Parti bolchévik

De Wikirouge
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Réunion de Bolchéviks en 1920. Lénine est à droite.

La fraction bolchévique naît en 1903 d’une scission au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (le parti des marxistes russes), en s'opposant à la fraction menchévique. Il devient définitivement un parti distinct à partir de 1912.

En 1917, le Parti bolchévik monta rapidement en puissance face aux modérés et dirigea la révolution d'Octobre. Il devient alors le parti dirigeant la Russie soviétique, et devient le Parti communiste de Russie à partir de 1918.

Le Parti bolchévik connut donc plusieurs mutations, il fut successivement l’instrument d’une révolution et celui d’une contre-révolution, et ne saurait être envisagé comme un tout monolithique et invariable.

Fondation du POSDR

Vers la fin du 19e siècle, les idées marxistes se diffusent en Russie et sont discutées par plusieurs groupes militants. Le mouvement russe était alors constitué de cercles isolés, de regroupement régionaux discrets, de groupes d’usines sans coordination entre eux, etc. Il n’y avait pas de centre.

Un premier congrès avait eu lieu en 1898 et n’avait pu aboutir réellement à une unification du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. En 1901, un groupe d'émigrés fonde un journal, l'Iskra (L'Étincelle), visant à centraliser les différents groupes socialistes et cercles ouvriers autour d'une solide théorie marxiste et d'une organisation efficace (le journal doit être diffusé clandestinement en Russie). Parmi eux, on trouve aussi bien le vétéran Plékhanov que des jeunes, comme Martov et Lénine. Ils polémiquent contre d'autres sensibilités présentes dans les cercles social-démocrates, comme les « marxistes légaux » et les « économistes ».

Le second congrès, prévu pour 1903, devait pour la première fois établir et ramifier un parti dans toute la Russie. C’est pour les besoins de cet événement que Lénine a écrit sa brochure de 1902, Que faire ?, au nom de toute la rédaction de l'Iskra.

La fraction bolchévique

Le 2e congrès et la question des statuts

Le POSDR tient, en 1903, son second congrès. Lénine et Martov ne parviennent pas à s’entendre sur la question des statuts : Lénine veut que l’adhésion au POSDR soit réservée à ceux qui militent activement, alors que Martov veut l’étendre à ceux qui partagent le programme du parti (« sympathisants »). Le désaccord conduit à une polarisation du débat entre deux sensibilités.

L’idée de Lénine était de faire du POSDR une organisation de révolutionnaires professionnels, capables de construire le parti sur des bases solides et résistant à la répression de l’Okhrana. Lénine disait à Martov : si l’on poursuit votre logique jusqu’à son terme, le parti devra intégrer tout le monde et notre message sera dilué ; nous ne serons plus à l’avant-garde, vous ruinez donc le parti. Martov répliquait : si l’on suit votre logique jusqu’à son terme, on obtiendra une organisation étroite, faite de conspirateurs.

Contrairement à ce que certains prétendront plus tard, le débat n'était pas vraiment entre « parti d'avant-garde » et « parti de toute la classe ». Les deux fractions se revendiquaient de la pratique des autres partis social-démocrates de l'Internationale, qui même massifs ne regroupaient jamais toute la classe. Le débat était en réalité très lié aux particularités du militantisme en Russie, subissant la répression tsariste. Mais ces déformations ont en partie leur origine dans les procédés rhétoriques utilisés. Dans un article de Trotski publié autour de 1907, celui-ci explique que dans ce genre de polémique, il s’agissait d’adopter la position de l’adversaire, d’en pousser la logique jusqu’à son dernier terme, et de tenter par là d’en révéler l’absurdité (argument de la pente glissante).[1]

Martov remporte d'abord le vote, mais après après le départ des 7 délégués du Bund et des 2 économistes, les partisans de Lénine se retrouvent en majorité. A ce moment-là, Plékhanov est du côté de Lénine, tandis que Trotsky est avec Martov.

Schématiquement, les bolcheviks rassemblent autour de Lénine un courant en apparence homogène, alors que les mencheviks regroupent différentes tendances : sociaux-démocrates traditionnels, tendance plus à gauche de Martov et tendance « gauchiste » de Trotski.

Le revirement de Plékhanov

Se retrouvant en minorité, les « martovistes » menacent de scissionner. Sous pression, Plekhanov fait volte-face et exige, pour « l’unité », que la majorité au comité de rédaction de l’Iskra soit donnée aux partisans de Martov, ce qui sera fait. Lénine s'insurge, et fait valoir que s'il avait été minoritaire il serait resté à la rédaction en tant que minorité, sans faire de chantage à l'unité. Lénine tente pourtant activement d'éviter la scission, assurant des pleins droits démocratiques aux menchéviks. Mais ceux-ci refusent tout compromis avec « les léninistes ». Ces derniers, eux, se désignent par les termes de « majorité » (bolchinstvo, en russe), « vainqueurs » (du congrès). Ils combattent la ligne de la nouvelle Iskra, appelant ses partisans les « néo-iskristes ».[2]

En novembre 1904, Lénine organise sa fraction, et emploie les termes de bolchéviks (« majoritaires ») et mencheviks (« minoritaires », de menchinstvo, « minorité »). Sous l'impulsion de Bogdanov, les bolchéviks lancent leur propre journal, Vperiod (« En avant »). Pendant tout l'année 1904, on insiste des deux côtés sur le fait que le clivage est plus profond que la question de l'organisation. C'est notamment ce que fait Lénine dans sa brochure Un pas en avant, deux pas en arrière.[3] Rosa Luxemburg publie une critique de Lénine, Questions d'organisation de la social-démocratie russe.[4] Les termes de bolchéviks / menchéviks ne seront employés par les martovistes que vers fin 1905.[2]

Les accusations portées par les adversaires seront notamment que les bolchéviks reproduiraient les travers des blanquistes, des populistes, des jacobins (Trotsky compare Lénine à Robespierre en 1904[5]), voire des anarchistes (Plékhanov au 5e congrès). Les bolchéviks sont régulièrement accusés d'utopisme, de romantisme révolutionnaire. « Soulèvement — gouvernement révolutionnaire provisoire — république, voilà tout le schéma politique des bolcheviks. » dit Jordania au 4e congrès.

La révolution de 1905

La révolution de 1905, qui prend par surprise l'ensemble des socialistes, impactera beaucoup la situation politique et les organisations. Les dirigeants bolchéviks étaient au départ méfiants envers ces organes apparus spontanément. Ils n'y étaient pas à l'aise, et fixaient la tâche de « convaincre ces organisations d'accepter le programme du parti social-démocrate comme étant le seul conforme aux vrais intérêts du prolétariat ». Lénine fera évoluer ces positions en favorisant le travail dans les soviets et en reconnaissant leur rôle central dans la révolution.

En janvier, Lénine accuse les minoritaires menchéviks d'avoir un rôle désorganisateur et secrètement fractionniste.[6] Trotsky se tenait à ce moment-là « hors fraction ». Lénine ironisait sur celui qui se promenait « avec le rameau de la paix et la burette d'huile non-fractionniste à la main ».

Mais surtout, la révolution montre que la bourgeoisie préfère se jeter dans les bras de la réaction plutôt que de risquer de tout perdre dans une lutte de classe trop intense. Le POSDR se divise en deux attitudes radicalement différentes :

C'est à ce moment que Trotsky développe une idée différente et originale : la théorie de la révolution permanente.

3e congrès (1905) : le congrès bolchévik

Le 3e congrès se tient à Londres du 25 avril au 10 mai 1905. Sa préparation déclencha un conflit de légitimité.[8] Le Comité central menchévik avait voté contre l'appel au congrès le 7 février 1905, et voté l'exclusion de Lénine. Mais deux jours plus tard, 9 des 11 membres de ce comité sont arrêtés. Des membres du Comité central, Leonid Krassine et Alexei Lyubimov, prennent contact avec les bolchéviks et signent un accord pour la tenue du 3e congrès avec Sergei Gusev et Piotr Rumyantsev.

Seule une poignée de menchéviks se rend au congrès, les autres organisant une conférence alternative à Genève. Krassine et Bogdanov sont alors nommés au Bureau russe du Comité central, chargé de réunifier les 2 fractions.

A côté des sujets ordinaires, l'ordre du jour du congrès comprenait la situation pré-révolutionnaire d'alors, ou encore la guerre russo-japonaise. Lénine militait pour la défaite de la Russie. Le congrès décide alors de rapatrier le Comité central la presse du parti en Russie, ce qui fait pression sur Lénine pour qu'il rentre (ce qu'il fera en novembre).

Après la révolution, pendant un bref instant, il était possible de mener une activité politique légale, dont la possibilité de participer à des élections, et de profiter du droit de réunion pour organiser plus démocratiquement le parti qu'en période clandestine (c'était auparavant la cooptation qui primait). Lénine recommande aussitôt une adaptation du parti et une généralisation des élections des organes par la base.[9] Il ajoute, contre les « comitards », qu'il ne fallait pas craindre une « adhésion fulgurante et massive de personnes qui ne sont pas des so­cial-démocrates ».

Affiche-POSDR.jpg

La caution de Kautsky

En 1906, Kautsky, principal théoricien de l'Internationale socialiste, écrit un article qui sera influent : Les forces motrices de la Révolution russe et ses perspectives. Il y défend le point de vue des bolchéviks sur la stratégie pour mener la révolution anti-tsariste: un pari sur le paysan russe comme combattant pour la transformation démocratique du pays. Cette prise de position apportera une véritable caution marxiste aux bolchéviks, qui l'utiliseront souvent. En 1910, dans une polémique contre le menchévik Martov, le dirigeant bolchévik Kamenev écrit: « il y a un certain plaisir à être assis aux côtés de Kautsky sur le banc des accusés ». Kamenev a publié à nouveau ce texte au début des années 1920 et y réaffirme la marque d’honneur qu’il en retire. Même Staline, bien plus tard, écrira au tout début du second volume de ses œuvres complètes un essai revenant sur l'article de Kautsky de 1906, vantant un « théoricien remarquable », qui « prête aux questions tactiques de la minutie et un grand sérieux », et dont les positions à l’égard des questions russes sont d’une grande valeur.

4e congrès (1906) : réunification des fractions

Le 4e congrès se tient à Stockholm (Suède) en avril 1906. Les bolchéviks et les menchéviks se rapprochent, et refusionnent formellement.[10] Lénine annonce solennellement : « II n'y a plus de schisme [...] les fractions précédentes des 'bolcheviks' et des 'mencheviks' se sont entièrement fondues. »

Les principaux sujets abordés furent la situation politique et les tâches du prolétariat, la question agraire, l'attitude envers la Douma, et les questions d'organisation (Martov fait remplacer la version de 1903 sur les statuts par la sienne). Chaque point soulève une forte polémique entre fractions. Les menchéviks sont alors majoritaires (environ 34 000 militants contre 14 000 pour les bolchéviks) et font globalement passer leurs positions.

Suite à la défaite de la révolution de 1905, certains menchéviks abandonnent le POSDR et rejoignent des partis légaux. Lénine les appellera en 1908 les « liquidationnistes ».

Démocratisation du régime et du parti

Après la révolution, pendant un bref instant, il était possible de mener une activité politique légale, dont la possibilité de participer à des élections, et de profiter du droit de réunion pour organiser plus démocratiquement le parti qu'en période clandestine (où la cooptation primait). Lénine recommande aussitôt une adaptation du parti et une généralisation des élections des organes par la base[11], et il rappelle que cela a toujours été la position des bolchéviks :

« Nous autres, représentants de la social-démocratie révolutionnaire, partisans de la « majorité » [bolchévique], nous avons dit bien des fois que la démocratisation du parti, réalisée jusqu’au bout, était impos­sible dans les conditions du travail conspirateur, que le « principe électif » dans cette situation était un vain mot. La vie à confirmé nos paroles. (…) Mais la nécessité d’adopter le principe électif dans de nouvelles conditions, lors de l’accession à la liberté politique, nous autres, bolcheviks, nous l’avons toujours reconnue. »

Lénine écrivait qu'il ne fallait pas craindre une « adhésion fulgurante et massive de personnes qui ne sont pas des so­cial-démocrates ».

5e congrès (1907)

Le 5e congrès se tient à Londres entre le 13 mai et le 1er juin 1907. Il réunit 338 délégués, dont 105 bolchéviks et 97 menchéviks (représentant au total 77 000 militant-e-s). Les délégués polonais (SDKPiL) et lettons faisaient bloc avec les bolchéviks, tandis que les bundistes étaient alliés aux menchéviks. Trotsky est alors non aligné et fait le médiateur entre les deux blocs.[12][13][14] Les bolchéviks sont désormais plus nombreux que les mencheviks.

Les débats sont tendus. Les bolchéviks soutiennent qu'il faut se préparer à un soulèvement armé contre le tsarisme, ce que Martov dénonce comme une déviation « putschiste ».

La question syndicale soulève aussi des débats. Les menchéviks soutiennent l'idée d'organiser un grand « congrès ouvrier », comme première étape vers un mouvement ouvrier organisé davantage sur le modèle d'Europe de l'Ouest.

Enfin, les menchéviks condamnent les « expropriations » (braquages menés pour financer les activités du parti) menées par certains bolchéviks (mais aussi par des SR et des anarchistes). Leur résolution est votée à 65% (y compris certains bolchéviks). Ironiquement, une des « expropriations » les plus connues eut lieu quelques semaines après le congrès à Tiflis.

Le Comité central issu de ce congrès est profondément divisé et ne parvient pas à fonctionner. Les bolchéviks élisent à l'issue du congrès leur propre direction, menée par Lénine. On peut noter qu'apparaissent à cette époque les diminutifs « beki » et « meki » pour désigner les deux fractions.[2]

Période réactionnaire (1907-1911) puis remontée des luttes

Les années qui suivent la défaite de la révolution de 1905 sont une période réactionnaire, pendant laquelle la conscience de classe recule, les grèves diminuent, et les idées réformistes se renforcent. Trotsky fait l'observation suivante :

« Pour comprendre les deux principaux courants dans la classe ouvrière de Russie, il est important de considérer que le menchévisme s'est définitivement formé pendant les années de réaction et de régression, s'appuyant principalement sur une mince couche d'ouvriers qui avaient rompu avec la révolution ; tandis que le bolchévisme, terriblement écrasé durant la période de réaction, monta rapidement, au cours des années qui précédèrent la guerre, à la crête du nouveau flux révolutionnaire.  »[15]

Un rapport du département de la Police dans les années qui précédèrent la guerre disait : « L'élément le plus énergique, le plus allègre, le plus capable de lutter infatigablement, de résister et de s'organiser constamment, se trouve dans les groupements et les individus qui se concentrent autour de Lénine... » C'est donc tout naturellement que bolchéviks étaient surveillés de près. En 1914, sur 7 membres du comité du parti à Saint-Pétersbourg, trois étaient des agents de l'Okhrana, la police secrète tsariste.

Par ailleurs, Lénine tend à partir de 1908 à employer les termes de « bolchéviks » et « menchéviks » comme pour désigner des courants révolus, ayant existé de 1903 à 1908. Il essaie de mettre l'accent sur la construction vers l'extérieur, à partir des positions bolchéviques mais sous le drapeau POSDR : « Les bolcheviks doivent à présent construire le parti, construire, à partir des fractions, le parti, construire le parti à partir des positions qu'ils ont acquises par la lutte des fractions. » (1909). Il va jusqu'à dire : « Nous l'avons dit, et nous le répétons encore : tout social-démocrate est bolchevik. » Ou encore, début 1914 : « La majorité est derrière les bolcheviks, le parti est derrière les bolcheviks [...] les bolcheviks sont pour l'unité. L'unité du parti illégal est indispensable, l'unité par en bas. »

Force pratique et faiblesses théoriques

Les évolutions numériques respectives des bolchéviks et des menchéviks nous renseignent sur le type de militants de ces deux organisations : en 1906, après la défaite de la première révolution russe et alors que le reflux du mouvement ouvrier russe commence seulement, les mencheviks sont beaucoup plus nombreux (34 000 militants contre 14 000). Mais en 1907, les bolchéviks ont dépassé les mencheviks. Car si les militants bolchéviks sont plus longs à former, ils résistent également mieux à la répression, d’autant que les bolchéviks ont une structure et une activité clandestines. A partir de 1908, les effectifs des deux fractions s’effondrent, sous l’effet de la répression. La fraction bolchévik, en particulier, est dispersée, morcelée, mais ses militants valeureux sont toujours là et s’illustreront, pour beaucoup d’entre eux, en 1917.

Mais si les militants et les cadres bolchéviks sont bien formés au travail clandestin et à la lutte contre la répression, il n’en va pas nécessairement de même au niveau de la formation théorique. Les écrits de certains militants importants, comme Molotov ou Staline, montrent tantôt une faible culture marxiste, tantôt, dans le cas de Staline par exemple, un nombre considérable de lectures marxistes mais une assimilation grossière de la dialectique. Même les dirigeants bolchéviks sont parfois idéologiquement fragile, comme le montre l'épisode otzoviste.

La Douma et les otzovistes

Les sociaux-démocrates (comme les SR) boycottent les élections de la première Douma d'État de l'Empire russe (fin 1905 - début 1906), car elles sont mises en place pour essayer de calmer le mouvement révolutionnaire par une réforme minime du régime. Mais aux élections à la deuxième Douma (janvier 1907), dans un contexte de reflux de la révolution, les social-démocrates et les socialistes-révolutionnaires se présentent et obtiennent 83 sièges.

Un courant gauchiste se forme au sein des bolchéviks (derrière Bogdanov), contre la participation, et appelant au rappel des députés (« otzovistes »). Globalement ces dirigeants (Bogdanov, Bazarov, Lounatcharski...), à la même époque, sont attirés par une philosophie idéaliste, « l'empirio-criticisme ». C'est contre eux que Lénine écrira son livre Matérialisme et empiriocriticisme. Cela explique aussi pourquoi Lénine éprouva, en 1911, alors qu’il était en exil, le besoin d’ouvrir une école du parti pour les ouvriers venant de Russie, à Longjumeau. Mais bien souvent, ces mêmes dirigeants bolchéviks méprisent les ouvriers sans formation qui veulent adhérer, et filtrent leur entrée dans le parti.

La deuxième Douma est dissoute en juin sous prétexte de la découverte d'un complot social-démocrate pour subvertir l'armée. Sous de nouvelles lois électorales, la présence des sociaux-démocrates à la troisième Douma (novembre 1907) est réduite à 19.

A partir de 1908, les effectifs socialistes s’effondrent sous l’effet de la répression. À partir de la quatrième Douma (1912-1917), les sociaux-démocrates sont définitivement divisés. Les mencheviks ont 5 membres et les bolcheviks 7, dont Roman Malinovski, qui s'avérera être un agent de l'Okhrana.

On peut noter qu'en 1913, Lénine écrit ce qui est peut-être le seul article consacré au terme de « bolchévisme », dans un ouvrage encyclopédique[16]. En 1912, les bolchéviks lancent le journal Pravda.

En octobre 1912, selon R. Luxemburg, le POSDR est composé des courants suivants : « les mencheviks (tendance Axelrod) , les mencheviks du Parti (tendance Plekhanov), le groupe Vperiod, le groupe Pravda, les bolcheviks du Parti et les bolcheviks de Lénine ».

Pendant la guerre (1914-1917)

En 1914, certains militants, par faiblesse idéologique, se sont rangés derrière les menchéviks sur une ligne de défense de la patrie. En particulier, les députés bolchéviks à la Douma votent dans un premier temps avec les menchéviks une motion où ils s'engagent à « défendre les biens culturels du peuple contre toutes atteintes, d'où qu'elles vinssent ». La Douma souligna par des applaudissements cette reddition. De toutes les organisations et groupes russes du parti, pas un ne prit ouvertement la position défaitiste que Lénine proclama à l'étranger. Il y avait cependant très peu de bolchéviks ouvertement social-chauvins, contraitement aux menchéviks. Et rapidement, les bolchéviks ont repris les activités révolutionnaires sur le sol russe.

En novembre 1914, les 5 députés bolchéviks furent arrêtés et une vague de répression réduit à presque rien l'activité révolutionnaire. En février 1915, l'affaire fut entendue au Palais de Justice. Les accusés se tinrent sur la réserve. Kamenev et Petrovsky désavoue le défaitisme de Lénine. Le département de la police nota avec satisfaction que la sévère sentence rapportée contre les députés n'avait donné lieu à aucun mouvement protestataire chez les ouvriers. Les contacts avec l’exil se réduisent à presque rien : en novembre 1916, Zinoviev et Lénine, en exil, ne savent pas ce qu’est devenu leur parti. Le parti réel était donc fort éloigné du modèle idéal que l’on trouve dans les textes de Lénine.

Malgré tout, l’organisation de Lénine aura permis que, malgré la répression et la dispersion, subsiste un corps de militants dévoués, animés par une claire conscience de classe, d’où va sortir l’instrument de la révolution d’octobre. Dès 1914, des militants bolchéviks commencèrent à développer dans les masses, par la presse et la parole, leur agitation contre la guerre. Un rapport de la police mentionne :

« Les partisans de Lénine, qui mènent en Russie la grande majorité des organisations social-démocrates clandestines, ont mis en circulation depuis le début de la guerre, dans leurs principaux centres (savoir : Pétrograd, Moscou, Kharkov, Kiev, Toula, Kostroma, le gouvernement de Vladimir, Samara), une quantité considérable de tracts révolutionnaires, réclamant la fin des hostilités, le renversement du pouvoir actuel et la proclamation de la république ; en outre, cette activité a eu pour résultat sensible 1'organisation par les ouvriers de grèves et de désordres.  »[17]

Un autre type de désaccord apparaît entre Lénine et ceux qui soutiennent une position qu'il appelle de « l'économisme impérialiste » (Boukharine, Piatakov, Bosch). C'est-à-dire ceux qui s'opposaient aux revendications d'autonomie / indépendance nationale au nom du fait que les forces productives se développent mieux à grande échelle.

Le Parti bolchévik en 1917

Révolution de Février

Lorsqu'éclate la révolution de Février 1917, beaucoup de dirigeants social-démocrates, bolchéviks comme menchéviks, sont en exil : Lénine et Martov sont à Zurich, Trotski est à New York, Tchernov à Paris, Tsereteli, Dan et Staline en exil en Sibérie.

Les tous premiers jours les socialistes de toute tendance ne réalisent pas immédiatement ce qui est en train de se passer. Le bolchevik Chliapnikov (membre du comité central du parti) pense qu'il s'agit là plus d'une émeute de la faim que d'une révolution en marche.

Dans la révolution, le programme officiel de tous les social-démocrates est identique et so bornait à la révolution démocratique. Mais dans la pratique, les militants bolchéviks étaient bien plus résolus. Les ouvriers bolcheviks, aussitôt après l'insurrection, avaient pris sur eux l'initiative de la lutte pour la journée de huit heures; les menchéviks déclaraient prématurée cette revendication. Les bolcheviks dirigeaient les arrestations de fonctionnaires tsaristes, les menchéviks s'opposaient aux "excès". Les bolcheviks entreprirent énergiquement de créer une milice ouvrière, les menchéviks enrayaient l'armement des ouvriers, ne désirant pas se brouiller avec la bourgeoisie.

Le 27 février, le soviet de Petrograd se forme au même moment que le gouvernement provisoire bourgeois. Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, qui sont majoritaires dans les soviets qui se forment, font confiance au gouvernement provisoire, et les bolchéviks (dirigés par Kamenev et Staline) tendent à s'aligner sur cette position, alors que le gouvernement provisoire maintient la participation à la guerre et ne lance pas de réforme agraire. Au lendemain de l'insurrection, on avait pu lire dans un manifeste du comité central des bolcheviks: « Les ouvriers des fabriques et des usines, ainsi que toutes les troupes soulevées doivent immédiatement élire leurs représentants au gouvernement révolutionnaire provisoire. » La Pravda du 15 mars avait écrit que les bolcheviks soutiendraient résolument le gouvernement provisoire « dans la mesure où il lutte contre la réaction ou la contre-révolution ». Une formule floue que raille Lénine.

Le retour de Lénine et la réorientation

Lénine, qui est arrivé à Petrograd dans la nuit du 3 au 4 avril, présente ses thèses (que l'on retiendra comme Thèses d'avril) à la réunion du Parti bolchevik du 4 avril. Il en avait déjà tracé les grandes lignes dans le train (le fameux « wagon plombé ») qui le ramenait vers la Russie. Il prône un redressement immédiat de la ligne politique. Dès son arrivée à Petrograd, en gare de Finlande, Lénine engueule Kamenev sur ce qu'il écrivait dans la Pravda.

Etant donné le pouvoir populaire direct qu'ont les ouvriers et les soldats dans les soviets, le gouvernement provisoire ne contrôle pas tout, et il y a de fait une situation de dualité de pouvoir. Au lieu de faire confiance au gouvernement provisoire, Lénine propose de revendiquer « tout le pouvoir aux soviets ! ». Lénine considère que la formule bolchévique a été confirmée, mais qu’« il faut savoir compléter et corriger les vieilles formules »[18], car « personne autrefois ne songeait, ni ne pouvait songer, à une dualité du pouvoir ». Il fait l'analyse que la dictature des ouvriers est paysans est non pas le gouvernement provisoire, mais ce pouvoir des soviets, « du même type que la Commune de Paris de 1871 ».

Les thèses de Lénine semblèrent trop radicales aux dirigeants bolcheviks de l’intérieur qui restaient accrochés à la vieille tactique de la « dictature démocratique des ouvriers et des paysans ». Le 8 avril, 13 des 15 membres de la direction bolchevik de Petrograd rejetèrent les thèses de Lénine. Kamenev déclare : « Pour ce qui est du schéma général du camarade Lénine, il nous parait inacceptable dans la mesure où il présente comme achevée la révolution démocratique bourgeoise et compte sur une transformation immédiate de cette révolution en révolution socialiste. » Le bruit court à ce moment-là que Lénine est devenu trotskiste, car il semble s'être rallié de fait à l'idée de révolution permanente. Selon Trotsky c'est effectivement ce qui s'est passé[19] (ce que les bordiguistes contestent[20]).

Le 24 avril a lieu une conférence réunissant 149 délégués (qui représentent 79 000 adhérents) : Lénine y obtient une quasi-unanimité contre la guerre, ainsi qu’une forte majorité pour transférer aux soviets les pouvoirs d’Etat, une faible majorité pour entrer dans la voie de la révolution socialiste, mais échoue à changer le nom du parti de « social-démocrate » en « communiste ».

La radicalisation de la ligne bouleverse les organisations préexistantes. Les bolchéviks droitiers quittent le parti, les menchéviks de gauche le rejoignent. De nombreux groupes ou organisations autonomes ou isolés le rejoignent. Notamment, le comité Interrayons, dirigé par Trotsky, et qui compte à sa tête des dirigeants de qualité, fusionne avec le Parti bolchévik en juillet (lors du 6e Congrès du Parti bolchévik). Auparavant, Staline et Kamenev s’étaient opposé à cette fusion. Au cours de ce congrès, qui regroupe 175 délégués pour 112 organisations et 177 000 membres, Lénine, Kamenev, Zinoviev et Trotsky sont élus au comité central à la quasi-unanimité.

Dans L'Etat et la Révolution, écrit au coeur de la révolution, Lénine fera un retour critique sur la ligne politique réformiste qui gangrène la Deuxième internationale. Il revendique un retour à la politique révolutionnaire de Marx et Engels, et réaffirme que l'Etat ouvrier ne peut être construit que par une révolution qui détruit l'Etat bourgeois. Le nouvel Etat ouvrier est « du type de la Commune de Paris », du type soviétique.

La montée en puissance

Alors que les militants de base du parti expliquaient patiemment le point de vue de Lénine aux ouvriers, aux soldats, aux paysans, Lénine parvint à reprendre en main le parti au cours des mois suivants. De février à juillet, la taille du parti bolchevik passa de 24.000 à 240.000 membres.

Fin avril, début juin, le rapport de force commence à évoluer rapidement en faveur des bolchéviks. L'influence des bolchéviks augmenta plus rapidement dans les comités d'usines et les soviets des quartiers ouvriers. Les questions posées par lutte de classe, plus concrètes et vitales pour les ouvriers, permettaient aux bolchéviks de faire des démonstrations face aux réformistes. Fin avril, les les bolcheviks se trouvèrent majoritaires dans les soviets du quartier de Vyborg, de Vassilievsyk-Ostrov, du rayon de Narva. Le 3 juin en parallèle, la conférence des comités de fabriques et d'usines de Pétrograd adoptait, à une majorité également écrasante, une résolution disant que le pays ne saurait être sauvé que par le pouvoir des soviets.

Toutes les élections partielles aux soviets leur donnaient la victoire, et la section ouvrière du Soviet de Pétrograd gagna une majorité bolchévique. Mais dans les séances communes avec les soldats, les bolcheviks étaient encore écrasés par les délégués SR. La Pravda réclamait avec insistance de nouvelles élections : « Les 500 000 ouvriers de Pétrograd ont au Soviet quatre fois moins de délégués que les 150 000 hommes de la garnison. »

De large secteurs du parti retardaient cependant sur les expériences faites à Pétrograd et sur le réalignement opéré par Lénine. Dans des centres ouvriers tels qu'Ékatérinbourg, Perm, Toula, Nijni-Novgorod, Sormovo, Kolomna, Iouzovka, les bolcheviks ne se séparèrent des mencheviks qu'à la fin de mai. À Odessa, Nikolaïev, Élisavetgrad, Poltava et en d'autres points de l'Ukraine, les bolcheviks, au milieu de juin, n'avaient pas encore d'organisations autonomes. À Bakou, Zlatooust, Bejtesk, Kostroma, ils ne se séparèrent définitivement des mencheviks qu'à la fin de juin.

Révolution d'Octobre

Le parti de la révolution d’octobre est donc un parti refondu dans la lutte. C’est lui qui, forgé sous la répression de l’été 1917, va conquérir en trois mois la majorité dans les soviets et diriger une insurrection victorieuse. Dans ces moments, les mots d’ordre viennent de Lénine (exilé en Finlande) et de Trotsky. Le nombre d’agitateurs diminue, et on n’entend plus guère les voix de Staline, Kamenev et Zinoviev. Ces deux derniers sont explicitement contre la prise de pouvoir. Mais le plus efficace, dans cette période, c’est l’agitation menée à la base par les anonymes, ouvriers et soldats. Voici ce qu’écrit Trotsky à ce sujet :

« Des mois de vie politique fébrile avaient créé d'innombrables cadres de la base, avaient éduqué des centaines et des milliers d'autodidactes qui s'étaient habitués à observer la politique d'en bas et non d'en haut et qui, par conséquent, appréciaient les faits et les gens avec une justesse non toujours accessible aux orateurs du genre académique. En première place se tenaient les ouvriers de Piter [Petrograd], prolétaires héréditairement, qui avaient détaché un effectif d'agitateurs et d'organisateurs d'une trempe exceptionnellement révolutionnaire, d'une haute culture politique, indépendants dans la pensée, dans la parole, dans l'action.

Tourneurs, serruriers, forgerons, moniteurs des corporations et des usines avaient déjà autour d'eux leurs écoles, leurs élèves, futurs constructeurs de la République des Soviets. Les matelots de la Baltique, les plus proches compagnons d'armes des ouvriers de Piter, provenant pour une bonne part de ceux-ci, envoyèrent des brigades d'agitateurs qui conquéraient de haute lutte les régiments arriérés, les chefs-lieux de district, les cantons de moujiks. La formule généralisatrice lancée au cirque Moderne par un des leaders révolutionnaires prenait forme et corps dans des centaines de têtes réfléchies et ébranlait ensuite tout le pays. [...] Les usines conjointement avec les régiments envoyaient des délégués au front. Les tranchées se liaient avec les ouvriers et les paysans du plus proche arrière-front. [...] Les usines et les régiments de Petrograd et de Moscou frappaient avec de plus en plus d'insistance aux portes de bois du village. Se cotisant, les ouvriers envoyaient des délégués dans les provinces d'où ils étaient originaires. [...] Le bolchévisme conquérait le pays. Les bolcheviks devenaient une force irrésistible »[21].

Voilà donc quel était le parti qui prit le pouvoir. Et voilà qui tord le cou à tous les discours qui font de l’insurrection d’octobre un coup d’Etat !

Evolutions et postérité

Le parti au pouvoir

Le parti victorieux enregistre, au lendemain d’octobre, des adhésions en masse. En mars 1919, le parti compte 250 000 militants, dont 52% d’ouvriers, 15% de paysans, 18% d’employés, 14% d’intellectuels (étant inclus dans cette dernière catégorie tous ceux qui ont reçu une éducation secondaire). 27% de ces militants sont, à ce moment, dans l’Armée rouge, au combat. C’est un parti jeune : la moitié de ses effectifs a moins de 30 ans. A ce moment, le parti est encore de bonne qualité. Mais ses effectifs vont rapidement exploser, pour atteindre 730 000 membres en mars 1921. Parmi tous ces membres, nombreux sont les arrivistes, attirés moins par le combat bolchévik que par l’ « obséquiosité devant le pouvoir du jour[22] », pour reprendre une expression de Trotsky. En 1922, 97% des militants bolchéviks ont rejoint le parti après octobre 17. La purge de 1923, la première de l’histoire du parti, l’ampute de 180 000 membres – Trotsky s’en félicite au nom de la lutte contre l’arrivisme.

Le problème est que le parti a aussi besoin de ces éléments idéologiquement peu sûrs et socialement hétérogènes à la masse du prolétariat – les employés et les fonctionnaires qui, à l’époque, n’étaient pas aussi prolétarisés qu’aujourd’hui. Car pour faire fonctionner un Etat moderne, on a besoin de spécialistes. Les mêmes qui, en octobre 1917, ont accueilli très hostilement la prise de pouvoir par les bolchéviks, vont voler, en 1918, au secours de la révolution en faisant valoir leurs compétences techniques et en profitant des avantages que procure le fait d’être dans le parti au pouvoir. Le phénomène de corruption par le pouvoir se développe, surtout que nombre de militants perçoivent l’exercice du pouvoir par leur parti comme une sorte de récompense due après des années de misère, de souffrances, de répression et de tensions.

De plus, après la victoire contre les armées blanches, une grande partie des masses s’éloignent des bolchéviks tant le chaos et la misère restent grands, tant les sacrifices exigés ont été insupportables. La guerre civile a également saigné, décimé la fleur du parti, détruisant numériquement une bonne partie de la classe ouvrière et sabrant le moral de ceux qui restaient.

Le 21 septembre 1920, une Commission pour l'étude de l'Histoire du Parti est créée pour recueillir et étudier des matériaux sur l'histoire du parti et de la Révolution d'Octobre. [23]

La Commission centrale de vérification fut créée par le Comité central du P.C.(b)R. le 25 juin 1921 en période d'épuration du parti pour diriger le travail des commissions de vérification locales.

En juillet 1921 le Parti effectua une analyse quantitative et qualitative des militants responsables au niveau des provinces et des districts, ainsi que celle de leur répartition territoriale et de leur utilisation rationnelle. Dans l'appareil central à Moscou, 4700 communistes sont recensés.

Au XIe congrès du PCR (mars 1921), Lénine se plaint que trop de questions mineures, mal gérées par le Conseil des Commissaires du Peuple, sont portées devant le Comité central du PCR. Il déclare que « sur les 18 commissariats que nous avons, 15 au moins ne valent rien ». Il reproche également la tendance à la dilution des responsabilités :

« Ces jours-ci on a épuré les commissions. Il y en avait cent vingt. Combien étaient nécessaires ? Seize. Et ce n'est pas la première épuration. Au lieu de répondre de ses actes, au lieu de soumettre une décision au Conseil des Commissaires du Peuple, en sachant qu'on en porte la responsabilité, on se retranche derrière les commissions. »

Il ajoute qu'il est nécessaire d'élargir et de développer l'autonomie et l'activité des Conseils économiques régionaux. Organes locaux du Conseil du Travail et de la Défense, formés au début de 1921, ces Conseils furent institués pour coordonner et renforcer l'activité de tous les organismes économiques locaux et des conseils économiques de province.

Dégénérescence

A cela s’ajoute qu’il y a un énorme fossé, au niveau de la culture politique, entre les vieux cadres formés et les nouveaux militants. Cela entraîne une hiérarchisation qui ne va avoir de cesse de se creuser. Des rapports de commandement tendent à se substituer aux rapports d’égalité démocratique. Cela favorise l’émergence d’une couche de bureaucrates, capables de rallier à eux des militants non formés et acritiques vis-à-vis de leur mentor. La montée dans l’appareil de Khrouchtchev, par exemple, a été permise par cette fidélité aveugle au cadre sous l’égide duquel il s’est formé. La NEP, en outre, accentua encore le champ de la corruption en rétablissant les privilèges de l’argent pour faire face à la misère engendrée par la guerre civile. Cela permit l’émergence d’une masse de cadres socialement privilégiés qui, d’instinct, protégèrent cette situation par la consolidation de leurs privilèges sociaux.

A partir de 1921, les soviets sont vidés de leurs meilleurs éléments et ne peuvent plus servir de base à la démocratie soviétique. Une opposition, dès lors, ne peut plus être qu’intérieure au Parti bolchévik. L’Opposition ouvrière se forme en 1920. Mais Lénine fait voter, au Xème Congrès (1921), l’interdiction des fractions au nom des menaces de contre-révolution, ainsi que l’attribution au comité central de pouvoirs temporaires d’exclusion. Ces mesures vont favoriser la cristallisation de la bureaucratie. En 1922, Staline s’installe au poste stratégique de secrétaire général du comité central, qui lui permet de contrôler les effectifs du parti, et qui lui permettra d'accéder plus facilement aux rênes du pouvoir par la suite..

Le parti bolchévik devenu stalinien purgera les bolchéviks ayant appartenu aux diverses oppositions, et ceux suspectés d’y avoir appartenu. En 1937, les épurateurs sont épurés à leur tour. Les dirigeants bolchéviks ont compris trop tard le problème, Lénine le premier, mais alors qu’il agonise. Trotsky ne suit pas ses conseils et renonce à lutter contre Staline, en 1923, lors du XIIème Congrès.

Le légitimisme des « vieux bolchéviks »

Avec l'aura dont bénéficie le parti bolchévik victorieux en 1917, la légitimité d'un militant paraît souvent d'autant plus grande qu'il a été depuis longtemps un bolchévik, et encore plus s'il a toujours été d'accord avec Lénine. On appelle « vieux bolchéviks » ceux qui avaient rejoint le parti avant Octobre. Alors que Trotsky a eu un grand rôle en 1917 et était très populaire dans la jeune URSS, ses adversaires ont abondamment utilisé pour le discréditer le fait qu'il ait été menchévik.

Bibliographie

Archives et protocoles des congrès du POSDR

Ouvrages

  • Grigori Zinoviev, Histoire du Parti bolchevik, 1924
  • Pierre Broué, Le parti bolchévique, 1963
  • Collectif, Histoire du Parti communiste /bolchévik/ de l'U.R.S.S : Précis rédigé par une commission du Comité central du P.C.(b) de l'U.R.S.S, Moscou, Éditions en langues étrangères, (1re éd. 1938), 408 p.
  • Korine Amacher, La Russie 1598-1917 : Révoltes et mouvements révolutionnaires, Gollion, Infolio, coll. « Illico » (no 28), , 222 p.

Articles

Notes

  1. Lire Lénine. Entretien avec Lars Lih, 2013
  2. 2,0 2,1 et 2,2 Claudie Weill, A propos du terme bolchévisme, 1975
  3. Lénine, Un pas en avant, deux pas en arrière, 1904
  4. Rosa Luxemburg, Questions d'organisation de la social-démocratie russe, 1904
  5. Trotsky, Report of the Siberian Delegation, 1903
  6. Lénine, Il est temps d'en finir, Vpériod, n° 1 du 4 janvier 1905
  7. Lénine, Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique, 1905
  8. Lénine, Conférence des comités, 1905
  9. Lénine, La réorganisation du parti, 1905
  10. Lénine, The Unity Congress of the RSDLP, avril 1906
  11. Lénine, La réorganisation du parti, 1905
  12. Lénine, The Fifth Congress of the RSDLP, 1907
  13. Staline, The London Congress of the RSDLP (notes of a delegate), 1907
  14. Trotsky, Staline, 1940
  15. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930
  16. N. Roubakine, Parmi les livres, tome II, 2e édit. 1913
  17. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930
  18. Lénine, Sur la dualité du pouvoir, Pravda n° 28, 9 avril 1917
  19. Trotsky, Histoire de la Révolution russe, 1930
  20. sinistra.net, Critique de la théorie de la révolution permanente, «Programme Communiste», numéro 57, octobre-décembre 1972
  21. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, t. 1, Ed. du Seuil, p. 390-392.
  22. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, t. 2, op. cit., p. 210.
  23. Lénine, XIe congrès du PCR(b), 27 mars 1922