de la réaction mondiale implique avec certitude l’extermination physique des Juifs. »[12]

Aujourd'hui, des éléments de cet antisémitisme sont encore présents de façon diffuse. Ils regagnent même en importance à mesure que la crise sociale s'approfondit. De nombreux courants tentent de brouiller les repères idéologiques entre l'extrême droite et l'extrême gauche, par exemple en assimilant les Juifs et une certaine "oligarchie financière" qui seraient "toute puissante", réalisant une sorte de déformation complotiste et raciste du communisme.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]