République

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Scène de la République romaine (Cicéron dénonce Catilina)

Le terme de République recouvre un concept ancien, qui évolue beaucoup selon l'époque et le lieu. Il désigne globalement un type de gouvernement dans lequel le pouvoir n'est pas héréditaire et est censé émaner de représentants d'au moins une partie de la population (mais une république n'est pas nécessairement très démocratique). Dans les sociétés précapitalistes, c'est un type de gouvernement rare, car trop instable.

Suite à la Révolution française de 1789, le courant politique se revendiquant de la République (républicanisme) connaît une nouvelle vigueur. Pour toute une frange de la bourgeoisie libérale, en plein essor avec la révolution industrielle, c'est le symbole du progrès en face des monarchies d'Ancien régime. C'est la forme que prend le plus souvent la domination de la bourgeoisie dans le capitalisme moderne (aujourd'hui plus des trois quart des pays se revendiquent officiellement républicains).

1 Étymologie et évolution du sens[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Antiquité : début du politique[modifier | modifier le wikicode]

Le mot « république » provient du latin res publica qui signifie « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

1.2 La « bonne gouvernance »[modifier | modifier le wikicode]

En 1576, Jean Bodin la définit dans Les six livres de la République comme le « droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine ». Dans Du contrat social, Rousseau la définit comme « tout État régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être ; car alors seulement l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain. » Le terme est clairement synonyme de « bonne gouvernance ». Plusieurs courtisans du 18e siècle écrivent des poèmes où ils louent la « bonne gestion par Louis XIV de la république ».

1.3 « Le régime qui succède à la féodalité »[modifier | modifier le wikicode]

Au moment de la Révolution française, en référence à la République romaine qui s’est établie à la suite de la monarchie, le régime politique qui fait suite à l’Ancien Régime féodal, est baptisé « république ». Le 21 septembre 1792, suite à la proclamation de l'abolition de la royauté, la Première République française est déclarée.

1.4 République et démocratie[modifier | modifier le wikicode]

En français, le mot est devenu largement synonyme de démocratie, et s’oppose alors à despotisme ou totalitarisme. Cette assimilation s’explique par l’histoire politique française : la définition rousseauiste de « bonne gouvernance » et la quasi-systématique suspension de la République par les régimes anti-démocratiques.[1] Mais la république a historiquement d'abord existé comme forme dans laquelle laquelle la démocratie est limitée à une classe dominante (on peut parler de « république oligarchique » ou « république aristocratique »).

2 Histoire[modifier | modifier le wikicode]

2.1 La République antique[modifier | modifier le wikicode]

À Rome, la République (de -509 à -44) fait suite à la monarchie. C’est une oligarchie patricienne où l’exercice du pouvoir se limite à un mandat d'une seule année. Le principal organe constitutionnel est le Sénat qui réunit les représentants des familles patriciennes. La démocratie athénienne n’est pas fondamentalement différente, excluant les esclaves, les femmes et les non-citoyens de tout rôle politique.

2.2 Les petites républiques médiévales[modifier | modifier le wikicode]

En 1714, seules quelques ilôts de républiques petite-bourgeoises (bleu) existent au milieu de grands pays monarchiques (rouge).

Au début du Moyen-Âge, dans un contexte de recul de centralisation étatique et d'insécurité sur les voies commerciales terrestres, plusieurs cités-États commercantes d'Italie (Amalfi, Gênes, Venise...) ont pris de l'ampleur. Elles avaient suffisamment de richesses pour se défendre et pour obliger les monarchies européennes à respecter leur indépendance. Ces « républiques maritimes » étaient dirigées par les corporations locales, sous une forme de république oligarchique. À la fin du 14e siècle, Venise était l'État le plus riche d'Europe.

Par ailleurs, dans le continent, les villes s’affranchissent progressivement du pouvoir féodal. Dans le Saint-Empire romain germanique, on parle de ville libre d'Empire, dans le Royaume de France de ville franche. Rétrospectivement, les historiens baptiseront de « république », cette forme nouvelle de gouvernement oligarchique et bourgeois qui émerge alors. Mais dans la plupart des cas, ces villes n'ont qu'une autonomie partielle vis-à-vis des puissances (seigneuriales ou royales) qui contrôlent les territoires qui les englobent.

La Confédération suisse (depuis 1291) est une exception : dans un cadre géographique assez particulier (routes commerciales importantes en Europe au travers de montagnes permettant une relative protection), des cités marchandes ont réussi à se fédérer en une alliance parfois appelée république.


2.3 Renaissance[modifier | modifier le wikicode]

En 1569 est fondée la République des Deux Nations, par alliance des aristocraties polonaise et lituanienne, au détriment de la monarchie polonaise. C'est une forme de république aristocratique, sous la forme d'une monarchie élective.

En 1581, quand les Pays-Bas s’affranchissent de la tutelle espagnole et fondent la première république européenne digne de ce nom, ils adoptent le nom de Provinces-Unies. Quand les Anglais secouent le joug de la royauté en 1649, ils fondent le Commonwealth, mot anglais qui est le calque du latin res publica.

2.4 Epoque moderne[modifier | modifier le wikicode]

Dans les années qui suivent la proclamation de la République française, le modèle politique est largement exporté : la République batave nait en 1795, c’est la première et la plus durable république sœur de la France.

3 Sens politique[modifier | modifier le wikicode]

Les formes de gouvernements sont plus ou moins adaptées à tel ou tel système économique. Le matérialisme historique est la méthode d'analyse qui permet de comprendre pourquoi, par exemple, la République est revenue en force au moment du déclin de la féodalité.

3.1 La République bourgeoise[modifier | modifier le wikicode]

La République est, grosso modo, la forme qui correspond le mieux à la domination de la bourgeoisie. Elle permet de garantir un minimum de droits politiques (protection de la propriété privée face à l'arbitraire...) et d'assurer que l'État est contrôlable, donc ne favorise pas un secteur capitaliste en particulier. De plus, la fiction d'une République garante de l'intérêt général est très utile pour créer une idéologie dominante qui emporte l'adhésion populaire.

« La toute-puissance de la "richesse" est plus sûre en république démocratique, parce qu'elle ne dépend pas des défauts de l'enveloppe politique du capitalisme. La république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme; aussi bien le Capital, après s'en être emparé [...], assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise. »[2]

Ceci étant, il ne faut pas y voir une relation causale métaphysique. Les monarchies constitutionnelles modernes, qui sauvergardent certaines traditions archaïques des anciennes sociétés, sont tout aussi bourgeoises que les républiques. La différence entre les deux régimes est symbolique, et doit surtout à la part d'autonomie des idéologies.

Par ailleurs, la bourgeoisie a prouvé maintes fois qu'en cas de nécessité, elle pouvait se protéger sous des régimes autoritaires (monarchisme, bonapartisme, fascisme...).

3.2 République démocratique ?[modifier | modifier le wikicode]

Les grandes révolutions démocratiques comme la Révolution française de 1789 ont été réalisées par de larges secteurs de la population, et en particulier par la petite-bourgeoisie urbaine appuyée sur la paysannerie. Le processus révolutionnaire a conduit à une radicalisation politique qui correspondait à la fois à une radicalisation des idées (de la monarchie constitutionnelle à la République) et à un déplacement du centre de gravité vers les secteurs les plus populaires (sans-culottes, sur lesquels s'appuyaient les Jacobins). Au plus fort de la Révolution, la République a proclamé le suffrage universel masculin. Pour les révolutionnaires les plus sincères et cohérents, la République ne pouvait être qu'une république démocratique. Mais cette forme politique était trop instable. Les classes populaires mobilisées effrayaient trop les classes dominantes, et ces dernières ont imposé un tournant conservateur. La République s'est vite repliée sur le suffrage censitaire, et sur des compromis entre classes dominantes pour stabiliser un nouvel ordre perpétuant l'exploitation sous de nouvelles formes. Elle se stabilisait en un État bourgeois, qui garantissait certains principes libéraux comme la protection de la propriété privée et l'égalité formelle, mais ne se préocuppait pas des classes sociales.

Le reflux de la révolution a permis à la réaction d'imposer des régimes plus autoritaires, avec le bonapartisme puis la restauration monarchique. La bourgeoisie pouvait se passer de la République, surtout maintenant que sur le plan économique elle n'avait plus réellement d'obstacle issu de l'Ancien régime. Mais la République restait un mot d'ordre enthousiasmant pour beaucoup, car elle semblait alors pleine de promesses d'émancipation et d'unité du « peuple ». Mais de nombreuses expériences de luttes de classes ont montré que ce « peuple » est une fiction, et que les différentes classes ont en réalité des visions bien différentes du contenu de la République.

Ainsi lors de la Révolution de février 1848 en France, qui renverse la monarchie, apparaît une sorte d'unanimité autour de « la République ». De nombreux nobles ou grands bourgeois se font soudain républicains en paroles, espérant que le régime restera contrôlable. C'est surtout la petite-bourgeoisie qui est alors en pointe pour réclamer une « République démocratique », c'est-à-dire essentiellement une démocratie politique complète avec le suffrage universel (et au mieux quelques réformes sociales).[3] La revendication d'une « République sociale », portée par les républicains socialistes et ayant surtout de l'écho dans le prolétariat, est alors à l'extrême gauche. Mais lorsque la jeune IIe République écrase dans le sang le mouvement ouvrier, le mouvement de balancier vers la réaction se produit à nouveau. Très vite, les leaders de la démocratie petite-bourgeoise sont à leur tour réprimés, et c'est le retour à une « République libérale » minimale (suffrage censitaire). Et très vite, c'est l'idée même de République qui n'a plus assez de base sociale, ce qui conduit à nouveau à un coup d'État bonapartiste.

3.3 République sociale ?[modifier | modifier le wikicode]

Des expériences comme celles de 1848 ont permis de clarifier la rupture entre gauche bourgeoise et mouvement ouvrier. Tandis que la première s'en tenait à une République démocratique formelle (et donc hypocrite), le second voulait une démocratie et une égalité réelle, donc une République sociale. Dans le contexte d'alors, la République était encore loin d'être un acquis, et à ce titre restait donc un combat progressiste, l'adjectif sociale servant alors à préciser l'opposition au capitalisme, plus ou moins clarifiée.

Ce conflit est encore apparu au grand jour lors de la chute du Second Empire, entre la République bourgeoise de Versailles et la République sociale de la Commune de Paris, qu'elle a écrasée. Le retour de balancier vers la réaction a été très fort, et la IIIe République a failli succomber elle aussi face au monarchisme et à de nouvelles formes de bonapartisme (boulangisme). La perte de sens de la République se fait à un prix : les masses populaires ont tendance à moins la défendre. A plusieurs reprises, les républicains en ont fait les frais. Mais le développement du capitalisme et de l'impérialisme français ont aussi permis à la bourgeoisie de renforcer son hégémonie idéologique : elle pouvait désormais fonctionner de façon relativement stable avec le suffrage universel. Le capitalisme a suffisamment été intégré comme « naturel » pour que la petite-bourgeoisie vote pour des modérés, ayant surtout peur de perdre ses acquis dans une révolution.

La République en France s'est donc stabilisée de 1870 à 1940, sous une forme, officiellement, de République démocratique. La plupart des républicains ont alors été poussés vers la droite sur l'échiquier politique par la montée en puissance des socialistes. Pour eux, il s'agissait de faire advenir la République sociale, soit par une nouvelle révolution, soit par une évolution graduelle, en essayant de présenter la République sociale comme l'aboutissement logique de l'idéal républicain. C'est le cas de Jaurès pour qui « le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale »[4]. L'embourgeoisement d'une partie du prolétariat et la pression du système sur le mouvement socialiste ont favorisé le courant réformiste. Pour ce dernier, la rupture de classe est sans cesse minimisée, tandis que le « républicanisme » est vue comme une grande famille, ce qui incite à des alliances interclassistes (« front républicain »).

Lors de la révolution de 1917, les marxistes russes étaient marqués par ce paradigme. C'est pourquoi de Février à Octobre, ils revendiquent une République, et c'est pourquoi il a paru naturel aux bolchéviks de considérer le régime issu d'Octobre comme une République socialiste.

En France, après l'épisode du régime de Vichy[1], la République est réaffirmée, avec une nouveauté : les partis ouvriers (communistes et socialistes) sont majoritaires à la Libération. C'est avec leur appui que l'État bourgeois est reconstruit, caché derrière une République que la Constitution proclame désormais « République sociale »[5].

De même que la bourgeoisie a fini par accepter la « République démocratique » et son suffrage universel, elle a fini par accepter la « République sociale » et ses institutions sociales (État-providence, sécurité sociale...). Ces concessions ne sont pas négligeables, elles permettent en moyenne un meilleur niveau de vie, une plus large liberté, de meilleures conditions de militantisme, etc... Mais elle ne changent pas la nature de l'Etat bourgeois et la lutte des classes. Et les reculs du rapport de force depuis le tournant néolibéral montrent que les éléments « sociaux » de la République se réduisent à peau de chagrin, menaçant d'emporter avec eux très rapidement les éléments démocratiques (montée de l'extrême droite).

Aujourd'hui, la République est ancrée depuis tellement de temps dans l'histoire du pays qu'elle est devenue un élément mobilisable par les nationalistes, même ceux d'extrême droite qui la veille encore étaient anti-républicains (monarchistes ou pétainistes), comme le RN. Tous types de réactionnaires, à droite mais aussi à gauche, utilisent volontiers des idées républicaines pour véhiculer leurs discours. Par exemple, c'est au nom de la « République laïque » que des stigmatisations contre les musulman·es sont menées, c'est au nom des « lois de la République » que les militant·es les plus subversifs sont condamnés, etc...

C'est pourquoi dans le contexte contemporain, la plupart des marxistes révolutionnaires considèrent qu'il n'y a plus lieu de mettre en avant l'idéal républicain, qui n'a que très peu d'écho dans les masses populaires.

4 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 et 1,1 Le régime de Vichy est fondé en opposition avec la République dont l’anticléricalisme et le démocratisme étaient censés avoir provoqué la décadence du pays. Le nom officiel du régime politique est alors « État français ».
  2. Lénine, L'Etat et la Révolution, 1917
  3. Voir Les luttes de classes en France de Karl Marx
  4. Discours de Jean Jaurès à l'Assemblée nationale, 21 novembre 1893
  5. Article premier de la Constitution de la Cinquième République française