Intensité du travail

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L'intensité du travail est la part de la productivité du travail qui dépend de la "vitesse" des travailleurs dans leurs tâches, par opposition à la productivité qui dépend des moyens de production.

1 Généralités[modifier | modifier le wikicode]

L'augmentation de l'intensité du travail est un moyen très employé par les capitalistes pour augmenter leur profit. Contrairement à l'achat de nouveaux moyens de production (machines, mobilier plus ergonomique, locaux plus agréables...), l'intensité du travail repose essentiellement sur la force de travail déjà payée par le patron. Si la hiérarchie est en mesure d'imposer une accélération des cadences sans hausse des salaires, c'est donc entièrement au bénéfice du capital.

En pratique, il y a souvent des surcoûts : emploi d'un contre-maître, primes d'intéressement, achat de caméras pour surveiller que les salariés ne prennent pas trop de pause... Du strict point de vue bourgeois, il y a d'ailleurs des limites intrinsèques à l'intérêt d'augmenter l'intensité du travail : s'ils en arrivent au point où les arrêts maladie explosent, l'ambiance entre travailleurs se détériore, voire des cas de suicide, cela peut faire chuter la productivité...

Marx relevait d'ailleurs qu'il y avait une contradiction partielle entre intensité du travail et extension de la journée de travail. L'emploi de machines obligeant à travailler de façon plus intense créé donc une tendance à la diminution du temps de travail :

« il y a un moyen très expérimental de démontrer ce rapport : lorsqu’il apparaît par exemple comme physiquement impossible pour l’ouvrier de fournir pendant douze heures la même masse de travail qu’il effectue maintenant pendant dix ou dix heures et demie. Ici, la réduction nécessaire de la journée normale ou totale de travail résulte d’une plus grande condensation du travail, qui inclut une plus grande intensité, une plus grande tension nerveuse, mais en même temps un plus grand effort physique. Avec l’accroissement des deux facteurs - vitesse et ampleur (masse) des machines -, on arrive nécessairement à un carrefour, où l’intensité et l’extension du travail ne peuvent plus croître simultanément, où l’accroissement de l’une exclut nécessairement l’accroissement de l’autre. » (Manuscrits de 1861-1863, Marx-Engels)

C'est un constat que d'autres ont fait. Par exemple, selon un rapport de l'Assemblée nationale : « La réduction de la durée du travail s'accompagne en général d'une élévation du niveau de la productivité horaire (...) aux environs de 3,5 %. »[1]

Le salaire aux pièces (par opposition au salaire au temps) est un mode de rémunération qui tend automatiquement à augmenter l’intensité du travail.[2]

2 Exemples[modifier | modifier le wikicode]

Marx montrait dans le Capital comment, via le machinisme, les capitalistes imposaient structurellement aux ouvriers de suivre l'augmentation de la vitesse des machines :

« En 1825 le fileur avait à faire dans l'espace de 12 heures 820 extensions du bras pour chaque mule ce qui pour la paire donnait une somme de 1640. En 1832 il en faisait 2200 pour chaque mule ou 4400 par jour; en 1844, 2400 pour chaque mule, ensemble 4800; et dans quelques cas la somme de travail exigé est encore plus considérable. (...). Dans le cardage le travail a subi également un grand surcroît. Une personne fait aujourd'hui la besogne que deux se partageaient... Dans le tissage où un grand nombre de personnes, pour la plupart du sexe féminin, sont occupées, le travail s'est accru de 10% pendant les dernières années par suite de la vitesse accélérée des machines. En 1838 le nombre des écheveaux filés par semaine était de 18000; en 1843 il atteignit le chiffre de 21000. Le nombre des picks au métier à tisser était en 1819 de 60 par minute, il s'élevait à 140 en 1842, ce qui indique un grand surcroît de travail. »[3]

Une enquête publiée par la Dares indique que la pénibilité physique au travail augmente continûment depuis 1984.[4]

"Depuis quelques années, divers travaux font état d’une intensification du travail en France. [...] Le même constat d’intensification du travail est fait dans bon nombre d’autres pays économiquement développés, dans l’Union européenne comme en Amérique du nord. "[5]

3 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Jean Le Garrec (1998), rapport fait au nom de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales sur le projet de loi d’orientation et d’incitation relatif à la réduction du temps de travail (n° 512), Assemblée nationale.
  2. Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XXI : Le salaire aux pièces, 1867
  3. Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XV : Machinisme et grande industrie, 1867
  4. DARES, « Conditions de travail : une pause dans l'intensification du travail », Premières Synthèses, janvier 2007
  5. http://www.cee-recherche.fr/fr/sem_intens/obj_detail.htm