Premières mesures du gouvernement soviétique

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Cette page développe les premières mesures prises par le gouvernement soviétique au lendemain de la Révolution d'Octobre 1917.

Les toutes premières mesures ont été prises par le 2e congrès des soviets au lendemain de l'insurrection (25 octobre, n.s : 7 novembre), donc par des délégués bolchéviks, SR de gauche et menchéviks internationalistes. Parmi elles il y eut la mise en place du nouveau gouvernement, le Soviet des commissaires du peuple.

Ce gouvernement est d'abord composé uniquement de bolchéviks, puis à partir de décembre 1917 intègre des SR de gauche. Après leurs attentats de juillet 1918, les SR de gauche seront interdits.

La paix

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La toute première mesure, prise par le Congrès des soviets, fut de lancer un appel « aux peuples et aux gouvernements de toutes les nations belligérantes » en vue d’une « paix démocratique juste », c’est-à-dire « immédiate, sans annexions (…) et sans réparations ». Le texte précise que « par annexion (…), le gouvernement entend (…) toute incorporation à un État, grand ou puissant, d’une nationalité petite ou faible, sans le consentement et le désir formel, clairement exprimé, de cette dernière ». Il rejette tous les prétextes habituellement utilisés pour justifier de telles pratiques : ancienneté de l’annexion, retard économique, archaïsme politique, etc. En effet, « le gouvernement estime que continuer cette guerre pour savoir comment partager entre les nations fortes et riches les peuples faibles conquis par elles serait commettre le plus grand crime contre l’humanité ». L’appel précise encore la décision du gouvernement soviétique d’abolir la diplomatie secrète et de « mener les pourparlers au grand jour, devant le peuple entier ».

Le texte inclut aussi une proposition d’armistice immédiat, afin de rendre possibles des négociations immédiates. Rédigé par Lénine, il est délibérément souple, précisant que le gouvernement accepterait d’ « examiner toutes autres conditions de paix » : en cas de poursuite de la guerre, l’entière responsabilité devait en incomber aux rapaces impérialistes. Le gouvernement révolutionnaire comptait ouvertement avant tout sur l’initiative révolutionnaire du prolétariat des principaux pays impérialistes d’Europe (Angleterre, France, Allemagne) pour atteindre ces objectifs. L’expérience russe confirmait en effet que seule la conquête du pouvoir par le prolétariat, c’est-à-dire la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile entre le prolétariat et la bourgeoisie, pouvait permettre de mettre un terme à cette guerre. Pour leur part, les mencheviks et les SR au pouvoir avaient continué d’envoyer ouvriers et paysans se faire tuer pour agrandir le territoire russe vers le Sud et sauvegarder les intérêts des impérialistes français et anglais. En refusant les propositions du gouvernement ouvrier et paysan et en poursuivant la guerre, les gouvernements bourgeois ont montré que leurs discours sur les horreurs de la guerre, les droits de l’homme et la paix ne sont faits que pour tromper le peuple ; la réalité, c’est l’appétit sans limite des patrons et de leurs États.

Au prix de débats tendus dans le parti bolchévik et d'une trahison des SR de gauche, cela a finalement abouti à la paix de Brest-Litovsk.

Les libertés démocratiques

La libération des nationalités opprimées

Article détaillé : Minorités nationales en Russie.

Appliquant à la Russie elle-même ce qu’il exigeait formellement de tous les pays, le gouvernement soviétique décréta « l’égalité et la souveraineté de tous les peuples de Russie », c’est-à-dire le « droit des peuples de Russie à disposer librement d’eux-mêmes, y compris le droit de sécession et de formation d’un État indépendant », « l’abolition de tout privilège et restriction de caractère national ou religieux » et « le libre développement des minorités nationales et groupes ethniques peuplant le territoire russe ». En conséquence, la Finlande proclame son indépendance le 6 décembre 1917, l’Ukraine le 22 janvier 1918, la Pologne le 11 novembre 1918. On objecte souvent que le gouvernement soviétique a accordé l’indépendance à des peuples à peu de frais, car il n’occupait plus ces territoires du fait de l’avancée allemande. Mais, si l’indépendance (même formelle) de la plupart de ces pays a été reconnue à la fin de la guerre par les puissances impérialistes, c’est avant tout par la crainte que la frustration du sentiment national de ces peuples ne donne un nouveau souffle à la vague révolutionnaire qui déferle sur l’Europe à partir d’octobre 1917. Par ailleurs, le gouvernement soviétique supprima à l’intérieur de ses frontières toute discrimination en fonction de la nationalité ou de la religion — alors qu’à cette époque, dans bien des États bourgeois , de telles restrictions étaient encore légales, y compris les restrictions pour l’accès à certains métiers pour les Juifs par exemple.

Au cours des années suivant la révolution d'Octobre, 5 états indépendants furent créés, et au sein de la fédération russe 17 républiques autonomes et régions furent établies.

Egalité juridique entre citoyens, et entre hommes et femmes

Le gouvernement soviétique prit toutes les mesures démocratiques radicales dans le domaine politique, assurant l’égalité formelle de tous les citoyens : les ordres (noblesse, clergé, etc.) et les privilèges qui y étaient liés sont abolis, ainsi que tous les titres nobiliaires et qualifications ; les biens de ces privilégiés sont immédiatement confisqués. Le décret du 23 janvier 1918 acte la séparation de l’Église et de l’État.

La loi accorde exactement les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes, y compris le droit de vote (alors que, dans la plupart des pays capitalistes, cela ne viendra qu’après la révolution russe, voire après la Seconde Guerre mondiale, comme en France…) et égalité totale des droits dans le mariage et le divorce (alors que, en France, par exemple, les inégalités de droits entre la femme et l’homme ne seront intégralement supprimées que dans les années 1960 !). Ainsi que l’expliquait un législateur le mariage « devait cesser d’être une cage dans laquelle mari et femme vivent comme des condamnés ». Il est mis fin à la discrimination des enfants illégitimes en décembre 1917, et l'avortement est légalisé en 1920.

Par ailleurs l'homosexualité est dépénalisée en 1922.

Les bolchéviks étaient bien sûr conscients que ces mesures en elles-mêmes ne sauraient assurer l’égalité réelle entre tous les citoyen-nes. Pour eux les conditions devaient émerger du développement économique et social.

Article détaillé : Condition des femmes en URSS.

Répression politique

La révolution victorieuse est d'abord généreuse : les bolchéviks s’efforcent de réduire par la négociation tous les soulèvements, même armés (les soldats rouges ont ordre de ne pas tirer les premiers). Les bolcheviks entendent ainsi démontrer à tous qu’ils ne veulent pas la guerre civile.  Des officiers et junkers faits prisonniers, et même des généraux comme Krasnov, sont libérés aussitôt contre leur parole de ne pas reprendre les armes contre les soviets. Mais la plupart, à peine libérés, trahissant leur parole, et formeront les cadres de l’armée blanche dans les mois suivants.

Le Sovnarkom est donc obligé de prendre des mesures fermes face à la contre-révolution. Pour les bolchéviks, cela fait partie des leçons de la Commune de Paris, et de ce que Marx appelait la dictature du prolétariat.

Quand il devient clair que les dirigeants du parti KD sont activement impliqués dans les tentatives contre-révolutionnaires, ils sont arrêtés. Le décret sur l'arrestation des chefs de la guerre civile contre la révolution (Pravda, n° 23, 12 décembre (n.s) 1917) déclare que « Les membres des organismes dirigeants du parti cadet sont passibles d'être arrêtés et déférés devant les tribunaux révolutionnaires ».

Une police politique, la Tcheka, est aussi fondée en décembre 1917. Le Sovnarkom abolira à nouveau la peine de mort (abolie en février, mais rétablie par Kerensky en juillet), malgré la réticence de Lénine qui la jugeait indispensable pendant la guerre civile. Celle-ci fut rétablie pendant la guerre civile.

La question de la liberté de la presse

Dès avant Octobre, les masses populaires menaient parfois des actions directes contre la presse bourgeoise qui déversait sa haine des soviets. De ce point de vue, il n'y avait pas réellement de différence selon que ceux qui passent à l'acte sont bolchéviks, anarchistes ou sans parti. Par exemple le 5 juin des anarchistes prennent l’imprimerie du journal de droite Rousskaïa Volia.

Le 24 octobre, Kerenski fait interdire les journaux d'extrême gauche (les journaux bolchéviks Rabotchi et Soldat) et d'extrême droite (Novaïa Rouss et Jivoïe Slovo).[1]

Dès le lendemain du 7 novembre (n.s), sept journaux de la capitale sont interdits. Parmi eux, la Retch, organe central du parti KD (qui continue à paraître sous d’autres titres jusqu'en juillet 1918), Dien, quotidien de tendance libérale-bourgeoise financé par les banques, Birjovka ou Birjévyié Viédomosti [La Gazette de la Bourse], Rousskaïa Volia, Nache obsheie delo, et Novoie Vremia. A noter que la plupart des quotidiens interdits reparurent très vite sous des noms différents.

L'interdiction était une expropriation populaire. Ainsi Trotsky raconte comment l'imprimerie de la Rousskaia Volia a été prise. Ouralov, commissaire du CMR, est allé voir les soldats du régiment Semenovsky pour leur exposer la tâche, et ceux-ci ont immédiatement approuvé. Lorsqu'ils sont ensuite entrés dans l'imprimerie, les ouvriers ont accueilli leur mission avec des hourras et des « Vivent les soviets ! »" L'imprimerie a aussitôt été utilisée pour la publication de la Pravda en grand format et à gros tirage.

Ces journaux n'hésitaient pas à appeler à la résistance armée au « coup de force des agents du Kaiser ». Lénine répond ainsi le 7 novembre aux SR de gauche qui protestent contre l’interdiction de journaux bourgeois : « N'avait-on pas interdit les journaux tsaristes après le renversement du tsarisme ? ». De nombreux bolchéviks protestent cependant : Iouri Larine propose ainsi au comité exécutif central une motion réclamant l’abolition des mesures contre la liberté de la presse, motion qui n’est rejetée qu’à 2 voix près.

Selon certains historiens, « contrairement à la légende, la suppression de la presse bourgeoise ou des feuilles SR n'émane ni de Lénine ni des sphères dirigeantes du parti bolcheviks » mais « du public, en l'occurrence des milieux populaires insurgés ».[2]

Les partis socialistes conservent leur presse. La presse légale menchevique ne disparaît qu’en 1919, celle des anarchistes hostiles au régime en 1921, celle des SR de gauche dès juillet 1918 du fait de leur révolte contre les bolcheviks.

Les mencheviks et les SR de droite se scandalisent : comment oser porter atteinte à la sacro-sainte liberté de la presse ? Comment oser interdire la presse bourgeoise ? Les mencheviks, les SR de droite et les socialistes-populistes n’avaient pas fait preuve d’autant de réticences à « porter atteinte à la liberté de la presse » et à recourir à la violence lorsque, aux lendemains des journées de juillet, ils avaient décidé d’interdire la presse du Parti bolchevik, d’envoyer l’armée fermer ses imprimeries, détruire ou confisquer son matériel et arrêter ses principaux dirigeants, qui passèrent les mois de juillet et août dans les prisons du gouvernement des mencheviks, des SR et des socialistes-populistes…

Dès lors, s’ils se scandalisent de la mesure d’interdiction de la presse bourgeoise au moment où celle-ci répand toutes sortes de fausses nouvelles et de calomnies contre le pouvoir soviétique dans l’objectif de son renversement, ce n’est pas qu’ils soient attachés à la « liberté de la presse » pour elle-même, mais plutôt qu’ils sont aussi déterminés à rétablir le pouvoir bourgeois qu’ils l’ont été à étouffer par tous les moyens la révolution prolétarienne. Pour eux, la presse est « libre » lorsque la presse est dans les mains de quelques grands hommes d’affaires et présente la réalité à leur avantage, calomniant les révolutionnaires (comme les bolcheviks, accusés sans fondement en juillet d’être financés par l’État-major allemand), tandis que l’immense majorité n’a tout simplement pas les moyens matériels de disposer de ses propres médias. À l’opposé, la politique des bolcheviks consista, dans l’esprit du projet de décret sur la presse, d’une part, à imposer à tous les journaux l’obligation de rendre publics leurs comptes, afin que le peuple puisse connaître le ou les commanditaire(s) du journal et, d’autre part, à collectiviser les imprimeries et à les mettre à la disposition de tout groupe significatif d’ouvriers ou de paysans désirant éditer un journal ou une revue (Lénine suggérait d’accorder ce droit à tout groupe d’au moins 10 000 ouvriers ou paysans). En donnant ainsi réellement la possibilité aux exploités et aux opprimés de faire leur propre presse, ces mesures constituaient un pas vers la liberté réelle de la presse.

Les rumeurs répandues par la presse bourgeoise ne peuvent être séparées des préparatifs militaires de coup d’État. En ce sens, faire preuve de la moindre faiblesse face à la contre-révolution, même avec les meilleures intentions du monde, c’est trahir la révolution. Tous les hésitants (comme les SR de gauche et le groupe Zinoviev-Kamenev dans le parti bolchévik) semblent avoir oublié les leçons de la Commune de Paris. La bourgeoisie française n’avait continué à discuter avec les communards que le temps de réunir, en accord avec Bismarck (représentant les intérêts de la bourgeoisie allemande), les forces nécessaires pour écraser la révolution prolétarienne commençante. La lutte politique et médiatique de la bourgeoisie contre le gouvernement révolutionnaire et son recours à la force militaire ne sont pas deux politiques opposées, mais les deux moments d’une même politique, dont le résultat ne peut être rien d’autre que le rétablissement du pouvoir de la bourgeoisie sur la base du massacre des ouvriers révolutionnaires.

Les mesures économiques

La terre aux paysans

Décret sur la terre
Le décret sur la terre fut la deuxième mesure prise par les bolchéviks. La propriété privée du sol est abolie (la terre ne peut être ni vendue, ni achetée, ni hypothéquée), le sol et le sous-sol (minerai, pétrole, charbon, etc.) deviennent propriétés de l’État soviétique, les domaines des grands propriétaires fonciers et de l’Église, avec tous leurs bâtiments et dépendances, ainsi que le cheptel mort ou vif sont confisqués sans indemnités, mais non les terres ni le cheptel des simples paysans ou cosaques. Le décret prévoit déjà que les grands domaines ne seront pas partagés en petites parcelles mais devront être cultivés de façon collective.

La loi du 6 février 1918 sur la socialisation de la terre précise les conditions de la jouissance égalitaire du sol : « Dans les limites de la République Fédérative Soviétique de Russie, peuvent jouir de lots de terre en vue d'assurer les besoins publics et personnels : A) pour les œuvres éducatives culturelles : 1. l’État représenté par les organes du pouvoir soviétique (...). 2. Les organisations publiques (sous le contrôle et avec l'autorisation du pouvoir soviétique local). B) Pour l'exploitation agricole : 3. Les communes agricoles. 4. Les associations agricoles. 5. Les communautés rurales. 6. Les familles ou individus... » (Art. 20). Elle dispose que la gestion des terres sous la direction du pouvoir soviétique a pour objet de « développer les exploitations agricoles collectives plus avantageuses au point de vue de l'économie du travail et des produits, par absorption des exploitations individuelles, en vue d'assurer la transition à l'économie socialiste » (Art. XI, paragraphe e).

On entend souvent dire que les bolchéviks auraient « volé » leur programme agraire aux SR. Cela est absolument faux, pour au moins trois raisons. Premièrement, lorsque les SR ont été au pouvoir de février à octobre, ils n’ont pas procédé au partage égalitaire des terres ; car, pour cela, il leur aurait fallu exproprier (et donc affronter) les 30 000 propriétaires fonciers qui possédaient à eux seuls autant de terres que les 10 millions de familles paysannes ; en fait, les SR se sont même opposés aux paysans autant qu’ils le pouvaient : ils étaient révolutionnaires en paroles, mais des valets de la noblesse féodale et de la bourgeoisie en fait. Deuxièmement, ce sont dans la plupart des cas (70 % des provinces) les paysans eux-mêmes qui ont conquis les terres par leur lutte de classes en expropriant les propriétaires fonciers : les bolchéviks ont légalisé un état de fait. Troisièmement, les mesures prises par les bolchéviks dans le domaine agraire sont certes, en leur essence, simplement démocratiques-bourgeoises radicales (en effet, si la propriété privée du sol est abolie, la production en revanche reste pour l’essentiel privée, car les petits paysans auxquels les terres sont louées par l’État soviétique produisent pour vendre sur le marché) ; cependant, la bourgeoisie russe s’était révélée incapable de réaliser même partiellement une telle réforme, en raison de sa faiblesse et de ses liens avec l’aristocratie foncière. En fait, il était inévitable d’en passer par là, car « l'idée et les revendications de la majorité des travailleurs, ce sont les travailleurs eux mêmes qui doivent les abandonner : on ne peut ni les "annuler", ni "sauter" par dessus ». Pourtant, ces mesures démocratiques-bourgeoises radicales prises par le nouveau gouvernement soviétique étaient déjà, autant que le permettaient les rapports de force entre les classes, orientées vers le socialisme, c’est-à-dire l’exploitation collective du sol dans de grandes fermes modernes selon un plan fixé par les travailleurs eux-mêmes réunis dans leurs conseils : le gouvernement refuse la division des grands domaines, prévoit de privilégier la culture du sol par des communautés au lieu d’individus et décide de développer des exploitations modèles pour convaincre pratiquement les paysans de la supériorité de cette forme d’agriculture.

De juin à décembre 1918, les bolchéviks organisent des comités de paysans pauvres dans les campagnes[3], pour s'appuyer sur les prolétaires et semi-prolétaires des campagnes contre les koulaks, et pousser la paysannerie moyenne à basculer du côté des ouvriers. Par la suite, des soviets sont institués dans les campagnes.

L’industrie : nationalisation des grandes entreprises et contrôle ouvrier

Article détaillé : Décret sur le contrôle ouvrier.

Dès le 27 octobre 1917, le pouvoir soviétique instaure la journée de 8 heures, mais aussi la généralisation du contrôle ouvrier. Celui-ci portait sur la production, la conservation, l’achat et la vente de tous les produits et de toutes les matières premières dans toutes les entreprises employant au moins 5 salariés et réalisant un bénéfice d’au moins 10 000 roubles. Il devait être exercé, selon la taille de l’entreprise, soit directement par les ouvriers, soit par l’intermédiaire de leurs représentants. Le décret précisait que « tous les livres de comptabilité et les documents, sans exception, ainsi que tous les stocks et dépôts de matériaux, outils et produits, sans aucune exception, doivent être ouverts aux représentants élus par les ouvriers et les employés » et que « les décisions des représentants élus par les ouvriers et les employés sont obligatoires pour les propriétaires des entreprises et ne peuvent être annulées, sauf par les syndicats et par les congrès syndicaux ». L’objectif de ces mesures est double : d’une part, il s’agit pour le gouvernement soviétique d’assurer le plus vite possible le fonctionnement le plus efficace possible de l’économie, ce qui implique avant tout de se doter de tous les moyens nécessaires pour combattre le sabotage probable de la part des capitalistes et de nombreux spécialistes liés à la bourgeoisie ; d’autre part, le but est de permettre aux ouvriers de se former ainsi peu à peu à la gestion d’une entreprise. En ce sens, la contrôle ouvrier est une mesure transitoire dirigée vers la gestion ouvrière directe.

Ensuite, peu à peu, au cours de l’année 1918, le gouvernement nationalise les principaux trusts et les grandes entreprises : elles deviennent la propriété de l’État soviétique ; leur gestion est assurée par les représentants élus des ouvriers de l’usine en question, sous la direction du pouvoir soviétique. À cet effet est créé un organisme spécial, le Conseil supérieur de l’économie nationale, composé essentiellement de délégués des syndicats ouvriers. Cette institution a pour but d’organiser rationnellement la production à l’échelle de l’ensemble de la République selon les décisions politiques prises par le pouvoir soviétique. Un institut national de statistiques est mis en place pour contribuer à la réalisation de cette tâche.

Dans la mesure où elles restent partielles et se font sur la base d’une économie qui reste capitaliste, ces mesures reviennent à mettre en place ce que Lénine appelle un « capitalisme d’État ». Il est vrai que, à la même époque — mais bien plus encore après la Deuxième Guerre mondiale —, les principaux pays capitalistes européens nationalisent certaines entreprises et s’efforcent de planifier la production (au moins celle des industries de guerre). Mais les nationalisations réalisées par l’État soviétique, ont un caractère différent : elles préparent la nationalisation intégrale et l’organisation de toute la production en fonction des besoins, c’est-à-dire la planification socialiste ; elles sont donc orientées vers le socialisme.

Nationalisation des banques

Le gouvernement soviétique décide (14 décembre) que le système bancaire devient un monopole d’État : « Toutes les banques privées et tous les comptoirs bancaires existants sont fusionnés dans la Banque d’État », qui « prend à son compte l’actif et le passif des établissements liquidés ». Le décret précise que « les intérêts des petits déposants seront entièrement sauvegardés ». Cette mesure a pour objet d’une part de briser un des instruments décisifs de la domination du grand capital et constitue le préalable à toute réorganisation de l’économie de façon rationnelle dans l’intérêt de l’immense majorité.

Répudiation de la dette

Le régime tsariste était endetté avant-guerre auprès des capitalistes occidentaux (principalement auprès de la France et de l'Angleterre), et cette dette s'est envolée pendant la guerre. C'étaient les fameux « emprunts russes ». Une des premières mesures des bolchéviks fut de répudier la dette publique, par un décret du 29 décembre 1917.[4]

Malgré la répudiation, les cours boursiers des emprunts russes demeurèrent relativement élevés pendant les trois années suivant la répudiation. Les investisseurs espèrent notamment une reprise partielle de la dette par la France, par des pays créés sur les ruines de l'Empire russe (Pologne, pays baltes...), par une armée blanche victorieuse voire par un gouvernement bolchévique qui aurait revu ses positions.[5]

En 1922, une conférence économique internationale se tient à Gênes[6], au cours de laquelle les impérialistes réclament le paiement de leur dette, ce qui provoque la rupture des négociations.

Système d’assurance sociale

Il n’est pas rare d’entendre dire que l’idée d’un système d’assurance sociale est née dans la tête de quelque grand réformateur bourgeois, dans celle de Beveridge par exemple, ou dans le programme du Conseil National de la Résistance. En vérité, ces projets ne sont que la réplique bourgeoise du premier système complet d’assurance sociale, qui a été mis en place par le premier État ouvrier. S’il existe aujourd’hui dans la plupart des pays impérialistes un tel système d’assurance sociale, les travailleurs de ces pays le doivent avant tout à la lutte de classe révolutionnaire du prolétariat russe, ainsi qu’à celle des autres prolétariats d’Europe entre les deux guerres et surtout au sortir de la Deuxième Guerre mondiale (lutte qui n’a pas débouché sur la prise du pouvoir par le prolétariat dans ces pays parce qu’elle a été trahie par les dirigeants réformistes, staliniens et sociaux-démocrates).

Là encore, les menchéviks et les SR au pouvoir n’avaient pas satisfait cette revendication essentielle des travailleurs. Les grandes lignes de la politique bolchévique en la matière sont exposées dans la proclamation de Chliapnikov (Commissaire du peuple au travail) : « 1) Extension des assurances à tous les salariés sans exception, ainsi qu’aux indigents des villes et des campagnes ; 2) Extension des assurances à toutes les catégories d’incapacité au travail, notamment la maladie, les mutilations, l’invalidité, la vieillesse, la maternité, la perte du conjoint ou des parents, ainsi que le chômage ; 3) Obligation pour les employeurs d’assumer la totalité des charges sociales ; 4) Versement d’une somme au moins égale au salaire intégral en cas d’incapacité de travail ou de chômage ; 5) Gestion entièrement autonome de toutes les caisses d’assurances par les assurés eux-mêmes. » Voilà encore un exemple de ce que l’école et la presse de la bourgeoisie cachent aux masses d’aujourd’hui.

Là encore, les mesures économiques et sociales prises par le gouvernement dirigé par les bolchéviks n’impliquent pas encore le socialisme : le prolétariat ayant pris le pouvoir dans un pays sous-développé, devait inévitablement commencer par accomplir jusqu’au bout les tâches démocratiques-bourgeoises de la révolution. Mais, à chaque fois, les mesures sont réalisées de façon à préparer l’avenir, c’est-à-dire précisément le passage du « capitalisme d’État » soviétique au socialisme : en ce sens, elles sont transitoires. Ce qui distingue donc fondamentalement la Russie soviétique des États capitalistes de l’époque qui en raison des nécessités de la guerre ont aussi procédé à une série de mesures de nationalisations, c’est la structure de l’État.

Enseignement, science, art et culture

Enseignement général obligatoire, laïque et gratuit

La Russie est un pays dans lequel, en 1917, l’écrasante majorité de la population ne sait ni lire, ni écrire. C’est évidemment un obstacle considérable à la mise en place d’une démocratie authentique et à tout développement économique moderne. C’est pourquoi le gouvernement décide dès le début 1918 la mise en place d’un enseignement général, obligatoire et gratuit[7]. Il supprime toutes les barrières légales à l’accès des enfants d’ouvriers et de paysans à l’enseignement supérieur général et technique, et affaiblit les barrières sociales : abolition des frais universitaires, réduction drastique des examens et l’apprentissage basé sur la mémorisation pure... Des chtcharachkas (communautés) furent mises en place pour prendre en charge l'éducation des dizaines de milliers d'orphelins.

Sous la direction de Lounatcharski, le commissariat du peuple à l'instruction publie un décret déclarant l'ouverture d'un « front contre l'analphabétisme » le 10 décembre 1919, consistant en des campagnes massives d'alphabétisation, et sur des réformes :

  • Introduction du système métrique, remplaçant les vieilles unités comme la verste (Décret du 14 septembre 1918)
  • Introduction du calendrier grégorien, remplaçant le calendrier julien (Décret du 8 février 1918)
  • Réforme de simplification de l'alphabet russe (Décret de décembre 1917)
  • Des alphabets furent créés pour les nationalités privées d'écriture.

En un an le nombre d’école augmenta de plus de 50%, et le budget de l'éducation passe de 195 millions de roubles en 1916 à 2 914 millions en 1918. L’étude scolaire fut combinée au travail manuel, et des mesures de contrôle démocratique furent apportées, impliquant tous les travailleurs scolaires et les élèves âgés de plus de 12 ans. Lénine attachait personnellement une grande attention à l’expansion des bibliothèques.

Dans le compte rendu critique qu'il donne alors de son voyage en Union soviétique, le maire de Boulogne André Morizet affirme qu'« on peut penser tout ce qu'on voudra des chefs du bolchevisme. On peut critiquer leurs méthodes, condamner leurs actes en gros ou en détail [...]. Mais il y a un point sur lequel il me paraît impossible qu'on n'approuve pas unanimement leurs efforts, qu'on n'apprécie pas sans réserve les résultats déjà obtenus : c'est en matière d'instruction publique ».[8]

Libération et diffusion des arts

La Russie révolutionnaire connut une effervescence d’innovations et d’expérimentations dans les domaines de la littérature, de la peinture et du cinéma.[9][10] La position de l’artiste dans la société était transformée. Les règles académiques dans l'art sont supprimées. Comme le dit le poète Maïakovski : « Les rues plutôt que des pinceaux nous utiliserons /Nos palettes, les places et leurs espaces grand ouverts » (Ordre à l’armée des arts, 1918). Les conditions sont très difficiles dans ces premières années, mais les initiatives fleurissent et sont encouragées, quel que soit le style artistique. Selon l'historien de l'art Jean-Michel Palmier :

« Il y a peu de pays qui ont consacré autant d'argent aux Beaux-Arts, au théâtre, à la littérature, à la peinture que l'URSS dans la période la plus difficile qu'elle a connue. Alors que la famine régnait, que la contre-révolution levait la tête sur tous les fronts — intérieur et extérieur — la jeune république des soviets dépensait des sommes énormes pour développer l'art — et pas seulement comme instrument de propagande. »[11]

Dès les premiers jours qui suivent Octobre, le gouvernement met en œuvre une série de mesures visant à assurer la préservation, l'inventaire et la nationalisation du patrimoine culturel national. La collection privée du commerçant et mécène Sergueï Chtchoukine est réquisitionnée pour ouvrir le « premier musée de l'art occidental ». Vassily Kandinsky est nommé directeur du Musée de la culture artistique, créé en 1919, et ouvre une vingtaine de musées en province. Ici encore, la pénurie limite les ambitions du régime. Par manque de crédits pour la reconstruction, la plupart des projets d'architectures novateurs ne peuvent être achevés.[12] Des projets artistiques fourmillent à Petrograd, comme la Maison des arts qui ouvre en décembre 1919 dans une ancienne banque réquisitionnée.[13] Le Palais d'Hiver est transformé en palais des Arts.

Au même titre que la presse contre-révolutionnaire, les bolcheviques interdisent les œuvres ouvertement hostiles au régime. Mais le nouveau pouvoir ne donne pas de directives en matière d'art. Certains, les partisans du Proletkult, pensaient qu'il fallait développer un art intrinsèquement nouveau, un « art prolétarien ». Pour Lénine au contraire, la classe ouvrière devait s'approprier l'ensemble de l'art passé, bourgeois ou non. Trotsky déclarait :

« L'art n'est pas un domaine où le Parti est appelé à commander. Il protège, stimule, ne dirige qu'indirectement. Il accorde sa confiance aux groupes qui aspirent sincèrement à se rapprocher de la Révolution et encourage ainsi leur production artistique. Il ne peut pas se placer sur les positions d'un cercle littéraire. Il ne le peut pas, et il ne le doit pas. » [14]

Le philosophe anglais Bertrand Russel écrit après son son voyage en 1920 :

« Les bolcheviques passent quelquefois pour avoir beaucoup fait pour l’art, mais je ne pus apercevoir qu’ils n’eussent fait rien de plus que de préserver une partie de ce qui existait auparavant. Comme j’en questionnais un à ce sujet, il eut un mouvement d’impatience : « Nous n’avons pas plus le temps de créer un art nouveau qu’une nouvelle religion », s’écria-t-il. Fatalement, et bien que le gouvernement le favorise autant que possible, l’atmosphère n’est pas de celle où l’art puisse fleurir, parce que l’art est anarchique et rebelle à l’organisation. »[15]

L'écrivaine féministe et socialiste Dora Black fit également un compte rendu de ses observations sur l'art et l'éducation dans la Russie de 1920[15].

Certains écrivains sont déjà désenchantés et très critiques, comme Zamiatine, qui écrit un roman de science-fiction dystopique dès 1920 (Nous autres), qui sera un des premiers censurés d'URSS.

L'édification du nouvel État

Soviets, comités d’usine, milices ouvrières : l’État-Commune

En effet, l’ensemble du pays est gouverné par les soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats : ce sont des conseils regroupant des délégués élus à intervalles réguliers. Les soviets locaux élisent en leur sein un comité exécutif, ainsi que les délégués formant, avec des délégués d’autres soviets, le soviet de l’échelon immédiatement supérieur (district, province et région). Les délégués de l’ensemble des soviets régionaux forment le Congrès pan-russe des soviets, qui élit un Comité Exécutif de 200 membres et le Conseil des commissaires du peuple (chaque commissaire est flanqué de cinq adjoints, qui peuvent faire appel de ses décisions devant le Comité Exécutif). Le système de représentation donne proportionnellement cinq fois plus de délégués aux ouvriers et aux soldats qu’aux paysans. Les soviets agissent à chaque échelon de façon autonome, dans le cadre fixé par le soviet de niveau supérieur, sous la direction générale du Conseil des commissaires du peuple.

Entre octobre 1917 et juillet 1918, c’est-à-dire jusqu’à l'agression des impérialistes et des armées blanches, les ouvriers, les paysans et les soldats réussirent à organiser quatre congrès pan-russes des soviets (octobre 1917, janvier, mars et juillet 1918). Dans cette période d'intense auto-organisation ouvrière et paysanne, la démocratie soviétique était réellement supérieure à toute démocratie bourgeoise, où les exploités votent tous les 5 ans pour leurs exploiteurs. Les électeurs sentent enfin le changement radical venu renforcent nettement la majorité bolchévique, et parmi les SR, ceux qui se sont opposés à la révolution s'effondrent (SR de droite).

Parmi les toutes premières mesures du nouveau gouvernement, il y eut également l’appel à la constitution par chaque soviet d’une milice propre. À l’opposé de l’État bourgeois où l’armée et la police sont des détachements spéciaux d’hommes armés, servant les besoins de répression du mécontentement ou du soulèvement populaire, l’État soviétique dirigé par les bolcheviks est caractérisé par le fait que le pouvoir est détenu par le peuple en armes : c’est la seule garantie sérieuse que la violence soit toujours utilisée dans l’intérêt des ouvriers et des paysans et non contre eux.

Le système judiciaire fut complètement réformé. Des courts populaires furent mises en place avec des juges élus.

Enfin, un système de Comités d’usine complète le système politique de l’État ouvrier. Ce sont eux qui assurent le contrôle ouvrier en relation avec les soviets.

Ainsi, les bolchéviks, marxistes fidèles au combat du prolétariat pour son auto-émancipation, ont-ils agi dès la prise du pouvoir pour briser la machine de l’État bourgeois et la remplacer par un État du type de la Commune de Paris de 1871, c’est-à-dire un État dans lequel tout travailleur peut participer directement et activement à la vie politique. Lénine insistait sur l’importance de l’auto-émancipation de la classe ouvrière, disant que la révolution devait « développer cette initiative indépendante des travailleurs, de tous les prolétaires et les exploités en général, la développer aussi largement que possible en travail organisationnel créatif. A tout prix nous devons rompre le vieil, absurde, sauvage, détestable et dégoûtant préjugé que seules les ‘classes supérieures’, seuls les riches, et ceux qui sont passés par les écoles des riches, sont capables d’administrer l’État et de diriger le développement organisationnel de la société socialiste ». Malgré les terribles privations de la période post-révolutionnaire, beaucoup de travailleurs se sentirent délivrés des limitations de leur ancien mode de vie. On trouve des récits contemporains de travailleurs, après une journée de travail, improvisant et produisant des pièces, ou assistant à des cours pour apprendre à écrire de la poésie.

Le 18 mars 1918, le Conseil des Commissaires du peuple fixe le traitement mensuel maximum à 500 roubles. Quelques mois plus tard, il attribue aux techniciens hautement qualifiés d'une rémunération plus élevée, ce que Lénine reconnaît comme étant « un certain abandon des principes de la Commune de Paris » imposé par les impératifs de la gestion administrative de l'Etat.

La dissolution de l'Assemblée constituante

Les élections pour l'Assemblée constituante, prévues depuis juin, devaient avoir lieu le le 12 novembre (n.s. 25). Au moment de l'insurrection et du congrès des soviets du 7 novembre, les bolchéviks décident de maintenir le processus constituant. Ils espèrent que la Constituante validera le système soviétique. Le Sovnarkom élu par le Congrès des soviet d'Octobre était donc officiellement un gouvernement provisoire, jusqu'à la réunion de l'Assemblée constituante en janvier 1918.

Mais les résultats ne donnèrent qu'une minorité aux bolcheviks et SR de gauche. Malgré la nette majorité bolchévique dans les villes et parmi les soldats, les campagnes votent pour des notables SR. La rupture des SR de gauche ne s'était pas encore clairement matérialisée dans bien des endroits. Lors de la réunion de la Constituante le 5 janvier (n.s. 18), ces notables SR font voter avec les menchéviks l'abolition des mesures depuis Octobre... Pourtant le 3e congrès des soviets qui se réunit aussi en janvier 1918 prouve que la paysannerie soutient les mesures (le partage des terres avant tout) : les SR de droite n'ont même pas 1% des délégués. Refusant la légitimité de cette Constituante réactionnaire, les bolchéviks et les SR de gauche décident alors de la dissoudre, et de faire du Congrès des Soviets l'organe dirigeant du pays.

Postérité

En mars 1921, Lénine revient sur les premières années où de grands décrets étaient pris et difficilement appliqués au milieu du tumulte révolutionnaire. Il justifie la nécessité de cette période, tout en soulignant que l'heure est maintenant aux tâches pratiques :

« Nous avons connu une période où les décrets étaient une forme de propagande. On se moquait de nous, on disait : les bolcheviks ne comprennent pas qu'on n'applique pas leurs décrets ; toute la presse des gardes blancs abonde en railleries à ce sujet. Mais cette phase était légitime quand les bolcheviks ont pris le pouvoir et ont dit au simple paysan, au simple ouvrier : voici comment nous voudrions que l'Etat fût gouverné ; voici un décret ; essayez-le. Au simple ouvrier ou paysan, nous exposions d'emblée nos conceptions politiques, sous forme de décrets. Résultat : nous avons conquis cette énorme confiance, dont nous avons joui et dont nous continuons de jouir parmi les masses populaires. Se fut une période, une phase nécessaire au début de la révolution ; autrement nous n'aurions pas été à la tête de la vague révolutionnaire, mais nous nous serions traînés à la remorque. Autrement, nous n'aurions pas eu la confiance de tous les ouvriers et paysans qui voulaient bâtir la vie sur une base nouvelle. »[16]

La révolution d’Octobre a été l’événement marquant du XXe siècle. Elle a changé la face du monde, et a eu un impact international énorme. La victoire bolchévique a inspiré des soulèvements révolutionnaires dans toute l’Europe, notamment en Allemagne, en Italie, en Finlande et en Hongrie. Son formidable message d’émancipation nationale et sociale a inspiré aussi les ouvriers et les travailleurs ruraux du monde colonial. Les bolchéviks ont fondé l’Internationale_communiste (IC, Comintern) qui, en 1921, avait attiré sous son drapeau six millions d’ouvriers. Et pendant ses quatre premiers congrès, le Comintern a éduqué et formé les ouvriers du monde entier au programme et à la stratégie de la lutte révolutionnaire. 

La révolution d’Octobre a sorti la question de la dictature du prolétariat du domaine de la théorie et l’a rendue réelle dans l’ancien empire tsariste russe. Le gouvernement révolutionnaire de V.I. Lénine et Léon_Trotsky était basé sur des soviets (conseils), organes de pouvoir prolétarien régis par la démocratie ouvrière. Il a proclamé le droit des travailleurs à l’emploi, à la santé, au logement et à l’éducation, et il a accompli les premiers pas vers la construction d’une société socialiste.

Notes

  1. John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde, 1919
  2. Marc Ferro, La Révolution de 1917, 1967, p. 863.
  3. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920
  4. http://books.google.fr/books?id=Zhr9aij-UzkC&pg=PA393&lpg=PA393&dq=d%C3%A9cret+de+r%C3%A9pudiation+des+emprunts+russes&source=bl&ots=21iPP2n6i-&sig=G2uzgurakJAK_TrpCmKlcBltWkQ&hl=fr&sa=X&ei=hg8MT6TKG8L4sgb32oGOBA&ved=0CDoQ6AEwAw#v=onepage&q=d%C3%A9cret%20de%20r%C3%A9pudiation%20des%20emprunts%20russes&f=false
  5. Landon-Lane J., Oosterlinck K., (2006),
  6. Lénine, Les Tâches actuelles de la Russie des Soviets, Discours du 6 mars 1922
  7. Samuel Joshua, L’expérience de l’école soviétique des années 1920, Contretemps, juin 2017
  8. André Morizet, Chez Lénine et Trotsky, Édition La Renaissance du Livre, 1919. Voir aussi reproduction du témoignage dans Les Cahiers du CERMTRI, n° 92.
  9. « La culture et l'art au lendemain de la révolution d'octobre 1917 », in Les Cahiers du mouvement ouvrier, n° 37, premier trimestre 2008.
  10. Tendance CLAIRE du NPA, L’art et la révolution selon Léon Trotsky, 2009
  11. Jean-Michel Palmier, « Histoire de l'art et marxisme », in Esthétique et marxisme, UGE-10/18, 1974.
  12. Jean-Michel Palmier in Sur l'art et la littérature, recueil de textes de Lénine, UGE-10/18
  13. Mediapart, Octobre 17. Raïssa Bloch, de la Maison des arts de Pétrograd au camp d'Auschwitz, 2017
  14. Léon Trostky, La politique du parti en art, 1924.
  15. 15,0 et 15,1 Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920
  16. Lénine, XIe congrès du PCR(b), 27 mars 1922

Sources