Drapeau rouge

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Le Drapeau Rouge

Le drapeau rouge est un symbole du mouvement ouvrier, du socialisme et du communisme.

Origine[modifier | modifier le wikicode]

Le sang, la guerre, la révolte ?[modifier | modifier le wikicode]

Le drapeau rouge a eu des utilisations bien antérieures au mouvement ouvrier, mais souvent peu systématiques. Une caractéristique quasi-constante est son rapport avec le sang. Par exemple, il était déployé par les armées ou sur les pavillons des navires[1] pour signifier qu'il ne serait fait aucun prisonnier pendant une bataille.

Il semble que dans l'imaginaire français l'association de la couleur rouge à la révolte remonte à loin, puisque les Jacques de 1358 portaient déjà des chapeaux rouges.

La répression et la Révolution[modifier | modifier le wikicode]

Lors de la Révolution française, le drapeau rouge a d'abord servi de signe de disuasion pour mater les émeutes plébéiennes. La loi du 20 octobre 1789 stipule qu'il sera déployé par la troupe ou la garde nationale pour signaler une répression imminente.

Ironiquement, c'est au cours de cette même révolution que les insurgés parisiens vont transformer ce symbole : en faisant basculer le rapport de force en leur faveur, ils reprendront le drapeau rouge comme signe de leur lutte contre toute tentative contre-révolutionnaire. Il faut également y mettre en paralèlle le rouge du bonnet phrygien. Le peuple parisien se reconnaît néanmoins dans l'ensemble dans le drapeau tricolore que va imposer la direction jacobine.

Le sang des ouvriers de 1848[modifier | modifier le wikicode]

1848 va être une année marquante pour l'histoire de ce symbole. Après la révolution de février, des débats ont lieu pour savoir s'il fallait garder le drapeau tricolore ou adopter le drapeau rouge, qui au fil des luttes politiques gagne une vraie sympathie parmi la foule parisienne. L'argument avancé par Lamartine est très révélateur : « le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec la République et l'Empire, alors que le drapeau rouge n'a fait que le tour du Champ-de-Mars dans le sang du peuple ».

Suite aux journées de juin, où les ouvriers réclament une "république sociale" sont massacrés, un profond divorce a lieu. D'un côté les bourgeois, qui resteront identifiés au drapeau bleu-blanc-rouge, de l'autre le drapeau rouge, du mouvement ouvrier enfanté dans le sang. C'est aussi une divergence qui se traduit dans la question nationale : alors que le patriotisme était une valeur d'extrême-gauche lorsque la France révolutionnaire était isolée et menacée, invoquer la Nation et ses intérêts communs face à la lutte des classes va de plus en plus être une arme de la classe dominante. A l'opposé, l'internationalisme prolétarien se dessine : le sang des travailleurs exploités est le même dans tous les pays, le drapeau rouge aussi.

Les drapeaux français et ouvrier.

Généralisation[modifier | modifier le wikicode]

La Commune de Paris[modifier | modifier le wikicode]

Illustration d'un communard

La Commune de Paris, après 20 ans d'un bonpartisme qui va user de paternalisme caritatif, de répression des socialistes et de ciment nationaliste, va faire resurgir brusquement la lutte de classe, et avec elle le drapeau rouge.

Avec le progrès du mouvement communiste, appuyé sur l'extension de la classe ouvrière et de sa conscience, cela va devenir son premier emblème.

Le 1er mai[modifier | modifier le wikicode]

Le drapeau rouge était également arboré lors de la manifestation ouvrière pour la journée de 8 heures à Chicago, en 1886, tristement célèbre pour la répression qui s'abattit sur elle, et qui est aux origine de la fête du 1er mai.

La révolution russe de 1917[modifier | modifier le wikicode]

Affiche du parti KD

Après la révolution de Février 1917, les partisans du tsar n'osent plus se montrer, le pouvoir effectif est aux mains des bourgeois libéraux, qui se retrouvent seuls à la droite de l'échiquier politique face à des socialistes plus ou moins radicaux. Il en résulte une large hégémonie culturelle des socialistes, et les drapeaux rouges sont partout, aussi bien chez les marxistes (menchéviks et bolchéviks) que chez les populistes (parti SR). Même certaines affiches du parti KD reprenait la symbolique des drapeaux rouges.

Les bourgeois s'accomodaient plus ou moins de la symbolique socialiste, du moment que les socialistes conciliateurs continuaient à faire une coalition avec eux, et les laissaient gouverner dans l'intérêt des impérialistes russes et Alliés.

Lors de la grande manifestation festive du Premier mai (le 18 avril, d'après le calendrier russe d'alors) eut lieu une immense manifestation populaire à Petrograd. Des bolchéviks avaient installé sur la façade du palais Marie, alors siège du gouvernement provisoire, une banderole rouge proclamant : « Vive la Troisième Internationale ! » [2]

Trotsky décrit ainsi à quoi ressemblait Petrograd un peu avant que le gouvernement provisoire soit renversé :

« Aux statues de fonte de la monarchie, la révolution avait mis des drapeaux rouges. De grandes toiles cramoisies flottaient sur les frontons des édifices gouvernementaux. Mais les palais, les ministères, les Etats-majors vivaient tout à fait indépendamment de leurs drapeaux rouges qui, d'ailleurs, sous les pluies d'automne, avaient bien déteint. »[3]

Après la révolution d'Octobre, qui voit l'accession au pouvoir d'un parti ouvertement communiste, le drapeau rouge devient omniprésent. A partir de là, "rouge" devint plus qu'une couleur, un synonyme du concept de socialisme. La guerre civile russe fut principalement la lutte entre « les rouges » et « les blancs » (les contre-révolutionnaires plus ou moins monarchistes).

Utilisation aujourd'hui[modifier | modifier le wikicode]

Avecs un XXème siècle d'énormes progrès du mouvement ouvrier, le drapeau rouge a gagné beaucoup de visibilité. Mais les trahisons tout aussi énormes qui ont eu lieu limitent énormément son pouvoir de subversion. Le "rouge" masque aujourd'hui des réalités forts différentes ; des syndicats bureaucratiques encore parés de rouge jusqu'aux partis uniques de Chine ou du Vietnam.

Les États[modifier | modifier le wikicode]

Le plus ironique est sans doute le fait que le drapeau rouge ait pu être incorporé à la symboliques de nombreux États bourgeois ou staliniens. En particulier, le drapeau d'une dictature qui aujourd'hui opprime des millions d'ouvriers, la Chine, est un rouge vif. Bien avant sa prise de pouvoir en 1949, le Parti Communiste Chinois avait cessé d'être une force politique au service du prolétariat. Mais les idéologies et les symboles qu'elles utilisent ont parfois une inertie bien plus forte que les réalités politiques...

On retrouve le rouge (au sens du "communisme") dans les drapeaux des États chinois, nord-coréen, vietnamien, angolais, burkinabé, mongol...

Le rouge est également très présent parmi les ex partis staliniens, comme le PCF, ou les partis qui le sont toujours, comme le KKE grec.

Les partis social-démocrates[modifier | modifier le wikicode]

Beaucoup de partis social-démocrates ont conservé la couleur rouge dans leur drapeau ou logo officiel, quand bien même ils sont devenus des partis de gouvernement, parfois n'ayant rien à envier aux partis bourgeois les plus réactionnaires. C'est le cas du New Labour anglais, du Parti socialiste belge, du SPD allemand, du PSOE espagnol... Le Parti socialiste français, lui, a viré au rose (ce qui n'empêche pas qu'il soit verbalement "plus à gauche" que beaucoup de ses homologues rouges vifs, comme le SPD.

Les syndicats socialisants[modifier | modifier le wikicode]

Des syndicats comme la CGT, qui dans leurs statuts reconnaissent toujours la lutte des classes, ou sa lointaine cousine CGT-FO, arborent des drapeaux rouges.

Les communistes révolutionnaires et l'extrême gauche[modifier | modifier le wikicode]

Enfin, la plupart de ceux qui se réclament encore du communisme ou du socialisme révolutionnaire, principalement les trotskistes, utilisent le drapeau ou les couleurs rouges. En France : le POI et LO. L'extrême gauche et les anticapitalistes en général l'utilise aussi souvent, comme le NPA en France.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]