Précarité du travail

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Jeune manifestant contre le Contrat première embauche, Soissons (Aisne), 28 mars 2006.

La précarité du travail est l'absence de contrat stable, qui créé une incertitude du lendemain et une peur du chômage pour les travailleurs.

Les bourgeois eux parlent de « flexibilité du travail », qui leur permet d'ajuster plus facilement la force de travail aux fluctuations du marché capitaliste.

1 Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Tout comme le niveau des salaires, les garanties plus ou moins grandes de stabilité de l'emploi sont un combat historique de la classe travailleuse. Le premier des acquis fut d'obliger les patrons à formaliser des contrats de travail, contrairement à l'emploi de journaliers jetables. Mais ces contrats peuvent être extrêmement variables : leur durée peut être courte (CDD de 6 mois...), la rupture peut se faire selon le bon vouloir du patron...

Parfois un·e travailleur·se n'est pas au chômage mais la demande de force de travail est trop faible dans son domaine de qualification, ce qui peut :

  • l'obliger à prendre un poste dans un domaine différent de ses qualifications (ce qui veut souvent dire être moins payé que ce qui pourrait être) ;
  • l'obliger à prendre un poste à temps partiel (temps partiel subi).

La protection contre la précarité se fait d'abord par la lutte et l'établissement d'un rapport de force par les travailleurs :

  • si ce rapport de force est uniquement local (dans une entreprise donnée), il peut conduire à une avancée qui peut servir d'avant-garde, mais il peut aussi être rapidement repris et les travailleurs réprimés
  • si ce rapport de force s'étend à toute une branche de production ou une région, il est plus solide et peut donner lieu à des formalisations comme les conventions collectives
  • enfin si la solidarité de classe est suffisamment forte, les syndicats ou partis ouvriers peuvent pousser à ce que soient inscrites dans la loi certaines garanties, et mis en place certains dispositifs (conseils de Prud'hommes...)

Mais tant que perdurera le système capitaliste, l'idée de garantir un emploi stable restera une aberration pour les patrons :

« La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » Laurence Parisot[1]

Il est important également de souligner que la précarité de l'emploi ne touche pas uniformément les salarié·es, mais frappe plus durement les jeunes, les femmes, et les immigré·es.

2 L'offensive néolibérale : précarité ou chômage ?[modifier | modifier le wikicode]

Depuis les années 1980 et le tournant néolibéral, la classe dominante cherche partout à lutter contre la dégradation des taux de profit en augmentant les taux d'exploitation, en particulier en précarisant le travail.

Les économistes à son service s'empressent de justifier cette attaque anti-sociale. C'est d'abord "au nom de l'emploi" que l'on flexibilise : "si on laisse les patrons plus libres de licencier, ils auront moins peur d'embaucher". Globalement, cela n'a rien d'évident, puisque la précarisation a augmenté... en même temps qu'a augmenté le chômage.

Mais l'économie dominante s'est néanmoins acharnée à démontrer que les différences de taux de chômage entre les pays sont liées à leur protection plus ou moins "rigide" du travail. Pour Michel Husson, « des centaines d’économistes ne sont payés qu’à établir ce type de démonstration » mais rien de sérieux ne permet de prouver ce lien.[2] On trouve en effet des pays où le chômage et la précarité sont faibles, comme la Suède ou la Norvège. En 2006, une étude de nombreux travaux sur cette question estimait que ces travaux ont été « guidés par la volonté de vérifier ou confirmer la théorie reçue, plutôt que de la confronter à un point de vue critique »[3].

Une autre affirmation qui semble un peu plus fondée est que la flexibilité "permet d'ajuster plus rapidement le marché du travail à la demande" : on serait embauché plus rapidement en cas de reprise, mais aussi licencié plus rapidement en cas de crise... Rien ne permet de dire si c'est souhaitable : cela permet peut-être de réduire le chômage de longue durée pour quelques uns, mais cela augmente l'angoisse pour tous les travailleurs...

3 Comparaisons internationales[modifier | modifier le wikicode]

Il n'est pas simple d'établir des indicateurs pertinents de la précarité, et il est encore moins simple d'établir des comparaisons entre pays qui n'utilisent pas les mêmes indicateurs.

L’OCDE calcule depuis 1999 un indice synthétique (LPE : Lois Protectrices de l'Emploi) qui mesure le degré de flexibilité. Il permet de distinguer trois groupes de pays en Europe. La France se trouve, avec les pays scandinaves et méditerranéens, dans la catégorie des pays « rigides », tandis que le Danemark, la Suisse, l’Irlande et le Royaume-Uni sont les pays les plus « flexibles ».

Pour la France, le BIP 40[4] a produit un indicateur de la précarité qui permet de quantifier son évolution :

AugmentationPrecarite91 03.jpg

4 Du salariat au « précariat » ?[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir aussi : Précariat.

Beaucoup de penseurs ont écrit au sujet d'une supposée disparition du « salariat », inexorablement remplacé par le « précariat ». S'il ne fait aucun doute que la précarité a augmenté par rapport à la génération précédente, ce discours pose un certain nombre de problèmes.

Premièrement, au niveau des faits, l'emploi stable reste la forme dominante de l'économie. S'il y a bien eu une nette augmentation de la précarité au moment du tournant néolibéral, avec passage d'une période de précarité faible à une période de précarité élevée, celle-ci tend plutôt à plafonner depuis quelques décennies. Aux États-Unis, le sous-emploi dans la période 1974-2019 a augmenté de 30 % par rapport à la période 1948-1973, mais il n’a presque pas augmenté entre 1978 et 2008, passant de 15,2 % à 15,5 %. Au Royaume-Uni, les emplois temporaires ne représentent que 6 % de l’ensemble, et l’ancienneté moyenne dans les entreprises est restée plus ou moins constante entre 1975 et 2015. En France, 84,7 % des salariés sont toujours employés en CDI.[5]

Deuxièmement, il s'agit d'un curieux emploi du terme « salariat ». Par exemple lorsque Marx emploie ce terme au 19e siècle, la précarité est courante et les contrats de travail quasi inexistants. Suite aux nombreux acquis sociaux des années d'après-guerre ("Trente glorieuses"), de nombreuses personnes se sont mises à associer le terme de salariat aux contrats relativement protecteurs comme le CDI, et en viennent donc à théoriser que les formes de travail qui se développent en dehors (CDI, contrats divers pour les jeunes, auto-entrepreneurs...) sont radicalement différents et nouveaux. Ce serait une nouvelle phase du capitalisme. En réalité, historiquement, c'est plutôt la parenthèse des Trente glorieuses qui a connu une précarité plus basse que la moyenne, et nous sommes de retour à ce qui est la tendance intrinsèque du capitalisme.

5 Cas particuliers[modifier | modifier le wikicode]

Dans certains cas, de façon surprenante, les patrons ont intérêt à préférer un CDI qu'un contrat précaire.

Par exemple, à Mc Donalds, on préfère embaucher en CDI. De cette façon, si une-e salarié-e a envie de partir (ce qui arrive souvent vu l'aspect "petit boulot", ou encore la pression qui peut vite devenir insupportable), il/elle doit démissionner et n'a donc pas droit à des indemnités de chômage.

6 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Medef : «L'amour est précaire. Le travail doit l'être aussi», Marianne2
  2. Michel Husson, La fable de la flexibilité, 2007
  3. David R. Howell, Dean Baker, Andrew Glyn & John Schmitt, Are Protective Labor Market Institutions Really at the Root of Unemployment ? , Juillet 2006
  4. http://www.bip40.org/bip40/precarite/precarite
  5. Juan Sebastian Carbonell, Le travail a-t-il un avenir ?, Le Grand Continent, novembre 2020