République

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Le terme de République recouvre un concept ancien, qui évolue beaucoup selon l'époque et le lieu. Se revendiquer de la République est aussi un alignement politique présent tout au long de l'époque moderne, particulièrement en France, et qui est encore employé, quoique plus faiblement.

Étymologie et évolution du sens[modifier]

Antiquité : début du politique[modifier]

Le mot « république » provient du latin res publica qui signifie « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

La "bonne gouvernance"[modifier]

En 1576, Jean Bodin la définit dans Les six livres de la République comme le « droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine ». Dans Du contrat social, Jean-Jacques Rousseau la définit comme « tout État régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être ; car alors seulement l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain. » Le terme est clairement synonyme de « gouvernement », de « bonne gouvernance ». Plusieurs courtisans du XVIIIe siècle écrivent des poèmes où ils louent la bonne gestion par Louis XIV de la république.

"Le régime qui succède à la féodalité"[modifier]

Au moment de la Révolution française, en référence à la République romaine qui s’est établie à la suite de la monarchie, le régime politique qui fait suite à l’Ancien Régime féodal, est baptisé « république ». Le 21 septembre 1792, suite à la proclamation de l'abolition de la royauté, la Première République française est déclarée.

République et démocratie[modifier]

En français, le mot est devenu largement synonyme de démocratie, et s’oppose alors à despotisme ou totalitarisme. Cette assimilation s’explique par l’histoire politique française : la définition rousseauiste de "bonne gouvernance" et la quasi-systématique suspension de la République par les régimes anti-démocratiques.[1]

Histoire[modifier]

La République antique[modifier]

À Rome, la République romaine (de -509 à -44) fait suite à la monarchie. C’est une oligarchie patricienne où l’exercice du pouvoir se limite à un mandat d'une seule année. Le principal organe constitutionnel est le Sénat qui réunit les représentants des familles patriciennes. La démocratie athénienne n’est pas fondamentalement différente, excluant les esclaves, les femmes et les non-citoyens de tout rôle politique.

Les villes libres médiévales[modifier]

Au Moyen Âge, les villes s’affranchissent progressivement du pouvoir féodal. Dans le Saint-Empire romain germanique, on parle de ville libre d'Empire, dans le Royaume de France de ville franche. Rétrospectivement, les historiens baptiseront de « république », cette forme nouvelle de gouvernement oligarchique et bourgeois qui émerge alors. La plus célèbre, la plus riche, la plus puissante de ces villes indépendantes est alors la république de Venise.

Renaissance[modifier]

Fondée à la Renaissance, la République des Deux Nations remplace la monarchie polonaise par le gouvernement de l’aristocratie polono-lituanienne, dans la droite ligne des oligarchies antiques.

En 1581, quand les Pays-Bas s’affranchissent de la tutelle espagnole et fondent la première république européenne digne de ce nom, ils adoptent le nom de Provinces-Unies. Quand les Anglais secouent le joug de la royauté en 1649, ils fondent le Commonwealth, mot anglais qui est le calque du latin res publica.

Epoque moderne[modifier]

Dans les années qui suivent la proclamation de la République française, le modèle politique est largement exporté : la République batave nait en 1795, c’est la première et la plus durable république sœur de la France.

Sens politique[modifier]

Les formes de gouvernements sont plus ou moins adaptées à tel ou tel système économique. Le matérialisme historique est la méthode d'analyse qui permet de comprendre pourquoi, par exemple, la République est revenue en force au moment du déclin de la féodalité.

La République bourgeoise[modifier]

La bourgeoisie a prouvé maintes fois qu'en cas de nécessité, elle pouvait se protéger sous des régimes autoritaires (mornachisme, bonapartisme, fascisme...). Cependant, sa forme "stable" de gouvernement dans les pays capitalistes modernes est la République. Lénine la caractérise ainsi :

"La toute-puissance de la "richesse" est plus sûre en république démocratique, parce qu'elle ne dépend pas des défauts de l'enveloppe politique du capitalisme. La république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme; aussi bien le Capital, après s'en être emparé [...], assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise."[2]

Ceci étant, il ne faut pas y voir une relation causale métaphysique. Les monarchies constitutionnelles modernes, qui sauvergardent certaines traditions archaïques des anciennes sociétés, sont tout aussi bourgeoises que les républiques. La différence entre les deux régimes est symbolique, et doit surtout à la part d'autonomie des idéologies.

La République démocratique / sociale ?[modifier]

Historiquement, l'Etat bourgeois issu directement d'une révolution comme la Révolution française, est très souvent marqué par son caractère de classe. Ainsi, c'est d'abord le suffrage censitaire qui est instauré, la loi et la justice sont toujours dictés par les intérêts de la classe dominante, etc...

La montée de la contestation populaire, et particulièrement de lutte ouvrière, a montré que la bourgeoisie est prête à beaucoup de concessions sur le plan politique. Ces concessions ne sont pas négligeables, elle permettent une plus large liberté, de meilleures conditions de militantisme, etc... Mais elle ne changent pas la nature de l'Etat bourgeois et la lutte des classes.

Marx fait une description précise des différentes forces sociales en lutte dans Les luttes de classes en France. Notamment il y montre que les petit-bourgeois sont d'ardents défenseurs, non pas d'une Révolution, mais de réformes sociales, et de la forme "République démocratique". Ils sont alors[3] la base sociale des républicains radicaux.

La république et la révolution[modifier]

Le terme de République sociale a très souvent été utilisé par les révolutionnaires socialistes du XIXème siècle. Dans le contexte, d'alors, la République était encore loin d'être un acquis, et à ce titre restait donc un combat progressiste, l'adjectif sociale servant alors à préciser l'opposition au capitalisme, plus ou moins clarifiée.

Aujourd'hui, la République est un concept plus souvent employé par les réactionnaires, à droite mais aussi à gauche. Par exemple, c'est au nom de la "République laïque" que des stigmatisations contre les musulmans sont menées, c'est au nom des "lois de la République" que les plus subversifs sont condamnés, etc... Même le Front national se met à revendiquer la République.

Si les défenseurs du statu-quo et de la réaction s'abritent derrière la République, alors le prolétariat révolutionnaire n'aura qu'à se passer de se concept lorsqu'il prendra le pouvoir.

Notes et sources[modifier]

NPA, République et luttes des classes

  1. Par exemple, le régime de Vichy est fondé en opposition avec la République dont l’anticléricalisme et le démocratisme étaient censés avoir provoqué la décadence du pays. Le nom officiel du régime politique est alors « État français ».
  2. Lénine, L'Etat et la Révolution
  3. Ceci pour le XIXème siècle. Les petits-bourgeois ne sont plus aussi progressistes depuis.