Histoire de la révolution russe

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L' Histoire de la Révolution russe est un ouvrage historique rédigé par Léon Trotsky alors qu'il se trouvait en exil à Prinkipo, en Turquie, entre 1930 et 1932. Le premier tome traite de la révolution de février 1917 et le second de celle d'octobre. Le livre fut traduit en français par Maurice Parijanine.

Bien qu'ayant joué un rôle de premier plan dans cette révolution, Trotsky se refuse à écrire des mémoires. Il entend faire œuvre d'historien, s'appuyant sur les sources dont il peut disposer plutôt que de faire appel à des souvenirs personnels. Il oppose à l'impartialité souvent formelle des historiens professionnels la recherche de l'objectivité, la compréhension de l'enchaînement des faits, ce qui n'implique nullement de cacher ses sympathies.

Etude du contexte russe[modifier]

Dans la première partie, Trotsky revient brièvement sur l'histoire russe et ses particularités, à l'aide du matérialisme historique. Il montre notamment l'influence des conditions géographiques particulières sur l'évolution sociale : l'immense plaine russe permettait à des "excédents" de population de s'installer plus loin comme colons ou de se spécialiser dans des rôles spécifiques (cosaques...), freinant la division du travail, le développement marchand et artisanal. Enfin Trotsky montre comment l'influence des sociétés occidentales plus avancées a agi sur la société russe, créant des formes sociales particulières. De cette étude qui était assez novatrice (même s'il l'avait esquissé en 1905-1909[1]), Trotsky tire la notion de développement inégal et combiné.

L'irruption violente des masses[modifier]

Pour Trotsky, « le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. D'ordinaire, l'État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l'histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l'arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime.[2] » L'étude des rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes en lutte revêt donc une importance cruciale pour comprendre la révolution. Si les changements d'opinion et d'humeur des masses sont si soudains dans une période agitée c'est, paradoxalement, en raison du profond conservatisme du psychisme humain. Les idées restent figées pendant des décennies alors que la société évolue. « Les idées et les rapports sociaux restant chroniquement en retard sur les nouvelles circonstances objectives, jusqu'au moment où celles-ci s'abattent en cataclysme, il en résulte, en temps de révolution, des soubresauts d'idées et de passions que des cerveaux de policiers se représentent tout simplement comme l'œuvre de "démagogues". [3] »

Le rôle du parti bolchévik[modifier]

C'est en appréciant les modifications de la conscience des masses qu'un parti révolutionnaire base sa tactique. Le parti bolchévik a réussi cette estimation. C'est la raison de son succès. Mais cela ne s'est pas fait sans hésitations ni sans erreurs. Avant le retour de Lénine à Pétrograd, il s'apprêtait à soutenir le gouvernement provisoire. En octobre, Lénine dut batailler ferme pour convaincre nombre de cadres bolchéviques de la nécessité d'une insurrection immédiate. Lors de la parution du premier tome, des amis de l'URSS reprochèrent à Trotsky d'égratigner le parti bolchévik et certains de ses dirigeants. Au même moment, en URSS, la fraction stalinienne réécrivait l'histoire de la révolution russe en faisant de Lénine un maître infaillible et en minimisant le rôle de Trotsky. À cela, il répond : « Le parti pour nous n'est pas un appareil dont l'infaillibilité serait protégée par des répressions gouvernementales, mais c'est un organisme complexe qui, comme toute chose vivante, se développe dans des contradictions. La découverte de ces contradictions, et, dans ce nombre, des hésitations et des erreurs de l'état-major, n'affaiblit pas le moins du monde, à notre avis, l'importance du gigantesque travail historique dont le parti bolchévik a assumé le faix pour la première fois dans l'histoire mondiale. [4] »

Liens externes[modifier]

Texte intégral de l'Histoire de la révolution russe

Références[modifier]

  1. Trotsky, 1905, 1909
  2. Histoire de la révolution russe, tome 1er février, préface, Points Seuil, politique 11, ISBN 2-02-000315-5, p. 33
  3. Histoire de la révolution russe, tome 1er février, préface, Points Seuil, politique 11, ISBN 2-02-000315-5, p. 34
  4. Histoire de la révolution russe, tome 2 octobre, préface, Points Seuil, politique 12, ISBN 2-02-000316-3, p. 14