Léon Trotsky

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Portrait de Trotsky.

Léon Davidovitch Bronstein, dit Trotsky (orthographié parfois en Trotski), est un révolutionnaire communiste des plus importants du 20ème siècle. Il a non seulement été un des dirigeants les plus perspicaces de la révolution russe, puis de la lutte contre la bureaucratie, mais il a fait avancer la théorie marxiste en analysant les situations nouvelles pour le mouvement ouvrier.

Biographie[modifier]

Avant la Révolution[modifier]

Trotsky naît en 1879, dans le village ukrainien de Yanovka, d'une famille de paysans juifs (ses origines juives seraient plus tard utilisées contre lui par la propagande antisémite stalinienne). A 18 ans, il rejoint un groupe révolutionnaire, marqué par les idées populistes et à composition petite-bourgeoise et paysanne. Trotsky adhère au marxisme et devient "social-démocrate" en 1896. Arrêté en 1898, déporté en Sibérie en 1900, il s'évade deux ans plus tard, émigre en Europe occidentale où il rencontre Lénine qui le fait coopter au comité de rédaction de l'Iskra. Dans le jeune Parti ouvrier social-démocrate de Russie, il se range d'abord du côté des mencheviks, puis s'en éloigne avant 1905, sans pour autant se rapprocher de Lénine, à qui il reproche ses méthodes dictatoriales et son "jacobinisme".

En 1905, la révolution éclate en Russie. Trotsky rentre en Russie et devient vice-président, puis président du soviet de Saint-Petersbourg. Il est à nouveau condamné et déporté, puis s'évade en Europe, où il va élaborer, avec Parvus, la théorie de la révolution permanente. Jusqu'en 1917, il se fait le défenseur de l'unité de tous les social-démocrates, des bolcheviks aux menchéviks : il polémique parfois vivement avec Lénine. Il organise même, en août 1912, à Vienne, une conférence d'unification à laquelle les bolcheviks refusent de participer.

Révolution d'Octobre et Armée rouge[modifier]

Pendant la Première Guerre mondiale, Trotsky participe aux conférences de Zimmerwald et de Kienthal où se crée l'embryon de la IIIe Internationale (c'est lui qui rédige le manifeste de la conférence de Zimmerwald), et combat violemment les socialistes qui défendent l'union sacrée. L'activité anti-impérialiste de Trotsky lui vaut d'être expulsé de France, exilé aux Etats-Unis, puis arrêté par les autorités britanniques. Il rentre en Russie en mai 1917. Il tombe d'accord avec les Thèses d'avril de Lénine, qu'il considère comme un ralliement à la révolution permanente, et se rallie au Parti bolchévik en juillet 1917, avec son petit groupe, le Comité inter-rayons. Au congrès d'unification (août 1917), Trotsky est élu au comité central du Parti bolchévik, alors qu'il est en prison.

Président du soviet de Pétrograd et du comité militaire révolutionnaire, Trotsky dirige l'insurrection d'Octobre. Après la chute du gouvernement provisoire, ce récent bolchévik devient l'un des principaux dirigeants du nouveau régime, aux côtés de Lénine. Il est commissaire du peuple aux Affaires étrangères en 1917-1918. A ce titre, c'est lui qui conduit la délégation soviétique chargée de négocier la paix avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie à Brest-Litovsk. Trotsky fait traîner les négociations, dans l'attente de l'éclatement d'une révolution en Europe, mais son espoir se révèle vain. Le 4 mars, les bolchéviks doivent se résoudre aux conditions draconiennes imposées au jeune Etat soviétique par les puissances centrales. Cet épisode donne lieu à une crise grave dans le Parti bolchévik : Lénine est favorable à l'acceptation des conditions, la gauche du parti réclame une guerre révolutionnaire contre l'Allemagne, alors que Trotsky est partisan d'une troisième voie qu'il définit en ces termes : "ni paix, ni guerre", et qui faillit bien réussir. Désavoué par son parti, Trotsky démissionne du Commissariat du peuple aux Affaires étrangères. Mais il devient, en 1918, commissaire à la Guerre : il conservera ce poste jusqu'en 1925.

La fin du conflit mondial ravive la guerre civile en Russie : les bolchéviks doivent faire face aux attaques des armées blanches à l'intérieur, et, à l'extérieur, à celles des armées japonaise, française, britannique et tchécoslovaque. La Russie soviétique est plusieurs fois très proche d'être écrasée. Mais Trotsky, commissaire à la Guerre, a mis sur pied l'Armée rouge qu'il conduit jusqu'à la victoire.

Après les heures glorieuses des conquêtes révolutionnaires, l'épisode de Cronstadt (où Trotsky joue un rôle actif dans la répression) et de la NEP constituent une pause dans la construction du socialisme en Russie ; et le Parti bolchévik montre les premiers signes d'une dégénérescence bureaucratique. Lénine, affaibli par la maladie, disparaît de la scène politique. Trotsky entre en conflit avec la troïka Zinoviev-Kamenev-Staline, à partir du débat sur le "cours nouveau" (titre de l'ouvrage dans lequel Trotsky préconise des remèdes pour lutter contre la bureaucratisation du parti).

Lutte contre la bureaucratie et le stalinisme[modifier]

En 1927, contre une bureaucratie déchaînée, Trotsky tente de maintenir la démocratie interne du Parti bolchévik et redresser une politique extérieure placée sous le signe du repli. Mais son ennemi Staline a raison de lui. Malgré son rapprochement avec Zinoviev et Kamenev en 1926, et la création de l'Opposition unifiée, Trotsky est exclu du parti en 1927. En janvier 1928, il est exilé à Alma-Ata, dans le Kazakhstan. Un an plus tard, il est chassé d'URSS et se réfugie, jusqu'en 1933, sur l'île de Prinkipo, en Turquie.

Beaucoup de gouvernements refusent à Trotsky l'asile politique. Il se rend en France (jusqu'en juin 1935), puis en Norvège (jusqu'en septembre 1936), et, finalement, au Mexique. Mais Trotsky, dans l'adversité, continue son combat. En juillet 1929 il entame la publication d'un Bulletin de l'opposition. En avril 1930 il met sur pied un secrétariat international provisoire de l'Opposition communiste. Il écrit de nombreux ouvrages, organise l'Opposition de gauche internationale, et crée la IVe Internationale, le 3 septembre 1938, avec 25 délégués de 11 pays.

Mais les staliniens le traquent et le persécutent. Des historiens répandent des flots de calomnie sur son compte et accusent successivement Trotsky d'être un agent des services secrets britanniques ou de la Gestapo. Il est l'un des principaux accusés des procès de Moscou. Son fils, Léon Sedov, est assassiné en 1938. Ses secrétaires sont liquidés les uns après les autres. Trotsky lui-même est assassiné en août 1940, d'un coup de piolet dans le crâne, par Ramon Mercader, un agent de Staline. Transporté à l'hôpital, Trotsky lutte 24 heures contre la mort et décède le 21 août.

Les apports de Trotsky[modifier]

Article détaillé : Trotskisme.

Le terme de trotskisme est d'abord apparu comme insulte de la part des staliniens. Il servait alors à calomnier lui et ses partisans, qui défendaient la Révolution russe et le marxisme face à la bureaucratie et au révisionnisme. Les staliniens n'hésitaient pas à employer l'amalgame "hitléro-trotskiste", ignoble quand on sait comment Trotsky s'est battu contre le nazisme, et combien les staliniens sont responsables de son succès.

Trotsky a beaucoup contribué à faire vivre le socialisme scientifique face aux immenses problèmes du XXème siècle. Les positions politiques qu'il défendait en Russie avec l'Opposition de gauche à Staline (lutte contre la bureaucratisation du parti bolchévik, pour l'industrialisation rapide, pour l'internationalisme, etc...), se sont avérées tragiquement pertinentes. Mais plus généralement qu'en URSS, les débats stratégiques fondamentaux avec le centrisme stalinien l'ont conduit à élaborer la théorie de la Révolution permanente, et à étudier dans un grand nombre de cas les modalités du front unique. Il a également proposé une theorie de la dégénérescence bureaucratique de l'URSS, devenue selon lui un État ouvrier dégénéré.

Exilé, après avoir tenté avec ses partisans de redresser l'Internationale communiste, il fonda la Quatrième internationale.

Témoignages sur Trotsky[modifier]

Le philosophe anglais Bertrand Russel écrit après son son voyage en Russie en 1920 :

« Trotski, que les communistes sont loin de considérer comme l’égal de Lénine, m’a laissé une impression plus forte, sinon au point de vue du caractère, du moins à celui de l’intelligence et de la personnalité. Je l’ai trop peu vu, toutefois, pour en avoir eu plus qu’une impression très superficielle. Il a des yeux brillants, l’allure militaire, l’intelligence vive comme l’éclair et un magnétisme personnel extraordinaire. Il est très bel homme et a de beaux cheveux ondulés ; on sent qu’il doit être irrésistible pour les femmes. Je constatai en lui une disposition à la bonne humeur et même à l’enjouement, tant que rien ne le contrarie. Il m’a semblé, peut-être à tort, que la vanité l’emportait chez lui sur la soif du pouvoir, le genre de vanité que l’on s’attend à trouver chez un artiste ou chez un acteur. »[1]

Angelica Balabanoff écrit dans ses mémoires :« Trotsky, que je rencontrai plus tard [que Lénine], était un orateur nettement plus brillant et plus percutant, bien que ses tics et son côté poseur eussent quelque chose d’irritant.  »[2]

Ou encore :

« Plus que n’importe quelle autre figure de la Révolution russe, Trotsky se révéla capable de soulever les masses par son enthou­siasme révolutionnaire et ses remarquables capacités intellectuel­les. En revanche, il n’attirait pas les sympathies personnelles, ou bien il ne les conservait pas longtemps. Ses qualités n’avaient d’égal que son arrogance, et sa conduite avec son entourage créait fréquemment une distance, interdisant à la fois toute chaleur humaine et toute possibilité d’échange véritable. »

Au sujet du combat - tardif selon elle - de Trotsky contre la bureaucratisation, elle écrit :

« [Si] Trotsky avait opposé sa supériorité au jésuitisme de ses rivaux en refusant de se servir de leurs méthodes, son sort aurait certainement été bien différent ! Il est plus que probable qu’au moment où, avec la bureaucratie, arriva le temps de la désillusion, il aurait pu devenir le dirigeant d’un mouvement révolutionnaire ouvrier international, et que son autorité et le nombre de ses partisans auraient été mille fois plus grands qu’ils ne le sont aujourd’hui. S’il avait, depuis le début, défendu la démocratie dans le Parti, lutté contre la répression dont étaient l’objet des dissidents sincères, combattu les calomnies montées par la machine du Parti contre les opposants politiques, il aurait trouvé en Russie bien plus de sympathie et de soutien, et cela du premier jour de sa persécution jusqu’à la dernière et abominable campagne lancée contre lui.

Mais pour pouvoir dénoncer jusqu’au bout ces méthodes, il aurait fallu que Trotsky s’y oppose dès la première heure, alors qu’il était encore tout-puissant, qu’il faisait partie intégrante de cette bureaucratie, et que les Russes croyaient encore qu’on ne sauverait pas le pays sans lui. Il n’aurait peut-être pas pu supprimer le mal — trop inhérent au bolchevisme lui-même — mais il aurait pu éviter quelques-uns de ses plus monstrueux effets et protester de manière bien plus efficace — poussant d’autres à le faire —, lorsqu’il en devint lui-même la victime. Mais après 1917, Trotsky était non seulement un bon Bolchevik, un « léniniste » cent pour cent, mais il était aussi trop faible et trop sûr de lui pour s’engager dans un tel combat alors qu’il faisait encore partie de la classe dirigeante.

« Trop faible ? » Comment puis-je employer ce mot pour décrire un homme que je considère comme l’un des esprits les plus pénétrants de notre temps — un homme qui a fait pour la Russie ce qu’aucun dirigeant moderne n’a fait pour son pays (parce qu’aucun n’a eu à travailler, détruire et reconstruire, dans des conditions aussi difficiles et sans précédents) ; un homme qui n’a pas hésité à affronter le danger et la mort, qui a supporté héroïquement une répression d’une ampleur inégalée.

Cependant, il existe plusieurs façons de faire preuve de courage, ou plutôt d’indifférence envers ce qui peut arriver. On peut défier la mort, et ne pas supporter de voir sa popularité attaquée ou menacée. Tel était, et tel est encore, le cas de Trotsky. Aux côtés de Lénine, il était capable d’affronter l’hostilité du monde entier. Mais il n’était pas suffisamment autonome pour lutter contre des courants tels que celui incarné par le fantoche de Lénine, Zinoviev, ni pour refuser une alliance avec lui, même après que ce dernier, ayant capitulé devant Staline, lui servit de marionnette. Trotsky avait peur qu’on le jugeât moins « révolutionnaire » que ceux qui l’attaquaient, et, en matière de démagogie et de rouerie politique., il n’était pas de taille à lutter contre Zinoviev, Staline et tout l’appareil du Parti.

Cette crainte qu’on le suspecte de ne pas avoir totalement renié son péché originel — le Menchevisme — et son immense confiance en lui, n’ont jamais cessé de se glisser comme une ombre entre cet homme brillant et les situations dans lesquelles il était impliqué, si bien qu’il n’a pas su appliquer à sa propre conduite les critères qu’il appliquait à la conduite des autres. C’est comme si l’histoire, la logique et les lois du déterminisme qu’il comprenait et maniait à merveille s’étalent arrêtées à sa propre personnalité.»

Bibliographie sur Trotsky[modifier]

Biographies[modifier]

  • Autobiographie : Ma Vie
  • Biographie en 3 volumes de Isaac Deutscher :
    • Trotsky I. Le prophète armé, 1879-1921 (première édition en 1954)
    • Trotsky II. Le prophète désarmé, 1921-1929 (1re éd. : 1959)
    • Trotsky III. Le prophète hors-la-loi, 1929-1940 (1re éd. : 1963)

Films[modifier]

  • Frida Khalo, film de 2002

Documentaires[modifier]

Notes et sources[modifier]

  1. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920
  2. Angelica Balabanoff, Ma vie de rebelle, 1981