Oppression des Irlandais

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Ruines après le bombardement de Cork par l'armée anglaise (1920)

Le peuple irlandais a été un peuple historiquement opprimé par l'Angleterre, suite à sa conquête, et les Irlandais·es contraint·es d'émigrer en Angleterre y ont été longtemps victimes d'un racisme structurel.

La domination anglaise de l'Irlande[modifier | modifier le wikicode]

Origines[modifier | modifier le wikicode]

La domination anglaise de l'Irlande a ses origines dans l'invasion anglaise du 12e siècle.

Des colons anglais vont progressivement s'installer en Irlande, les ressources terriennes étant alors de plus en plus contrôlées depuis l'Angleterre. Cette longue implantation anglaise va avoir plusieurs effets de long terme :

  • une partie de la classe dominante irlandaise va toujours préférer le compromis avec l'impérialisme anglais ;
  • une partie de la population irlandaise, issue ou non à l'origine de colons anglais, va devenir culturellement proche des anglais, ce qui va souvent ajouter au conflit de libération nationale une dimension de guerre civile.

Vers l'indépendance[modifier | modifier le wikicode]

Marx a changé d'avis deux fois sur la question irlandaise, dans un souci constant de lier l'auto-détermination des peuples et émancipation prolétarienne internationaliste. Il était d'abord favorable à une indépendance de l'Irlande dans une Union. Puis il a considéré que l'émancipation de l'Irlande ne pourrait venir que du mouvement ouvrier anglais, le mouvement chartiste (années 1840). Puis enfin, il défendra fermement l'indépendance irlandaise qu'il voit comme un moyen pour faire entrer en révolte la classe ouvrière anglaise qui se liera ensuite avec l'Irlande dans la révolution. L'une des conclusions que Marx tire est que l'oppression d'un peuple par un autre aide à faire gagner les masses du peuple dominant à l'idéologie de la classe dominante.

En 1856, Friedrich Engels visita l'Irlande en compagnie de sa femme, Mary Burns, d'origine irlandaise. Le caractère colonial de la situation irlandaise l'avait choqué. Dans une lettre à Marx en 1856, il écrivait :

« On peut regarder l'Irlande comme la première colonie anglaise, comme une colonie qui, à cause de sa proximité, est encore gouvernée selon l'ancien système; et l'on s'y rend compte que la prétendue liberté des citoyens anglais a pour fondement l'oppression des colonies. Dans aucun pays je n'ai vu autant de gendarmes, et le gendarme prussien à mine patibulaire a trouvé son expression la plus parfaite dans cette police armée de carabines, de baïonnettes et de menottes. » [1]

Dans les années 1860, Marx s’intéresse particulièrement au mouvement de libération nationale des Fenians parce que c’était un mouvement agraire, indépendant de l’Eglise, qui attaquait aussi les propriétaires irlandais et catholiques.

Quelques années plus tard, Marx écrira à Engels: « En aucun autre pays d'Europe, la domination étrangère n'a pris cette forme directe de l'expropriation des indigènes. » D'ailleurs, cette constatation allait devenir le point central de la pensée de Marx sur l'Irlande: l'asservissement impérialiste de l'Irlande permet celui du prolétariat anglais, et l'émancipation de ce dernier n'est pas possible avant la libération de l'Irlande.

« Le rapide développement de l’industrie anglaise n’aurait pas été possible si l’Angleterre n’avait disposé d’une réserve : la population nombreuse et misérable de l’Irlande. L’Angleterre, pays de production capitaliste développée, et pays industriel avant tout, serait morte d’une saignée de population telle que l’a subie l’Irlande. Mais l’Irlande n’est plus aujourd’hui qu’un district agricole de l’Angleterre, séparé d’elle par un large canal, et qui lui fournit du blé, de la laine, du bétail, des recrues pour son industrie et son armée. La famine de 1846 tua en Irlande plus d’un million d’individus, mais ce n’était que des pauvres diables. Elle ne porta aucune atteinte directe à la richesse du pays. L’exode qui s’ensuivit, lequel dure depuis vingt années et grandit toujours, décima les hommes, mais non - comme l’avait fait en Allemagne, par exemple, la guerre de Trente Ans, - leurs moyens de production. » K. Marx, Le Capital Livre Premier Chapitre 25.

L'Association internationale des travailleurs dénonce les limitations des droits politiques des paysans irlandais, ainsi que les taxes.

Marx et Engels apportaient un soutien aux organisations irlandaises mais un un soutien critique. Ils considéraient qu'elles pouvaient servir le combat pour avancer vers le socialisme, avec un premier pas qui passe par la réappropriation des terres, mais ils doutaient qu'avec leur direction petite-bourgeoise elles puissent aller plus loin.

L'insurrection de Pâques de 1916 soulève de profonds débats dans le mouvement socialiste, qui est déjà brisé depuis la trahison de 1914. La majorité des social-démocrates méprisent le soulèvement comme n'ayant rien à voir avec le mouvement ouvrier. Lénine au contraire reste fidèle à la position de soutien aux luttes de libération nationale. Il soutient qu'il ne s'agit pas que de revendications démocratiques, mais de mouvements qui peuvent être des alliés naturels du socialisme.

La partition et les « Troubles »[modifier | modifier le wikicode]

Capitales iles britanniques et Irlande du Nord.svg

Le Nord de l'Irlande est devenu au fil du temps majoritairement unioniste (pro-anglais) et protestant (contre une majorité catholique en Irlande), si bien que la guerre d'indépendance irlandaise a finalement conduit à une situation inédite : la partition de l'Irlande en 1921 (l'Irlande du Nord reste rattachée au Royaume-Uni).

Depuis lors, l'Irlande du Nord vit toujours un conflit qui explose périodiquement entre les unionistes et les partisans de la réunification de l'Irlande.

🔍 Voir aussi : Conflit nord-irlandais.

Conditions des prolétaires irlandais·es en Angleterre[modifier | modifier le wikicode]

Étant donné le sous-développement de l'Irlande comparativement à l'Angleterre (évidemment accentué par la domination impérialiste), de nombreux travailleurs étaient contraint·es d'immigrer en Angleterre. Cela donnait lieu à un déversement de haine raciste de la part des réactionnaires. Le journal Punch disait des Irlandais qu'ils étaient le « chaînon manquant entre le singe et le Nègre ».

Même s'il n'employait pas ce terme, alors quasi inexistant, Marx aborde la question du racisme des Britanniques envers les Irlandais. Il perçoit que même les ouvriers anglais considèrent les Irlandais comme un sous-prolétariat qui menace de tirer vers le bas leurs conditions de travail (la pauvreté les poussait à accepter des conditions plus misérables) voire leurs emplois.

« Chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. »[2]

Marx ajoute :

«  Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.  »

Pour Marx, la position d'un socialiste envers une nation opprimée par son propre pays était un révélateur politique. Par exemple, après avoir fait la connaissance de Lopatine, Marx écrit à Engels le 5 juillet 1870 une appréciation flatteuse au plus haut point pour le jeune socialiste russe, mais il ajoute : « Un point faible : la Pologne. Sur ce point, Lopatine parle absolument comme un Anglais — disons un chartiste anglais de la vieille école — à propos de l’Irlande. »

Émigration aux États-Unis[modifier | modifier le wikicode]

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Avec la maladie de la pomme de terre qui frappe le pays en 1843, une terrible famine survient. Durant cette période, 3 millions de personnes meurent. Une vague migratoire prend la direction des États-Unis.

Note et références[modifier | modifier le wikicode]

Workers' liberty, A workers' guide to Ireland, 2016

  1. Lettre d'Engels à Marx, 23 mai 1856
  2. Lettre de Marx à Siegfried Mayer et August Vogt, 9 avril 1870.