Julius Martov

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Julius Martov
Julius Martov
(1873-1923), de son vrai nom Iouli Ossipovitch Tsederbaum (en russe Ю́лий О́сипович Цедерба́ум), était un menchévik russe.

C'était un vieil ami et mentor de Trotsky, qui l'a décrit comme « le Hamlet du Socialisme Démocratique ». En 1921, Lénine a dit que son seul grand regret était « que Martov ne soit pas avec nous. Quel extraordinaire camarade il est, quel homme pur ! »

Biographie[modifier]

Premières années[modifier]

Iouli Ossipovitch Tsederbaum naît le 24 novembre 1873 dans une famille juive à Constantinople. Il est frère de la menchévik Lydia Dan.

Il a raconté que la famine de 1891 avait fait de lui un marxiste:

« Il est soudain devenu clair pour moi à quel point mon révolutionnarisme avait été superficiel et sans fondement jusque-là, et comment mon romantisme politique subjectif a été dépassé par les hauteurs philosophiques et sociologiques du marxisme ».

Martov était l'un de ceux qui ont demandé l'exclusion du parti de Nikolay Bauman, qui avait conduit une militante au suicide après avoir dessiné une caricature vicieuse d'elle.

Débuts de la social-démocratie russe[modifier]

Martov fonde les premiers journaux adressés aux juifs en Russie, en hébreu, yiddish et russe : le Hamelits, le Kol Mevasser, le Yidisher Folksblat, et le Vestnik russkikh evreev. Comme Lénine ou Trotsky, il est d'abord en bons termes avec le Bund juif, avant de participer dans le POSDR à leur critique, mettant les intérêts de classe au dessus des intérêts nationaux.[1]

Il fonde en 1895 l'Union de lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière avec Lénine. Les deux leaders sont arrêtés et déportés en Sibérie l'année suivante pour 3 ans. Il semble que Martov ait subi un exil plus difficile, parce qu'il était juif. Il est exilé à Touroukhansk, dans la région polaire arctique par les autorités tsaristes, du fait de ses activités révolutionnaires. Par contraste, Lénine connaît un exil plutôt confortable (« En général, l'exil ne se passait pas si mal », selon Nadejda Kroupskaïa, la femme de Lénine).

À sa libération, il participe avec Lénine à la fondation de l'Iskra, journal révolutionnaire, qu'il dirige par la suite.

Rupture avec Lénine[modifier]

En 1903, lors du deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), il s'oppose à Lénine et à son Que Faire sur les questions d'organisation, fonde la fraction menchévique et devient un de ses dirigeants.

Il participe à la Révolution russe de 1905 en étant membre du soviet de Saint-Pétersbourg, ce qui entraîne une nouvelle arrestation. Après les timides réformes démocratiques, il soutient que le rôle des social-démocrates est d'exercer une pression sur ce « gouvernement bourgeois » jusqu'à ce que la révolution socialiste soit possible.

Martov est globalement resté dans la gauche des menchéviks. En 1905 il est de ceux qui prônent la réunification avec les bolchéviks. En 1911, il écrit un pamphlet contre les bolchéviks en les accusant d'être responsables de la scission, et dénonce certaines de leurs pratiques comme les « expropriations » (hold-up de banques pour financer le parti). Ce pamphlet est dénoncé par Kautsky et Lénine.

Les bolcheviks utilisent parfois l'antisémitisme contre lui : Staline, notamment, accuse les mencheviks d'être une « faction juive » alors qu'il dit des bolcheviks qu'ils sont « la véritable faction russe ». Martov a été un des principaux adversaires de Staline : il dénonce en 1918 les actes de banditisme de Staline et dit que celui-ci a été exclu du Parti en 1907 ; il se fait traiter alors de calomniateur par les soutiens de Staline.

La guerre et l'internationalisme[modifier]

En 1914, Martov fit partie de la petite minorité pacifiste des menchéviks (les « internationalistes »), et édite en novembre le journal internationaliste Nache slovo (Notre monde), avec d'autres menchéviks : Trotsky, Axelrod, Antonov-Ovseïenko. Ils contactent notamment Pierre Monatte afin de créer une union avec le monde des syndicats français, opposé à l'union sacrée.[2] Martov et les internationalistes participent à la conférence de Zimmerwald en 1915.

Lorsqu'éclate la révolution de février 1917, Martov est à Zurich avec Lénine. C'est Martov qui a l'idée de négocier avec l'Allemagne un échange de prisonniers pour parvenir à rentrer en Russie via le fameux train blindé.

De retour en Russie, avec Axelrod il critique fermement les menchéviks qui sont entrés au gouvernement et défendent la guerre, comme Tsereteli et Dan. Mais lors du congrès menchévik du 18 juin 1917, il ne parvient pas à faire passer sa ligne. Beaucoup de ses partisans croient alors qu'un rapprochement avec Lénine est « l'issue logique », mais cela ne se fait pas.

Face à la révolution d'Octobre[modifier]

Il dénonce « l'action insensée et criminelle » de Lénine en octobre 1917. Au premier conseil des soviets après l'insurrection du 25 octobre, Martov défend un « gouvernement démocratique unifié » comme seul moyen d'éviter la guerre civile. Mais même si son intervention est très applaudie, il est isolé. Trotsky lance à Martov et ses partisans : « Vous êtes de pitoyables individus isolés, votre rôle est fini. Allez-vous en là où est votre place à présent, dans les poubelles de l'histoire ! » En s'en allant, Martov passe devant un jeune ouvrier bolchévik qui lui dit avec amertume « Au fond de nous, nous pensions qu'au moins Martov resterait avec nous. » Martov lui répond : « Un jour vous comprendrez le crime auquel vous être en train de participer. »[3]

Martov dirige ensuite l'opposition menchévique dans l'Assemblée constituante, jusqu'à ce que les bolchéviks l'abolissent.

Un peu plus tard, lorsqu'une usine élit Martov comme délégué devant Lénine, elle subit une réduction de son approvisionnement.

Pendant la guerre civile, il soutient l'Armée rouge face aux Blancs. Mais il dénonce la répression des opposants non-violents, qu'ils soient mencheviks, syndicalistes ou anarchistes.

En octobre 1920, Martov obtient la permission de quitter la Russie et de s'installer en Allemagne. Le mois suivant il participe au congrès de Halle de l'USPD. Martov n'envisage de rester indéfiniement en Allemagne qu'après l'interdiction du parti menchévik en mars 1921. Il lance à Berlin la publication de Sotsialistichesky Vestnik, l'organe central des menchéviks en exil.

Il resta néanmoins l'un des très rares amis personnels de Lénine, un des seuls à le tutoyer. En 1921, Lénine dit que son seul grand regret était « que Martov ne soit pas avec nous. Quel extraordinaire camarade il est, quel homme pur ! »

Début 1923, Lénine (lui-même très malade) apprend que Martov, en exil à Berlin, est mourant. Il s'enquiert à plusieurs reprises du sort de son ancien camarade, allant jusqu'à demander s'il est possible de lui venir financièrement en aide pour se soigner, et regrettant la rupture de leur amitié.

Martov mourut le 4 avril 1923 à Schömberg (Allemagne).

Ses écrits[modifier]

Archives Julius Martov en français

1895 De l'agitation
1904 Short Constitution of the All-Russian Social Democratic Workers’ Party
1907 La III° Douma et les socialistes
La leçon des événements russes
1908 Le marxisme en Russie
1911 Saviours or destroyers? Who destroyed the RSDLP and how
1918 Marx et le problème de la dictature du prolétariat
A bas la peine de mort !
1923 Comment je suis devenu marxiste
Le bolchévisme mondial
I: Les racines du bolchevisme mondial
II: L’idéologie du « soviétisme »
III: Décomposition ou conquête de l’État ?

Sources[modifier]

  • Simon Sebag Montefiore, Le Jeune Staline (titre original  : Young Stalin)
  • Figes, Orlando (2014). A People's Tragedy: The Russian Revolution 1891–1924. London: The Bodley Head. ISBN 9781847922915.
  • Tony Cliff (1986) Lenin: Building the Party 1893–1914. London
  • Martov : a political biography of a Russian social democrat by Israel Getzler. Cambridge : Cambridge University Press, 1967. ISBN 0-521-52602-7
  • "Julius Martow is Dead: Russian Socialist, Enemy of Lenin, Was an Exile In Germany", The New York Times. 6 April 1923
  1. Shukman, Harold (1961). The Relations Between the Jewish Bund and the RSDRP, 1897-1903
  2. Annie Kriegel, Le dossier de Trotski à la Préfecture de Police de Paris - page 275
  3. Boris Nicolaevsky, Pages from the past, 1958