Opposition de droite

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L'opposition de droite (en russe Правая оппозиция, Pravaya oppozitsiya) est le nom qui a été donné à la tendance de Boukharine, Rykov et Tomsky dans le Parti communiste soviétique à la fin des années 1920.

C'est aussi le nom qui a été donné à des opposants dans l'Internationale communiste, particulièrement ceux de l'Opposition communiste internationale, qu'ils soient effectivement proches de Boukharine et Rykov ou pas.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

La gauche, la droite et le centre dans le PCR[modifier | modifier le wikicode]

Après la mort de Lénine (1924), les divisions dans le Parti communiste russe s'accentuent. Trois tendances principales se dessinent alors, qui sont bientôt caractérisées de la façon suivante :

Ces caractérisations étaient acceptées aussi bien par Staline (qui se présentait comme le garant de la bonne ligne, contre les déviations gauchistes et droitières) que par Trotsky.

Pour Trotsky, l'Opposition de droite représentait les intérêts de la petite-bourgeoisie et en particulier des koulaks, tandis que l'Opposition de gauche représentant les intérêts du prolétariat. Les clivages sur les questions économiques étaient donc centraux pour lui :

  • L'Opposition de gauche défendait une accélération de l'industrialisation, et une lutte contre les koulaks en favorisant le collectivisme dans les campagnes.
  • L'Opposition de droite défendait fermement la NEP.

Le centre stalinien n'était pas uni par des convictions particulières, mais principalement et de plus en plus par ses intérêts matériels. Staline était devenu extrêmement influent dans l'appareil du parti, et les membres qu'il avait placé à des postes importants lui étaient avant tout fidèles.

Pour Trotsky, le danger principal venait de l'Opposition de droite, qu'il voyait comme pouvant conduire à la restauration du capitalisme.

Manoeuvres de Staline[modifier | modifier le wikicode]

De 1923 jusqu'à 1928, Staline s'allie avec l'opposition de droite contre Trotsky.

Mais quand Trotsky sera exilé en 1928, Staline se retourne aussitôt contre l'opposition de droite. Plus que des désaccords politiques, il s'agissait surtout d'une méfiance envers tous les « vieux bolchéviks », ces vétérans qui avaient été des cadres de la révolution d'Octobre, et qui auraient pu empêcher Staline de régner autoritairement.

Boukharine et ses partisans sont alors écartés des postes dirigeants et dénoncés par la propagande stalinienne. Ils se retrouvent largement isolés de leurs soutiens internationaux, et subissent une pression extrême. L'unanimisme dans le parti est alors bien plus fort qu'au milieu des années 1920, et l'opposition de droite ne parvient pas à réellement se constituer en force. Boukharine et ses partisans capitulent très vite et font publiquement l'autocritique de leurs « erreurs idéologiques ». Ils seront alors brièvement réhabilités (mais dans des postes mineurs), avant d'être exécutés dans les purges des années 1930 comme quasiment l'ensemble des vieux bolchéviks restant.

L'Opposition communiste internationale[modifier | modifier le wikicode]

Formation[modifier | modifier le wikicode]

Ce qui a été appelé l'opposition de droite dans l'Internationale communiste (Komintern) était en réalité un ensemble assez disparate de courants critiques. Ils n'avaient pas le degré d'homogénéité qu'avoit l'Opposition de gauche internationale. Beaucoup étaient surtout focalisés sur les problèmes de leur section nationale. C'est en partie la répression stalinienne qui va pousser ces courants à se grouper entre eux.

Suite à la répression contre Boukharine en URSS, ceux qui le soutenaient plus ou moins dans les différents partis communistes sont exclus. Ils formeront alors des partis séparés. Le principal d'entre eux fut le Parti communiste d'opposition (KPO) en Allemagne, autour de Heinrich Brandler.

Le premier rassemblement de l'OCI se tient à Berlin les 17-19 mars 1930. Il réunit les sections d'Allemagne, de Tchécoslovaquie, de Suède et d'Inde. Il décide de la création d'un organe de coordination à Berlin et la publication d'un bulletin, International Information of the Communist Opposition, qui était jusqu'à présent publié par le KPO.

Le premier congrès officiel de l'OCI se tient à Berlin en décembre 1930, avec des délégués d'Allemagne, d'Alsace, de Suède, des Etats-Unis, de Suisse et de Norvège. Il reçoit aussi des lettres de sympathisants d'Autriche, de Finlande, d'Italie et du Canada. Il adopte la « Plateforme de l'Opposition communiste internationale ».

Succès relatifs[modifier | modifier le wikicode]

Dans quelques endroits, les sections de l'Opposition communiste internationale (OCI) eurent plus de succès que les sections du Komintern. Par exemple, en Suède, le Parti socialiste[1] de Karl Kilbom (OCI) obtient 5,7% des suffrages aux élections législatives de 1932, contre 3,9% pour le PC (Komintern). En Espagne, le Bloque Obrero y Campesino (BOC), affilié à l'OCI, fut pour un temps plus grand que le PC. Le BOC fusionnera avec le groupe trotskiste de Andreu Nin pour former le POUM.

Dans les années 1930, l'OCI avait des sections dans 15 pays. Mais elle se considérait toujours comme une fraction qui réclamait sa réintégration dans le Komintern.

Le second congrès officiel se tient à Berlin les 2-5 juillet 1932, avec des délégués d'Allemagne, de Suisse, de Norvège, de Suède, d'Espagne et des Etats-Unis.

La principale critique commune que l'OCI faisait à Staline portait sur le manque de démocratie interne et sur le poids démesuré du PCUS dans l'Internationale. Sur les questions économiques, elle n'a pas critiqué les plans quinquennaux et la collectivisation de l'agriculture. La plupart de l'OCI a même soutenu les premiers procès de Moscou.

L'affaiblissement[modifier | modifier le wikicode]

L'OCI se désintègre rapidement à partir de 1933. Avec l'arrivée au pouvoir des nazis la section allemande passe dans la clandestinité et doit s'exiler à Paris, qui devient le nouveau siège de l'OCI. Une session élargie du Bureau se tient en juillet 1933 (avec des délégués d'Allemagne, de France, de Suisse, des Pays-Bas et des Etats-Unis) pour discuter de la situation créée par la victoire des nazis, et de la caractérisation d'un nouveau regroupement de partis centristes (le futur Bureau de Londres) qui tient à ce moment-là un congrès à Paris. Les sections suédoise et norvégienne ne participent pas à ce Bureau élargi, quittent l'OCI et se participent au congrès du Bureau de Londres. L'OCI décline quant à elle l'invitation.

D'autres revers suivent :

  • La section tchécoslovaque est très affaiblie suite au départ des tchèques en décembre, le parti restant presque seulement composés de sudètes à un moment où cette communauté est fortement attirée par le nazisme.
  • La section autrichienne passe dans la clandestinité suite au putsch de Dolffus de mars 1934.
  • La majorité de la section alsacienne est exclue à l'été 1934 pour sympathies pro-nazis.[2]
  • La section suisse rejoint les social-démocrates en 1936.
  • La section indienne dirigée par M.N. Roy quitte l'OCI en 1937.
  • Le POUM (comprenant des trotskistes et des pro-OCI) est détruit en mai 1937.

Fusion avec le Bureau de Londres[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque les purges vont toucher Boukharine, beaucoup vont se demander si la rupture doit être actée avec la Troisième internationale, comme les trotskistes l'ont fait.

Lors d'une conférence tenue en février 1938, l'OCI fusionne avec le Bureau de Londres. Cela créé au début une certaine confusion sur la question de savoir si les sections de l'OCI sont aussi sections du Bureau de Londres sur le même plan que les autres sections du Bureau. Une deuxième conférence est alors tenue à Paris en avril 1939, qui dissout les deux entités dans une nouvelle organisation, le Centre marxiste révolutionnaire international. Il cesse d'exister après l'occupation de la France.

Le Groupe Arbeiterpolitik en Allemagne continue aujourd'hui à se revendiquer de ce courant.

Revue International Class Struggle[modifier | modifier le wikicode]

L'OCI a publié 3 numéros d'une revue nommée International class struggle :

Sections[modifier | modifier le wikicode]

Allemagne

Kommunistische Partei Deutschlands - Opposition.

Le Gruppe Arbeiterpolitik fondé par Brandler, qui existe toujours,[3] en est héritier.

Autriche

Le Parti communiste d'opposition est fondé fin 1929, quand le politburo du PC autrichien exclut Willi Schlamm, A Reisinger, Joseph Klein et Richard Vovesny.

Il publie Der Neue Mahrruf jusqu'au putsch de Dolfuss de 1934. Jay Lovestone était en Autriche au moment de l'Anchluss, début mars 1938 à l'invitation du groupe De Funke et put faire faire 8 faux passeports pour permettre à 8 dirigeants du KPO de quitter Vienne le 14 mars 1938. Hitler entrait dans la ville le lendemain. Schlamm publia plus tard un journal pour les réfugiés autrichiens à Prague, Weltbuehne, puis émigra aux Etats-Unis.

Tchécoslovaquie

Une opposition tchécoslovaque est formée en 1928. A l'origine elle est assez forte avec environ 6000 membres et le contrôle du syndicat Mezinárodní všeodborový svaz[4]. Mais des dirigeants syndicaux pro-staliniens provoquent une scission. Surtout, le parti était divisé ethniquement. La partie tchèque rejoint les social-démocrates en décembre 1933. Le parti reste presque seulement composés de sudètes à un moment où cette communauté est fortement attirée par le Parti des Allemands Sudètes (pro-nazi). Aux élections de juin 1938, les Oppositionnels forment une coalition avec les social-démocrates et les communistes, mais sont largement battus par les nazis. Après l'annexion de la région des Sudètes à l'Allemagne, les dirigeants Oppositionnels partent en exil.

Hongrie

Un groupe d'opposition est établi en 1932 avec 10% des communistes. A ce moment-là, le PC hongrois est déjà contraint à la clandestinité.

Pologne

Une tendance informelle existait dans le PC polonais, surnommée « les 3 W », d'après ses dirigeant-e-s : Warski, WaleckiWera Kostrzewa (pseudonyme de Maria Koszutska). Les trois mouront au goulag stalinien.

Suisse

Le leader du PC suisse, Jules Humbert-Droz, sympathisait avec l'OCI mais resta loyal aux staliniens jusqu'à son exclusion dans les années 1940. La section du canton de Schaffhausen scissionna et eut un succès relatif, dirigeant le mouvement ouvrier local. Le 20 octobre 1933, ils obtiennent le tiers des conseillers municipaux et leur leader Walther Bringolf devient maire. Ils rejoignent le PS suisse en 1936.

Italie

Il y eut un peu de résistance au tournant de la Troisième période. Les dirigeants Togliatti et Tasca s'opposent à la ligne du Komintern sur l'Allemagne. Mais en juin 1929, Togliatti capitule, et Tasca est exclu. Plus tard, en mai 1930, Pasquini et Santini furent exclus du Politburo et d'autres "mesures organisationnelles" furent prises contre des cadres de moindre rang.

Espagne Bloc ouvrier et paysan (BOC)
Suède Socialist Party
Finlande Left Group of Finnish Workers
Norvège Mot Dag
Danemark

Un groupe sera actif de 1933 à 1938.

France

Lors de la purge du PCF en 1929, beaucoup de dirigeants furent exclus : le secrétaire général, le responsable de L'Humanité, des maires ou conseillers municipaux de Clichy, Auffay, Saint-Denis, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse et Paris... Mais tous n'adhèrent pas à l'OCI. Les conseillers municipaux parisiens forment un parti distinct, le Parti des ouvriers et paysans, qui rejoint le Parti d'unité prolétarienne en décembre 1930. Les quelques partisans de l'OCI se joignent à la Fédération de la Seine de la SFIO exclue en 1938 pour former le PSOP.

Alsace

Un Parti alsacien ouvrier et paysan fut créé en septembre 1929. Il défendait l'autonomie de l'Alsace et s'allia au mouvement clérical autonomiste. Il était dirigé par by Charles Hueber (maire de Strasbourg de 1929 à 1935) et Jean-Pierre Mourer (député à l'Assemblée nationale française). Le parti publiait un journal nommé Die Neue Welt. Le parti évolua vers des sympathies pro-Nazis et fut exclu de l'OCI en 1934. Un petit groupe resté fidèle à l'OCI publia un hebdomadaire nommé Arbeiter Politik, mais avait peu d'influence.

Grande-Bretagne

L'OCI au Royaume-Uni fut représentée principalement par un courant (Revolutionary Policy Committee) au sein du Independent Labour Party. Un groupe indépendant fut formé en 1935 mais eut peu d'influence. En 1938 la ligne de l'OCI était devenue si proche de celle de l'ILP que le besoin d'une tendance disparut.

Etats-Unis et Canada Aux Etats-Unis, Jay Lovestone, Bertram Wolfe et leurs partisans fondent le « Communist Party (Opposition) » et publient le journal Workers Age. Au Canada, la Marxian Educational League est formée en tant que partie du CP(O) de Lovestone, et elle est affiliée à la Co-operative Commonwealth Federation. Mais à la fin 1939, cette organisation cesse d'exister, à la fois son groupe de Toronto et celui de Montreal.
Inde

Même si la section indienne ne fut jamais forte, le communiste de la première heure Manabendra Nath Roy fut très tôt un partisan ouvert de l'OCI. Il eut une forte inflence sur la gauche du Congrès national indien.

Argentine

Un groupe dirigé par José Penelon scissionna du PC argentin en 1928, pour former le Partido Comunista de Region Argentina, plus tard renommé en Partido Concentracion Obera. Il ne fut pas membre officiel de l'OCI. Il fusionna avec les social-démocrates en 1971.

Mexique

Le Bloque Obrero Marxista de México fut fondé début 1937. Il publia un journal nommé La Batalla comme celui du POUM.

Notes[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Ecrits de membres de l'OCI[modifier | modifier le wikicode]

Autres sources[modifier | modifier le wikicode]