Louis-Auguste Blanqui

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Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) était un révolutionnaire républicain et socialiste français.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Louis-Auguste Blanqui est né en 1805 dans les Alpes. Son père avait été député pendant la Révolution. Blanqui devient un jeune étudiant rebelle à l’affût de toutes les polémiques politiques. Mais il reproche aux socialistes dont il apprend les idées de ne pas être très précis sur les moyens de transformer la société capitaliste en société communautaire.

Un peu comme Babeuf, mais plusieurs décennies plus tard, Blanqui décide de se lancer dans l’action révolutionnaire. Il est l’homme du refus de la conciliation entre capitalistes et travailleurs. Il est partisan de la « terre mise en commun, de l’association substituée à la propriété individuelle ». Mais il explique que l’Égalité ne peut pas être atteinte par le simple partage de la propriété car, si la richesse provient toujours de la possession des instruments du travail plutôt que du travail lui-même, et si le génie de l’exploitation reste debout, alors on aboutira à nouveau à la reconstruction des grandes fortunes et à la restauration de l’inégalité sociale. Il défend donc l’idée de l’abolition de toute propriété privée à laquelle il faudra substituer un système d’association. C’est un républicain communiste et, pour lui, la république doit accoucher d’une Réforme sociale complète.

Il se lance dans la conspiration permanente, crée des sociétés secrètes de révolutionnaires prêts à faire des coups de force armés pour prendre le pouvoir à Paris afin de mettre en place un pouvoir révolutionnaire. Ces tentatives pour préparer secrètement des insurrections sont régulièrement des échecs et conduisent régulièrement Blanqui en prison. Il y passera plus de 30 ans de sa vie, par intervalles entre deux complots, et même 43 ans si l‘on compte les années passées en résidence surveillée. Malheureusement, ce militant respecté dans le milieu ouvrier était la plupart du temps séparé de la classe ouvrière, même quand il n’était pas en prison, puisqu’il militait dans des groupes très secrets et minoritaires ; et lorsque la population travailleuse se révolta et prit le pouvoir à Paris en mars 1871 lors de la Commune, Blanqui se trouvait enfermé alors qu’il aurait pu être à la tête de cette révolution.

Le blanquisme[modifier | modifier le wikicode]

Blanqui tenait à se démarquer du socialisme utopique du début du 19e siècle en disant : « le communisme de l’avenir n’est pas une utopie. Il est le développement normal de tout un processus historique et n’a aucune parenté avec les trois ou quatre systèmes sortis, tout équipés, de cervelles fantaisistes ».

Il ne croyait pas à la constitution de sociétés coopératives sur le mode proudhonien, mais à « la grève, qui est, malgré ses inconvénients le moyen naturel à la portée de tous, auquel tous participent, la seule arme vraiment populaire dans la lutte contre le capital ». Blanqui pensait qu’un gouvernement révolutionnaire devrait commencer par placer sous le contrôle de l’État les grandes entreprises industrielles et commerciales, et organiser des associations industrielles et agricoles, développer une éducation populaire laïque luttant contre les préjugés religieux. Ainsi on pourrait parvenir avec le temps au communisme par la disparition progressive de l’État.

Par rapport à un socialiste gradualiste comme Proudhon, on peut dire que Blanqui était un révolutionnaire. Mais son rejet du gradualisme le conduit à négliger la nécessité d'une organisation de masse pour exercer réellement le pouvoir (sans substitutisme). Il négligeait le potentiel de la classe ouvrière. Blanqui considérait que l'important était le travail de petits groupes clandestins de révolutionnaires pour préparer une insurrection et prendre le pouvoir central, exercer une dictature temporaire, et rendre le pouvoir au peuple. Il suffisait de donner le « coup de main » nécessaire à amener le peuple vers la révolution.

« Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique ; il n'est socialiste que de sentiment, par sympathie pour les souffrances du peuple, mais il n'a pas de théorie socialiste ni de projets pratiques de transformation sociale. Dans son activité politique il fut avant tout un "homme d'action" qui croyait qu'une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d'effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse. (...) De l'idée blanquiste que toute révolution est l'œuvre d'une petite minorité dérive automatiquement la nécessité d'une dictature après le succès de l'insurrection, d'une dictature que n'exerce naturellement pas toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais le petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui, à leur tour, sont soumis d'avance à la dictature d'une ou de plusieurs personnes. L'on voit que Blanqui est un révolutionnaire de la génération précédente ».[1]

Ce que Trotsky résume : « En principe, l'erreur du blanquisme consistait à identifier la révolution avec l'insurrection. L'erreur technique du blanquisme consistait à identifier l'insurrection avec la barricade. ».[2]

Cependant Blanqui n'était pas totalement idéaliste et ne pensait pas que la révolution ne s'appuyait sur rien. Il disait par exemple que la révolution était comme l'éclosion d'une chrysalide après une phase de croissance. Mais sur la nature des contradictions du capitalisme et les types d'organisation ouvrières nécessaires, sa réflexion reste floue.

Des blanquistes étaient présents dans la Première internationale jusqu'à sa dislocation. Lors de la conférence de Londres de septembre 1871, ils font front avec Marx sur la participation aux élections, contre Bakounine. Ils quittent l’Internationale au congrès de La Haye (septembre 1872) avec le sentiment d’avoir été utilisés. Les blanquistes souhaitaient que l’Internationale constitue une avant-garde pour le prolétariat révolutionnaire et qu’en son sein, le Conseil général soit une sorte d’état-major.

Utilisation de l'accusation de blanquisme[modifier | modifier le wikicode]

Par le suite le terme de blanquisme a surtout servi à critiquer les organisations révolutionnaires qui prétendraient agir indépendamment de la masse des travailleurs. C'est par exemple un des reproches que fait Rosa Luxemburg à Lénine et aux bolchéviks.

Lorsque Lénine cherche à convaincre de la ligne « tout le pouvoir aux soviets » en avril 1917, beaucoup l'interprêtent comme une volonté de passer immédiatement à une révolution ouvrière, alors que les ouvriers sont encore très minoritaires et que la conception social-démocrate (y compris des bolchéviks) table sur une révolution bourgeoise. Lénine doit alors se défendre de l'accusation de blanquisme.[3]

Anton Pannekoek a aussi critiqué en 1920 l'orientation de Radek et de l'Internationale communiste comme du néo-blanquisme.[4]

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Riazanov, The Relations of Marx with Blanqui, 1928

  1. Friedrich Engels, Le programme des émigrés blanquistes de la Commune, 1873
  2. Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930
  3. Lénine, Lettres sur la tactique, Écrit entre le 8 et le 13 (21 et 26) avril 1917
  4. Anton Pannekoek, The New Blanquism, 1920