Salariat

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Affiche des IWW pour l'abolition du salariat

Le salariat désigne à la fois les rapports sociaux qui lient salariés et patrons[1], et l'ensemble des salariés[2]. Le salariat recouvre à peu près la notion de prolétariat.

Définition[modifier]

Les salariés dépensent leur force de travail sur les moyens de production d'un capitaliste en échange d'un salaire. C'est parce qu'il existe une classe de bourgeois, propriétaires des moyens de production, et en face d'eux, une classe de prolétaires, qui ne possèdent que leur force de travail, que le système du salariat peut fonctionner.

Globalement, les salariés sont des prolétaires, et les bourgeois sont leurs employeurs. (En revanche les prolétaires peuvent ne pas être salariés mais chômeurs, retraités, enfants...) Dans certains cas, des salariés sont des capitalistes :

  • cadres supérieurs possédant une part du capital de leur entreprise ou ayant un pécule suffisant pour créer une entreprise
  • PDG de sociétés anonymes, qui sont formellement salariés, les appartenant à un ensemble d'actionnaires

Salariat et précarité[modifier]

Fondamentalement, le prolétaire obligé de chercher un employeur est soumis à la conjoncture. Au grès de l'offre et de la demande de force de travail, il peut se retrouver au chômage, et voir le salaire moyen diminuer.

Pendant tout le 19e siècle en particulier, la condition de salarié était synonyme de précarité. Le cas extrême est celui des journaliers, qui se réunissent le matin devant un ou des employeurs qui les embauchent pour la journée, ou pas.

Lassalle comparait le dos de l'ouvrier à un tapis vert « sur lequel entrepreneurs et spéculateurs jouent à ce jeu de hasard qu'est devenue aujourd'hui la production ».

Pendant la période dite des « Trente glorieuses » (1945-1975), les travailleur-se-s des centres impérialistes ont globalement obtenu des acquis, dont des garanties de stabilité de leur emploi. Cela a conduit à ce que le terme de salariat est devenu implicitement lié à celui de contrat de travail stable, comme le CDI en France. Par conséquent, avec la tendance à toujours plus de précarisation du travail à partir du tournant néolibéral, des sociologues ont théorisé l'émergence d'un « précariat » par opposition au salariat. En particulier, ces dernières années les formes de travail basées sur des nouveaux statuts comme travailleur indépendant ont amené certains à prédire une fin du salariat. Pourtant, dans l'immense majorité des cas, le statut de travailleur indépendant (comme dans les sociétés Uber, Deliveroo, etc.) masque un rapport d'exploitation salarial. Sous l'aspect moderne, on retrouve bien souvent, paradoxalement, des formes de précarité faisant penser au 19e siècle.[3]

Origine du salariat[modifier]

Le salariat est un rapport de production né avec le capitalisme. Dans un premier temps, les capitalistes ont acquis la force économique leur permettant de rendre de plus en plus dépendant d'eux des artisans encore formellement indépendants. Avant le développement des usines et manufactures, le travail fonctionnait de façon dominante sous la forme du putting-out system : les travailleurs (souvent dans l’industrie textile, avant l’invention des machines à coudre modernes et du prêt-à-porter) étaient des sous-contractants, qui travaillaient chez eux ou dans des workshops, pour une entreprise qui donnait le capital circulant (matières premières, etc.) aux travailleurs, qui ensuite lui livraient les produits finis pour que celle-ci puisse ensuite vendre.

Importance numérique[modifier]

La Révolution industrielle a développé le salariat au point de le rendre très majoritaire dans les centres impérialistes et dans beaucoup de pays dominés.

En France, il concerne 24 355 000 de personnes en 2008 pour 26 766 000 actifs occupés, soit 91% des actifs. Les 2 411 000 emplois restants sont ceux des entrepreneurs individuels et des professions libérales[4].

Abolition du salariat[modifier]

Michel Husson, Fin du travail ou abolition du salariat ?, Critique communiste, n° 144, hiver 1995 - 1996

Marx soutenait les travailleurs dans leurs luttes quotidiennes, offensives ou défensives, mais insistait sur la nécessité d'une abolition du salariat pour en finir avec la précarité et l'exploitation qui lui est inhérente :

En même temps, et tout à fait en dehors de l'asservissement général qu'implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. Il faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d'ordre conservateur: « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire: « Abolition du salariat ». [5]

Pour la plupart des marxistes (à l'exception de certains courants de type gauche communiste, communisation...), un « salaire » existe toujours dans la phase socialiste qui suit la révolution socialiste. En effet, les normes bourgeoises de distribution (méritocratiques) existent encore. Au fur et à mesure du développement de la civilisation socialiste, la société progresse vers le communisme, c'est-à-dire la réalisation du principe « à chacun selon ses besoins ». Il n'y a donc plus de revenu distribué en fonction du temps de travail, et donc plus de salaire. C'est par exemple ce qu'exprimait Marx, ou encore Lénine :

« [Dans la première phase] tous les citoyens se transforment en employés salariés de l'Etat constitué par les ouvriers armés. Tous les citoyens deviennent les employés et les ouvriers d'un seul "cartel" du peuple entier, de l'Etat. Le tout est d'obtenir qu'ils fournissent un effort égal, observent exactement la mesure de travail et reçoivent un salaire égal. »[6]

Trotsky écrivait également en 1920 :

« Nous avons conservé, et nous conserverons encore longtemps, le système du salaire. Plus nous avancerons, et plus sa signification sera d'assurer à tous les membres de la société tout qui leur est nécessaire; par là-même, il cessera d'être un salaire. Mais pour l'instant, nous ne sommes pas encore assez riches pour cela. L'augmentation de la quantité des articles produits est la tâche principale, à laquelle se subordonnent toutes les autres. Dans la difficile période actuelle, le salaire est pour nous, en premier lieu, non pas un moyen d'assurer l'existence personnelle de chaque ouvrier, mais un moyen d'estimer ce que chaque ouvrier apporte par son travail à la République ouvrière. »[7]

Pour Trotsky, du moment que la production est socialisée, n'importe quel système d'organisation du travail et de rémunération peut être utilisé :

« Sous le régime capitaliste, le travail aux pièces et à forfait, la mise en vigueur du système Taylor, etc., avaient pour but d'augmenter l'exploitation des ouvriers et de leur extorquer la plus-value. Sous le régime de la production socialisée, le travail aux pièces, les primes, etc., ont pour objet d'accroître la masse du produit social et par conséquent d'élever le bien-être commun. Les travailleurs qui concourent plus que les autres à l'intérêt commun acquièrent le droit de recevoir une part plus grande du produit social que les fainéants, les négligents et les désorganisateurs. »

On peut donc se poser la question de ce que devient le « salariat ». Certains communistes critiques soutiennent que parler de salaire, même dans la première phase, siginie faire perdurer le salariat et donc l'exploitation. Pour la plupart des marxistes, il faut considérer que rigoureusement, le « salaire » dont parle ici Lénine n'est pas de même nature que le salaire capitaliste. Il ne rémunère plus la force de travail (il n'y a plus de marché de la force de travail), mais la contribution à la production socialisée. Il n'y a donc plus de salariat dès la première phase du communisme, même s'il reste un revenu lié au travail.

Notes et sources[modifier]

Etymologie / Lexicographie sur le CNRTL

  1. « mode de rémunération par le salaire » Blanqui, Critique sociale, 1869
  2. Ce premier sens date d'environ 1836.
  3. NPA, La fin du salariat, et tous Uber ?, mai 2016
  4. INSEE 2008
  5. Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865
  6. Lénine, L'État et la révolution, 1917
  7. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920