Expropriations (braquages)

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Les « expropriations » étaient le nom donné à certaines activités de braquages de banques menées par les révolutionnaires russes pour se financer, principalement par des militants du Parti ouvrier social-démocrate russe (marxiste), mais aussi par des Socialistes-révolutionnaires et des anarchistes.

Historique[modifier]

Après la division bolchéviks/menchéviks du POSDR (1903), ce sont surtout des bolchéviks qui pratiquent les expropriations.

Par exemple, un groupe de 15 bolchéviks de Lettonie, dirigés par Nikolaï Burenine, a organisé un braquage de la banque d'Etat de l'Empire russe de Helsinki le 26 février 1906.[1]

Ou encore le 20 septembre (a.s) 1906, Staline dirige un groupe de 25 bolchéviks qui prennent d'assaut un bateau convoyant des fonds[2]. Staline proclame à l'équipage :

« Nous sommes des révolutionnaires, pas des criminels. Nous avons besoin d'argent pour la Révolution et nous ne prendrons que des fonds du Trésor. Obéissez à mes ordres et il n'y aura pas de sang. Mais si vous songez à résister, nous vous tuons tous et nous faisons sauter le navire. »

L'opération fut un succès (16 000 roubles volées), et Staline donna 10 roubles à chaque marin.

Lénine soutenait activement cette politique. Il avait chargé Staline de former un groupe d'expropriateurs qui ne soit pas affilié directement aux bolchéviks, en lui demandant de mettre à la tête de ce groupe quelqu'un « qui préfèrerait mourrir plutôt que parler en cas d'arrestation ». Staline choisit un militant géorgien qui sera connu sous le pseudonyme de Kamo.

Le groupe de Kamo comprenait environ 10 personnes. Il recrutait notamment des jeunes géorgiennes qui utilisaient la séduction pour obtenir des informations sur les transferts de fonds des Banques d'Etat.

A l'automne 1906, Maxim Litvinov est envoyé dans le Caucase par Krassine pour travailler avec Kamo et augmenter la collecte de fonds. Litvinov et Kamo parviennent à obtenir des munitions à Varna, en Bulgarie, et à les introduire en contrebande à l'aide d'un bateau nommé Zara. Kamo avait placé une bombe sur le bateau et tenait prêt le détonateur dans sa cabine, pour s'assurer qu'il ne puisse pas tomber dans les mains de la police russe.

Le Zara se retrouva dans une tempête en quittant Varna. De l'eau se mit à inonder le bateau et les moteurs furent noyés. Kamo voulut faire exploser la bombe, mais elle n'explosa pas... Après 20 heures d'isolement, l'équipage étant à moitié mort de froid, un bateau de pêche les trouve, juste avant que le Zara ne coule. L'équipage parvient à regagner la Russie séparément, mais la plupart se font arrêter (mais pas Kamo).

Lors du 5e congrès du POSDR (Londres, mai-juin 1907), une résolution condamnant le recours aux expropriations est soumise au vote par les menchéviks. Elle est votée à 65%, malgré la majorité détenue par les bolchéviks, car une partie d'entre eux votent pour. Publiquement, Lénine s'exprimait peu sur la question. Pour Trotski :

« Lorsque la révolution fut brisée, les expropriations à main armée et les attentats des terroristes devenaient inévitablement une cause de désorganisation pour le parti le plus révolutionnaire. Le congrès de Londres, par les voix des menchéviks, des Polonais et d'une partie des bolcheviks, avait interdit les expropriations. Mais elles continuèrent après le congrès de Londres, nuisant au parti. »[3]

Ironiquement, une des « expropriations » les plus connues eut lieu quelques semaines après le congrès à Tiflis, par Staline et Kamo.

Entre mai et juillet 1910, l'ouvrier anarchiste Piotr Archinov prend part à différentes « expropriations »[4].

En 1910, Trotski écrit un article dans le Vorwaerts, journal du SPD, contre l'aile droitière et liquidatrice des menchéviks et contre l'aile gauchiste des bolchéviks, surtout contre ceux qui participent aux “expropriations”. Ce dernier point fait scandale, vu comme une déloyauté envers le parti. Trotski se souvient que dans le contexte du 8e congrès de l'Internationale : « Lénine tenta d'obtenir de la délégation russe un blâme pour mon article. Ce fut, de toute notre vie, le moment où le conflit fut le plus aigu entre nous. »[3]

Notes[modifier]