Finance

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La finance désigne les méthodes ou les institutions qui traitent des transferts de capitaux (emprunts, placements, spéculation, création monétaire... ).

Le capitalisme et la finance[modifier]

Les banquiers ont existé bien avant les industriels. Avant le capitalisme industriel, un capitalisme marchand minoritaire au sein des sociétés féodales et antiques s'était développé, et faisait appel à des banquiers, qui pouvaient être parfois très riches. Mais leur pouvoir était secondaire par rapport aux classes dominantes aristocratiques. Les monarques ou les seigneurs ne leur assuraient pas un cadre sécurisé pour leurs profits, n'hésitaient parfois pas à refuser de payer leurs dettes, voire à s'emparer de leurs richesses par la force (Templiers...).

Lors de la naissance du capitalisme à proprement parler, au 19e siècle, les entrepreneurs / industriels ont été les moteurs de l'accumulation capitaliste, et ont acquis une puissance sans précédent parmi les classes dominantes. La puissance des détenteurs de capital-argent n'a pour autant pas disparu. Les banques sont devenues par centralisation des banques toujours plus gigantesques, comme les entreprises industrielles. Les industriels ont par ailleurs multiplié les activités bancaires tandis que certaines banques se sont immiscées dans la gestion des industries qui dépendent d'elles. Les opérations financières traitées dans les places boursières ont peu à peu concerné bien davantage de capitaux. On peut donc parler d'une financiarisation du capitalisme.

Selon la théorie léniniste de l'impérialisme, le capital financier défini comme fusion du capital bancaire et du capital industriel est devenu la forme dominante du capital vers la fin du 19e siècle. A la veille de la révolution d'Octobre, Lénine disait : « on ne saurait se contenter de nationaliser les banques seules, sans prendre des mesures visant à établir le monopole de l'État sur les syndicats de commerce et d'industrie ».[1]

Elements historiques[modifier]

Années 1930[modifier]

Suite au krach boursier de 1929, les nombreuses opérations financières dans lesquelles de riches financiers s'étaient enrichis dans les années 1920 ont été souvent dénoncées.

C'est notamment le cas aux Etats-Unis, où l'on dénonçait les "robber barons" (les barons voleurs). Le président Roosevelt nomme met en place en 1933 la commission Ferdinand Pecora (inventeur du mot "bankster") chargée d'appliquer les régulations du secteur financier. Roosevelt nommera comme régulateur Joseph Kennedy, lui-même un "robber baron". Il se justifiera en disant qu'il faut « un renard pour attraper un renard ».

Après guerre[modifier]

A la sortie de la Seconde guerre mondiale, l'inflation est élevée (un peu moins en Allemagne), les Etats font tourner la planche à billet et les monnaies sont instables. Les bourgeoisies craignent que la situation ne soit la continuité de la dépression des années 1930. C'est dans ce contexte que les Etats-Unis, vu leur hégémonie dans le monde capitaliste occidental, vont instaurer le système de Bretton-Woods. Les monnaies sont liées au dollar, qui lui-même est convertible en or.

Mais au cours des 30 glorieuses, les USA vont passer de 50% de l'économie mondiale à 25%. La convertibilité en or n'est alors plus tenable. Des crises monétaires et des attaques spéculatives apparaissent, et conduisent les Etats-Unis à faire éclater le système de Bretton-Woods.

Années 1990[modifier]

Le premier hedge fund apparaît en 1994 : Long Term Capital Management (LTCM). LTCM était un des premiers à faire reposer sa stratégie sur des algorithmes mathématiques déclenchant automatiquement les opérations financières les plus rentables... Deux de ses associés (Myron Scholes et Robert Merton) recevront d'ailleurs le prix Nobel d'économie en 1997. En 1998, LTCM est en faillite et fait courir un risque majeur au système bancaire international...

Crise de 2008[modifier]

Quand la BNP a fermé des SICAV monétaires à risque, elle s'est excusée en arguant que ce n'était censé arrivé que tous les 100 000 ans.

Années 2010[modifier]

Lors de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande a voulu gauchir son discours et se donner à bon compte une image de grand réformateur. En janvier 2012, il disait solennellement en meeting : « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage (…), il ne sera pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »  Cela s'est traduit ensuite par une proposition de réforme bancaire modeste, mais que beaucoup de réformateurs (de gauche comme de droite) croient très utile. L'article 7 de ses 60 engagements indiquait : « Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi de leurs opérations spéculatives (…) et il sera mis fin aux produits financiers toxiques qui enrichissent les spéculateurs et menacent l’économie. »

Aussitôt après, il cherchait néanmoins à rassurer ce monde de la finance. En février, il disait dans une interview : « La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir. »[2]

Le projet de réforme bancaire qui voit le jour fin 2012 n'a même plus la volonté d'isoler nettement la spéculation. Le ministre de l'économie, Pierre Moscovici, dit de façon très contradictoire : « On va créer au sein des banques françaises, en gardant le modèle de banque universelle, des filiales dans lesquelles on cantonne, on isole les activités spéculatives. » Les banques françaises, restant « universelles », continueront de cumuler opérations de marché, gestion des dépôts des particuliers, spéculations… La définition retenue pour les « activités spéculatives » est si restrictive que leur « cantonnement » ne concernerait même pas 1 % du produit net bancaire.

Alors que Moscovici prétend que « le projet de loi met fin à la socialisation des pertes », l’agence de notation Fitch se félicite que « la réforme devrait laisser inchangée la dynamique de soutien aux banques du pays par l’Etat »… Moscovici a juré que cette réforme « n’est pas faite par et pour le lobby bancaire » : elle a été en fait co-rédigée par la Fédération des banques françaises

Paradis fiscaux[modifier]

De très nombreux paradix fiscaux existent, chacun étant plutôt spécialisé dans une clientèle donnée, et donc soutenue par la bourgeoisie des Etats de ses clients.

  • USA : Delaware
  • Royaume-Uni : îles anglo-normandes et îles Caiman
  • Italie : Monaco
  • France et Espagne : Andorre
  • Chine : Hong-Kong
  • Inde : Île Maurice
  • Belgique : Luxembourg

Création monétaire[modifier]

Selon les époques et les contextes, la création monétaire est plus ou moins déléguée par les Etats bourgeois aux banques privées. Le cadre général de la monnaie est toujours fixé par les Etats, mais la capacité à créer de la masse monétaire et à la mettre en circulation a été en grande partie octroyée à des banques privées dans les dernières décennies.

En France, la loi du 3 janvier 1973 est souvent décrite (par différents courants politiques au profil « anti-finance ») comme le moment d'un basculement de la création de la monnaie par l'Etat à une création monétaire privée, qui aurait entraîné l'obligation par l'Etat d'emprunter sur les marchés financiers, et donc aurait causé la dette publique en raison des taux d'intérêts.[3]

En réalité, la loi de 1973 n'a pas apporté de changement majeur à la structure du financement de l'Etat. Les rapports entre la Banque de France et les gouvernements ont toujours été complexes. La Banque de France était une structure privée jusqu'en 1945, et a longtemps gardé de nombreuses prérogratives jalousement gardées. En 1937, le Front populaire modifie la gouvernance de la Banque de France, sans toucher à son statut particulier.

Après la Libération, et la nationalisation de la Banque de France (loi du 2 décembre 1945, votée dans la hâte de mener les débats avant le terme de l’expiration de son privilège d’émission au 31 décembre de cette même année), celle-ci devait être  dotée de nouveaux statuts avant le 28 février 1946. Les discussions ont beaucoup traîné, et la loi de 1973 est en quelque sorte l'aboutissement de ces négociations, essayant d'apporter une clarification du fonctionnement.

En revanche, les années 1970 sont marquées en France (et ailleurs dans le monde capitaliste) par une forte inflation (conséquence du retournement global de conjoncture et de la destabilisation du système de Bretton-Woods). Les financiers, fortement lésés par l'inflation (les taux d'intérêts réels peuvent parfois même être négatifs, c'est-à-dire au bénéfice des emprunteurs), vont faire pression pour un encadrement drastique de la création monétaire par l'Etat (« planche à billets »), vue comme une des causes principales de l'inflation. La part d'emprunt sur les marchés financiers décolle progressivement dans les années 1970, surtout après les chocs pétroliers qui accroissent le besoin de financement de l'Etat.

Mais c'est sous Mitterrand, après le tournant de la rigueur (1983), que le néolibéralisme et le monétarisme vont l'emporter. Par ailleurs à cette époque les Etats capitalistes d'Europe essaient de mettre en place un système monétaire européen en vue d'une monnaie unique, ce qui implique un effort de l'ensemble des Etats pour stabiliser l'inflation à un niveau proche de zéro. Le basculement en France s’opère autour de l’année 1984, année au cours de laquelle la part du financement du déficit par le recours aux marchés est multiplié par deux par rapport à l’année précédente, alors que dans le même temps la part monétaire du financement du déficit chute de moitié.

Finalement, c'est une loi du 4 août 1993 qui affirme l’indépendance de la Banque de France et met un terme à toute possibilité de financement de l’État par la banque centrale.

Notes et sources[modifier]

  1. Lénine, La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer, 1917
  2. Interview données au Guardian, d'après un article du Point
  3. Vincent Duchaussoy, L’État livré aux financiers ? La loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, La vie des idées, 1er juillet 2014