Automatisation

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Un automate est un dispositif se comportant de manière automatique, c'est-à-dire sans l'intervention d'un humain. Ce comportement peut être figé, le système fera toujours la même chose.

L'automatisation (ou automation) est le fait de rendre un processus de production automatique.

Généralités

Le machinisme et l'industrialisation reposent en général sur des séquences de travail automatisées, et l'automatisation repose en général sur une énergie apportée au système (énergie mécanique produite à partir d'énergie électrique ou fossile...).

Questions théoriques

La tendance à l’automatisation a toujours soulevé des débats, et y compris entre marxistes.

Automatisation et emplois

Une des premières déductions que les premiers contemporains du machinisme ont tirée, c'est que l'automatisation allait détruire les emplois.[1]

Un certain nombre d'économistes bourgeois ont soutenu qu'en même temps qu'elle libère des ouviers "en trop", l'introduction de machines libère du capital "en trop" qui pourra s'investir ailleurs et re-crééra les emplois équivalents. Dans le Capital, Marx démonte cette « théorie de la compensation »[2].

L'autre facteur, qui joue à l'inverse vers la création d'emplois, c'est la croissance économique. Ce qui rend a priori l'équation indéterminée. Par exemple entre 1945 et 1970, l'impact de l’automation et de la robotisation sur l’emploi total a été pratiquement nul.

Automatisation et remise en cause du capitalisme

Une des questions est de savoir jusqu’où peut se développer cette tendance, et si elle peut conduire à des changements qualitatifs au sein du capitalisme.

Dans certains de ses premiers écrits, Marx estime que la tendance au développement de l’automatisation par le capitalisme fait de plus en plus apparaître comme périmé les rapports d’exploitation capitalistes :

« Mais dans la mesure où se développe la grande industrie, la création de la richesse véritable dépend moins du temps de travail et de la quantité de travail appliqué que de la force des agences qui sont mises en mouvement pendant le temps de travail, force qui à son tour est hors de proportion avec le temps de travail immédiat que coûte sa production, mais qui dépend plutôt du niveau général de la science et des progrès de la technologie, ou de l’application de cette science à la production (le développement de cette science, surtout des sciences naturelles, étant lui-même en rapport avec le développement de la production matérielle). Le travail n’apparaît plus tellement comme indu dans le processus de production ; l’être humain se comporte plutôt comme surveillant et régulateur du processus de production. » (Grundrisse, Dietz-Verlag Berlin, 1953, p. 592).

Et encore :

« Le vol du temps de travail d’autrui, sur lequel se fonde la richesse actuelle, apparaît comme une base misérable comparé à cette base nouvelle, développée, créée par la grande industrie elle-même. Dès que le travail dans sa forme immédiate a cessé d’être la grande source de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange doit cesser d’être la mesure de la valeur d’usage. Le surtravail de la masse a cessé d’être la pré-condition du développement de la richesse générale, de même que le non-travail de quelques-uns [cesse d’être la condition] du développement des forces générales de la tête humaine. De ce fait, la production fondée sur la valeur d’échange s’effondre. » (Grundrisse, ibidem, p. 593).

Dans le livre III du Capital, Marx écrit :

« Un développement des forces productives qui aurait pour effet de diminuer le nombre absolu des ouvriers et de permettre à la nation tout entière de produire en moins de temps tout ce dont elle a besoin, provoquerait une révolution, parce qu'il mettrait sur le pavé la plus grande partie de la population. Ici se manifeste de nouveau la limite qui est assignée à la production capitaliste et se montre une fois de plus que celle-ci, loin d'être la forme absolue du développement des forces productives, doit nécessairement entrer en conflit avec lui à un moment donné.  »[3]

C'est ce qui fait dire à Ernest Mandel que l'automatisation ne peut pas aller jusqu'au bout :

« De façon évidente, ce développement ne peut être achevé sous le capitalisme précisément parce que sous le capitalisme, la croissance économique, les investissements, le développement du machinisme (y compris celui des robots) demeurent subordonnés à l’accumulation du capital, c’est-à-dire à la production et à la réalisation de la plus-value, c’est-à-dire à la recherche des profits des entreprises prises individuellement, à la fois profits attendus et profits réalisés. Nous avions déjà indiqué dans notre livre le « Capitalisme du troisième âge » que sous le capitalisme, l’automation complète, l’introduction de robots sur grande échelle sont impossibles car elles impliqueraient la disparition de l’économie de marché, de l’argent, du capital et des profits. »

Il pense que le phénomène, sous le capitalisme, ne peut être que partiel et risque de faire sentir ses effets négatifs :

« La variante la plus probable sous le capitalisme, c’est précisément la longue durée de la dépression actuelle, avec seulement le développement d’une automation partielle et d’une robotisation marginale, les deux étant accompagnées par une surcapacité de surproduction sur grande échelle (une surproduction de marchandises), un chômage sur grande échelle, une pression sur grande échelle pour extraire de plus en plus de plus-value d’un nombre de jours de travail et d’ouvriers productifs tendant à stagner et à décliner lentement. Cela équivaudrait à une augmentation de la pression à la surexploitation de la classe ouvrière (en faisant baisser les salaires réels et les prestations de Sécurité sociale), en affaiblissant ou détruisant le mouvement ouvrier organisé et en sapant les libertés démocratiques et les droits de l’homme. »

A l'inverse, il fait du socialisme une condition nécessaire pour profiter de la robotisation :

« Dans une économie socialisée, la robotique serait un merveilleux instrument d’émancipation humaine. Elle rendrait possible la semaine du travail de 10 heures. Elle donnerait aux hommes et aux femmes tout le temps nécessaire à l’autogestion de l’économie et de la société, au développement d’une individualité sociale riche pour tous et toutes. Elle permettrait la disparition de la division sociale du travail entre administrateurs et administrés, le dépérissement rapide de l’Etat, de toute coercition ou violence entre les êtres humains. »

Automatisation totale et loi de la valeur

Certains marxistes soulignent alors que si le capitalisme évoluait vers une « production automatique totalitaire », cela impliquerait l’effondrement de la loi selon laquelle la valeur dérive du travail.

Ce à quoi Bordiga répond : « Bon débarras ! Avec la loi de la valeur, de l’échange d’équivalents et de la plus-value, c’est la forme de production bourgeoise elle-même qui s’effondre ! »[4]

Pour Bordiga, il s’agit de déduire directement la nécessité du communisme du capitalisme, sans transition socialiste.

Notes et sources

Ernest Mandel, Marx, la crise actuelle et l’avenir du travail humain, Revue Quatrième Internationale n°20, mai 1986

Rudi Supek, Karl Marx et l'époque de l'automation, 1967

  1. Rapport sur la question de chômage, présenté au nom de la commission permanente du conseil supérieur du travail, Paris, Imprimerie nationale, 1896, pp. VIII et 323.
  2. Karl Marx, Le Capital - Livre I - Chapitre XV - 6, 1867
  3. Karl Marx, Le Capital - Livre III - Chapitre 15, 1865
  4. A. Bordiga, « Traiettoria e catastrofe della forma capitalistica nella classica monolitica costruzione teorica del marxismo », il programma comunista, 19-20 (1957), in A. Bordiga, Economia marxista ed economia controrivoluzionaria, Milan, 1976