Exploitation

De Wikirouge
(Redirigé depuis Exploités)
Aller à la navigation Aller à la recherche
ExploitationCapitaliste.jpg
ExploitationCapitaliste.jpg

L'exploitation est l'ensemble des procédés qui permettent d'accumuler de la richesse au détriment d'autres personnes. Ils sont nombreux, certains sont de faible intensité, d'autres majeurs. Toutes les classes dominantes ont eu recours à l'exploitation.

Sous le capitalisme, l'exploitation salariale, analysée par Marx, est devenue centrale. Ce qui ne signifie pas qu'elle est la seule.

Formes d'exploitation[modifier | modifier le wikicode]

On peut bien sûr trouver des caractéristiques générales communes à toute exploitation :

  • une part du travail fourni se fait au service d'un ou d'autres, et de façon non choisie (servage...)
  • cette situation induit aliénation physique, morale, intellectuelle... (esclavage...)
  • cette situation est souvent un résultat de la nécessité matérielle (prostitution, travail salarié...)

Mais il reste nécessaire d'analyser les différentes formes d'exploitation.

Tendances historiques[modifier | modifier le wikicode]

Les sociétés divisées en classe ne représentent qu'une petite partie, récente, de l'histoire humaine. On ne peut pas affirmer que l'exploitation n'existait absolument pas avant (rapports de sexe ou d'âge...), mais elle n'avait pas le caractère aussi massif qu'elle a pris par la suite.

Trois hommes de corvée de récolte du blé.

L'apparition des sociétés agricoles de classe a signifié qu'une minorité (ce qui a été sous diverses formes des noblesses ou des clergés) s'est mise à vivre mieux que l'immense majorité en l'exploitant. Étant donné que l'essentiel de la richesse était agricole jusqu'à la révolution industrielle, c'était l'exploitation de la paysannerie qui était le phénomène central. Cette exploitation pouvait passer soit par l'exploitation directe du travail (corvées obligeant à travailler sur les terres d'un seigneur...), soit par le prélèvement d'une partie des richesses produites, en nature ou par des taxes.

Avec la naissance du capitalisme industriel, la population rurale s'est effondrée, et la majeure partie des travailleur·ses s'est prolétarisée, c'est-à-dire est devenue dépendante d'un salaire versé par un patron pour vivre. La relation patron / salarié est en apparence un contrat passé librement, ce qui peut donner l'impression d'une relation sans exploitation. L'analyse de nombreux socialistes et communistes, dont Marx et Engels, s'est attachée à montrer qu'il n'en est rien. Économiquement, par rapport aux richesses produites, le « taux d'exploitation » d'un salarié·e moderne peut même être bien supérieur à ce qu'était celui d'un serf.[1]

Exploitation directe[modifier | modifier le wikicode]

Travail forcé[modifier | modifier le wikicode]

Construction du chemin de fer Congo-Océan avec du travail forcé (1924)

Le travail forcé peut prendre différentes formes, avec une oppression des individus plus ou moins totale :

Le travail forcé (surtout dans le cas de la corvée) est la situation qui apparaît le plus clairement comme de l'exploitation. A l'inverse, l'exploitation est masquée dans le salariat, comme le soulignait Marx :

« Dans le servage le travail du corvéable pour lui-même et son travail forcé pour le seigneur sont nettement séparés l'un de l'autre par le temps et l'espace. Dans le système esclavagiste, la partie même de la journée où l'esclave ne fait que remplacer la valeur de ses subsistances, où il travaille donc en fait pour lui-même, ne semble être que du travail pour son propriétaire. Tout son travail revêt l'apparence de travail non payé. C'est l'inverse chez le travail salarié : même le surtravail ou travail non payé revêt l'apparence de travail payé. Là le rapport de propriété dissimule le travail de l'esclave pour lui-même, ici le rapport monétaire dissimule le travail gratuit du salarié pour son capitaliste. »[2]

Taxation[modifier | modifier le wikicode]

Les impôts concentrent beaucoup plus les critiques que l'exploitation salariale, car celle-ci est beaucoup moins visible.

Avec le temps, et à mesure que le commerce s'est développé, l'exploitation féodale a eu tendance à passer par la monnaie. Plutôt que des corvées ou des prélèvements en nature, les serfs devaient payer une taxe au seigneur.

Cependant toute taxe n'est pas nécessairement de l'exploitation. Lorsqu'une taxe sert à financer un service public (une route, une cour de justice...) on peut abstraitement dire qu'elle vise un bien commun. La difficulté est bien sûr que dans une société de classe, les fonctions « utiles » sont confondues avec l'extorsion abusive.

Par exemple le seigneur justifiait en partie les taxes par la « protection » qu'il assurait aux serfs, et le clergé par le « service spirituel » rendu pour le salut de tous. Aujourd'hui encore les taxes comportent une part d'exploitation, du fait que les États imposent des impôts injustes (indirects, ou pas assez progressifs) pour aider beaucoup plus le capital (subventions...) que les prolétaires. Mais les impôts concentrent beaucoup plus les critiques que l'exploitation salariale, car celle-ci est beaucoup moins visible.

Exploitation salariale[modifier | modifier le wikicode]

Distinction avec le vol[modifier | modifier le wikicode]

Des salariés peuvent légitimement se sentir "volés" par leurs patrons. Cette notion de vol peut sans honte être utilisée à des fins d'agitation. Mais pour expliquer le mécanisme de l'exploitation capitaliste, il est nécessaire de faire la distinction avec le vol au sens strict.

  • Le vol d'un salarié par un patron, c'est le cas où un patron ne paie pas tout ce qu'il devrait (voir plus loin : loi de la valeur appliquée à la force de travail ).
  • Le vol d'un capitaliste par un autre, c'est le cas où une entreprise s'approprie une partie de ce qui devrait être les profits d'une autre entreprise.

Ces deux cas se produisent évidemment fréquemment, mais ce n'est pas cela qui explique la "création de richesse" et donc le profit capitaliste : dans un tel cas, il n'y aurait que des transferts d'argent.

Schéma de l'exploitation sur un cycle de production[modifier | modifier le wikicode]

Avant tout, les conditions de l'exploitation sont qu'il existe d'une part des détenteurs de capitaux et d'autre part des travailleurs obligés de leur vendre leur force de travail.

Ce sont les travailleurs qui produisent les richesses, avec les moyens de production appartenant aux capitalistes, et ce sont ces derniers qui disposent des richesses produites.

Le capitaliste investit son capital A = c + v

Pour faire tourner son exploitation le capitaliste doit investir, par exemple pour un an, dans du capital constant « c » (qui ne produit aucune valeur) : bâtiments, matière première, et dans les salaires annuels que nous appellerons du capital variable « v » parce qu’il sert à acheter la force de travail (qui produira plus de valeur …).

Point crucial : la force de travail, comme les éléments du capital constant, est une marchandise , bien qu'un peu spéciale. Cela signifie que sa valeur (c'est-à-dire le montant des salaires) :

  • est soumise à la loi de la valeur : elle dépend du temps socialement nécessaire qu'il faut pour la produire, c'est-à-dire l'équivalent en temps de travail nécessaire pour produire les biens de consommation (nourriture, logement...) qui permettent la reproduction de la force de travail.
  • est soumise à la loi de l'offre et de la demande : En cas de manque de main d’œuvre général, les salaires ont tendance à pouvoir être négociés à la hausse par les travailleurs, et inversement, un fort niveau de chômage fait pression pour les dégrader.
  • est modifiable par la lutte des classes : la principale différence avec toutes les autres marchandises, c'est que la force de travail dépend aussi de la capacité des travailleurs à s'unir pour imposer collectivement "un peu plus que le minimum vital". C'est évidemment cette lutte de classe qui explique que partout où le capitalisme s'est développé, les salaires sont au-dessus de cette valeur seuil qui est donnée par la loi de la valeur.

Les marchandises créées ont une valeur supérieure

Au bout d’un an, les marchandises produites auront la valeur A' = c + Q

Si on suppose que la valeur de la force de travail des ouvriers de l'entreprise est de 4 heures, et qu'ils ont travaillé 8 heures par jour, la valeur initiale v correspond à ces 4 heures, et la valeur finale Q des marchandises sera donnée par les 8 heures de travail cristallisées en elles.

Le capitaliste va donc récupérer une survaleur : s = A'-A = Q-v

L'exploitation : la source du profit[modifier | modifier le wikicode]

L'exploitation est la seule source du profit capitaliste, pour la simple et bonne raison que le travail humain est la seule source de survaleur.

Bien que la base sur laquelle le système est assis est la richesse de la nature, c'est toujours l'action consciente de l'homme qui la transforme en valeur (ne serait-ce que pour les extraire, les déplacer et les mettre en circulation sur un marché).

Le taux d'exploitation[modifier | modifier le wikicode]

On peut définir une grandeur, le taux d’exploitation, par le rapport [math]\displaystyle{ \frac{s}{v} }[/math]

Dans ce cas, le taux d’exploitation est de 100% : (8-4)/4 = 4/4 = 1.

Cette grandeur est très utile pour décrire la dynamique du capitalisme : l'augmentation du taux d'exploitation est la principale réponse à la baisse tendancielle du taux de profit.

Plus le taux d'exploitation est élevé, plus la part des salaires dans la valeur ajoutée est faible.

Autres exploitations indirectes[modifier | modifier le wikicode]

Les marxistes emploient souvent le terme d'exploitation capitaliste comme synonyme d'exploitation salariale, en raison de la centralité donnée par l'analyse marxiste classique à cette dernière. Cependant, d'autres auteurs soulignent que sous le capitalisme, l'exploitation salariale n'a jamais été la seule.[3] Non seulement il a subsisté des formes d'exploitation précapitalistes, comme la rente foncière (aujourd'hui principalement captée sous forme de rente locative), mais d'autres formes spécifiques au capitalisme moderne sont apparues, comme les rentes liées aux plateformes.

Exploitation par la rente foncière[modifier | modifier le wikicode]

Le propriétaire de terres, lorsqu'elles sont suffisamment grandes, fertiles, ou bien placées, peut en tirer des revenus élevés. Ceci était d'autant plus vrai lorsque les moyens de transport étaient peu développés et le commerce longue distance inexistant, ce qui créé des situations de monopoles. L'aristocrate propriétaire de grands domaines (archétype de la classe dominante précapitaliste) peut ainsi s'enrichir à partir d'une rente foncière.

Grève des loyers, New York, 1919.

L'essor de la bourgeoisie s'est fait, souvent, en luttant contre ces grands propriétaires terriens pour diminuer leurs rentes, afin que les profits industriels puissent plus facilement s'accumuler (réduire le coût du foncier, réduire le coût des biens agricoles, donc de la nourriture et des salaires ouvriers...).

Mais la rente foncière n'a pas disparu pour autant. Aujourd'hui, ceux qui sont propriétaires (locaux commerciaux ou logements) dans les grandes villes où l'activité économique est concentrée peuvent imposer des loyers exorbitants aux locataires. Ces loyers sont des ponctions sur les revenus des locataires, donc une forme d'exploitation économique, qui évidemment pèse surtout sur les plus pauvres.

Exploitation entre entreprises[modifier | modifier le wikicode]

Quand une marque de vêtements connue sous-traite la production dans un sweatshop, l'essentiel des profits sont captés par l'entreprise qui possède la marque, même si l'essentiel de la valeur est créé dans le sweatshop.

Les rapports de pouvoir sur les marchés de biens et de services permettent à certaines entreprises de capter la valeur produite par d'autres.

Les donneurs d'ordre imposent à leurs sous-traitants des prix bas à leurs sous-traitants, captant ainsi indirectement le travail des salariés de ces entreprises. Cette logique s'étend en cascade et aux échelles locales, nationales, internationales.

L'entreprise donneuse d'ordre a une rente de situation du fait qu'elle maîtrise une technologie particulière (protégée par secret, brevet, ou simplement par la difficulté à réunir suffisamment de capital pour la concurrencer), ou a construit une image de marque (tout aussi difficile à construire sans un capital significatif).

Exploitation par les plateformes[modifier | modifier le wikicode]

L'exploitation par les plateformes numériques a créé un nouvel exemple de rente de situation. La nouveauté est que ces plateformes permettent souvent de mettre directement en relation des individus clients et « auto-entrepreneurs ».

Les travailleurs des secteurs « ubérisés » (livreurs, chauffeurs, travailleurs du clic) sont en général sous statut « indépendant », mais ils sont soumis à une dépendance économique envers un intermédiaire technique. La plateforme peut alors capter une rente sur leur travail (sous forme de commission).

Plusieurs penseurs ont parlé de techno-féodalisme à propos de cette forme d'exploitation.

Marchandisation et boulimie de surtravail[modifier | modifier le wikicode]

La production qui était orientée principalement par la valeur d'usage était relativement stable, tandis que la production en vue de produire des valeurs d'échange comporte en elle-même un appétit insatiable. Des seigneurs particulièrement cruels pouvaient imposer des corvées particulièrement humiliantes à leurs serfs, mais le rapport de production en lui-même ne poussait pas à une augmentation du temps de travail ou de son intensité : une fois obtenue la quantité de biens agricoles voulue pour le maître (le dominus, le seigneur...), cela suffisait.

En revanche, là où la production est recherchée pour la valeur qu'elle a sur le marché, et l'accumulation qu'elle permet, la stimulation de l'appât du gain des puissants est sans limite.

Cela pouvait déjà s'observer dans l'Antiquité dans quelques secteurs comme la production minière, comme noté par Marx :

« Quand il s'agit d'obtenir la valeur d'échange sous sa forme spécifique, par la production de l'or et de l'argent, nous trouvons déjà dans l'antiquité le travail le plus excessif et le plus effroyable. Travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive devient alors la loi. Qu'on lise seulement à ce sujet Diodore de Sicile :[4]

« Il est impossible de voir ces malheureux (dans les mines d'or situées entre l'Égypte, l'Éthiopie et l'Arabie) qui ne peuvent pas même entretenir la propreté de leur corps, ni couvrir leur nudité, sans être forcés de s'apitoyer sur leur lamentable destin. Là point d'égards ni de pitié pour les malades, les estropiés, les vieillards, ni même pour la faiblesse des femmes. Tous, forcés par les coups, doivent travailler et travailler encore jusqu'à ce que la mort mette un terme à leur misère et à leurs tourments. » (Diod. Sic. Bibliothèque historique, liv. III, ch.13.)

La révolution industrielle capitaliste a provoqué une telle explosion des profits que les patrons se sont lancés dans une frénésie d'exploitation du travail, y compris des enfants. Le prolétariat s'est retrouvé dans une situation pire que les paysans des sociétés précapitalistes, jusqu'à ce que le mouvement ouvrier ait un rapport de force minimal.

Cela s'observe encore lorsque des formes de travail servile se retrouvent insérées dans le commerce international :

« Tant que la production dans les États du Sud de l'Union américaine était dirigée principalement vers la satisfaction des besoins immédiats, le travail des nègres présentait un caractère modéré et patriarcal. Mais à mesure que l'exportation du coton devint l'intérêt vital de ces États, le nègre fut surmené et la consommation de sa vie en sept années de travail devint partie intégrante d'un système froidement calculé. »

Cela s'est également observé en Roumanie avec un renforcement du servage.

Plus généralement, la production capitaliste créé une incitation généralisée à sur-exploiter les salarié·es. Ainsi la révolution industrielle en Angleterre est d'abord marquée par une augmentation brutale de la durée du travail, paradoxale en ces temps de hausse de la productivité. Cette soif de surtravail a dû être encadrée par des lois tant elle menaçait de faire sombrer la grande masse des travailleur·ses d'Angleterre.

Dans le Capital Marx cite des exemples de ce qui était alors ordinaire : des enfants de 9 ans obligés de travailler de nuit de 18h à midi dans une usine à 30°C, des enfants de 7 ans travaillant 15 heures par jour dans l’industrie de la poterie, des ouvriers perdant des membres en nettoyant des machines actives que le patron ne voulait pas voir arrêtées, des familles entières s'auto-exploitant dans du travail à domicile, jusqu'à leurs enfants de 2 ans, une espérance de vie ouvrière de 30 ans et une taille moyenne en diminution, des ouvriers agricoles entassés dans de minuscules cottages au milieu de grandes propriétés agricoles...

Résistances à l'exploitation[modifier | modifier le wikicode]

L’objet des luttes contre l’exploitation est essentiellement pour les salariés de vendre leur force de travail le plus cher possible. L’intensité de l’exploitation n’est pas fixée une fois pour toute. L’objet du syndicalisme est (à la base) de collectivement la faire baisser.

Se pose évidemment la question de supprimer l’exploitation : c'est ici que les communistes révolutionnaires entrent en jeu. Les moyens de productions, matériels comme immatériels, doivent être collectivisés, c'est-à-dire soumis à l'ensemble de la société civile. De cette manière, l'on pourra en finir avec cette dynamique de profit qui aboutit à des crises sociales et écologiques comme le système capitaliste en produit régulièrement. C'est cependant, sur la forme que prendra cette dictature du prolétariat, qu'ont éclaté des divergences entre de nombreux mouvements marxistes : léninistes, luxemburgistes, trotskistes...

Analyses avant Marx[modifier | modifier le wikicode]

🚧 À compléter ! Votre aide est la bienvenue !

L'exploitation a été perçue par de nombreux autres auteurs avant Marx, même parmi ceux clairement du côté de l'ordre dominant. Par exemple le wigh Edmund Burke disait : « En réalité ceux qui travaillent... non seulement se nourrissent eux-mêmes, mais nourrissent aussi les rentiers, ceux qu'on appelle les riches. »[5]

Surexploitation[modifier | modifier le wikicode]

On parle de surexploitation lorsque l'on veut désigner une exploitation de la force de travail supérieure à une situation standard (conduisant à un surprofit pour ces patrons). Par exemple :

  • dans une région qui a moins de traditions syndicales que la moyenne et où la main d’œuvre est plus corvéable, il peut y avoir surexploitation ;
  • lorsqu'un patron a mis en place un système lui permettant de contrôler la consommation de ses employé·es (truck system) ;
  • dans une entreprise où le patron emploie des travailleur·ses sans papiers, qui ont peur d'être expulsé·es s'ils ou elles protestent, il y a très souvent de la surexploitation.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. ↑ Que Faire, Qu'est-ce que l'exploitation ?, 13 janvier 2011
  2. ↑ Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XIX : Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire, 1867
  3. ↑ Ulysse Lojkine, Le fil invisible du capital, 2025
  4. ↑ Karl Marx, Livre I - Chapitre X : La journée de travail, 1867
  5. ↑ Edmund Burke, Thoughts and details on scarcity originally presented to the R. Hon. W. Pitt in the month of November 1695, Edit. London, 1800